Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour novembre, 2020

Du haut en bas – de Georg Wilhelm Pabst – 1933

Posté : 30 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, GABIN Jean, PABST Georg Wilhelm | Pas de commentaires »

Du haut en bas

Quelques belles surprises dans cette première partie de carrière de Gabin, déjà tête d’affiche mais pas encore immense vedette. C’est devant la caméra de Pabst qu’on le retrouve ici, footballeur vedette tout en sourires et en muscles saillants, incarnation d’une jeunesse saine et ouverte, dans un film-chorale particulièrement malin.

Pabst pose sa caméra dans la cour d’un immeuble d’habitations, et n’en sortira pas. Du haut en bas, des combles au rez-de-chaussée, Pabst promène son regard, pénétrant dans la loge de la concierge comme dans un grand appartement bourgeois, passant d’un habitant à l’autre, d’une classe sociale à l’autre, dans un beau mouvement plutôt virtuose malgré quelques approximations techniques, et avec un séduisant mélange de gravité et de légèreté.

Il est question de déclassement, des difficultés de communiquer quand on vient de mondes différents, ou de nouer une vraie relation entre un homme purement physique et une femme purement intellectuelle… Pabst n’élude rien de la cruauté des rapports humains : il met en scène une jeune domestique harcelée par un patron libidineux, un avocat ruiné expulsé et poussé au suicide, ou encore un sans domicile fixe obligé de faire la manche pour survivre. Mais les situations les plus glauques donnent systématiquement lieu à une pirouette souriante et joyeuse.

Beaucoup de vie dans ces récits croisés, portés par une distribution étonnante. Autour de Gabin, pivot et moteur du film, on croise Michel Simon en excentrique sans le sou, Vladimir Sokoloff en agent immobilier au grand cœur, Pauline Carton en couturière aussi sèche que bienveillante, l’ancienne muse des Renoir père et fils Catherine Hessling en amoureuse déçue, et même Peter Lorre en mendiant, pour ce qui est sauf erreur son unique rôle en français, avant son exil américain.

Le dernier Samouraï (The Last Samurai) – d’Edward Zwick – 2003

Posté : 29 novembre, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, CRUISE Tom, WESTERNS, ZWICK Edward | Pas de commentaires »

Le Dernier Samouraï

Edward Zwick n’est pas le plus fin des réalisateurs, mais son cinéma a souvent une sincérité, une générosité et un souffle épique qui évoquent joyeusement le grand Hollywood. Encore que « joyeusement » n’est peut-être pas le terme le plus adapté, tant l’homme semble attiré par les grands destins sur fond de massacres ou de fins de mondes. C’est bien le cas avec ce Dernier Samouraï, qui s’achève par l’une des tueries les plus franches et radicales de ces dernières décennies.

Une véritable hécatombe, telle qu’on n’en voit pas si souvent, et que traverse un Tom Cruise christique, pas à l’abri des balles, mais comme insensible à leur effet… C’est qu’il morfle, le Tom, pendant ces 2h37 de film, passant allégrement à travers pas mal d’occasion de trépasser violemment et héroïquement. Mais à quoi bon : il n’est finalement qu’un témoin de cette disparition des Samouraïs, une manière hollywoodien de donner un point de vue occidental à de pan d’histoire.

Cruise interprète un officier américain ayant survécu aux combats meurtriers menés par Custer contre les Indiens, qui se réfugie dans l’alcool, et qui revit dans un village reculé du Japon où il a été fait prisonnier par des rebelles qu’il devait combattre. Un village magnifique, dans des montagnes magnifiques, pleines d’arbres en fleurs magnifiques, aux aurores magnifiques, où chacun vit dans une harmonie magnifique, et où il est hébergé par une femme magnifique, épouse d’un guerrier magnifique que lui-même a tué au combat.

Oui, Edward Zwick signe un film esthétiquement très beau, et très hollywoodien dans sa manière de jouer avec les images que l’on attend de ce Japon encore traditionnel. C’est le grand sujet du cinéma que s’approprie Zwick : la confrontation de la tradition et des influences occidentales. Certes, Ozu a fait nettement plus fin sur ce sujet. Mais dans le genre grosse machine hollywoodienne, celle-ci séduit par sa dimension classique et épique.

Pour l’amour du ciel (E’ più facile che un cammello…) – de Luigi Zampa – 1950

Posté : 28 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, GABIN Jean, ZAMPA Luigi | Pas de commentaires »

Pour l'amour du ciel

Gabin a eu son Liliom, si si. Hélas, il ne l’a pas eu grâce à un Fritz Lang ou à un Frank Borzage, mais devant la caméra de Luigi Zampa, figure du néoréalisme italien qui en signe une variation à l’italienne, mélange de farce et d’humanisme tantôt séduisant, tantôt navrant.

Gabin est un grand patron un peu cynique, persuadé d’être un type bien. Le cœur sur la main, le sourire aux lèvres, toujours prompt à rappeler que lui aussi vient du peuple, en oubliant de dire que s’il est arrivé au sommet, c’est en épousant la fille du patron, qu’il n’a cessé depuis de tromper, laissant « de beaux souvenirs » à ses nombreuses conquêtes, sans jamais s’inquiéter de l’avenir de ces petits « souvenirs », devenus grands.

Alors quand il est fauché par un camion, forcément, il est tout surpris de se voir refusé l’accès au paradis, pour des brouilles, alors qu’un évêque proche du pape est en train de dîner chez lui. « Si c’est pas une référence, ça ! » Surtout que le pire de ses actes qu’on lui reproche concerne un type dont il n’a jamais entendu parler. Quand il obtient quelques heures de sursis sur terre, il sait que c’est ce type qu’il doit rendre heureux, coûte que coûte.

Le patron, c’est Gabin. Sa « victime », c’est Carette. Forcément, le plaisir de retrouver ses deux-là face à face est présent, et c’est le genre de plaisirs qu’on ne refuse pas, même si on est loin de La Grande Illusion. Loin, ne serait-ce que dans la vérité des personnages, jamais loin de la caricature. Parfois même au-delà, comme ce prétendu duc sossotant, grotesque, la comtesse bécasse, ou la fillette tête à claque.

Le personnage principal est à peine plus intéressant, mais il est campé par un Gabin assez étonnant, tout en retenue. Cette retenue filmée le plus souvent comme un contrepoint à l’hystérie ambiante est ce qu’il y a de plus réjouissant dans cette farce sur une trame sociale, à moins que ce ne soit un drame social filmé avec une légèreté toute burlesque… Une curiosité, disons.

Cécile est morte – de Maurice Tourneur – 1944

Posté : 27 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, Maigret, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Cécile est morte

Entre deux Richard Pottier (Picpus et Les Caves du Majestic), c’est le grand Maurice Tourneur qui signe l’autre Maigret interprété par Albert Préjean. Et une fois qu’on a rappelé que l’acteur n’est pas le plus fidèle au personnage de Simenon, il faut souligner que le cinéaste s’empare du roman avec quelques libertés (notamment dans la construction du récit) pour en faire un excellent polar.

Peut-être pas très simenonien, certes : on ne retrouve ni la silhouette massive et traînante du commissaire, ni ce fameux sens de l’atmosphère. Mais un film policier plein de rythme, un whodunnit efficace et enlevé, auquel Préjean apporte son dynamisme. Dynamisme en contrepoint avec le « Je vais me coucher » qu’il lance tout au long du film, et auquel on a bien du mal à croire.

Alors oui, Gabin fera un Maigret fatigué nettement plus convaincant, mais Tourneur réussit son pari, en prenant ses distances avec l’œuvre originale. Pas dans l’intrigue, relativement fidèle, mais dans la manière de la traiter, avant tout comme un vrai suspense, avec des détails étonnamment brutaux : cette tête coupée que retrouvent les gamins dans la rue

Il s’approprie l’intrigue par une mise en scène très inspirée, qui joue constamment des limites floues entre l’ombre et la lumière, dans de belles compositions d’images. Ce chouette polar, très stylisé, doit aussi beaucoup à son casting, impeccable comme souvent à l’époque, belle galerie de seconds rôles, notamment Gabriello et son débit impossible, un gag à lui seul. « C’est imp-pressionnant ! »

Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary – de Rémi Chayé – 2020

Posté : 26 novembre, 2020 @ 8:00 dans 2020-2029, CHAYE Rémi, DESSINS ANIMÉS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Calamity

Ce qui frappe en premier, c’est l’extrême simplicité des dessins. Ce qui frappe ensuite, c’est l’extrême richesse que cache cette apparente simplicité. Dans le fond et sur la forme, Calamity est une merveille, un western animé féministe… Rien que ça. Et un film où la poésie, l’humain, l’action et l’engagement vont de pair.

Allez, disons-le. Avec son approche esthétique aux antipodes des grosses productions américaines, avec son authentique approche féministe et la générosité de son récit, Calamity est tout simplement l’un des meilleurs films d’animation de ces dernières années. En tout cas parmi les quelques-uns que votre serviteur a vus. Un film euphorisant et bouleversant, qui semble aussi pertinent dans sa peinture de l’Ouest sauvage que dans ce qu’il dit de la place des femmes dans la société.

Ce n’est pas un biopic. Le « une » du titre souligne que l’ambition se dirige plutôt vers le symbole que vers la vérité historique. Le film ne s’intéresse d’ailleurs qu’à un court épisode de cette enfance : quelques semaines durant le long voyage vers l’Ouest que fait la famille de la future Calamity Jane au sein d’une caravane à travers les vastes étendues pleines de dangers.

Jeune adolescente, Martha Jane Cannary y choque tout le monde par son refus de rester cloîtrer dans le rôle qu’on réserve aux femmes. Elle aussi veut vivre pleinement, goûter à cette liberté habituellement interdite aux femmes. Monter à cheval, conduire un chariot, porter des pantalons, avoir des cheveux courts… Martha aspire non pas à « être un homme », mais à vivre sa vie telle qu’elle l’entend.

La beauté du film tient surtout à sa manière d’être intelligent en s’inscrivant dans une logique de serial, d’être contemplatif et riche en action et en rebondissement, de confronter la jeune héroïne à de nombreux antagonistes sans jamais tomber dans un manichéisme primaire. Bref, d’éviter soigneusement toutes les cas habituelles. Et en ne cherchant pas à plaire à un public spécifique, Calamity s’impose comme un film d’apprentissage universel. Beau, très beau.

Délivrance (Deliverance) – de John Boorman – 1972

Posté : 25 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, BOORMAN John | Pas de commentaires »

Délivrance

Très américain, ça, cette volonté de toucher du doigt une terre sauvage avant qu’elle ne disparaisse. Très westernien, même. Les temps ont changé ? Pas tant que ça… Avec Délivrance, Boorman met à mal les mythes fondateurs de l’Amérique. Si l’homme est attiré par la nature sauvage, il est incapable d’y trouver le moindre accomplissement.

En fait de terre sauvage, c’est une rivière que quatre amis citadins décident de descendre, avant que sa vallée soit ensevelie sous les eaux après la construction d’un barrage. Quatre homme qui, en fait, ne sont pas si proches que ça, grands rôles pour Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty et Ronny Cox.

Aucun ne sortira vraiment indemne de ce trip nautique, virée d’un week-end dont on sent d’emblée qu’elle va mal tourner. L’arrogance des quatre hommes face aux « autochtones » de cette montagne perdue, et la soudaine harmonie entre le voyageur à la guitare et le gamin au banjo, qui improvisent le fameux thème musical du film… Cette harmonie, d’emblée, paraît problématique.

Est-ce le visage fermé du gamin ? Son regard vide ? Est-ce le visage habité de Burt Reynolds, obnubilé par son envie de vivre la grande aventure ? Dès ces premières scènes, le malaise est déjà là. Il ne fera que croître, imperceptiblement jusqu’à la scène de l’affrontement, glauque et violent, avec un Bill McKinney répugnant. Le gars a enchaîné les rôles de pervers et de malades. Mais des comme ça

Il y a une tension incroyable dans ce film traumatisant, qui offre un revers cinglant à ce rêve américain de retour à la nature. Un rêve que Boorman ne donne pas franchement envie de vivre. Pas tout de suite en tout cas, le temps de digérer le traumatisme que le film procure.

La Nuit est mon royaume – de Georges Lacombe – 1951

Posté : 24 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, GABIN Jean, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

La Nuit est mon royaume

Il est grand, Jean Gabin. Grand acteur qui trouve là un rôle à sa mesure, original, celui d’un homme qui perd la vue. Le thème n’est pas nouveau dans le cinéma, mais il a rarement été traité avec autant de délicatesse et de réalisme que dans ce film. La présence de nombreux « vrais » aveugles n’est pas anodine. La prestation de Gabin n’en est que plus étonnante, d’une vérité étonnante.

Jamais dans l’excès, jamais dans l’emphase, toujours dans le geste vrai, et la parole percutante. L’une des belles idées du film, c’est d’avoir fait de son personnage un conducteur de locomotive. Forcément, le Gabin de La Bête humaine est là, figure immédiatement familière. Le drame n’en est que plus intime, et plus fort.

Georges Lacombe est un réalisateur honnête à défaut d’être un grand formaliste. Son film est modeste, et sincère. Au-delà du drame intime (Gabin retrouvera-t-il la vue, après son accident ?), c’est le quotidien de ce centre dédié aux aveugles qu’il filme, avec une profonde humanité et sans jamais la moindre complaisance, ou la moindre émotion facile.

Sans doute Lacombe s’est-il senti proche de la religieuse qui chapeaute ce petit monde, grande gueule au grand cœur (Suzanne Dehelly). Elle aussi est juste, comme l’est l’histoire d’amour qui se noue autour du braille entre le nouvel aveugle et sa jeune institutrice (Simone Valère). Joli moment, joli film, grand rôle.

Iwo Jima (Sands of Iwo Jima) – d’Allan Dwan – 1949

Posté : 23 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, DWAN Allan, WAYNE John | Pas de commentaires »

Iwo Jima

Petit classique (tendance série B, disons) du film de guerre, et l’occasion de constater que le genre n’est pas celui qui a le mieux passé l’épreuve du temps. Sur le même thème, le très beau Mémoires de nos pères de Clint Eastwood sera plus percutant, quelques décennies plus tard, en s’inscrivant dans la lignée du … Soldat Ryan de Spielberg (en plus d’être un Eastwood fondateur de sa dernière période, majeur sur le fond et sur la forme).

Le film d’Allan Dwan est une vraie réussite, mais il n’a pas ce réaliste percutant, ce côté immersif dans l’horreur de la guerre. Sans doute aurions-nous écrit autre chose avant que Spielberg s’attelle au genre, parce qu’il y a là de l’ampleur, de l’humain, des moyens aussi, et une vraie volonté de mettre en images le chaos et les drames de la guerre.

Dwan opte pour un schéma classique du film de guerre hollywoodien : le destin d’une escouade à travers une dizaine de personnages. Il choisit surtout de glisser de nombreuses images d’actualité dans ses scènes de combat. Ce qui donne à la fois un côté viscéral, et offre un contrepoint aux scènes de studio… qui par le jeu de la comparaison immédiate, sonnent parfois un peu toc.

Dans le genre et à cette époque, Iwo Jima reste toutefois une grande réussite, une date même, au scénario imparable (l’apprentissage, le baptême du feu, et le moment de bravoure), porté par d’excellents acteurs (John Wayne en tête, impérial, et avec ce regard sombre et hanté qui lui va si bien), et qui associe habilement le souffle de l’Histoire aux destins personnels. Sur ce point au moins, le film n’a pas pris une ride.

Le Tonnerre de Dieu – de Denys de La Patellière – 1965

Posté : 22 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, DE LA PATELLIERE Denys, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Tonnerre de Dieu

Comment passer à côté d’un grand rôle ? Eh bien en confiant la mise en scène d’un projet plutôt prometteur à un réalisateur comme Denys de La Patellière, qui semble incapable d’aller au bout d’une idée, de puiser toutes les richesses d’une situation, et même de terminer convenablement une scène, optant systématiquement pour un fondu au noir, comme s’il ne savait plus quoi faire de son matériau.

C’est dommage, parce qu’il y avait là la vraie matière, si ce n’est à un grand film, au moins à un grand rôle pour Jean Gabin, que l’on découvre alcoolisé à l’extrême, traînant la patte et la voix d’un troquet à l’autre. Et il a l’alcool mauvais ce riche propriétaire, marie détestable, homme fatigué des hommes, qui ramasse une prostituée comme il ramasse des animaux, en vieux vétérinaire qu’il est.

Il y a là des tas de bribes de beaux moments, et d’idées fortes. Cette prostituée (jouée par Michèle Mercier) que Gabin tire du ruisseau, cette épouse (Lilli Palmer) qui attend un signe d’amour, ce proxénète (Robert Hossein) lâche et ridicule, Gabin lui-même, odieux et touchant dans le même mouvement… Et il y a bien quelques beaux moments. Mais Denys de La Patellière balaye toutes ses idées fortes par une mise en scène trop nonchalantes, une incapacité à créer une vraie atmosphère et une cohérence sur le long terme.

Pas vraiment désagréable ce film, si ce n’est cette propension à aligner les dialogues tape-à-l’oreille à la Audiard (c’est Pascal Jardin qui s’y colle). Mais l’impression de passer à côté de quelque chose de plus mémorable est trop forte pour ne pas ressentir d’abord une vraie frustration.

La Prisonnière du Désert (The Searchers) – de John Ford – 1956

Posté : 21 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Prisonnière du désert

The Searchers serait l’un des plus grands westerns de toute l’histoire du western, affirment certains. A revoir le film pour la énième fois (et la première fois depuis longtemps), il faut bien reconnaître que : a) c’est vrai ; b) c’est réducteur. The Searchers est l’un des grands chefs d’œuvre du western, mais aussi un immense film tout court, et l’un des plus beaux films en couleurs. L’un de ceux où la couleur est le mieux utilisée, déclenchant à elle seule (et dans les superbes compositions d’images) des torrents d’émotion.

A revoir le film, aussi, ce qui frappe le plus, c’est l’importance du hors champs. Les morts, la violence, et même les discussions cruciales… Quasiment toutes les actions marquantes de l’histoire se déroulent en dehors du champs, ou hors de portée de voix. The Searchers donne le sentiment d’être un film ample et spectaculaire. Pourtant, Ford élude l’action pour se focaliser sur les visages, les corps, les âmes de ses personnages.

Et il offre au passage à John Wayne son plus grand rôle, sans doute : celui d’un homme qui ne trouve pas la paix, ni le repos. Un homme lancé sur la piste d’Indiens qui ont enlevé sa jeune nièce et massacré sa famille. Une quête qui dure des années… Ford filme le temps qui passe en donnant corps aux saisons. Les images sont d’une beauté renversante.

Visuellement, formellement, Ford renoue avec ses grands films d’avant-guerre, y ajoutant des couleurs, flamboyantes ou glaciales. C’est peut-être le plus abouti de tous films. On y trouve tous ses thèmes et motifs (le rapport aux morts, l’obsession, et même une scène de bal), ses acteurs fétiches (Ward Bond, Olive Carey, Hank Worden, Ken Curtis, John Qualen, Harry Carey Jr…), Monument Valley bien sûr, filmé comme jamais.

C’est comme si toute l’œuvre de Ford, en tout cas son œuvre westernienne, atteignait son apogée ici. Un bémol, un seul dans ce chef d’œuvre ultime : le personnage de Debbie, devenue grande sous les traits de Natalie Wood, qui peine à rendre crédible son tiraillement entre sa vie de Comanche et ses liens de sang. Qu’importe : ce qui marque surtout, c’est le regard de John Wayne, sombre et douloureux.

Et cette démarche, chancelante, un peu paumée, dans l’encadrement de cette porte qui se reforme sur un Monument Valley soudain étouffant… Magnifique.

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