Le Cercle des neiges (La Sociedad de la nieve) – de Juan Antonio Bayona – 2023
Après deux films qui montraient bien que deux heures trente peuvent paraître très longues (Frankenstein et Tenet), il était temps d’en voir un autre qui rappelle que deux heures trente peut aussi être la durée parfaite. Et, comme le film de Guillermo Del Toro, c’est une production Netflix : Le Cercle des neiges, deuxième film évoquant le sort des survivants d’un crash dans les Andes (après Les Survivants, qui m’avait bien plus quand j’étais ado, mais pas revu depuis).
L’histoire est donc absolument authentique, basée d’ailleurs sur le récit d’un des survivants de ce fameux crash. Ça s’est passé en 1972, et le drame a été d’autant plus marquant qu’il impliquait une équipe de jeunes rugbymen uruguayens, dont certains quittaient leur pays pour la première fois, pour participer à une tournée internationale. Leur avion s’est écrasé au cœur de la Cordillère, les recherches n’ont rien donné, on les a cru morts durant des semaines.
Sauf que non : une vingtaine d’entre eux ont survécu au crash. Et quand ils ont réalisé que les secours ne viendraient pas, ils ont dû se résoudre à manger la chair de leurs morts. L’histoire est évidemment horrible, elle est aussi pleine de vie, en dépit de l’omniprésence de la mort, et c’est là qu’est toute la beauté du film de Juan Antonio Bayona (qui avait déjà porté à l’écran avec beaucoup de force une autre catastrophe dans The Impossible).
Avec Le Cercle des neiges, Bayona réussit un film profondément immersif, qui réussit à montrer l’horreur de ce à quoi doivent se résoudre les survivants, sans jamais avoir recours à l’effet facile. Il ne cache rien de l’horreur, mais choisit de ne rien montrer ou presque de ces corps mutilés. Une image furtive résume la force de ce parti pris : lorsqu’un des survivants photographie le groupe autour de la carcasse de l’avion, l’un des personnages dissimule subrepticement un membre qui apparaissait, comme s’il voulait effacer ce « détail » de la réalité.
Le Cercle des neiges est un film très spectaculaire, visuellement splendide (grandiose, même). Mais ce qu’il raconte est profondément intime : il est question de survie, d’acceptation et de renoncement. Sur ce point aussi, le film est très réussi. Sans oublier, donc, l’efficacité énorme et directe d’un vrai film d’aventures d’une maîtrise totale. Un grand spectacle qui est aussi un voyage métaphysique renversant : du grand art.
