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Munich (id.) – de Steven Spielberg – 2005

Classé dans : 2000-2009,SPIELBERG Steven — 3 avril, 2020 @ 8:00

Munich

Spielberg est un sprinter. Depuis les années 90, il a cette drôle de tendance à enchaîner les projets très différents à un rythme effréné, avant de reprendre son souffle pendant deux ou trois ans. Comme de spectaculaires à-coups qui lui permettent de livrer toute la complexité de son inspiration.

En l’espace d’un an seulement, Spielberg a signé une comédie (Le Terminal), un film apocalyptique grandiose (La Guerre des mondes), et une plongée austère et réaliste dans le monde troublé des années 70, marqué par la violence qui déchire (encore et déjà) Juifs et Palestiniens.

Il y a des points communs entre ces trois films (trois réussites, chacun à leur manière), à commencer par le thème de l’innocence perdue, et celui de l’homme de plus en plus seul dans un monde qu’il ne comprend plus et qui lui devient hostile. Soit. Mais ces films résument bien le champ d’inspiration de Spielberg, la facilité qu’il a de passer d’un genre à l’autre, d’un ton à l’autre, d’une époque à l’autre.

Ardent défenseur de la cause juive avec Schindler, Spielberg a un premier grand mérite avec Munich : il ose prendre ses distances, et signe un film beaucoup plus nuancé, qui par conséquent déplaira autant aux Israéliens qu’aux Palestiniens. Partant d’une tragédie, la prise d’otage et l’assassinat de onze représentants de la délégation israélienne aux JO de Munich en 1972, Spielberg ne signe ni un film historique, ni un vrai suspense, mais un film sur la violence et ses conséquences. Personne n’en sort vainqueur.

Après cet attentat meurtrier, la première ministre Golda Meir a décidé la mise à mort des onze responsables de cet attentat. C’est leur traque par un jeune agent inexpérimenté du Mossad et ses hommes tout aussi novices en matière de tueries que le film raconte. Rien d’héroïque, rien de spectaculaire, des exécutions sales et violentes, filmées avec une lumière pisseuse et blafarde. Rien de romantique, vraiment…

Sans doute le film est-il discutable d’un point de vue historique. On peut aussi trouver ici et là quelques effets faciles comme Spielberg, parfois, ne peut s’empêcher d’en glisser : la voiture mystérieuse et menaçante dans la dernière partie, aussi inutile et gênante que la scène de la douche dans La Liste de Schindler. Mais Munich est surtout un film admirablement construit, l’œuvre d’un cinéaste qui maîtrise son art avec une extrême modestie.

C’est un monde de mensonge et de violence larvée que raconte Munich, avec ses personnages qui semblent se débattre pour ne pas s’y noyer. Eric Bana est très bien, avec son physique falot, ballotté par l’Histoire. Et puis Kassovitz, Ciarán Hinds…, et Daniel Craig, dans son dernier rôle pré-Bond, que l’on voit très curieusement se transformer au fil de l’histoire, gagnant une carrure et une intensité qui sont déjà, in fine, celles de 007.

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