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La Pointe courte – d’Agnès Varda – 1954

Classé dans : 1950-1959,VARDA Agnès — 8 novembre, 2025 @ 8:00

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Agnès Varda, 25 ans seulement, délaisse son appareil photo et signe son premier long métrage. Et c’est un regard singulier qu’elle dévoile d’emblée, dans ce film entièrement tourné en décors naturels dans cette fameuse Pointe courte, quartier de pêcheur de Sète où tout semble n’être qu’entremêlements et enchevêtrements : de cabanes en bois, de filets de pêche, de sentiments, et même d’histoires.

Varda entremêle en effet deux récits. D’un côté, les déambulations et dialogues d’un jeune couple : lui enfant du pays revenu pour quelques jours de vacances ; elle, Parisienne venue lui annoncer leur séparation, mais pleine de doutes. Lui, c’est Philippe Noiret dans son tout premier film, également. Elle, c’est Silvia Monfort, actrice intense et fascinante qui évoque la blondeur faussement glaciale des héroïnes de Bergman.

La référence n’est pas anodine : dans sa manière de filmer ce couple dans ses errances, Varda fait souvent penser au cinéma du maître suédois, notamment dans ces plans où les visages des deux personnages se superposent, l’un de face l’autre de profil. Des plans que l’on retrouvera régulièrement dans les films que Bergman tournera plusieurs années plus tard, Persona et Le Silence notamment, signe que celui qui s’est inspiré de l’autre n’est peut-être pas celui qu’on croit.

En revanche, Varda a sans doute vu les films d’Ozu : son influence est frappante dans ses plans de terrains vagues et de grandes étendues dont l’horizon est barrée par des zones industrielles, et par les passages de trains. Deux références qui quoi qu’il en soit ont plutôt de l’allure.

L’autre histoire, c’est celle des pêcheurs eux-mêmes, véritable cœur vivant de ce quartier comme coupé du reste du monde, qui voient d’un œil suspicieux l’arrivée d’étrangers, particulièrement lorsqu’il s’agit de garde-pêche décidés à régulariser leurs pratiques et à punir les contrevenants.

Le suspense qui pointe le bout de son nez dans la scène admirable de l’arrivée des gardes par la mer fait long feu. Ce qui intéresse Varda dans cette partie « naturaliste », c’est le quotidien, les habitudes, les petits gestes et surtout leur absence, ce refus de la fatigue que trimballent ces hommes et ces femmes cultivant une belle forme de nonchalance sous le soleil.

Il y a une vérité incroyable dans ces images, malgré la gaucherie d’acteurs non professionnels (d’authentiques pêcheurs du quartier) : le mouvement de la caméra, celui des acteurs, celui du vent aussi, que Varda filme dans les draps qui volent, et que les femmes décrochent avec attention.

Entre ces deux parties, ce premier film attachant trouve un équilibre beau et fascinant. Un film de jeunesse, assurément, mais aussi un jalon incontournable dans le parcours d’Agnès Varda, et un film qui semble tisser des liens entre des cinémas du monde entier, et de toutes les époques : du muet (on pense aussi au Jean Epstein de Finis Terrae) à la Nouvelle Vague qui n’existait pas encore.

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