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Archive pour novembre, 2019

L’Homme du jour – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 6 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Homme du jour

Une comédie musique portée par Maurice Chevalier ? Eh bien oui, et loin d’avoir vieilli, ou d’être une machine à la seule gloire de la star, c’est un film franchement enthousiasmant que signe Duvivier, pourtant dans un registre auquel il n’est pas habitué.

Chevalier y interprète un électricien qui rêve de devenir un chanteur de music-hall, persuadé de son talent. Ce n’est pourtant pas sur scène qu’il va trouver la chance de sa vie, mais dans les couloirs d’un hôpital, lorsqu’il va donner son sang pour sauver une grande diva, interprétée par Elvire Poposco, toute en auto-dérision.

Le film est d’ailleurs marqué par la présence de jolies seconds rôles féminins : celui de la mère, bienveillant regard posé sur l’ambition un peu puérile de son fils. Et surtout celui de la fleuriste, inattendu et mélancolique, superbe silhouette effacée, et finalement assez tristes.

Très séduisants aussi : les beaux morceaux musicaux, intégrés très naturellement à l’histoire, et mis en scène avec beaucoup d’originalité et de maîtrise : Duvivier donne à chacun de ces morceaux une vraie identité.

D’abord « Ma pomme », chantée par Maurice Chevalier devant un rideau d’eau, une séquence qui inspirera très ouvertement les créateurs de La Belle et la Bête de Disney, avec un hommage à Chevalier, le plus Américain des Français. Visuellement assez radical, la gouaille de la vedette fait le reste.

La dernière séquence est aussi très audacieuse, et très réussie. Le personnage joué par Maurice Chevalier rencontre, dans les coulisses d’un music-hall… le vrai Maurice Chevalier. Maurice Chevalier et Maurice Chevalier sur le même plan, qui écoutent tous deux un disque de Maurice Chevalier… Une scène qui dit bien l’ironie que porte Chevalier sur lui-même, et la liberté et l’audace que s’accorde Duvivier.

Même si cette audace n’est pas tangible du début à la fin, même si Duvivier n’évite pas quelques flottements, cette comédie superbement réalisée est une réussite majeure dans la filmographie de sa star.

Once upon a time… in Hollywood (id.) – de Quentin Tarantino – 2019

Posté : 5 novembre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, PACINO Al, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Once upon a time in Hollywood

C’est un Tarantino étonnamment modeste que l’on retrouve, au moins dans la première partie du film. Un Tarantino qui se la joue simple et direct, un peu dans la mouvance de Jackie Brown, qu’il cite explicitement à l’occasion d’un long travelling dans un aéroport. Simple et modeste : voilà plutôt une bonne nouvelle, pour un cinéaste qui a parfois tendance à en faire des tonnes, sans cadre et sans limite.

En limitant son récit à trois personnages centraux, autour desquels gravitent de nombreux seconds rôles qui ne leur piquent jamais la vedette, Tarantino trouve le ton juste : celui d’un triple portrait intime et émouvant, celui aussi d’une époque, celle de 1969, lorsque le Nouvel Hollywood prend son envol et enterre définitivement l’âge d’or (déjà bien lointain) et une certaine visions « virile » du cinéma américain.

Trois personnages, donc : Rick Dalton d’abord (Leonardo Di Caprio, formidable, dans un rôle d’une richesse infinie), vedette sur le déclin qui a connu son heure de gloire dans une série western à la télé, et qu’un producteur passionné (Al Pacino, qui débute chez Tarantino) veut convaincre de tenter l’aventure italienne.

Cliff Booth ensuite (Brad Pitt, également formidable), son cascadeur attitré, qui est bien plus que ça : un ami, un homme à tout faire, un chauffeur, un compagnon, celui qui l’épaule et lui remonte le morale lorsqu’il réalise que son avenir est derrière loi. Un type tellement fidèle qu’il en serait facilement transparent, si Brad Pitt ne lui donnait une telle profondeur.

Sharon Tate enfin (Margot Robbie, aussi douce et souriante qu’un paradis perdu), oui, LA Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, celle qui allait, avec des amis, être la victime des tueurs de Charles Manson cette même année 1969. Cet événement tragique est évidemment central dans le film. Sauf qu’on est chez Tarantino, et que le gars a, depuis Inglorious Basterds, une tendance bien marquée à prendre des libertés avec l’Histoire.

Chez Tarantino, et c’est sans doute ça qui est le plus beau, tout est cinéma, pur cinéma. Qui, aujourd’hui, sait faire d’aussi beaux cadres, d’aussi beaux plans ? Dans Once upon a time…, on se surprend, à de nombreuses reprises, à s’émerveiller devant la composition de certains plans, ce qui est à la fois enthousiasmant et angoissant quant à l’état du cinéma actuel (fin de la parenthèse vieux con).

Tout est cinéma, donc, chez Tarantino, qui utilise les armes cinématographiques (littéralement) pour prolonger ce plaisir d’un bonheur disparu, sans doute lié aux joies enfantines (Tarantino avait 6 ans en 1969), comme s’il voulait grâce à son média retarder l’inévitable. Il y a ainsi dans le final une mélancolie assez bouleversante. D’habitude plutôt fortiche sur les premières minutes de ses films, Tarantino réussit sans doute là sa plus belle fin… non sans être passé par l’un de ses excès de violence (le seul du film d’ailleurs) qui sont aussi sa marque.

Pour en arriver là, beaucoup de bien : Brad Pitt et Leonardo DiCaprio surtout, sont exceptionnels dans des rôles magnifiques. Mais aussi beaucoup de longueurs. Et on en arrive à la grande limite du film : sa durée. Once upon a time… aurait gagné à être (radicalement) raccourci. Par moments, Tarantino donne surtout l’impression de s’être fait quelques cadeaux, signant des morceaux de séries western, ou de polars italiens, sans que cela apporte quelque chose.

Qu’importe. Il y a tellement de beaux moments de cinéma dans ce film, et la fin distille un bonheur tellement pur et joliment naïf, qu’on ne peut que se soumettre face à l’évidence : malgré ses excès, malgré ses maniérismes, malgré son arrogance aussi, Tarantino est un cinéaste majeur, et Once upon a time… in Hollywood est son film le plus enthousiasmant depuis bien longtemps.

Top of the Lake : China Girl (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2017

Posté : 4 novembre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, KLEIMAN Ariel, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake China Girl

Pour la deuxième saison de sa superbe série, Jane Campion choisit de tout changer, ou presque. Nouveau décor : à la nature de Nouvelle-Zélange succède la ville d’Australie. Nouveaux personnages : à l’exception de Robin Griffin, la magnifique héroïne interprétée par Elisabeth Moss, uniquement des nouveaux venus, à une apparition près. Nouvelle enquête, là aussi radicalement différent.

Que reste-t-il alors de l’atmosphère fascinante de la série, alors ? Eh bien tout, curieusement. Même avec des parti-pris très différents, même en faisant à peu près table rase de ce qu’on avait appris à adoré, Top of the Lake garde ce mystère et cet envoûtement qui font sa beauté. Cette saison 2 n’est pas le prolongement de la première, mais elle en a la même ambition, la même intensité, et la même réussite.

La même radicalité, aussi. Plus encore que la première saison, China Girl aborde le thème de la paternité, et de la place de la femme dans la société, et dans la famille. Mais elle le fait avec une audace folle, et une approche totalement décomplexée. Car l’enquête, a priori classique, sur la disparition d’une jeune prostituée, se transforme très rapidement en une quête intime pour Robin, qui se résume bientôt à un cercle pseudo-familial aussi improbable que bouleversant.

Le mouvement qui habite cette deuxième saison se résume assez bien lors d’une longue séquence d’une intensité folle, dans l’avant-dernier épisode, où tous les rapports entre les membres de ce cercle familial semblent mis à mal, les uns après les autres, dans un enchaînement infernal, chacun se retrouvant totalement seul : Robin, sa fille naturelle avec qui elle a enfin pu tisser des liens, les parents adoptifs de cette dernière, et même le maquereau manipulateur dont la jeune fille s’est éprise.

Dans cette deuxième saison, Jane Campion souffle le chaud et le froid, la douleur extrême n’étant jamais dénuée d’une lueur d’espoir, si faible soit-elle. A l’inverse, le personnage plutôt amusant de la fliquette à la taille démesurée révèle peu à peu une profondeur et une noirceur extrêmes. D’une manière générale, les personnages sont d’ailleurs tous passionnants, et totalement inattendus.

Cette alternance de moments très sombres avec quelques sursauts plus léger, cette manière de passer de longs passages lents et introspectifs à d’autres plus angoissants, voire carrément flippants… Tout ça renforce l’intensité de cette série décidément magnifique. La prestation d’Elisabeth Moss, impeccable dans tous les registres, n’y est pas pour rien.

Premier rendez-vous – de Henri Decoin – 1941

Posté : 3 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, DARRIEUX Danielle, DECOIN Henri | Pas de commentaires »

Premier rendez-vous

Après le beau Battement de cœur, Danielle Darrieux retrouve Henri Decoin, dont elle venait de se séparer, et cette fois sous la bannière de la Continental. Le film n’en est pas moins léger, drôle et irrésistible. C’est même, une nouvelle fois, l’une des grandes réussites de la comédie française. Une comédie pleine de charme et d’esprit, digne du cinéma de Lubitsch ou de celui de La Cava.

C’est aussi dans ce film, bien sûr, que Danielle Darrieux interprète « Le premier rendez-vous », l’une de ses plus belles chansons, superbe hymne amoureux qu’elle chante en deux temps : d’abord dans une version classique et séduisante, puis avec un swing très américain qui aurait été sans doute impossible quelques mois plus tard, après l’entrée en guerre des Etats-Unis.

La chanson est d’autant plus importante qu’elle évoque un premier rendez-vous qui, au fond, n’arrive jamais vraiment. Pas comme la jeune orpheline qu’interprète Danielle Darrieux l’imagine en tout cas, elle qui croit rencontrer un prince charmant en répondant à la petite annonce d’un mystérieux inconnu, et qui croise la route d’un homme de lettre brillant, mais vieillissant et pas très beau.

Ce dernier (Fernand Ledoux) affirme être l’ami de celui qui a vraiment correspondu avec la jeune femme (Louis Jourdan). Il n’y a bien qu’elle pour le croire, et pour ne pas comprendre très vite qu’on est dans une sorte de variation sur le thème de Cyrano de Bergerac. En plus contemporain et en plus léger. Et en remplaçant le contexte guerrier d’Edmond Rostand par celui plus innocent d’un collège de fils de riches (parmi lesquels un tout jeune Daniel Gélin).

Le rythme est enlevé, il n’est pas linéaire pour autant. Comme dans Battement de cœur déjà, Henri Decoin s’amuse à jouer sur les émotions du spectateur, n’hésitant pas à faire basculer son récit dans un semblant de film noir : l’arrivée de la jeune femme dans l’appartement de l’homme qu’elle vient de rencontrer distille ainsi une angoisse sourde, l’air égaré de Fernand Ledoux renforçant l’atmosphère soudain trouble.

Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement hitchcockien dans cette comédie de Decoin. Une impression qui repose peut-être sur l’utilisation des maquettes pour les plans généraux (typiques de la période anglaise du Sir), ou plus généralement sur sa manière de filmer les intérieurs. En tout cas, une esthétique très soignée et très maîtrisée, qui rend grâce au talent des comédiens.

Une mention, d’ailleurs, à Jean Tissier, second rôle parfois un rien agaçant dans son éternel numéro de poseur volubile, qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, irrésistible et touchant dans son rôle de vieux professeur dragueur et pas si léger qu’il n’en a l’air.

Mariage incognito (Vivacious Lady) – de George Stevens – 1938

Posté : 2 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, STEVENS George, STEWART James | Pas de commentaires »

Mariage incognito

Ginger Rogers, James Stewart… Qu’importe la réussite du film, presque : ces deux seuls noms suffiraient à mon bonheur. Et comme le film est vraiment réjouissant… George Stevens n’est ni La Cava, ni Capra, ni Sturges (Preston), ni même McCarey. Il lui manque sans doute cette originalité, ce petit quelque chose en plus, qui ferait de lui l’un des grands spécialistes du genre. Mais il signe là une comédie au rythme impeccable, et franchement emballante par moments.

Le point de départ évoque un autre film avec Ginger Rogers, Primrose Path. Dans les deux films, tout commence idéalement, par le coup de foudre d’un homme et d’une femme très différents l’un de l’autre, qui se marient très vite, mais dont le bonheur sera contrarié par l’entourage. Ici, le problème vient du fait que ce couillon de James Stewart n’arrive pas à expliquer à ses riches parents qui attendent tant de lui qu’il s’est marié en douce, qui plus est avec une artiste de music-hall.

La comparaison entre les deux films ne va pas plus loin. Contrairement au film de Gregory La Cava, Vivacious Lady n’est absolument pas ancré dans un quelconque contexte social. On est ici dans la comédie la plus pure, et la plus dénuée de vrai drame. Des quiproquos et des portes qui claquent, plutôt que de l’angoisse et de la misère. Léger ? Oui, totalement, mais une légèreté portée par des acteurs qui savent transcender cette légèreté.

On a certes envie de le baffer, ce couillon de James, de trembler à ce point devant son père, Charles Coburn, dont on sait pourtant qu’il aboie plus qu’il ne mord vraiment. Mais il a cette manière si particulière d’être couillon, avec cette voix chevrotante et ces gestes maladroits. Et puis Ginger Rogers a ce regard si bienveillant qui fait tout oublier… Pas une femme effacée pour autant, loin de là : elle est notamment géniale dans une scène de baston irrésistible avec sa rivale, qui se termine par un direct en pleine face de beau-papa !

Tout ça se terminera exactement comme on s’y attend, bien sûr. Mais entre-temps, on aura eu droit à quelques scènes mémorables, notamment l’arrivée de l’épouse incognito dans la salle de classe de son professeur de mari. On la première cigarette partagée entre Ginger et sa belle-mère. Que voilà une petite chose pleine de charme…

Meurtre en suspens (Nick of Time) – de John Badham – 1995

Posté : 1 novembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, BADHAM John | Pas de commentaires »

Meurtre en suspens

Ça commence par un beau générique à l’ancienne, très hitchcockien avec ces gros plans mécaniques mettant en parallèle le mécanisme d’une horloge et celui d’une arme à feu, sur une musique ample d’Arthur Rubinstein.

Et il y a effectivement quelque chose d’Hitchcock dans l’histoire de ce père de famille dont on enlève la fille pour le forcer à commettre un assassinat.

OK, John Badham n’est pas Sir Alfred, loin s’en faut. Et ce thriller des années 90 ressemble dans la forme moins à un Hitchcock movie… eh bien qu’à un thriller des années 90 comme il en sortait des tonnes à l’époque.

Mais si Badham n’est pas un grand auteur, il a un savoir faire indéniable (estampillé 90s, oui), et j’ai pour lui une affection qui remonte à l’adolescence. Hey ! C’est quand même à lui qu’on doit Short Circuit, Étroite surveillance ou La Manière forte. Pas des chefs d’œuvre, non, mais des films qui ont enthousiasmé les ados des années 90.

Scénar carré, resserré et efficace, Johnny Depp très bien en Monsieur-tout-le-monde (une première pour lui, après une série de grands rôles lunaires), Christopher Walken forcément à l’aise dans un rôle de bad guy qu’il connaît par cœur, une intrigue filmée en temps réel (ça aussi, très hitchcockien)… C’est du cinéma bien modeste, mais un polar efficace, et bien sympathique.

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