Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour décembre, 2020

Bean (id.) – de Mel Smith – 1997

Posté : 31 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1990-1999, SMITH Mel | Pas de commentaires »

Bean

La qualité la plus jubilatoire du personnage culte de Rowan Atkinson, ce n’est pas tant son sens du mime. Les grandes stars du burlesque muet étaient passées là bien avant, et de manière souvent bien plus marquantes que lui. Non, c’est plutôt sa méchanceté, sa hargne, qui rendait le personnage si réjouissant dans sa forme courte télévisuelle.

Le passage au grand format (et au grand écran) gomme en grande partie les aspérités de Mister Bean, qui ne rappelle sa méchanceté antisociale que par bribes. Inadapté à la vie en société, sans aucun doute, mais plus pour sa maladresse et son absence de retenue.

Cela étant dit, ce premier long métrage séduit plutôt par son irrévérence, et la joie décomplexée avec laquelle le personnage ravage un authentique chef d’œuvre de la peinture, « La mère de Whistler », dans une sorte de jeu de massacre pas si courant au cinéma.

Rowan Atkinson est en terrain connu, il est l’unique raison d’être de cette comédie rythmée mais sans génie, par moments franchement drôle.

Donnie Brasco (id.) – de Mike Newell – 1997

Posté : 30 décembre, 2020 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, NEWELL Mike, PACINO Al | Pas de commentaires »

Donnie Brasco

Mike Newell n’est pas Scorsese. Et c’est le principal problème du film, comme d’ailleurs de beaucoup de films de gangsters post-Goodfellas.

Donnie Brasco est irréprochable. La reconstitution de New York (et Miami) des années 70 est absolument parfaite. Alors quoi… Un peu de folie, un peu de surprise, des accidents de parcours, des baffes dans la gueule… Il manque au film ce que Scorsese a apporté au genre, finalement. C’est assez injuste pour Newell, mais comparer est inévitable.

C’est injuste, parce que le film est vraiment bien fichu. C’est inspiré d’une histoire vraie, ça l’est aussi d’Un flic dans la mafia, l’une des premières séries « modernes » dans les années 80. Le principe est le même : un agent infiltre la mafia, s’enfonce de plus en plus profondément, quitte à se perdre, et s’attache à celui qui l’a pris sous son aile.

La principale singularité, c’est la nature de ce « parrain » : Al Pacino, très loin de Michael Corleone, un homme de main qui regarde ceux qui l’entourent gravir les échelons de la pègre depuis trente ans. Lui est toujours sur le bitume, un minable, apprécié mais comme un compagnon un peu lourdingue.

Il est formidable, Pacino, pathétique, touchant, et parfois inquiétant. Le « couple » qu’il forme avec Johnny Depp, intense et habité, est ce qui fonctionne le mieux dans ce film pas neuf, mais irréprochable. Sage, mais prenant.

Embrasse-moi idiot (Kiss me stupid) – de Billy Wilder – 1964

Posté : 29 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Embrasse moi idiot

L’une des comédies les plus méconnues de Wilder… et l’une des meilleures. Kiss me stupid est un petit chef d’œuvre de drôlerie, d’humour, d’inventivité, et d’irrévérence. Un film typiquement wilderien, synthèse géniale de toute son œuvre comique, de Some like it hot à The Apartment.

Le film a choqué les ligues de vertu à sa sortie, comment aurait-il pu en être autrement ? Wilder met en scène un mari et une femme qui s’aiment, sans l’ombre d’un doute, et qui vont être amenés à passer la nuit avec un/une autre. Et par « passer la nuit », Wilder ne veut pas dire autre chose que s’envoyer en l’air, physiquement, charnellement, et franchement.

Le film est adapté d’une pièce de théâtre, mais l’intrigue elle-même est typique de Wilder et de son co-scénariste IAL Diamond. Un mari très jaloux (toute la première partie, très drôle, est basée sur cette jalousie maladive) rêve de faire connaître les chansons qu’il écrit avec son ami pompiste. Quand le grand crooner Dino passe en ville, il y voit la chance de sa vie. Problème : Dino ne pense qu’à baiser. Solution : le mari chasse sa femme (Felicia Farr) et engage une prostituée (Kim Novak) pour se faire passer pour sa femme.

Des tas de grandes idées audacieuses dans ce film, notamment celle de mettre en scène Dean Martin lui-même dans quasiment son propre rôle : un crooner alcoolique en fin de course, sale type totalement égocentré qui passe le film à draguer effrontément « l’épouse » devant un mari qui s’empresse de la pousser dans ses bras… « L’hospitalité de l’Ouest… »

Le mari, c’est Ray Walston, dont l’interprétation cartoonesque et irrésistible est une sorte de variation sur les personnages de Jack Lemmon ou Tom Ewell pour Wilder. C’est drôle, joyeusement amoral… Mais comme souvent chez Wilder, il se dégage une humanité folle. Wilder méprise les conventions (le mariage autant que le vedettariat), mais il aime les individus, avec leurs défauts.

Felicia Farr, en épouse faussement sage, est aussi libre que craquante. Kim Novak, en « hôtesse » à la croupe affriolante (le rôle était prévu pour Marylin Monroe, on s’en doute), révèle une humanité et une sensibilité très émouvantes. Audacieux, bourré de gags, fort et euphorisant, Kiss me stupid est un chef d’œuvre, nettement plus décapant et convaincant qu’Irma la Douce, son précédent film. Wilder est grand, définitivement.

Des gens sans importance – d’Henri Verneuil – 1956

Posté : 28 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, GABIN Jean, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Des gens sans importance

Henri Verneuil, cinéaste fasciné par le film de genre américain, a souvent souffert cruellement de la comparaison avec ses grands modèles. Avec Des gens sans importance, la première ses quatre collaborations avec Jean Gabin, ses références sont clairement assumées, mais ce qu’il en fait est magnifique. Et en mot, son film est un chef d’œuvre. Si.

La toute première image est saisissante. Un restaurant isolé au bord d’une route balayée par les vents, relai routier qui semble sorti du Facteur sonne toujours deux fois… C’est d’emblée une ambiance de film noir qu’installe Verneuil. Pas de crime, ni de femme fatale, mais le destin implacable, et quotidien d’un homme comme les autres.

C’est Gabin, fatigué, superbe, dont on se demande s’il tient plutôt de Robert Mitchum, de John Garfield ou de John Wayne. Gabin, immense, homme entre deux âges qui trimballe au volant de son camion le poids d’une vie sans joie et sans satisfaction. Une épouse avec qui il ne partage plus que de la rancœur, sans rien avoir à lui reprocher, des enfants qui sont comme des étrangers, une vie qui se limite au bitume qu’il avale… Et cette rencontre avec une femme, Françoise Arnoul, qui pourrait être sa fille. Comme la promesse d’une nouvelle jeunesse.

Tout somme juste et vrai. Le sens de la camaraderie, les soirées trop longues sur la route, les repas minables au coin d’une table, la fatigue, l’espoir d’un nouveau départ, et le couple de Gabin et de sa femme, pathétique et déchirant, superbe incarnation de la jeunesse envolée.

Verneuil s’inspire du cinéma américain, mais signe un film que l’on sent très personnel, et très français. Il s’approprie l’esthétique des grands cinéastes de l’âge d’or, citant John Ford dans un plan d’une beauté sidérante, signe de son modèle : Françoise Arnoul, serveuse maltraitée par ses clients, ouvre la porte qui donne sur une sorte de no man’s land, plan fordien qui semble l’isoler du monde… Magnifique.

Track of the Cat (id .) – de William A. Wellman – 1954

Posté : 27 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, MITCHUM Robert, WELLMAN William A., WESTERNS | Pas de commentaires »

Track of the Cat

L’Etrange incident, La Ville abandonnée, Convoi de femmes… Non, ce n’est pas une énième liste des plus grands westerns que je commence là. Enfin si, mais il s’agit surtout de quelques-uns des précédents westerns signés Wellman, dont la participation au genre est aussi modeste en quantité qu’exceptionnelle par sa qualité.

Et c’est par un film fort étrange qu’il fait ses adieux au genre : avec ce Track of the Cat, western enneigé et passionnant, loin de tout ce qu’on peut en attendre, tellement déroutant qu’il n’est pas sorti en salles en France. Oui, il y a de vastes paysages couverts de neige, un danger omniprésent autour de cette ferme perdue dans les montages. Mais Wellman signe moins un film d’aventures comme il en a le secret qu’un drame familial, intime et intense.

Dans Track of the Cat, deux frères traquent une panthère qui menace le troupeau. Mais cette panthère que l’on ne verra jamais à l’écran a tout d’une chimère, de la statue symbolique, comme celle que Robert Mitchum, l’un des frères, emmène avec lui dans sa traque.

Quelle famille ! Mitchum d’abord, frère dominateur et castrateur, odieux et humiliant. Un grand rôle antipathique avant celui de La Nuit du chasseur, qui révèle in fine une fragilité bouleversante. Qui est le plus coupable dans cette famille qui se dévore ? Lui ? Son père qui noie l’échec de sa vie quotidienne dans l’alcool (il passe le film à sortir des bouteilles du moindre recoin de la maison) ? Ou sa mère, que l’on imagine d’abord en mère courage, mais qui se dévoile en égoïste monstrueuse. Rôle immense pour la grande Beulah Bondi.

Le personnage principal, c’est elle finalement, cette femme sèche et dominatrice, qui étouffe son mari et ses enfants, notamment le trop puéril cadet, joué par Tab Hunter (que Wellman retrouvera pour son ultime film, Lafayette Escadrille). Troublante, tant son regard est à la fois dur et cruel, et douloureux, brisé.

Beau film, tragique et plein de vie, sur la difficulté de s’émanciper, sur la violence et la radicalité de de devenir un homme. Wellman signe un film intime, mais ample, avec de superbes images où la couleur apparaît comme des tâches trop vives, qui bousculent l’équilibre glacé du paysage familier, ou familial. Ce western a du style…

Napoléon – de Sacha Guitry – 1955

Posté : 26 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, DARRIEUX Danielle, GABIN Jean, GUITRY Sacha | Pas de commentaires »

Napoléon

Le grand œuvre de Guitry : trois heures d’une fresque ambitieuse consacrée à l’Empereur. Et rien ne manque, ou presque, de son parcours, de sa naissance en Corse à sa mort sur une autre île, celle de Sainte-Hélène.

Trois heures de déclaration d’amour, mais avec le cynisme rigolard de Guitry. Il oublie certains épisodes à dessein ? Il le reconnaît lui-même : « D’autres s’en souviendront ». Parce que Guitry, bien sûr, est omniprésent, s’accordant le rôle qui lui va le mieux : celui de raconteur. Talleyrand en l’occurrence, qui raconte à ses proches, à sa manière et en voix off, la vie d’un grand homme qui a mal fini.

Cette construction à la Guitry, avec cette voix qui donne le rythme et permet tous les raccourcis, permet aussi une pointe d’humour et d’audace, dans la manière parfois d’évoquer plus que de raconter, à l’image de ces batailles caricaturales, où le triomphe de Napoléon est symbolisé par les soldats qui avancent sans être même effleuré par le feu ennemi.

Le film est à la fois très ample et ambitieux, avec de nombreux décors et beaucoup de figurants, et très simples dans sa facture. Presque figé même, par moments. Avant d’être une grande fresque, Napoléon reste toujours un « Guitry », où le verbe est plus important que l’image. Le réalisateur, cela dit, est parfois très inspiré (la prise de Moscou en flammes, simple et belle). Lorsqu’il ne se contente pas d’une mise en scène purement fonctionnelle.

Le casting est évidemment exceptionnel. Beaucoup de stars ne font que passer (ou trépasser) : quelques minutes à peine pour Jean Gabin (tout en perruque en maréchal Lannes), Erich Von Stroheim (à peine reconnaissable en Beethoven) ou Orson Welles (ogresque en Hudson Lowe), un peu plus pour Serge Reggiani (Lucien Bonaparte) ou Yves Montand (le maréchal Lefebvre)… Les femmes de Napoléon ont finalement le beau rôle : Danielle Darrieux totalement libérée, et surtout Michèle Morgan, très émouvante dans le rôle de Joséphine.

La meilleure idée du film, c’est peut-être d’avoir confié le rôle titre à deux acteurs : Daniel Gélin pour la jeunesse de Bonaparte, Raymond Pellegrin pour la maturité de l’Empereur. Ils ne se ressemblent pas vraiment, mais ce procédé évoque plus qu’il ne montre vraiment l’évolution, la bascule de l’homme… Du pur Guitry, qu’on a quand même le droit de préférer plus intime (modeste n’étant pas le mot le plus juste).

Les Bas-fonds – de Jean Renoir – 1936

Posté : 25 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, GABIN Jean, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Les Bas-Fonds

Jean Renoir adapte la pièce de Maxime Gorki, une plongée dans les bas-fonds de la ville où se croisent plusieurs personnages vivant dans la misère la plus crasseuse, en marginaux. Mais c’est du côté de Chaplin que Renoir trouve visiblement son inspiration. Chaplin, autre cinéaste humaniste, dont il vise l’aspect universel. S’il n’y avait la consonance russe des noms et l’utilisation des roubles, l’histoire pourrait se passer n’importe où dans le monde. Gabin, si français, est ici un laissé pour compte plein de vie qui pourrait être né ici ou ailleurs…

Renoir revendique cette familiarité avec l’univers de Chaplin, ce refus du patriotisme ou du sectarisme. La preuve : la toute dernière image du film cite ouvertement Les Temps Modernes, sorti quelques mois plus tôt. Entre les deux films, il y a une vraie familiarité, une manière d’esquisser les grands troubles de l’époque à travers les destins de deux êtres à qui la vie ne fait pas de cadeau, sans rien aseptiser des rudesses de la vie, mais en gardant un appétit de vivre, et un vrai optimisme.

Autre point commun : ce sont deux chefs d’œuvre. Renoir évite le piège du théâtre filmé et plonge dans son décor crasseux par de grands mouvements de caméra, amples et intimes, qui nous donnent le sentiment de nous enfoncer dans ces caves poussiéreuses, ces chambres minables, et de côtoyer des femmes et des hommes dignes (cet aristocrate déchu interprété par Louis Jouvet), pathétiques (Robert Le Vigan en comédien alcoolique), mesquins (Suzy Prim en propriétaire manipulatrice), odieux (Vladimir Sokoloff en vieux receleur) ou purs (Junie Astor et Jean Gabin en couple tragique)…

Le film est beau, et puissant. C’est aussi l’unique rencontre de Louis Jouvet et Jean Gabin, peut-être les deux plus grands acteurs du cinéma français. Deux acteurs aux styles très différents : Jouvet le grand Stradivarius de composition, Gabin et son jeu naturel d’une modernité sidérante… Leur rencontre si improbable fait des étincelles : il s’en dégage une alchimie, et une énergie, rares.

Alien, le 8e passager (Alien) – de Ridley Scott – 1979

Posté : 24 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Alien

Il fait toujours son petit effet, ce premier Alien. Côté trouille comme côté mise en scène, on peut affirmer que les nombreuses suites ou dérivés (innombrables) n’ont jamais fait mieux que ce film fondateur, qui continue à être aujourd’hui encore une sorte de mètre-étalon à la fois du film de science-fiction et du film de monstre.

Ridley Scott lui-même est revenu tardivement à cet univers, mais il y a dans ce premier film (son deuxième en fait, après le très remarqué Duellistes) une simplicité et une radicalité inégalables. A vrai dire, Alien reste sans doute le chef d’œuvre d’un cinéaste qui sera par la suite souvent débordé par ses envies de grandeur.

Ce n’est pas le cas ici, au contraire. Les premières images du vaisseau qui semble défiler au-dessus de la caméra ressemble au plan d’ouverture de Star Wars, sorti deux ans plus tôt. Un clin d’œil sans doute pas anodin : Scott prendra le contre-pied systématique de la saga spatiale de George Lucas.

Aux décors épurés et lisses, et aux costumes immaculés de son prédécesseur, Scott préfère un vaisseau crasseux et plein de recoins sombres et enfumés, et des personnages suants et sales, fumant et jurant. Loin des Stormtroopers et d’un Dark Vador cachés derrière masques et armures déshumanisantes, Scott fait naître la terreur d’une menace organique sans fard…

Pas ou peu d’effets faciles dans Alien (allez… les apparitions toutes dents dehors du chat quand même, sans doute pas indispensables, en tout cas pas à répétition). Scott nous fout la trouille avec l’invisible, le temps long, l’attente, et de longs gros plans sur des visages luisants de sueur.

On a tout dit sur l’accouchement traumatisant de Kane (John Hurt). Même après dix visions, ce passage garde toute sa force. Il n’est pas le seul. La découverte des œufs, Dallas (Tom Skerrit) traquant l’alien dans les boyaux du Nostromo, le regard paniqué de Lambert (Veronica Cartwright), Brett (Harry Dean Stanton) découvrant la peau du bébé alien… Autant de moments que l’on connaît par cœur, mais qui continuent à faire flipper.

Et puis il y a Ripley bien sûr, grand personnage et grande interprétation de Sigourney Weaver, impressionnante à la fois de dureté et de fragilité, d’une intensité folle.

Le Crime de l’Orient Express (Murder on the Orient Express) – de Kenneth Branagh – 2017

Posté : 23 décembre, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, BRANAGH Kenneth, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Le Crime de l'Orient Express 2017

Après avoir bradé ses ambitions de cinéaste au cours de la décennie précédente, avec des blockbusters que n’importe qui aurait pu mettre en boîte, Kenneth Branagh se rappelait à notre bon souvenir avec cette adaptation d’un classique d’Agatha Christie, qui lui permet de renouer avec un style plus personnel, un mélange de gravité et de folie qui lui avait bien réussi avec Beaucoup de bruit pour rien, l’une de ses nombreuses adaptations de Shakespeare, et l’un de ses meilleurs films.

Si on admet que Branagh est avant tout un cinéaste à l’égo surdimensionné, alors ce Crime de l’Orient Express est un film important. La distribution est exceptionnelle (Michelle Pfeiffer, Willem Dafoe, Johnny Depp, Judi Dench, Derek Jacobi, Penelope Cruz…), mais tout tourne autour de lui et de sa prestation, bien sûr. Omniprésent à l’écran, la caméra virevoltant autour de lui (merci le numérique qui rend possible tous les excès emphatiques qu’il a dans la tête), Branagh se filme avec virtuosité. Comme il le faisait dans l’épouvantable Frankenstein, mais avec une différence de taille : la nature et le physique du rôle.

Branagh est donc Hercule Poirot, détective génial, mais personnage fat à l’égo aussi surdimensionné que celui du cinéaste (melon que l’on retrouve lorsqu’il se met en scène face aux douze suspects dans un copié-collé de la Cène). Ce qui lui permet de se moquer de lui, de son image, se vautrant avec gourmandise dans une posture gentiment ridicule, et finalement franchement réjouissante. Les moustaches impossibles, le regard brillant, Branagh retrouve grâce à Poirot la flamme de ses débuts spectaculaires, de cette passion qu’il semblait réserver à Shakespeare.

Le film est d’une beauté assez spectaculaire, même si l’excès de virtuosité, la surabondance d’effets numériques qui permettent les mouvements de caméra improbables dans des décors trop beaux pour être vrais, ont au final un aspect trop fabriqué, trop lisse, trop déconnecté de la réalité. A voir ces images d’une perfection si… parfaite, mais tellement froides, on se prend à repenser aux maquettes si visibles du jeune Hitchcock, qui sonnaient tellement plus vrais. D’ailleurs, la scène la plus belle est aussi la plus simple esthétiquement : le meurtre, flash-back en intérieur et en noir et blanc, avec une musique superbe qui remplit d’émotions.

Même sans l’effet surprise d’une intrigue retorse dont on connaît d’avance tous les secrets (si on n’a pas lu le roman, on a au moins vu le film de Sidney Lumet), Branagh réussit là, finalement, son film le plus enthousiasmant depuis bien longtemps. L’univers de Poirot lui va tellement bien qu’il a déjà tourné la suite, un autre classique déjà porté à l’écran : Mort sur le Nil.

Death Mills (Die Todesmühlen) – de Billy Wilder et Hans Burger – 1946

Posté : 22 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, BURGER Hans, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Death Mills

En 1945, Wilder accepte la proposition de la « psychological warfare division », qui lui demande de participer à un programme destiné à « dé-nazifier » l’Allemagne. Il s’agit de réaliser un court documentaire à base des nombreuses images tournées par les troupes alliées à la libération des camps de concentration et d’extermination, et de donner corps aux horreurs de la Shoah.

Et des corps, il y en a : meurtris, décharnés, entassés, mutilés… Des images terribles, dont beaucoup sont insoutenables. Mais le pire, sans doute, c’est l’accumulation, les chiffres qui s’égrainent et les cadavres que l’on découvre, innombrables et souvent surpris dans leurs derniers élans de vie.

Wilder adopte une forme classique : celle d’une succession d’images d’archives, avec une voix off pédagogique. Le film est d’ailleurs un modèle de montage, qui retrace en une vingtaine de minutes seulement, de la manière la plus claire possible, ce que furent pour ces femmes et ces hommes ces années d’horreur.

Aucun effet factice, Wilder sait que les images et le texte dit sans esbroufe se suffisent. Son objectif est d’être le plus clair possible, le plus direct aussi, et le plus factuel surtout. La dernière partie du film se concentre sur les visages parfois souriants des Allemands vivant dans les villes voisines des camps, ces Allemands qui affirmaient ne rien savoir, ne pas se douter…

C’est avant tout à eux que le film est destiné, une manière de leur dire : voyez ce que vous acceptiez en accueillant Hitler comme un héros ; maintenant, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas…

Lorsqu’il travaille sur Death Mills, durant cinq mois que l’on imagine particulièrement traumatisants, Wilder venait d’enchaîner deux chefs d’œuvre très sombres, Assurance sur la mort et Le Poison. On comprend qu’il aura besoin de donner un peu de légèreté à sa terre natale après ça : ce sera avec La Valse de l’Empereur, comédie chantante et coupée du monde…

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