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Acide – de Just Philippot – 2023

Classé dans : 2020-2029,FANTASTIQUE/SF,PHILIPPOT Just — 23 octobre, 2023 @ 8:00

Acide

Sur le papier : un film de genre de série B à la John Carpenter, quelque part entre Fog pour le détournement de phénomènes naturels (le brouillard là, la pluie ici), et Invasion Los Angeles pour l’ancrage dans une réalité brûlante (la pauvreté grandissante là, le réchauffement climatique et la crise des migrants ici). A l’écran : un film de genre, oui ; une série B, oui ; mais un film qui impose d’emblée la signature d’un (jeune) cinéaste singulier, et très prometteur.

Ce n’est pas son coup d’essai : La Nuée (pas vu, encore) avait marqué les esprits. Avec ce deuxième long métrage, prolongement d’un court du même nom lui aussi remarqué, il creuse visiblement un sillon similaire. Le résultat est saisissant. Il l’est dès les premières secondes, qui nous plongent à coup d’images tournées au portable au cœur d’une manifestation syndicale qui tourne mal.

Just Philippot serait l’héritier de Stépane Brizé plutôt que celui de John Carpenter ? Non, bien sûr, mais ces premières images sont étonnantes, fortes, et plantent le décor d’un monde qui ne va pas super bien, et d’un héros, joué par Guillaume Canet, dont le mal-être a visiblement tourné à la colère explosive depuis longtemps.

Ces premières images permettent aussi un contraste spectaculaire, mine de rien : entre les images format portrait volées au portable, et l’écran très, très large qui apparaît lorsque le générique commence, plan soudain stabilisé sur une nature immense et déserte. Le calme avant la tempête. Parce qu’on la sent arriver cette tempête…

Il y a d’abord les commentaires captés à la télévision ou à la radio, au détour d’un dialogue entre le père divorcé et paumé joué par Canet (formidable, peut-être bien dans le rôle de sa vie) et sa fille, ado en rébellion incarnée par une fabuleuse Patience Muchenbach, dont le visage faussement impavide semble d’une profondeur infinie.

Il y a, surtout, la manière dont Philippot filme les nuages, l’eau qui goutte, des flaques qui se forment. Aucun effet facile, si ce n’est cette musique sourde qui renforce le malaise, mais ces plans qui semblent anodins ne le sont pas. Le cinéaste en fait des signes annonciateurs de la catastrophe, de la plongée dans l’horreur qui ne va pas tarder.

Elle explose lors d’un moment d’une intensité proprement hallucinante, course éperdue à travers bois où le danger vient du ciel, et le salut d’un cocon familial qui n’existe plus qu’en période de crise. L’intensité ne retombera plus. Sur un scénario qui évoque La Guerre des mondes de Spielberg, Canet le paumé se transforme en père désespéré prêt à tout pour sauver sa fille.

Le film dépasse largement les codes du survival classique. Film de genre enthousiasmant, Acide pousse à son extrême la logique d’un monde confronté au changement climatique (encore que la marche n’est pas si haute), et renverse habilement le point de vue de la crise migratoire (comme Spielberg l’avait fait, d’ailleurs). Pur plaisir de cinéma et pamphlet brûlant, ce n’est pas si courant.

Au-delà de son intensité folle, Acide regorge d’images qui marquent durablement la rétine, comme ces deux chevaux fumant qui sortent de la brume, vision cauchemardesque admirablement mise en scène. Il y en a beaucoup d’autres, jusqu’à une conclusion particulièrement puissante, qui vous laisse exsangue.

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