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Shadows (id.) – de John Cassavetes – 1959

Classé dans : 1950-1959,CASSAVETES John — 23 mars, 2020 @ 8:00

Shadows

La Nouvelle Vague : Godard ? Truffaut ? Chabrol ? Rohmer ? Pfff… N’écoutez pas les crâneurs de la cinéphilie fraaaaannnçaise : non, on n’a pas tout inventé. Avant « nous », il y avait John Cassavetes, acteur hollywoodien à la belle gueule, bien parti pour une carrière toute tracée de vedette, mais qui reste avant tout un cinéaste qui a balancé toutes les règles du grand Hollywood dont il était pourtant un pur produit.

Ce destin de vedette, Cassavetes l’accomplira partiellement (on le verra quand même dans 12 salopards ou A bout portant), mais essentiellement pour financer ses propres films. Et ce dès 1959, l’année de la Nouvelle Vague française, donc. 1958, même : l’année du tournage de Shadows, l’année où sort une première version du film (pas vue). Celle que l’on connaît frappe aujourd’hui encore par sa liberté de ton, ses parti-pris esthétiques radicaux, et par la le regard de Cassavetes.

L’acteur n’a jamais été heureux dans le système hollywoodien. Le réalisateur, avec ce premier long-métrage, envoie promener toutes les règles qu’on lui a apprises. Un film commence par un scénario bien écrit ? Lui improvise à moitié sur le tournage, après avoir ébauché situations et personnages avec les comédiens. Les studios maîtrisent les coûts en préparant les tournages le plus précisément possible ? Lui supprime même les marques au sol en demandant au caméraman de suivre les personnages dans leurs improvisations, et « vole » des images dans la rue…

Quant à l’intrigue, elle se résume à… pas grand chose : trois frères et sœurs dans leur quotidien new-yorkais. L’un glande en draguant les filles. L’une tombe amoureuse d’un jeune homme un peu inconsistant. Le troisième est un chanteur qui vivote des restes d’une petite gloire passée, enchaînant les petits contrats. Un détail quand même, qui n’en est pas un : tous trois sont noirs. Sauf que, à l’exception du grand frère chanteur, cela ne se voit pas.

Le petit frère traîne avec des potes blancs dans des troquets 100% blancs, et semble mal à l’aise où qu’il soit, pas à sa place. Quant à l’amoureux de la sœur, il semble bien gentil, tendre, bien comme il faut. Mais la gueule qu’il ne peut s’empêcher de tirer quand il rencontre le frère à la peau bien noire, réalisant qu’il vient de coucher avec une femme de couleur. Blanche, mais noire, sorte de Pinkie des temps modernes…

Cette scène est d’une force incroyable. Jamais le mot de racisme n’est prononcé. Jamais l’amoureux mal à l’aise n’est montré comme un type intolérant ou bas du front. C’est un jeune homme qui ne s’est probablement jamais vu comme un raciste, mais qui réalise en pleine surprise qu’il n’est pas le type bien qu’il croyait être. En tout cas pas naturellement. Et trop tard…

Sur une partition (forcément) très jazzy, avec la participation enthousiasmante de Charlie Mingus, Cassavetes filme ses personnages au plus près, cadrant en très gros plans des tranches de vie. Il y a bien un fil conducteur, ou plutôt une direction, mais le film est construit comme une suite de scènes presque indépendantes. Sans réel début, et sans réelle fin. Une tranche de vie qui met autant en valeur l’effervescence et la liberté d’une certaine jeunesse, autant que le poids social de la couleur de peau. Un film novateur dans la forme, et d’une force remarquable.

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