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Panique – de Julien Duvivier – 1946

Classé dans : * Polars/noirs France,1940-1949,DUVIVIER Julien — 16 février, 2021 @ 8:00

Panique

Pas du genre à se laisser déborder par le dépaysement, Duvivier. En exil aux Etats-Unis durant la guerre, il est l’un des réalisateurs français qui s’adaptent le mieux aux méthodes de travail américaines. De retour en France, il signe d’emblée l’un de ses plus grands films, si ce n’est le plus grand.

Un film immense en tout cas, tourné dans un décor superbe de quartier populaire qui évoque celui du Jour se lève. A ceci près que l’empathie de la foule dans le film de Carné laisse place ici à la pire illustration de la meute, cette foule mesquine et avide, prompte à juger et à condamner.

On a souvent fait de Duvivier un cinéaste pessimiste et sombre, une réputation à laquelle Panique n’est pas étranger. La vie semble si douce à première vue dans ce petit quartier populaire de Paris, où l’harmonie semble régner, et où tout le monde se connaît et s’apprécie. Mais Duvivier n’est pas tendre avec cette société de l’immédiat après-guerre.

Personne, ou presque, ne trouve grâce à ses yeux, dans cette adaptation très cruelle du roman de Simenon Les Fiançailles de Monsieur Hire. Il filme une France de la mauvaise conscience, incapable de comprendre un homme ouvertement en dehors des codes, en l’occurrence Michel Simon, extraordinaire et bouleversant dans le rôle de cet homme solitaire et mal aimable.

La scène où il affronte Alfred (Paul Bernard), ce dernier étant incapable de se tourner vers lui pour le fixer dans les yeux, est une image d’une force incroyable, comme cette terrible séquence dans les auto-tamponneuses, qui en dit déjà si long sur ce que l’effet de groupe peut avoir de déshumanisant. D’une intensité incroyable.

Duvivier donne de la vie à ce quartier qui se réveille avec la découverte d’un cadavre de femme. Il a une manière très simenonienne de mettre en place le drame, d’isoler peu à peu le personnage de Hire, de réduire l’espace de ce quartier d’abord ouvert, pour en faire un lieu étouffant, propice à l’explosion de la violence et à l’étouffement de l’individualité. Il fait monter la tension, jusqu’à cette fin terrifiante où tous les ressentiments, toute la mesquinerie de ce petit monde semblent converger.

Dans ce film superbe et cruel, Michel Simon trouve l’un de ses plus beaux rôles, celui d’un homme pointer du doigt parce qu’il ne répond pas à l’image qu’on attend d’un membre de la communauté : pas marié, pas d’enfant, taiseux… Et comment faire confiance à un homme qui consomme si peu de viande et qui se plaint qui plus est qu’il n’y avait pas assez de sang dans le morceau que le boucher lui a vendu la veille. Si un homme comme ça n’est pas un meurtrier…

Surtout que le vrai meurtrier, lui, est un homme charmant et affable, qui ne jure pas dans le décor. Et qu’il a pour lui une jeune femme qui semble si douce, Viviane Romance, magnifique garce qui réussit à faire apparaître un peu d’humanité derrière ce regard, lors des fiançailles les plus pathétiques du cinéma. Panique est un immense film noir, peut-être le sommet français du genre, un chef d’œuvre.

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