Les Fraises sauvages (Smultronstället) – d’Ingmar Bergman – 1957
Serait-ce le plus beau Bergman ? On pourrait dire ça de tant d’autres films aussi. Alors disons le plus nostalgiquement bouleversant. Bergman, 39 ans au moment du tournage, signe l’un des plus beaux films sur la vieillesse (avec Voyage à Tokyo et quelques autres Ozu). Ou sur la jeunesse. Ou sur la vie, tout simplement.
Le principe est tout simple : un vieux médecin à la retraite part en voiture pour être mis à l’honneur lors d’une cérémonie très officielle. Sa belle-fille l’accompagne sur la route, et ils sont bientôt rejoints par trois jeunes voyageurs. En chemin, l’homme de 78 ans, bien installé mais seul et peu tourné vers les autres, se remémore des souvenirs de sa jeunesse.
Ce court voyage prend bientôt l’aspect d’une véritable introspection, d’un périple intérieur qui va réveiller des sentiments profondément enfouis. Et il y a dans Les Fraises sauvages quelques unes des plus belles scènes de rêve du cinéma, dénuées de tous les défauts et limites habituels des scènes de rêve au cinéma. Filmée avec simplicité et dépouillement, elles prennent aux tripes et bousculent comme peu d’autres avant ou depuis.
La première, surtout, où le personnage principal est confronté à une vision cauchemardesque qui le met face à sa propre mortalité, face à des horloges sans aiguille, un homme sans visage, ou une charrette sans conducteur (serait-ce un clin d’œil à La Charrette Fantôme, que réalisa Sjöström bien des années avant)… Dérangeant, et frappant : une image qui semble sortie d’un film muet (de Murnau… ou Sjöström).
La référence au muet n’est pas anodine, même si le film est très dialogué. Les rêveries du vieil homme le renvoient à l’époque de sa jeunesse, au début du siècle, et du cinéma. Et ce n’est évidemment pas un hasard si Bergman, qui dirige sa troupe habituelle, confie le rôle principal à l’autre légende du cinéma suédois, celui qui lui a en quelque sorte ouvert le chemin : Sjöström, à qui il avait déjà confié un petit rôle dans Vers la joie, magnifique dans le rôle de cet homme de 78 ans qui fend peu à peu la carapace qu’il s’est forgée.
Sa présence devant la caméra de Bergman fait le pont entre deux époques, qui se répondent constamment. Hier et aujourd’hui, le temps qui passe, ce qui reste et ce qui a disparu pour de bon… Le sujet même de ce film magnifique.

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