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Archive pour janvier, 2022

Les Désaxés (The Misfits) – de John Huston – 1961

Posté : 12 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1960-1969, HUSTON John | Pas de commentaires »

Les Désaxés

C’est pour des films comme The Misfits que le terme « mythique » a été inventé, sûr… Rarement un film et sa légende auront été aussi parfaitement raccord. Rarement la légende aura nourri à ce point la force d’un film, à moins que ce soit le contraire.

Dans The Misfits, tous les personnages survivent, hantés par un passé qu’ils voient et ressentent cruellement comme un paradis perdu : la femme morte d’Eli Wallach, le mari de Thelma Ritter parti avec sa meilleure amie, les enfants de Clark Gable, les parents de Montgomery Clift, et les rêves d’enfants de Marylin. Un passé que tous pensent surmonter en s’enfonçant dans un paysage désolé, tout en montagnes escarpées et en déserts arides, et en se confrontant à des mustangs sauvages, derniers rescapés d’une Amérique de liberté.

Un décor de fin du monde qui colle parfaitement à l’histoire autour du film, qui symbolise elle aussi la fin d’un monde, celui de l’âge d’or d’Hollywood, qui brûle ici ses derniers feux. C’est le tout dernier rôle de Clark Gable, qui mourra quelques jours après le tournage. C’est le dernier film achevé de Marilyn Monroe. Et c’est le dernier très grand film de Montgomery Clift, qui n’est plus que le fantôme de lui-même avec cette gueule abîmée et ses épaules fatiguées… Tout un pan du cinéma hollywoodien qui disparaît dans cet ultime chef d’œuvre.

Le film est en soi une merveille, magnifique et envoûtante. Son côté légendaire lui donne une dimension supplémentaire, déchirante, qui ne fait que renforcer sa force, la douleur explosive de Marilyn, superbement émouvante, celle toute en arrogance de Gable, ivre de liberté. Et la cruauté avec laquelle tous voient leurs illusions se heurter à la réalité dans l’inoubliable scène des mustangs. La liberté a un prix ? C’est la leçon pleine d’amertume que prendront les personnages.

La Fièvre du pétrole (Boom Town) – de Jack Conway – 1940

Posté : 11 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, CONWAY Jack, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Fièvre du pétrole

Spencer Tracy et Clark Gable qui se retrouvent quatre ans après San Francisco, qui plus entourés par Claudette Colbert et Heddy Lamar… Il est des affiches comme ça qui font franchement saliver d’envie. Boom Town n’est certes pas un chef d’œuvre : il tire parfois en longueur, et il manque la vision d’un grand cinéaste. Mais pas de quoi bouder son plaisir, qui est très grand : voilà un film d’aventures plutôt original et fort sympathique.

Il y a là tous les ingrédients pour une grande fresque romanesque et spectaculaire. Deux amis prospecteurs de pétrole, une femme entre deux, des fortunes qui se font et se défont, la civilisation qui prend peu à peu le pas sur l’Amérique des grands espaces… et cette soif de liberté, ce goût pour l’aventure vu comme une philosophie de vie. Un peu naïf, voire maladroit, oui, mais tellement sincère, et tellement réjouissant.

Le vétéran Jack Conway n’est pas un grand auteur, non, mais il est un artisan au savoir-faire indéniable, qui nous offre dans les premières scènes une vision impressionnantes et très originale de ces petites villes construites autour de la fièvre du pétrole, boueuses et grouillantes de monde. C’est dans ce décor qu’il introduit les deux personnages principaux, se croisant dans les rues recouvertes par une épaisse boue glissante, dont il tire tout le potentiel spectaculaire et comique.

Le film est particulièrement réussit quand il tient cet équilibre entre le grand spectacle et la légèreté. Quand, dans une séquence quasi-documentaire autour des pionniers du pétrole qui pompent, qui pompent, qui pompent, il filme Spencer Tracy se moquant allégrement des oreilles décollées de Clark Gable. Ou quand une scène de bagarre tourne à la farce, les deux amis mesurant leurs forces respectives à la distance à laquelle chacun d’entre eux envoie son adversaire au tapis.

Claudette Colbert, romanesque à souhait ; Spencer Tracy, noble comme il sait l’être ; Clark Gable, immense en aventurier obstiné ; et Heddy Lamar, d’une classe folle, qui renverse radicalement l’image de la femme fatale… Jack Conway tire le meilleur de ses acteurs, pour un film qui est avant tout une ode à l’amitié (même si la structure familiale est là, c’est la relation virile entre Tracy et Gable qui domine) et à l’esprit des pionniers: la course à la fortune vue non pas comme un but, mais comme comme un chemin, un art de vivre.

Angel Heart : aux portes de l’enfer (Angel Heart) – d’Alan Parker – 1987

Posté : 10 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, DE NIRO Robert, FANTASTIQUE/SF, PARKER Alan | Pas de commentaires »

Angel Heart

Harry Angel, un détective privé sans envergure est engagé par un mystérieux Louis Cypher pour retrouver la trace d’un musicien disparu depuis douze ans. Angel… Louis Cypher… En deux patronymes un peu lourdingues, l’atmosphère est posée. Sous les allures d’un film noir aux images plutôt chiadées se tapis, littéralement, une descente aux enfers : l’éternelle histoire de l’âme vendue au diable.

Angel Heart est un film aux belles ambitions, qui flirte constamment avec les codes de deux genres bien différents, qui n’ont que très rarement eu l’occasion de se côtoyer. Il y a bien eu le très bon Alias Nick Beal de John Farrow en 1949, mais Alan Parker s’en démarque, en instaurant d’emblée une esthétique bien de son époque. Même si l’intrigue se déroule une dizaine d’années après la seconde guerre mondiale, Angel Heart est clairement ancré dans les années 1980, avec des images hyper léchées.

Pour le coup, l’esthétique volontiers clipesque de cette décennies est assez bien utilisée dans une série de belles images, souvent fascinantes : en particulier cette cage d’ascenseur qui revient comme un mantra, ne cessant de s’enfoncer toujours plus profondément. La symbolique, bien sûr, est évidente. C’est la descente aux enfer du personnage principal, entraîner dans une enquête qui le dépasse, croit-on d’abord, qui le mène des quartiers chauds de New York à une Louisiane à l’ambiance moite.

Parker filme avec un vrai talent cette ambiance, la magie noir omniprésente, et le malaise qui s’installe et ne cesse de grandir. Il réussit quelques moments de pur cauchemar : cette scène où le sexe et le sang s’entremêlent de la manière la plus dérangeante qui soit. Et il filme un Mickey Rourke remarquablement pathétique, qui subit plus qu’il ne provoque les événements. Une loque, qui suinte et qui saigne lamentablement.

Le malaise est bien là, donc, mais il manque au film ce petit quelque chose, ce liant, cette patte (de poulet) que Parker n’a pas, et qui aurait pu faire pencher Angel Heart du côté d’un grand film. Les images sont belles, l’ambition l’est tout autant, mais jamais le sentiment de peur et de paranoïa ne prend la dimension prévue. Robert DeNiro n’y peut rien. Se contentant de quelques apparitions suaves et sages en Lucifer urbain, jamais vraiment inquiétant.

On peut saluer l’ambition d’Alan Parker avec ce film. On peut aussi rêver de ce qu’en aurait fait le John Carpenter de ces années-là, celui de Prince des Ténèbres en particulier, produit à la même période, et autrement plus cauchemardesque et traumatisant que ce Angel Heart qui marque bien plus les esprits par ses belles ambitions que par ses effets.

San Francisco (id.) – de W.S. Van Dyke – 1936

Posté : 9 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

San Francisco

Suite de ce petit cycle Clark Gable… et c’est du lourd, du très lourd, San Francisco, soit l’un des plus grands chefs d’œuvre de la première grande période du film catastrophe (avec L’Incendie de Chicago et La Mousson), basée sur un fait historique bien réel : le tremblement de terre qui a ravagé San Francisco en 1906.

Hollywood oblige, le séisme apparaît comme un châtiment divin pour laver la ville de toute sa salissure morale, symbolisée en l’occurrence par un seul homme : Blacky, patron du plus grand cabaret de la Barbary Coast, ce quartier aux immeubles vieillissants et prompts à l’embrasement, où se concentrent le vice et la corruption.

Tout en symboles lourdement appuyés, le film aurait pu tourner au prêchi-prêcha insupportable. La jeune héroïne, chanteuse à la voix cristalline qui débarque en ville, est tiraillée entre son amour pour Blacky le voyou, et la grande musique pure que lui offre le patron de l’opéra. Entre le vice et la vertu, avec pour arbitre un prêtre au regard bienfaisant. Et reconnaissons que dans les deux dernières minutes, le film plonge tête la première dans la religiosité hollywoodienne.

Mais il le fait avec un souffle et un style indéniable. Et avant ça, avant ces deux dernières minutes tellement too much, W.S. Van Dyke signe tout simplement un grand film, triomphe du système des studios où tout, mais vraiment tout, fonctionne parfaitement. Un scénario formidable pour commencer (signé Anita Loos, auteur de Rose de Minuit ou Femmes), et un cinéaste en état de grâce qui donne rythme, atmosphère et émotion à cette histoire pleine de musique et de mouvements.

Et il y a les acteurs : Jeanette Mac Donald, aussi bonne actrice que grande chanteuse ; Spencer Tracy, parfait en prêtre au visage constamment bienveillant ; et Clark Gable, quasiment de tous les plans, et absolument renversant. A-t-il jamais été aussi bon que dans ce rôle de mauvais garçon au grand cœur ? A-t-il jamais été aussi profondément émouvant qu’à ce moment précis où il voit les deux êtres qu’il aime le plus lui tourner le dos par sa faute ?

Il y a dans ce film une vie incroyable, une intensité folle qui n’attend pas le tremblement de terre lui-même, qui arrive d’ailleurs fort tard, et qui n’occupe qu’une petite partie du long métrage. Mais quelle partie, chef d’œuvre de montage serré au cordeau qui tire le meilleur de trucages certes spectaculaires et généreux, mais qui sentent bon le décor de studio. Ce montage si dynamique rend palpable la violence du séisme et la cruauté de ses effets.

Rien à jeter dans ce San Francisco qui reste un modèle du genre, et un exemple triomphal du savoir-faire des grands studios hollywoodiens (la MGM en l’occurrence). Chef d’œuvre.

Chronique mondaine (After Office Hours) – de Norman Z. McLeod – 1935

Posté : 8 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, McLEOD Norman Z. | Pas de commentaires »

Chronique mondaine

Quand le rédacteur en chef très cynique d’un grand journal américain réalise que la jeune journaliste qu’il vient de renvoyer peut lui ouvrir les portes d’un potentiel scandale mondain de premier plan, cela donne une comédie de mœurs charmante, portée par Constance Bennett et Clark Gable, couple de cinéma dont l’alchimie est immédiatement parfaite.

Et quand la comédie de mœurs se transforme à mi-film en une comédie policière, à l’occasion d’une séquence qui, elle, n’a rien d’une comédie, eh bien cela n’enlève rien au plaisir, grand, que l’on prend devant ce nouveau témoin de la grandeur de la machine hollywoodienne. Chronique mondaine est un pur film de studio, confié à un réalisateur touche-à-tout et talentueux, et dans lequel on retrouve tout le savoir-faire de Hollywood.

Au scénario, quand même, Herman Mankiewicz, quelques années avant Citizen Kane. Le film n’a évidemment pas la force ni l’ampleur du chef d’œuvre de Welles, mais il faut reconnaître une vraie générosité dans ce scénario là, un vrai sens de l’intrigue et de la construction, et surtout une vivacité dans les dialogues, qui en fait tout le prix.

C’est particulièrement vrai dans les réparties moqueuses et pleines de passion que s’envoient Bennett et Gable, que tout oppose évidemment, mais réunis par l’amour évidemment. Elle un peu naïve mais pas tant que ça, lui menteur professionnel mais honnête jusque dans ses mensonges

Des potins à scandale aux faits divers en passant par la chronique mondaine, le film de McLeod plonge avec bienveillance dans les aspects les moins bienveillants du journalisme, avec une légèreté qui emporte vite l’adhésion. La seconde partie, est tout aussi enthousiasmante avec son crime et son faux suspense, parsemé de vrais moments de comédie, et porté par des seconds rôles joyeusement décalés (la mère, le photographe).

Au cœur de ce film enlevé et euphorisant, une scène surprend, et marque les esprits : celle du meurtre, forcément centrale, et dont toute l’action se déroule hors-champs, les protagonistes s’étant décalés jusqu’à sortir du champs fixe d’une caméra qui ne fixe plus, durant de longs instants, qu’un décor vide, simplement habité par les bruits du drame. Moment d’autant plus fort qu’il est inattendu.

L’Etoile du Destin (Lone Star) – de Vincent Sherman – 1952

Posté : 7 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, SHERMAN Vincent, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Etoile du Destin

Western et politique… Un mélange pas franchement commun qui fonctionne plutôt bien dans ce film prévu pour Howard Hawks. Sans doute aurait-il été plus fort si ce dernier l’avait accepté, mais Vincent Sherman, honnête réalisateur au métier incontestable, s’en sort plutôt bien, malgré un scénario certes ambitieux, mais qui hésite constamment entre la grande fresque historique, le drame humain, et la bluette légère… Un condensé improbable qu’on retrouve hyper concentré dans la dernière séquence, à la fois la plus spectaculaire (quelle bataille, quand même, foutraque et intense à la fois), dramatique (le combat des frères ennemis)… et hollywoodien à l’extrême, si on s’en tient à l’ultime image.

La dimension historique, c’est l’annexion du Texas par les Etats-Unis à la fin des années 1840. Une annexion appelée de ses vœux par l’ancien président Andrew Jackson, qui charge l’un de ses amis, un aventurier aux convictions aléatoires, de retrouver le sage Sam Houston, grande figure unanimement respectée, vivant reclus chez les Indiens, et dont la seule voix assurera le soutien de toute la population. Oui, c’est plus facile quand on simplifie les choses. Ce n’est pas moi qui m’en charge, mais le scénariste Borden Chase.

Ah on n’est pas dans le grand traité géopolitique, c’est sûr. Mais qu’importe : c’est la dimension dramatique qui compte ici : le suspense que promet cette période charnière de la construction du pays. Tout y est : l’amour contrarié, l’amitié contrariée, le cynisme contrarié, les chevauchées endiablées, les bagarres homériques, les Indiens sauvages, les Indiens sages (et même un tout jeune Geronimo)… et le casting.

Bon sang, le casting : Clark Gable et Ava Gardner, la noble brute et la belle indépendante (même si ses propres convictions s’effacent en un raccord face à l’évidence de l’amour!), juste avant de se retrouver pour Mogambo, Broderick Crawford, Beulah Bondi, Lionel Barrymore dans son avant-dernier rôle, Ed Begley, William Conrad (à peine reconnaissable)… Que du bon, tous très bons, et tous très bien utilisés. Rien que pour ça, Lone Star mériterait largement d’être vu.

The Power of the Dog (id.) – de Jane Campion – 2021

Posté : 6 janvier, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, CAMPION Jane, WESTERNS | Pas de commentaires »

The Power of the Dog

Douze ans que Jane Campion n’avait plus réalisé de long métrage. Depuis Bright Star, elle n’avait pas totalement disparu pour autant, signant les deux saisons de sa superbe série Top of the Lake. Mais quand même, la voir revenir au cinéma était forcément très excitant… même si, en guise de cinéma, il faudra hélas se contenter de Netflix. Et qu’est-ce qu’on aurait aimé voir The Power of the Dog sur un grand écran, dans une grande salle…

Douze ans d’attente, et Jane Campion revient avec un nouveau chef d’œuvre, immense, de ces films dont on sent qu’ils nous hanteront longtemps. Un film qui multiplie les fausses pistes, trompant constamment les attentes, jouant avec les sensations, les sentiments et les idées reçues du spectateur, avec une virtuosité et une intensité exceptionnelles.

Il y a d’abord ce genre du western que Campion donne l’impression d’aborder avec un certain classicisme. Mais du genre, elle ne garde pas grand-chose : le décor spectaculaire du Montana, les personnages de cowboy mal dégrossis dans ce qui est le plus grand ranch du territoire… Et c’est à peu près tout, la réalisatrice se moquant bien de toute référence au genre.

L’intrigue, d’ailleurs, se déroule dans les années 1920, à une époque où les bandits de grands chemins et les Indiens ne sont plus une menace, où les héros n’existent plus, et où dans ces grands espaces, c’est avant tout à la solitude et l’éloignement que sont confrontés les personnages. Comme dans La Leçon de Piano, autre chef d’œuvre qui a révélé au monde le talent si singulier de Jane Campion ? L’apparition d’un piano dans cette maison si loin de tout, cadeau fait à une jeune femme perdue par son mari, fait planer une nouvelle illusion…

Illusion qui ne dure guère, explosant violemment lors d’une séquence d’une cruauté insidieuse à peine supportable. Le piano, refuge salvateur il y a près de trente ans, devient ici un objet de torture malgré lui, qui ne fait qu’accentuer le malaise parce qu’il symbolise les fausses illusions derrière lesquelles se cachent les personnages.

Tout est mensonges, illusions et faux semblants dans ce faux western où des personnages hantés par leur solitude et leur mal-être se rencontrent, ou plutôt se percutent violemment. Une jeune mère célibataire (Kirsten Dunst), qui épouse un homme effacé (Jesse Plemons) ayant renoncé à des études brillantes pour tenir un ranch avec son frère, cynique et tyrannique (Benedict Cumberbacht), qui prend en grippe sa nouvelle belle-sœur et son fils trop efféminé (Kodi Smit-McPhee)… Quatre personnages forts, quatre acteurs formidables.

De ce quatuor improbable, Jane Campion tire le sentiment constant d’une menace sourde, d’une violence prête à exploser à chaque instant. Elle dont on a trop vite dit qu’elle filmait de grands personnages de femmes, filme de grands personnages tout court. Il n’y a qu’à voir la manière dont elle filme Benedict Cumberbacht, bloc de fureur dont on a le sentiment qu’il est capable du pire, mais dont elle souligne la terrible humanité : grand numéro d’acteur qui, dans le même plan, glace le sang et émeut, comme s’il pouvait en même temps tuer froidement et fondre en larmes.

C’est toute l’ambivalence de The Power of the Dog, sa force franchement unique. Jane Campion signe sans doute le plus cruel de ses films, celui où la violence est la plus palpable, la plus explosive. Mais où tout n’est que sensations, parfois à peine soutenables, et attentes déjouées. Un film immense, qui vous laisse hagard.

Le Mystère Henri Pick – de Rémi Bezançon – 2019

Posté : 5 janvier, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, BEZANCON Rémi | Pas de commentaires »

Le Mystère Henri Pick

Dans une bibliothèque réservée aux manuscrits refusés, une jeune éditrice découvre un roman écrit par un pizzaiolo mort depuis quelques années, qui devient un véritable phénomène. Mais un célèbre critique littéraire met en doute l’identité de l’auteur. Il se rend dans le petit village breton où il vivait pour mener l’enquête et démasquer la supercherie…

Belle idée que cette enquête littéraire, imaginée par David Foenkinos qui en a fait un roman. Le résultat n’est pas totalement abouti : quelques maladresses, des dialogues parfois lourdingues, un dénouement qui déçoit un peu… Mais on prend un vrai plaisir dans ce film enquête, où l’amour des livres transparaît constamment, et sur lequel souffle une vraie fraîcheur.

Dans le rôle du critique, à la fois attachant et odieux, Fabrice Lucchini est très bien, tout en sobriété et en gourmandise de jeu. Le couple improbable qu’il forme avec Camille Cottin, met un peu de temps à trouver son équilibre. Mais quand l’alchimie s’installe entre ces deux-là, cela donne les plus beaux moments du film. Le personnage de Camille Cottin souffre certes d’une écriture approximative, mais l’actrice est toujours parfaite, sorte d’incarnation d’une douceur de vivre très… provinciale.

Le Mystère Henri Pick, au fond, parle sans doute moins de littérature que de cette douceur de vivre que trouve Lucchini en Bretagne, loin d’un monde parisien dominé par l’injonction du succès. En filigrane aussi, le poids de la notoriété, la folie médiatique… C’est parfois maladroit, voire un peu lourd, mais l’atmosphère douce-amère de cette jolie comédie séduit et emporte l’adhésion.

Le Sicilien (The Sicilian) – de Michael Cimino – 1987

Posté : 4 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1980-1989, CIMINO Michael, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Le Sicilien

L’apogée de la carrière de Michael Cimino restera à jamais le triomphe à la fois public et critique de Voyage au bout de l’enfer, symbolisé par un moment-clé : l’Oscar qu’il a reçu des mains de Francis Ford Coppola, comme un passage de témoin entre l’un des pères du Nouvel Hollywood et son enfant alors chéri. C’était avant que son (sublime) film suivant, La Porte du Paradis, devienne le bouc-émissaire qu’attendaient les producteurs pour reprendre le pouvoir, et envoyer Cimino dans un purgatoire dont il ne sortira plus.

Après L’Année du Dragon et son accueil pour le moins partagé, Le Sicilien ressemble fort à une tentative un peu facile de renouer avec son âge d’or. Pensez donc : l’adaptation d’un roman de Mario Puzo, qui plus est un spin off du Parrain. Le projet lui-même témoigne d’une étonnante nostalgie de la part d’un cinéaste qui, jusque là, s’était montré si singulier, voire intransigeant. Comme s’il clamait au monde entier : « mais si, rappelez vous, je suis le fils spirituel de Coppola ! » A vrai dire, cette démarche a quelque chose de touchant, et même d’assez excitant.

Bon… D’emblée, l’affaire se présente mal. Pour un problème de droit, toute référence au Parrain doit être viré du scénario, ce qui nous prive d’une apparition possible de Michael Corleone (rien ne dit qu’Al Pacino aurait accepté le rôle, mais le personnage est bien présent dans le roman), et transforme Le Sicilien en ersatz du chef d’œuvre de Coppola. Autant dire que Cimino avait intérêt à se surpasser pour faire oublier le modèle, et imposer son propre univers.

Il le fait ponctuellement, au moins par son sens de la composition, le talent qu’il a pour filmer l’individu dans son environnement, et pour sublimer les paysages tout en soulignant leur caractère menaçant voire hostile. Le sujet s’y prête particulièrement : le destin (romancé) de Salvatore Giuliano, sorte de Robin des Bois de Sicile qui, en 1943, est devenu le héros d’un peuple paysan soumis à la rude loi italienne, et qui s’est réfugié dans les montagnes.

Visuellement, le film est donc souvent une splendeur. Pourtant, il ne fonctionne que très ponctuellement, plombé par plusieurs handicaps. D’abord, la comparaison avec le film de Coppola, que Cimino ne fait rien pour éviter, allant jusqu’à commencer son propre film par une séquence très inspirée du Parrain 2 (le cercueil qui traverse la campagne sicilienne). Ensuite parce que Christophe Lambert a tout de l’erreur de casting…

Il faut attendre la dernière partie, la plus sombre, pour que son jeu minimaliste prenne une certaine ampleur. Avant ça, il se contente de traverser l’histoire avec un visage impassible dont ne ressort à peu près rien. Bien sûr, il a le vent en poupe alors, sortant de Greystoke, Subway et Highlander, mais pourquoi lui avoir confié le rôle d’un symbole de l’identité sicilienne ? Cela dit, le reste du casting est plutôt à l’avenant, avec un Terence Stamp assez caricatural et une Barbara Sukowa franchement terne.

Reste John Turturro et Josh Ackland, très bien dans des rôles plus complexes, plus en demi-teinte. Pas suffisant pour faire du Sicilien le grand film qu’il aurait pu être, s’il ne donnait pas constamment cette sensation de vouloir se raccrocher à une mode, ou à un état de grâce disparu. En l’état, il a tout du film malade, beau par moments, décevant la plupart du temps, franchement raté parfois.

La femme de nulle part – de Louis Delluc – 1922

Posté : 3 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1920-1929, DELLUC Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

La Femme de nulle part

Une grande maison isolée dans la campagne ; une jeune femme dont on sent qu’elle rêve d’une vie plus palpitante que ce quotidien de mère de famille, mariée à un homme qui n’a pas le profil du prince charmant ; une autre femme qui arrive, le pas lourd, le poids du malheur sur les épaules…

Cette inconnue, c’est Eve Francis, l’épouse et muse de Louis Delluc, qui en fait des tonnes, toute en gestuelle excessive, véritable tragédienne à l’ancienne. Face à elle, Gine Avril (actrice très éphémère qui n’a tourné que cinq films entre 1921 et 927) est plus en retenue, avec un jeu plus sobre et plus moderne. Pas sûr que ce soit voulu, mais la confrontation de ces deux jeux d’actrices, de ces deux générations qui se répondent et se répètent, est l’une des belles choses qui reste du film.

Il reste aussi quelques scènes de foules, sans doute volées dans des décors réels : les regards face caméra de quelques badauds en atteste. C’est aussi là que le film trouve tout son intérêt : dans sa manière de filmer une gare italienne, le port de Gênes, ou un cabaret grouillant de vie.

L’histoire elle-même paraît bien anodine aujourd’hui, avec son drame étiré à l’envi. Partira ? Partira pas ? Zat is ze kwestion. La jeune femme suivra-t-elle son amant, comme la visiteuse l’a fait bien des années avant elle ? Abandonnera-t-elle mari et enfant pour vivre la passion ? Ou se laissera-t-elle guider par la raison ? Suivra-t-elle ses impulsions de jeune femme, ou écoutera-t-elle la voix de cette inconnue qui apparaît comme une conscience incarnée, qui elle-même hésite sur le conseil à donner ?

Suspense insoutenable, dont je ne dévoilerai pas le dénouement ici. Soulignons quand même que la décision finale est prise lors d’une scène d’une cruauté quand même assez incroyable, promesse d’une belle vie de traumatisme pour la gamine qui traverse le film tel un fil rouge sensible, ou le rappel des enjeux du drame.

Si le film accuse son presque siècle, il reste un vrai plaisir de découvrir (tardivement, je le concède) le cinéma de Louis Delluc, dont on ne connaît plus guère aujourd’hui que le prix auquel il a donné son nom. Malgré un rythme inégal, et des cartons un rien trop explicatifs, il y a dans ce film quelques jolis moments, une belle manière d’utiliser les décors naturels surtout, qui donne envie d’en découvrir plus.

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