LIVRE : Ma vie et mes films – de Jean Renoir – 1974
Jean Renoir écrit comme il parle, et cela fait beaucoup pour le plaisir que la lecture de ses livres procure. C’était déjà le cas avec la belle biographie très personnelle qu’il a consacrée à son père. C’est le cas avec cette autobiographie tout aussi personnelle : au fil des pages, on a vraiment le sentiment d’entendre la voix et le début si particuliers de son auteur.
Le terme « autobiographie » est, d’ailleurs, un peu discutable. Certes, Renoir raconte son parcours, d’une manière à peu près chronologique, de son enfance au côté d’un père pas comme les autres, jusqu’à ses derniers films et la conscience qu’il a que sa carrière est derrière lui, conscience affirmée sans amertume qui donne au livre un ton joliment nostalgique.
Malgré la construction (à peu près) chronologique, le livre est divisé en chapitres thématiques qui permettent à Renoir d’évoquer ses grandes amitiés, ses grands souvenirs de tournage, ses belles rencontres professionnelles, son rapport à son père et aux grands peintres qui l’entouraient, et surtout sa vision de la vie, du monde et des rapports humains.
Cette vision du monde, on la connaît par cœur depuis La Grande Illusion : les affinités ne se font pas en fonction des frontières (ce qu’il appelle la division verticale), mais en fonction des intérêts communs (la division horizontale). En résumé : un banquier et un ouvrier français n’auront pas forcément grand-chose à se dire, mais deux artisans de pays et de cultures différents auront toujours des sujets de discussion.
On peut trouver ça beau, ou un peu naïf. A vrai dire, on se dit en lisant ce livre que Renoir lui-même sait que la réalité n’est sans doute pas si simple, et que l’homme est, au fond, profondément complexe. Pour preuve : son rapport à la France, qu’il quitte en 1940, au moins autant par dépit après l’échec cruel de La Règle du jeu que pour fuir l’occupation nazie. Et son rapport à Hollywood, où il n’a au fond jamais trouvé vraiment sa place, mais qu’il n’a quitté que parce que les studios ne voulaient plus de lui…
L’homme est complexe, mais profondément attachant. Son parcours est sinueux, mais fascinant. Et sa vision du cinéma est passionnée et passionnante. Avec les mots simples de l’artisan qu’il n’a cessé d’être depuis ses débuts de céramiste dans l’ombre de son peintre de père, Jean Renoir livre mine de rien une sorte de manifeste de l’art et du plaisir de filmer, un plaisir basé sur la vie qu’il n’a cessé de chercher à capter avec sa caméra.

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