L’Opéra-mouffe – d’Agnès Varda – 1958

Changement de décor pour Agnès Varda qui, après un quartier de Sète et les châteaux de la Loire, filme pour la première fois Paris. Le quartier de la rue Mouffetard, pour être précis, où elle trimballe sa caméra en plein hiver, alors qu’elle est enceinte. Ce qui a son importance, puisque le film s’ouvre par la vision d’une femme enceinte… Le signe, sans doute, que sa grossesse influe sur ses états d’âmes.
Le film, d’ailleurs, sans autre fil conducteur que les hasards des rencontres dans la rue (malgré une construction en « chapitres ») et les ébats d’un couple très amoureux (Dorothée Blanck et Antoine Bourseiller), ressemble à un ascenseur émotionnel. Sur une musique de Georges Delerue, et des chansons écrites par Varda elle-même, le ton est plutôt badin au début, lorsque la caméra capte dans la rue les visages de passants anonymes aux visages souvent impossibles.
Il y a même beaucoup d’humour et d’ironie dans cette manière de filmer les bavardages incessants (muets, le son étant entièrement off) d’une femme entre deux âges que l’on écoute sans pouvoir la couper. Mais la légèreté n’est qu’apparence, et peut être contredite en quelques secondes, lorsque la caméra se fait compatissante avec la torpeur des SDF ou la fatigue d’une ménagère revenant de courses avec un parpaing dans son panier…
Entre images saisies dans la rue et mise en scène, Varda met en images les émotions changeantes d’une femme sur le point de devenir mère : son ironie, son empathie, ses angoisses. C’est vivant et libre, et visuellement totalement fascinant.
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