La Fille de l’eau – de Jean Renoir – 1924

La paternité de Catherine, qu’il devait se contenter de produire pour lancer la carrière de sa femme Catherine Hessling, est sujette à débat : le film est-il plutôt l’œuvre d’Albert Dieudonné, réalisateur officiel, ou celle de Renoir ? L’expérience a quoi qu’il en soit laissé un goût amer à Renoir, tout en lui donnant définitivement le goût du cinéma. Le fils d’Auguste a enfin trouvé sa voie, et il ne tarde pas à repasser derrière la caméra, pour ce qui peut être considéré comme son premier vrai film.
Sans spoiler, le film a été un nouvel échec pour Renoir. Mais un siècle plus tard, cet échec n’a plus guère d’importance. Tout en étant un peu foutraque, La Fille de l’Eau est un film très renoirien, la vraie naissance d’un grand cinéaste. On trouve déjà là, même à l’état de brouillon, beaucoup des thèmes qui marqueront tout son cinéma : les rapports de classe, l’importance de la nature, le poids du déterminisme…
Le film illustre aussi l’amour de Renoir pour Le Journal d’une femme de chambre (déjà visible dans Catherine), qu’il finira par porter à l’écran à Hollywood : toute la dernière partie du film semble s’en inspirer directement, dans l’histoire d’amour naissante entre Gudule (Catherine Hessling) et Georges, le fils de ses patrons. Mais aussi l’admiration que le réalisateur a pour Chaplin, qu’il cite à plusieurs reprises, en filmant un personnage chutant dans un baril, ou un autre s’éloignant sur une route au soleil couchant.
Surtout, Renoir y développe déjà son goût pour le bricolage et pour les expérimentations visuelles, particulièrement dans une longue séquence de rêve agitée particulièrement impressionnantes, dont les trucages annoncent ceux de La Petite Marchande d’Allumettes. Plus simple en apparences, la manière dont Renoir filme les ombres et la lumière sur l’eau du canal dans la première partie annonce aussi la grandeur et la singularité du réalisateur.
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