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Archive pour juin, 2020

Escapade au Japon (Escapade in Japan) – d’Arthur Lubin – 1957

Posté : 20 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, EASTWOOD Clint (acteur), LUBIN Arthur | Pas de commentaires »

Escapade au Japon

Clint Eastwood apparaît quelques secondes à peine dans le rôle d’un pilote d’avion, au rôle à peine plus étoffé et moins déterminant que celui qu’il tenait dans Tarantula. Trois fois rien, donc, mais trois fois rien qui font d’Escapade au Japon une étape à franchir sur le chemin d’une intégrale Eastwood. Allons donc arpenter ce Japon de carte postale pendant 90 minutes…

S’agissant d’une intégrale Clint Eastwood, pas grand-chose à dire sur ledit Clint Eastwood, si ce n’est qu’il a une ligne de dialogue, qu’il prononce avec conviction, et qu’il s’agit de l’une de ses dernières panouilles des premiers temps : il tournera encore Ambush at Cimarron Pass (rôle important pour western très mineur) et Lafayette Escadrille (silhouette très présente mais très en retrait sous la direction du grand Wellman), avant de devenir la vedette de Rawhide.

Le film, donc… Une mièvrerie, dont toutes les bonnes idées sont consciencieusement gâchées par un scénario un peu con et un réalisateur plus intéressé par ses décors que par ses personnages.

Un gamin américain, qui doit rejoindre ses parents à Tokyo, et dont l’avion s’abîme en mer. Ses parents, en instance de divorce, ignorent s’il a survécu : la promesse d’une émotion forte. Mais non. Très vite, les parents savent que leur enfant est vivant. Puis qu’il a été recueilli par une famille de pêcheurs… Puis qu’il a pris la fuite avec le garçon de la famille… Puis…

Escapade au Japon Clint Eastwood

Après un début inégal mais raisonnablement prometteur (on ne s’emballe jamais vraiment, non plus), l’émotion et le suspense sont systématiquement tués dans l’œuf par cet étrange parti pris : constamment rassurer les spectateurs, comme les parents du gamin. Jamais les enfants ne sont en danger, le fait est parfaitement établi.

Aucun enjeu dramatique donc, ou si peu. Les enfants, qui se sont persuadé que la police veut les mettre en prison (ressort dramatique franchement tout pourri), traversent le pays, visitent des temples, passent la nuit dans une maison de geishas, partagent le repas d’une famille de fermiers… Bref, l’occasion de bien belles images, vraiment, mais au service de pas grand-chose, si ce n’est quelques jolis moments.

Passons sur l’interprétation des parents (Teresa Wright et Cameron Mitchell), dont Lubin semble se moquer royalement dans un montage parallèle avec la soirée chez les geishas… La famille de pêcheur japonais est nettement plus intéressante, dans la manière dont le film souligne mine de rien une sorte de condescendance à leur égard. Hélas, le couple disparaît aussi vite qu’il était apparu…

Film (id.) – de Samuel Beckett et Alan Schneider – 1965

Posté : 19 juin, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, BECKETT Samuel, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, SCHNEIDER Alan | Pas de commentaires »

Film

Étrange chose que cette rencontre entre Samuel Beckett et Buster Keaton… Visiblement fasciné par le langage cinématographique, l’auteur en livre une sorte d’allégorie, burlesque et sombre, séduisante et opaque.

Aucun son, si ce n’est un « Chut ! » retentissant, des décors dépouillés (un terrain vague et une pièce vide), Keaton seul à l’écran (à l’exception de trois courtes apparitions), et filmé de dos, sans que son visage n’apparaisse avant les derniers instants…

Avec Film, Beckett ne facilite pas la tâche du spectateur, mais il crée un malaise tenace. Le film se ressent plus qu’il ne se comprend vraiment. On saisit toutefois qu’il est question de regard, de la violence de la caméra. Les trois « autres » acteurs qui apparaissent sont pris de terreur lorsque le regard tombe sur l’axe de la caméra.

Puis Keaton fait tout pour éviter le regard : celui de la caméra donc, à laquelle il tourne constamment le dos, mais aussi le sien, celui de son reflet. Celui des animaux aussi, poisson rouge ou moineau en cage qu’il tente de faire disparaître.
Puis des photos, moments saisis par un objectif et immédiatement envolés… Beckett dresse un parallèle troublant entre ces images captées et la vie qui s’écoule sans qu’on puisse la retenir.

Film est une sorte de chant du cygne pour Buster Keaton. Un film qu’il n’a ni compris, ni aimé. L’atmosphère, c’est vrai, rappelle moins son cinéma à lui qu’il n’annonce celui de David Lynch. Il y a clairement quelque chose de lynchien, notamment le Lynch des courts-métrages, dans la manière de filmer les mouvements, de faire naître l’angoisse et le trouble à partir de situations absurdes et opaques.

Ariane (Love in the Afternoon) – de Billy Wilder – 1957

Posté : 18 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Ariane

Encore une merveille à mettre au crédit de Billy Wilder, Ariane marque aussi un tournant dans sa filmographie : sa première collaboration avec le scénariste I.A.L. Diamond, qui sera le complice attitré des décennies à venir.

Il y a d’ailleurs dans Ariane un ton singulier, que l’on retrouvera dans son œuvre à venir, mélange d’élégance et de cynisme. Et un thème, celui de la jeune femme innocente qui vient troubler la vie bien égocentrée d’un sale type, qui sera aussi celui d’Avanti !, autre réussite bien plus tardive du tandem.

Entre ces deux films, énormément de points communs, notamment dans le ton et dans ce que le film raconte. Beaucoup de différences aussi, qui viennent essentiellement de l’époque à laquelle ils ont été tournés : ce qui sera explicite en 1972 n’est que sous-entendus ici. C’est habillés que l’on retrouve les deux amants au matin, mais le sourire éclatant d’Audrey Hepburn est, lui, très explicite.

Audrey Hepburn… superbe actrice dont le regard si innocent n’est jamais dupe. Avec ce regard, la bienséance américaine en prend un sacré coup. Avec Gary Cooper, Audrey Hepburn forme l’un de ces couples si improbables qui peuplent le cinéma de Wilder. Et entre les deux : le père de la jeune femme, un détective privé si parisien, Maurice Chevalier dans son dernier grand rôle.

Le film est très drôle, avec le goût de Wilder pour les gags récurrents : le chien constamment puni à tort (gag joyeusement sadique), ou le quatuor de musiciens qui suit Cooper partout, du hammam à la promenade en canot.

Comme son maître Lubitsch, et plus que jamais, les portes (fermées en l’occurrence) sont omniprésentes dans ce Wilder-là : du mari cocu qui attend le bon moment, à Ariane qui espionne le client de son père, elles sont toujours au premier plan pour faire avancer l’intrigue et être source d’un gag bien senti.

C’est arrivé le 20 juillet (Es geschah am 20. Juli) – de Georg Wilhelm Pabst – 1955

Posté : 17 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, PABST Georg Wilhelm | Pas de commentaires »

C'est arrivé le 20 juillet

Le 20 juillet en question, c’est celui de 1944 : le jour où des officiers allemands ont tenté d’assassiner Hitler. Le film n’étant pas réalisé par Tarantino, on sait comment l’entreprise va se terminer : par un échec cinglant. Et sanglant. Échec que, 50 ans plus tard, Bryan Singer portera de nouveau à l’écran, avec Tom Cruise dans le rôle du conspirateur principal, le colonel Von Stauffenberg.

En l’occurrence, c’est le grand Pabst qui s’y colle. Un Pabst visiblement fasciné par la figure d’Hitler en cette fin de carrière, puisque le film suit directement La Fin d’Hitler (pas vu). Fin de carrière sans grand éclat, certes : on est loin des chefs-d’œuvre du monsieur, ceux tournés autour de 1930. Mais fin de carrière honnête tout de même, avec des partis pris radicaux assez intéressants.

De cette journée où tout aurait pu changer, Pabst ne filme que le point de vue des acteurs directs : des hommes impliqués plus ou moins intimement, confrontés aux doutes et à leurs propres consciences, au fur et à mesure que les heures passent et alors que personne n’a une vue d’ensemble des événements. La bombe a explosé, mais a-t-elle vraiment tué le Führer ? Au fond, cette question est plus déterminante que celle de la bonne chose à faire.

Avec ce parti pris simple et anti-spectaculaire, Pabst touche au plus près à la fragilité de l’individu et de son libre arbitre dans une société totalitaire. Le film manque d’émotion, de chaleur ? Mais c’est parce qu’il se focalise sur cette logique radicale, destructrice et aveugle.

Quelques images sont splendides, d’une puissance rare : celles où la violence éclate, brèves et marquantes (des bombardements, une explosion, une exécution…). Mais la plupart du temps, ce sont des va-et-vient, et des visages anxieux, que filme Pabst.

Bryan Singer reprendra beaucoup d’éléments de son film pour Walkyrie : le point de vue, la manière de raconter les détails de cette journée. Mais lui se sentira obligé de sortir du cadre de ces 24 heures, et de rajouter des épisodes spectaculaires et des éléments de suspense. Étrangement, son film à lui échouera là où Pabst réussit : nous faire partager l’angoisse de ces hommes prêts à se sacrifier, mais si désireux de vivre.

Les Proies (The Beguiled) – de Don Siegel – 1971

Posté : 16 juin, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Proies

Grande année pour Clint Eastwood, 1971 : il passe pour la première fois derrière la caméra (Un frisson dans la nuit), trouve le personnage qui fait définitivement de lui une immense star (Dirty Harry), et casse son image avec le plus sombre et le plus audacieux de ses rôles jusqu’alors, avec ces Proies.

Point commun entre ces trois films : Don Siegel, qui apparaît dans le premier et réalise les deux autres. Et lui aussi, comme son interprétation, surprend avec ce film qui tranche radicalement (sans jeu de mots pourri) avec ses grands polars ou même ses westerns… Les Proies se situe durant la guerre de Sécession. Mais de cette guerre, on ne verra que quelques photos noir et blanc sur le générique de début, quelques brefs souvenirs comme des flashs, le bruit des canons au loin, et cette menace constante qui resserre l’action dans l’enceinte de cette école de jeunes filles en territoire sudiste.

C’est là qu’échoue le caporal nordiste joué par Clint. Un sale type, menteur, profiteur, manipulateur… et très satisfait de lui-même. Un homme blessé, qui va semer le trouble dans cette petite communauté féminine qui l’a recueilli pour le soigner.

Dès la première scène, sa méthode est claire. À la fillette qui l’a trouvé en sang, et qui lui annonce qu’elle a 12 ans, bientôt 13, il rétorque qu’elle est bien assez grande pour être embrassée… avant de joindre les actes à la parole. Et quand, à la fin de la journée, il fait le compte des filles et femmes qu’il a embrassées, son sourire satisfait semble annoncer la suite, dramatique.

Siegel fait de cette pension un décor de plus en plus oppressant. La première partie de son film est lente, languide, faussement apaisée. À l’image de la directrice jouée par Geraldine Page, la bienveillance et la bonté affichées cachent des recoins nettement plus sombres : une relation incestueuse avec son frère, un traumatisme parental… Des fantômes dont on sent bien qu’ils ne vont pas tarder à exploser.

Clint, lui, ne voit rien venir. Et la seconde partie est pour lui une véritable descente aux enfers, sorte de sommet dans la logique masochiste de l’acteur, d’une intensité à laquelle on ne s’attendait plus. La scène de l’amputation, surtout, reste un moment particulièrement traumatisant, tout comme le dîner final, glaçant.

Une folle nuit (Eine tolle Nacht) – de Richard Oswald – 1927

Posté : 15 juin, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, OSWALD Richard | Pas de commentaires »

Une folle nuit

Une jeune artiste décide de mettre à l’épreuve son fiancé trop jaloux. Un homme d’affaires de province est tout heureux de « monter » à Berlin, même au prétexte d’aller affronter un costaud de foire… Et des tas de nains que l’on croise constamment sans qu’on sache vraiment pourquoi.

Alors voilà la question la plus pressante après avoir vu le film : pourquoi tant de nains dans cette comédie de Richard Oswald, qui apparaissent aux moments où on s’y attend le moins ? Dans une scène de rue, dans un restaurant, ou dans l’embrasure d’une porte… Est-ce que ça dit quelque chose de la société ou du cinéma allemands de ces années-là ? Pas sûr…

Pour se poser aussi fort cette question, il faut vraiment que le reste n’ait pas grand intérêt. Et c’est vrai que ce vaudeville a beau accumuler les chassés-croisés, les portes qui claquent et les quiproquos, on ne peut pas dire qu’on est subjugué par ces personnages qui tournent autour de leurs propres couples.

Quelques scènes amusantes, des acteurs qui semblent franchement s’éclater, une générosité dans le rythme… Tout ça ne suffit pas vraiment pour tirer autre chose qu’un sourire bienveillant.

Le film s’inscrit dans la lignée des comédies allemandes de Lubitsch, mais où une vitesse pas toujours maîtrisée totalement aurait remplacé le sens de la loufoquerie. Une folle nuit est un vaudeville plutôt plaisant par moments, mais c’est pour son aspect quasi-documentaire dans une poignée de scènes qu’on s’en souviendra (peut-être) : pour ces courtes scènes tournées dans le Berlin de 1928, un Berlin de l’entre-deux, plein de vie et de beauté. Ces images, au moins, sont saisissantes.

Mais que donc viennent y faire tous ces nains, qui s’arrêtent presque face caméra ?

Ambush at Cimarron Pass (id.) – de Jodie Copelan – 1958

Posté : 14 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, COPELAN Jodie, EASTWOOD Clint (acteur), WESTERNS | Pas de commentaires »

Ambush at Cimarron Pass

Clint Eastwood a enterré ce film en en parlant comme du plus mauvais western jamais réalisé. Affirmation quelque peu exagérée. Difficile de lui en vouloir quand même : Ambush at Cimarron Pass est effectivement un tout petit film assez médiocre. Et sans la présence d’Eastwood au générique, sans doute aurait-il disparu pour de bon dans les limbes hollywoodiens de l’oubli.

Tout petit film, donc, ne serait-ce que par son budget, avec lequel le réalisateur Jodie Copelan ne fait pas de miracle. Il n’a pas les moyens de payer des dizaines de figurants ? « L’armée indienne » qui menace les héros se limite à une dizaine d’hommes. Max. Il n’a pas les moyens de s’offrir des chevaux pendant plus de quelques jours (quelques heures ?) ? Qu’importe : nos héros marcheront !

Alors ils marchent, contraints et forcés par un budget ridicule. Et curieusement, c’est peut-être la meilleure idée du film. Ça et le fait de faire cohabiter dans le danger des soldats yankees et d’anciens confédérés, deux ans seulement après la guerre civile. Rares bonnes idées d’un film qui en compte pas mal de mauvaises.

Dialogues grotesques, personnages monoblocs, Indiens de pacotilles… Et le sommet : une femme littéralement livrée sur un plateau par les Indiens, sans aucune logique scénaristique, juste pour assurer une présence féminine au générique. Ce n’est pas un cas unique dans l’histoire du western, mais avec autant de légèreté… Margie Dean, actrice calamiteuse, ne fait rien pour sauver un rôle ridicule, affichant de larges sourires aguicheurs alors qu’elle vient de perdre toute sa famille dans des circonstances affreuses. Pas sûr qu’elle ait lu le scénario. Mais bon… ça permet d’avoir une actrice au côté du héros, joué par un Scott Brady d’un seul bloc.

Finalement, un seul personnage évolue au cours du film, et c’est celui de Clint Eastwood, troisième au générique pour ce qui est le plus important (en termes de présence à l’écran) des rôles de ses jeunes années. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il est intéressant, ce rôle, ni même que lui-même s’y montre très à l’aise. En sudiste amer et plein de colère, il manque encore d’une vraie gravité.

Mais pour lui, la roue tourne après ce film, qui aurait pu lui coûter sa carrière. Découragé par un tournage visiblement chaotique et par la qualité discutable du film, le jeune Clint aurait pu arrêter les frais là, après trois ans de panouilles. Mais la chance allait enfin arriver par l’intermédiaire de la télévision, puisqu’il n’allait pas tarder à être choisi pour le deuxième rôle de Rawhide, qu’il tiendra pendant plus de 200 épisodes.

Ambush at Cimarron Pass est d’ailleurs son dernier rôle sur grand écran avant longtemps : il n’y reviendra que six ans plus tard pour un petit film italien, Pour une poignée de dollars. Il lui faudra même dix ans avant de tourner un autre film américain, un western d’une tout autre dimension, Pendez-les haut et court. Une autre vie…

Chasseur blanc, cœur noir (White Hunter, Black Heart) – de Clint Eastwood – 1990

Posté : 13 juin, 2020 @ 8:00 dans 1990-1999, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Chasseur blanc cœur noir

Fascinant film d’un Clint Eastwood encore dans sa période « je fais un film commercial pour le studio, pour pouvoir enchaîner avec le film que j’ai vraiment envie de faire ». Fascinant parce que le film parle d’un cinéaste qui se refuse obstinément à tout compromis…

On voit bien ce qui attire Eastwood dans la figure de John Huston, lui qui a, dès son retour d’Italie, tout fait pour acquérir son indépendance. Eastwood aime Huston. L’homme le fascine, visiblement, pour sa grandeur comme pour son jusqu’au-boutisme destructeur. De là à dire qu’il se reconnaît en lui, il y a un énorme pas.

Inspiré des coulisses du tournage d’African Queen, Chasseur blanc… est l’adaptation d’un roman signé Peter Viertel, co-scénariste du film de Huston, et personnage central de celui d’Eastwood. Ce dernier interprète non pas John Huston, mais John Wilson, un double à peine caché : Clint adopte d’ailleurs la gestuelle et le phrasé si particuliers de Huston, pour ce qui reste l’une de ses meilleures interprétations.

Les changements de noms ont un sens : Chasseur blanc… est une vision de Huston, voire une interprétation. Pas un documentaire ou un making of. D’ailleurs, si la conception du film est constamment en arrière-plan, c’est l’homme et son obsession qui sont au cœur du film : ce cinéaste (immense) capable de se faire dérouiller pour s’opposer à un directeur d’hôtel raciste, et tout aussi capable de faire passer toute une équipe après son désir de tuer un éléphant. Quoi qu’il en coûte.

« Ce n’est pas un crime de tuer un éléphant. C’est bien pire que ça. C’est un péché de tuer un éléphant. Et c’est pour ça que je veux le faire. Comment pourrais-tu comprendre ? Je ne le comprends pas moi-même… »

Eastwood est formidable dans le rôle de ce personnage obsessionnel, qu’il incarne dans toute sa complexité, sans chercher à l’expliquer ou à en donner la clé. Tantôt grand et superbe, tantôt antipathique et dangereux, toujours dans la démesure.

Le film est beau parce qu’il y a une sorte de parallèle entre le réalisateur et son personnage : un cinéaste qui adopte le regard d’un autre cinéaste, deux regards différents sur la création, qui se semblent se répondre. Clint semble aussi y affirmer tout ce qu’il est en tant que cinéaste, et tout ce qu’il n’est pas.

Wilson/Huston est, sur certains points, aux antipodes d’Eastwood cinéaste. C’est pourtant un hommage superbe que le second rend au premier, et rarement l’obsession aura été filmée comme ça. C’est aussi un beau film sur l’Afrique vue par l’homme blanc, et sur ces hommes, comme Huston, qui se rêvent aventuriers. Le retour à la réalité peut être terrible. Et la dernière scène, acide et lucide, est déchirante. Jamais le mot « Action » n’aura été aussi amer…

Le Corniaud – de Gérard Oury – 1964

Posté : 12 juin, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, OURY Gérard | Pas de commentaires »

Le Corniaud

Énorme succès populaire, multidiffusé, culte pour sa confrontation entre Bourvil et De Funès, pour la première fois au même niveau en haut de l’affiche… Et après ? Pas grand-chose à se mettre sous la dent dans cette comédie d’aventure au scénario incroyablement paresseux.

Si le face-à-face entre les deux stars fonctionne un peu, c’est en grande partie grâce au concours de cabotinage auquel ils se livrent. De Funès s’impose dans ce registre, bien sûr, en en faisant des tonnes pour compenser les lacunes du scénario, et même de la mise en scène.

Oury est un réalisateur plutôt appliqué généralement. Il réussit d’ailleurs quelques scènes (la bagarre nocturne, drôlement décalée). Mais il semble la plupart du temps totalement en roue libre, comme subjugué par ses vedettes dont il ne sait pas vraiment quoi faire.

Du coup, tous les deux en rajoutent dans leurs registres respectifs, faisant du De Funès pour l’un (De Funès), et du Bourvil pour l’autre (Bourvil). Ce qui suffit parfois pour nous faire rire franchement (« Elle va marcher beaucoup moins bien »… « C’est pas grave ! Qu’est-ce qu’il y a ? »). Mais parfois non.

Oury sera, en tout cas, nettement plus inspiré avec son carton suivant, La Grande Vadrouille, où les deux mêmes cabotineront avec autant de jubilation, mais beaucoup plus de maîtrise.

Le Démon des eaux troubles (Hell and high water) – de Samuel Fuller – 1954

Posté : 11 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, FULLER Samuel | Pas de commentaires »

Le Démon des eaux troubles

En pleine guerre froide, une bombe nucléaire explose dans le Pacifique. Pourquoi ? Par qui ? Comment ? Plein de questions que l’introduction pose, et auxquelles le film va répondre. La réponse passera par des combats sous-marins, une expédition internationale, et une romance improbable entre un ancien officier et une jeune scientifique.

Et à la manette, Samuel Fuller, qui participe au scénario, mais qui convainc d’avantage avec sa mise en scène, franchement inspirée et pleine d’intensité, et que sert une superbe photo aux couleurs chaudes et contrastées. Les scènes d’aurore, surtout, sont visuellement magnifiques.

Les scènes à l’intérieur du sous-marin, nombreuses, sont elles nettement plus plates. Quant aux combats sous-marins, sans vouloir jouer les spécialistes, elles ont un côté franchement what-the-fuck. Loin en tout cas des grands moments claustrophobiques des chefs d’œuvre du genre.

Ici, Fuller ne vise que l’efficacité immédiate, se moquant de la vraisemblance. Le reproche est d’ailleurs également valable pour la romance à laquelle on a bien du mal à croire. Comme on a du mal à croire en ce duo de scientifiques (français) joués par le raide Victor Francen (très raide en l’occurrence) et par Bella Darvi, la « révélation » du film.

Elle est bien jolie, cette Bella (c’est d’ailleurs indiqué dans son pseudo), imposée par le producteur Darryl Zanuck et sa femme Virginie (d’où « DarVi », le pseudo le plus possessif et malsain de l’histoire du cinéma). Jolie, mais jamais crédible.

Richard Widmark, lui, est impérial, comme toujours, parfait double de Fuller, personnage qui joue de son image de mercenaire mais pourtant plein de principes, anticommuniste de fait, et antiraciste avant tout. C’est l’aspect le plus réussi du film : cette manière dont Fuller met en place une improbable communauté internationale où se retrouvent Américains, Japonais, Chinois, Français, Allemands, Italiens… Les ennemis d’hier qui font cause commune pour éviter un nouveau conflit.

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