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Archive pour mars, 2021

Le Fantôme de l’Opéra (The Phantom of the Opera) – de Rupert Julian – 1925

Posté : 11 mars, 2021 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, JULIAN Rupert, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Le Fantôme de l'Opéra 1925

L’effroi qui vous prend, même quand on s’y attend, quand Lon Chaney se retourne et retire son masque… La spectaculaire beauté de cette cape roue (impressionnante utilisation des couleurs) qui domine le couple maudit sur les toits de l’opéra… Une impressionnante course poursuite dans la nuit parisienne…

Cette version du Fantôme de l’Opéra reste inégalée, pleine de grands moments de cinéma, d’une force qui n’a pas pris une ride en presque cent ans. Cent ans : c’est quasiment l’âge de cette adaptation de l’œuvre de Leroux, la plus célèbre de toutes. Et après en avoir vu un paquet, c’est incroyable de voir à quel point celle-ci garde toute sa puissance formelle et narrative.

Il y a le rythme, fou. Et la générosité d’un scénario qui laisse la part du roi au suspense, au mouvement, aux chausse-trapes et aux rebondissements les plus dingues. Il y a aussi cette gourmandise de l’image, ces ombres portées impressionnantes, l’omniprésence de l’opéra lui-même, non pas comme un personnage, mais comme un décor absolu qui s’élève dans le ciel autant qu’il s’enfonce dans les abymes, dévoilant d’innombrables recoins et pièces secrètes.

Les acteurs ont bien une tendance à l’emphase et à la grandiloquence (le « ballet » effrayé des danseuses dans les sous-sols de l’opéra fait un peu sourire). Mais cette emphase s’inscrit aussi parfaitement dans cette mise en scène toute tournée vers le spectaculaire théâtral.

Ce lustre qui s’écrase sur les spectateurs, les héros coincés dans un sous-sol inondé (digne d’un Indiana Jones), le « fantôme » qui s’approche de sa proie, invisible sous l’eau… Tout ici est tourné vers l’émotion, et le plaisir du spectateur. Du grand cinéma, populaire et enthousiasmant, qui continue cent ans après à procurer un plaisir sadique, immense.

La Corde raide (Tightrope) – de Richard Tuggle (et Clint Eastwood) – 1984

Posté : 10 mars, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), TUGGLE Richard | Pas de commentaires »

La Corde raide

De tous les thrillers de l’ami Clint, celui-ci est sans doute le plus trouble, celui en tout cas où lui-même est le plus borderline… sur la corde raide, donc. Flic divorcé qui trimballe son mal-être dans des soirées très sexuées, se laissant distraire de l’enquête en cours par ses pulsions sexuelles les plus animales.

Sauf que le meurtrier qu’il traque semble avoir les mêmes fantasmes que lui, fréquenter les mêmes quartiers sordides, les mêmes clubs déviants, les mêmes femmes aux tendances très libres… Celles-là même que l’on retrouve mortes soir après soir. De là à imaginer que Clint lui-même puisse être le tueur, il y un pas que Richard Tuggle, scénariste et réalisateur officiel, ne franchit jamais.

Réalisateur officiel, parce que le film est souvent largement attribué à Eastwood. Ce qui ne fait guère de doute, tant on retrouve les ambiances chères au réalisateur, séquences nocturnes superbement filmées (l’atmosphère moite de La Nouvelle Orléans remplace la chaleur de San Francisco à laquelle le cinéma d’Eastwood est plus habitué) et sonorités jazzy.

Mais, donc, le film ne pousse pas à fond la personnalité trouble de Block, le flic joué par Clint. Sexualité trouble mais mauvaise conscience affichée, bon père sans le moindre doute, et bon flic, sans que jamais la question de sa possible culpabilité ne se pose.

Tightrope est assez audacieux pour la noirceur de son décor, et pour la place qu’il accorde aux pulsions sexuelles hors normes hollywoodiennes. Mais Tuggle (ou Eastwood) reste constamment convenable, ne poussant pas le trouble aussi loin que le fera un Paul Verhoeven.

Quant à l’aspect purement thriller à proprement parler, il joue largement sur des trucs très datés, avec les apparitions du tueur à l’arrière-plan et les effets musicaux très synthé. Reste surtout une belle prestation de Clint Eastwood, très à part dans sa filmographie, et une peinture assez fascinante des nuits de la Nouvelle Orléans, envoûtante et pleine de vie… et de danger.

Atlantique, latitude 41° (A Night to remember) – de Roy Ward Baker – 1958

Posté : 9 mars, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, BAKER Roy Ward | Pas de commentaires »

Atlantique Latitude 41°

Le film de référence sur le naufrage du Titanic, quarante ans avant celui de Cameron, qui s’en inspirera d’ailleurs beaucoup, jusqu’à reprendre une poignée de séquences comme la soirée de danses improvisées dans les dortoirs des troisièmes classes, ou ce vieux couple qui décide de mourir ensemble. Cameron citera même Atlantique, latitude 41° en copiant au moins un plan à l’identique : ce petit travelling vers les deux vigies qui voient l’iceberg se rapprocher, trop tard pour réagir…

Le film de Roy Ward Baker impressionne à la fois par une précision presque clinique dans sa narration, et par le flegme absolu de ses personnages, véritable ode énamourée à la fameuse dignité british. Contrairement au triomphe futur de Cameron, le film est ainsi remarquablement dénué de surdramatisation, à de très rares exceptions près autour de l’instant ultime du naufrage, comme si le réalisateur et son scénariste n’avaient alors plus suffisamment foi en la seule force des images.

Le film tire sa force de ce flegme à toute épreuve, de cette approche qui mine de rien place tous les personnages sur un même plan. Braves ou couards, dignes ou pathétiques, tous sont des victimes sur lesquelles, quelles que soient leurs actions, la caméra de Baker ne porte jamais le moindre jugement. Cameron n’aura pas la même empathie absolue.

L’empathie n’empêche d’ailleurs pas la conscience : celle de l’inégalité de cette vieille Angleterre qui sauve ses puissants avec élégance tout en parquant les troisièmes classes dans le ventre du bateau sur le point d’être englouti par les flots. Un thème bien présent, même si jamais surinterprété, toujours en filigrane.

Le film n’a pas cette construction si typique de film catastrophe (que Cameron adoptera, lui), avec cette longue première partie qui permet de mieux connaître les personnages et de renforcer les drames personnels. Pas de ça ici : c’est dans le drame que les personnages révèlent leurs personnalités. Le drame n’en est pas moins fort. Et même si la grandiloquence du discours final vient un peu plomber cette émotion, le film reste une référence, pour sa précision et sa construction, remarquable.

Le Colonel Chabert – de René Le Hénaff – 1943

Posté : 8 mars, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, LE HENAFF René | Pas de commentaires »

Le Colonel Chabert

Voilà ce qu’on appelle de la belle ouvrage. Du cinéma classique, dans tous les sens du terme, un rien académique, mais qui se regarde avec un plaisir authentique, et une boule au ventre.

Le film donne parfois l’impression d’être trop écrit, il manque un peu de vie à la mise en scène de René Le Hénaff. Mais il y a Raimu, et Raimu est grand. Il incarne parfaitement cet homme revenu d’outre-tombe : le colonel Chabert, héros napoléonien mort en héros… qui réapparaît des années plus tard, bien vivant, désormais encombrant, réclamant une place que personne n’est prêt à lui rendre.

C’est une nouvelle de Balzac, bien sûr, qui dit beaucoup de l’identité dans une société qui perd la notion d’individu (un thème décidément en vogue sur ce blog, après Monsieur Klein). Un récit fort et édifiant auquel René Le Hénaff s’applique à rendre justice. Même s’il le fait sans génie, et en ratant la fin, trop grandiloquente et pas assez convaincante, il le fait au moins avec sincérité.

De la belle ouvrage, vraiment, porté par un Raimu tour à tour mystérieux, inquiétant, puissant ou pathétique. Grand acteur, grand rôle, pour un film pas grand, mais appliqué et prenant.

Monsieur Klein – de Joseph Losey – 1976

Posté : 7 mars, 2021 @ 8:00 dans 1970-1979, LOSEY Joseph | Pas de commentaires »

Monsieur Klein

Grande claque que ce film de Losey, à la fois obscur et terrifiant. Film pas facile à appréhender, rêve et opaque sur bien des aspects, mais pourtant passionnante et édifiante peinture du Paris de 1942.

La claque arrive en fait en quelques secondes, dès la première séquence. Dans une grande pièce froide, un « médecin » examine une femme nue avec froideur, analysant ses dents, sa morphologie, son crâne, comme on le ferait avec un cheval, commentant en ignorant sa présence-même sa probable judéité. Un moment déshumanisant, dont la pauvre femme ne sortira pas indemne. Dans le couloir, elle ne peut dire la vérité à son mari, qui lui-même semble lui mentir sur sa propre expérience.

Deuxième séquence, deuxième claque. On découvre Robert Klein, Alain Delon, cynique profiteur, homme d’affaires achetant des biens au rabais à des Juifs acculés. Jean Bouise en l’occurrence, digne et résigné. Delon, arrogant et carnassier, qui découvre sur le pas de sa porte un journal juif visiblement destiné à un homonyme…

Voilà comment, en quelques minutes seulement, Losey illustre la déshumanisation de cette période de haine, de mort et de rancœur. Qui est cet autre Robert Klein avec qui on confond le personnage de Delon ? Un Juif visiblement, mais pourquoi cette méprise ? Klein enquête pour détourner de lui les soupçons de « juiverie » qui commencent à peser. Et plus il enquête, plus l’attention se porte sur lui…

Losey signe une troublante plongée dans les abysses de la culpabilité, et de l’identité en ces temps troublés. Dans son enquête, Klein croise d’étranges personnages, une mystérieuse maîtresse qui pourrait s’appeler Isabelle… ou Françoise… ou Kathy, une châtelaine jouée par Jeanne Moreau, une concierge apeurée (Suzanne Flon), un photographe suspicieux (Gérard Jugnot)…

En même temps, Klein part à la recherche de ses propres origines, pour se dédouaner, mais aussi pour comprendre. C’est une enquête absurde, comme sortie d’un récit de Kafka. On se croirait aussi par moments chez David Lynch, avec ce trouble presque envoûtant sur l’identité et la personnalité du personnage.

Mais la dernière séquence, la rafle du Vel d’Hiv, remet douloureusement les pieds sur terre, et nous assène sans ménagement la monstruosité, la déshumanisation, la négation de l’individu, le trouble et la culpabilité. Un film pas confortable, vraiment pas. Mais un film qui vous poursuit bien après que les bruits de train se sont tus.

Rivière sans retour (River of no return) – d’Otto Preminger – 1954

Posté : 6 mars, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, MITCHUM Robert, PREMINGER Otto, WESTERNS | Pas de commentaires »

Rivière sans retour

Le regard que porte Marylin Monroe sur Robert Mitchum quand ce dernier lui frotte la jambe pour la réchauffer… Il y a dans ce moment en suspens, entre deux des plus grandes et belles stars d’Hollywood, tout ce que la censure interdit de montrer, sommet à la fois de romantisme et d’attirance sexuelle.

Bon. River of no return est un chef d’œuvre. L’unique incursion de Preminger dans le western est une pure merveille du genre. Certes, les Indiens sont un rien caricaturaux, et ne sont d’ailleurs là que comme des prétextes pour précipiter nos héros sur la rivière du titre. OK, quelques transparences semblent aujourd’hui approximatives. Mais Preminger marie merveilleusement le grand spectacle que lui permettent ses gros moyens, et l’intimité la plus émouvante.

Il y a finalement peu de personnages : l’essentiel du film se concentre sur ce qui ressemble fort à une famille en construction : l’enfant, ce père qu’il découvre, et cette jeune chanteuse qui ne trouve pas sa place.

Oui, elle est chanteuse Marylin. Bien sûr, pourrions-nous ajouter. Et ses chansons sont parmi les plus beaux moments du film. La chanson titre, bien sûr, l’une des plus célèbres du western, mais aussi la première, dans ce saloon où le chaos cède la place à une chaude quiétude par la magie de sa voix, comme enveloppée dans de lents mouvements de caméra qui embrassent la chanson et l’arrivée de Matt, Mitchum. Superbe moment, fascinant.

Les scènes d’intérieur, rares, sont à cette image. Loin des lieux de débauche habituels du genre, Preminger crée des atmosphères chaleureuses et presque ouatées, havres de paix qui contrastent avec les paysages grandioses et magnifiques, mais pleins de dangers.

Grand film d’aventure, d’amour et d’initiation, grand couple de cinéma, grand plaisir, intemporel.

Dans la souricière (The Trap) – de Norman Panama – 1959

Posté : 5 mars, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, PANAMA Norman, WESTERNS | Pas de commentaires »

Dans la souricière

Norman qui ? Panama ? Jamais entendu parler, dois-je humblement avouer. Et cette découverte donne franchement envie d’en connaître plus. Sans révolutionner le(s) genre(s), The Trap est un thriller/western dense et parfaitement tenu, au suspense d’une grande efficacité, aussi grande que l’est la simplicité du propos et du décor.

Décor de western, même si le thriller est contemporain. On est dans les années 1950, mais l’histoire se passe à Tulla, petite ville d’un Ouest brûlant et poussiéreux, qui semble n’avoir pas bougé depuis le 19e siècle. Quelques détails quand même : des voitures, des téléphones, des fontaines à eau… Rien d’autres, ou si peu, pour rappeler que les décennies se sont écoulées depuis l’époque des pionniers.

Norman Panama filme ce décor de la même manière qu’il filmerait un western, sans doute. Même utilisation des recoins de la ville, ou des grands espaces désertiques. Même logique de confronter un héros solitaire à une horde de bandits prêts à tout pour libérer l’un des leurs. Au passage, on peut rappeler que Rio Bravo est sorti la même année…

Ici, c’est Richard Widmark, formidable en avocat de la mafia qui reprend son destin en main quand son père est trucidé par son « patron », joué par l’excellent Lee J. Cobb. Ajoutez à ça un frère alcoolique et une belle-sœur qui fut son grand amour (Tina Louise, actrice fascinante à qui la chaleur caniculaire va bien)… une grande tragédie familiale s’ajoute au pur suspense, et les deux aspects sont parfaitement tenus.

On pense à Un homme est passé bien sûr, le film de Sturges qui mélangeait lui aussi western et thriller. The Trap n’a pas tout à fait la même ambition, ni même la même force sans doute. Mais Panama signe un film de genre(s) original et passionnant.

Peggy Sue s’est mariée (Peggy Sue got married) – de Francis Ford Coppola – 1986

Posté : 4 mars, 2021 @ 8:00 dans 1980-1989, CARRADINE John, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Peggy Sue s'est mariée

Le film ne peut pas ne pas être une réponse à Retour vers le Futur, sorti un an plus tôt. Une réaction, plutôt, comme si Coppola voulait s’approprier de la manière la plus intime qui soit cette histoire, qu’il n’a pourtant pas écrite (c’est une commande, qui n’était même pas faite pour lui), mais dont il tire un film que l’on sent totalement personnel.

Comme beaucoup de ses films des années 80, il y a le rapport à son propre passé, à la nostalgie d’une époque heureuse et fondatrice. Contrairement au film de Zemeckis, ce n’est pas un ado qui retourne dans le passé pour découvrir la jeunesse de ses parents, mais une femme mûre, qui se confronte à sa propre jeunesse.

Et contrairement à Zemeckis, Coppola n’a pas besoin d’une DeLorean pour réussir ce voyage vers autrefois. Il suffit d’exacerber l’émotion, dans une séquence d’une intensité folle, sorte de condensé magique de ce que représente la force du cinéma : Peggy Sue est sacrée reine de la promo vingt-cinq ans plus tard lors d’une soirée avec ses anciens camarades de lycée, où le passé est omniprésent, avec les expériences souvent douloureuses et le poids des années en plus. Elle est sur le point de divorcer de celui avec qui elle elle formait un couple si magique, Crazy Charlie, à qui Nicolas Cage apporte un décalage plein de force.

Il y a dans Peggy Sue s’est mariée une simplicité, une pureté même, qui bouleverse. Peggy Sue, le rôle de sa vie pour Kathleen Turner, est à un tournant de sa vie d’adulte, où ses rêves de jeunesse semblent tous envolés. Revivre cette période déterminante est l’occasion de réparer les erreurs commises… « Si j’avais su alors ce que je sais aujourd’hui, j’aurais fait bien des choses autrement. »… Hmm… Mais Peggy Sue s’est mariée, c’est un fait établi, presque historique.

Confronter la femme riche de son expérience à son univers d’adolescente donne beaucoup de moments légers, d’autres graves, mais surtout une émotion constante qui nous ramène à notre propre nostalgie. Peggy Sue incapable de parler à cette grand-mère qu’elle aimait tant (Maureen O’Sullivan), ou retrouvant la jeunesse oubliée de sa mère… Des moments simples, mais d’une beauté foudroyante.

C’est aussi un film sur la perception, sur ce qu’on fait de ses souvenirs. Deux plans étranges le soulignent au début et à la fin. Deux plans où la caméra fait face à un miroir, qui n’est pas vraiment là : les reflets sont remplacés par des doublures de dos, dont les mouvements ne sont pas absolument synchronisés. La vérité n’est pas toujours exactement telle qu’on se l’imagine. Les sentiments et l’émotion, eux, ne mentent pas. C’est très beau.

Le Blanc et le noir – de Robert Florey et Marc Allégret – 1930

Posté : 3 mars, 2021 @ 8:00 dans 1930-1939, ALLEGRET Marc, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Le Blanc et le noir

Adaptée d’une pièce de Sacha Guitry, dont elle garde la structure en quatre actes et l’unité de lieu, cette comédie a cette particularité de moins faire rire que glacer le sang par la cruauté hallucinante des situations, et par un cynisme dont on a un peu de mal à définir s’il est assumé au troisième degrés ou s’il est le fruit d’une vision de blanc condescendant (pour rester soft). Peut-être un peu des deux…

Un couple de bourgeois s’engueule. Neuf mois plus tard, la femme accouche d’un bébé noir. L’homme décide de tout faire pour cacher la vérité à sa femme (qui n’a pas encore vu le bébé) et fait appel à l’assistance publique pour échanger l’enfant avec un bon petit blanc, bien rose, sous le regard approbateur de ses amis et du médecin de famille.

« Il serait bicéphale… ou hermaphrodite… il n’y aurait rien à dire… Mais un noir ! » Voilà tout ce que le médecin, vieillard priapique dur d’oreille, trouve à dire au père désabusé que joue Raimu (qui retrouve un rôle qu’il avait tenu sur scène quelques années plus tôt). Et cette réplique si énorme tendrait à faire pencher pour un humour très noir pas dupe. La dernière réplique lancée par Aimos dans le rôle de l’ami fidèle va aussi dans ce sens : « Tout compte fait, ce n’est pas tellement déshonorant », d’un cynisme sans borne.

Le film bouscule, en tout cas, dérange, et laisse un goût amer. Il aborde avec une légèreté troublante la vision qu’a la bonne bourgeoisie blanche d’alors des « nègres ». C’est d’ailleurs tout ce qui peut jurer dans une société si uniformisée qui est tourné en dérision, à l’image de cet obèse obligé de prendre deux chaises pour s’asseoir. Quant au père biologique de l’enfant, le fait qu’il soit un chanteur reconnu fait de lui un noir acceptable… mais quand même, un nègre.

Reste qu’il y a là une cruauté réellement assumée, qui trouve son apogée dans la visite de l’assistance publique, où Raimu va « faire son marché », découvrant des alignements d’enfants parfaitement blancs et sages. Le ton est constamment exagéré, le jeu lui-même des acteurs est volontiers outré (à l’exception de celui de Raimu, dont c’est pourtant le premier film parlant, intense et posé), quelques épisodes font sourire (les apparitions d’un tout jeune Fernandel, dans son tout premier rôle). Mais drôle de comédie quand même, qui bouscule et évite consciencieusement toute zone de confort.

Lumière d’été – de Jean Grémillon – 1943

Posté : 2 mars, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Lumière d'été

Un décor presque idéal, un hôtel presque idyllique, une femme amoureuse presque heureuse… Les premières images de Lumière d’été sont des apparences, que Grémillon ne tarde pas à égratigner.

Oui, la montagne est belle tout autour, comme protectrice. Mais à y regarder de plus près, il n’y a là que roches et poussière, et ces barres rocheuses qui entourent le décor ressemblent à des murs qui obstruent tout horizon. Cet hôtel à la verrière majestueuse est constamment troublé par les explosions de la mine voisine. Et cet amant que la jeune femme attend tarde à venir. Pire : il finit par arriver, ivre et médiocre, génial Pierre Brasseur qui met à mal l’image du prince charmant.

L’arrivée de cette étrangère, jouée par Madeleine Robinson, cristallise tous les drames et révèle cette solitude insondable que chaque personnage porte au fond de lui. Une sorte de douleur sourde, et une incapacité à vivre en couple. Etrange hôtel qui a des allures d’Overlook (l’hôtel de Shining), un peu angoissant dans ce qu’il révèle des illusions perdues de chacun.

Ceux, surtout, de « Cricri », cette femme entre deux âges, qui a tout quitté un petit noble capricieux et manipulateur (Paul Bernard), et prête à tout pour le garder, refusant d’admettre la fin de ce qui ressemble à des derniers feux. Madeleine Renaud est sublime dans ce rôle pathétique d’une femme qui se raccroche à cette jeunesse insupportable qui s’enfuit déjà.

Le personnage du jeune homme qui ramène l’espoir serait bien anecdotique qu’il n’y avait la diction fascinante de Georges Marchal qui, à bien des égards, annonce avec vingt-cinq ans d’avance la Nouvelle Vague : cette manière si dénuée d’effets de dire les dialogues (très beaux) de Prévert.

Lumière d’été est un film superbe qui, en fait, n’appartient à aucun courant. Hors du temps, à la fois très moderne et très rétro, audacieux et radical dans sa peinture de l’humanité, et parsemé d’un humour d’un autre temps (Marcel Levesque, l’acteur des feuilletons de Feuillade, irrésistible en vieux bougon qui ne supporte rien), souvent ancré dans une profonde immobilité, mais avec de brusques mouvements : un impressionnant accident de voiture, une scène de bal ébouriffante et sous tension mais d’un réalisme étonnant, des ouvriers qui s’affairent avec un sens du détail sans esbroufe.

Ajoutons une musique fascinante qui semble parfois aller contre le drame… Lumière d’été, que Grémillon tourne après le sublime Remorques, est un film d’une richesse surprenante. Et beau, tout simplement.

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