Play it again, Sam

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Archive pour juillet, 2019

Sang froid (Cold Pursuit) – de Hans Petter Moland – 2019

Posté : 12 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), MOLAN Hans Petter | Pas de commentaires »

Sang froid

Liam Neeson perd son fils, victime d’un puissant cartel de la drogue, et se lance dans une véritable croisade pour venger sa mort… Oui, encore. Liam Neeson, depuis une dizaine d’années, continue son inlassable chemin de croix jonché de cadavres, de coups et d’hémoglobine. Un enchaînement un peu aberrant quand on regarde les sommets de sa carrière, et là où elle stagne depuis le premier Taken. Et pourtant, le comédien continue à exercer une petite fascination, qui pousse à croire, à chaque nouveau projet, que celui-ci sera différent.

Bonne nouvelle : celui-ci l’est un peu. Sur le fond, rien que de très banal donc. La routine pour ce fringant sexagénaire, qui laisse derrière lui une nuée de cadavres. Mais il y a dans cet autoremake (très fidèle paraît-il) des tas de détails, plus ou moins grands, qui font la différence. Le premier : le fait que Neeson ne soit pas un ex-flic, ou ex-tueur, ou un es-as de self défense… Bref, un quidam comme un autre. Ok, assez malin quand même pour prendre le dessus sur une armée de tueurs.

Le deuxième : le décor. Une luxueuse station de ski du Colorado, où notre héros est chargé de dégager les routes, traçant d’improbables sillons dans d’épaisses couches de neige. Un détail qui donne son rythme au film, son identité sonore aussi, et des images plutôt originales, et d’une grande beauté visuelle.

Et puis cette ironie grinçante, cet humour absurde aussi, qui se mélangent avec une vraie noirceur pour créer des moments de malaise ou de tragi-comédie inattendus. Une table de morgue qui n’en finit plus de grincer, un briquet qui ne s’allume pas… Et des moments où l’émotion attendue se transforme en un rire nerveux. Comme si Moland ne voulait pas tomber dans le piège des passages obligés du film de genre.

En appelant son héros « Coxman », il tourne en dérision le statut de héros de Neeson. Comme ça, le cinéaste joue avec les clichés, tournant autour sans jamais vraiment y tomber. Un vieux flic fatigué, une jeune fliquette pleine de morgue, deux hommes de main qui cachent leur homosexualité… Constamment, le film flirte avec ce qu’on attend du genre, trouvant un équilibre convainquant entre la noirceur et l’humour.

Même pas à la manière des frères Coen, référence incontournable en termes de noir neigeux décalé depuis Fargo. Sang froid n’atteint pas ces hauteurs, certes, mais il a un ton singulier, ce qui est déjà beaucoup.

L’Etang tragique (Swamp Water) – de Jean Renoir – 1941

Posté : 11 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOND Ward, CARRADINE John, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

L'Etang tragique

Il y a des réalisateurs français qui ont su s’adapter aussi bien, voire mieux que les Américains eux-même, au cinéma américain. Jean Renoir est de ceux-là, qui réussit dès son premier film en exil un grand film hollywoodien, maîtrisant d’emblée les codes, le langage, et l’atmosphère de son éphémère terre d’accueil.

L’Etang tragique n’est sans doute pas au niveau de La Bête humaine, ou de La Grande Illusion. Il n’empêche : c’est une vraie réussite, à la fois personnelle dans la manière qu’à Renoir de filmer l’homme dans son environnement, et très américain dans son utilisation des décors, dans le rythme qu’il donne au film, ou dans sa manière de filmer quelques-unes des gueules les plus passionnantes du cinéma américain de l’époque.

Walter Brennan, Walter Huston, Ward Bond, John Carradine, Eugene Pallette, Guinn Williams… Le casting du film ressemble à une liste quasi-complète des meilleurs seconds rôles hollywoodiens (tous bien servis qui plus est). S’ajoutent Anne Baxter en charmante sauvageonne, et Dana Andrews, décidément très grand, absolument formidable dans son rôle de jeune homme à peine entré dans l’âge adulte confronté pour la première fois à l’hostilité du monde.

Surtout, Renoir séduit dans sa manière d’utiliser ses incroyables décors naturels : les marais de Georgie, infestés d’alligators, de serpents et de moustiques. Ces marais hostiles tellement américains, Renoir les filme comme personne avant lui, et comme presque personne après lui : Nicholas Ray dans les Everglades peut-être (La Forêt interdite), ou Bertrand Tavernier, encore un Français, en Louisiane (Dans la brume électrique). A la rigueur Raoul Walsh dans les Everglades aussi (Les Aventures du Capitaine Wyatt).

Renoir, lui, associe assez génialement des images tournées en décors réels et d’autres filmées en studio. Sans doute moins réaliste visuellement que le Ray, son film réussit pourtant sans peine à faire ressentir le danger, la moiteur, et l’immensité désolée de ce décor hors du commun, ne serait-ce qu’à travers le visage suant de Walter Brennan, banni de la société qui vit là, seul, depuis des années, condamné à fuir les hommes qui l’ont condamné à mort.

Beau film noir, à la fois classique par son intrigue, tirée par les cheveux par son dénouement, mais puissant et passionnant du début à la fin. Aux Etats-Unis comme en France, Renoir filme les passions humaines, les soubresauts d’une micro-société. Avec ces décors-là, et avec ces acteurs-là, c’est du pur plaisir.

Honkytonk Man (id.) – de Clint Eastwood – 1982

Posté : 10 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Honkytonk Man

Clint Eastwood, chanteur de country dont le rêve se brise en même temps que sa voix sur la scène du mythique Grand Ole Opry… Voilà une image qui vous déchire le cœur, l’une des plus touchantes de tout son cinéma. Il faut dire qu’Eastwood cinéaste atteint ici l’un de ses premiers sommets, lui qui venait pourtant de signer Firefox, qui serait pour le coup plutôt à caler dans le bas de la pile… Ce n’est d’ailleurs pas un fait unique dans sa filmographie : dix ans plus tard, il enchaînera La Relève (nanar) et Impitoyable (chef d’œuvre).

Le grand écart est à peu près aussi important, entre les effets spéciaux cheap et dévorants du précédent, et la sensibilité et la simplicité de ce Honkytonk Man, film très personnel autant qu’hommage à l’âge d’or hollywoodien. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est là l’une des rares occasions qu’Eastwood a eu de diriger un acteur de cet âge d’or : John McIntire, figure du cinéma de Raoul Walsh, Anthony Mann ou Henry Hathaway, vu dans une quantité de classiques de Appelez Nord 777 à Psychose.

Eastwood plonge dans cette Amérique de la Grande Dépression, qui est aussi celle de son enfance, lui qui a grandi dans la Californie des années 30. Avec ce film, Eastwood s’impose comme l’un des meilleurs héritiers d’un certain classicisme, celui de Walsh ou Ford, celui des grands espaces et des Raisins de la colère, celui du voyage et de la communauté qui se crée sur la route, thème que l’on retrouvait déjà dans Josey Wales ou Bronco Billy.

Entre le drame social et la comédie de mœurs, Eastwood trouve un ton original qui fait la particularité de son film. Surtout, sa belle voix douce et éraillée à la fois donne au film une atmosphère envoûtante. La musique a souvent été importante dans son cinéma, mais sa propre voix n’a sans doute pas été assez utilisée (il a chanté dans le western musical La Kermesse de l’Ouest et dans les bandes sons de Ça va cogner et Minuit dans le jardin du bien et du mal). Jamais en tout cas comme ici.

Entre deux épisodes quasi-comiques (le faux braquage raté, le bain contrarié par un taureau, le dépucelage du neveu joué par le propre fils de Clint, Kyle), le film est surtout marqué par la vision qu’Eastwood offre de cette Amérique qui oublie la Grande dépression dans les clubs ruraux (les Honkytonk), superbes séquences nostalgiques au rythme envoûtant. Et cette chanson qui donne son titre au film, qui plane sur les dernières images comme un rêve amer, et qui vous hante longtemps…

Les Liens du sang – de Jacques Maillot – 2008

Posté : 9 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, MAILLOT Jacques | Pas de commentaires »

Les Liens du sang

Lyon, 1979. Un frère flic, un autre qui sort de prison, des rapports compliqués… Une histoire vieille comme le polar, vieille comme le cinéma, vieille comme la fiction en fait, dont Jacques Maillot tire un polar à l’ancienne. L’intrigue se déroule dans la France de Giscard ? Le film aurait pu être tourné dans cette France-là, tant l’esthétique renvoie à cette période.

Ce qui surprend d’ailleurs dès les premières séquences, c’est la froideur des images, et le faux rythme qui lui aussi renvoie clairement aux polars des années 70. Déroutant, même : il faut quelques minutes pour entrer dans l’histoire, pour trouver sa place dans cette intrigue d’un autre temps, si ouvertement daté. Surtout que Jacques Maillot semble tout faire pour éviter un rythme trop facile, terminant chaque scène par un fondu noir qui s’apparente à une pause. A moins que, plus simplement, il ne sache pas enchaîner des scènes…

Il faut du temps pour y rentrer, donc, mais ça vient. Peu à peu, il y a une vérité inattendue qui se dégage de cette histoire (inspirée d’une histoire vraie, mais ce n’est pas la question), et de ces rapports si ambigus entre les deux frères, qui n’arrivent jamais à se parler vraiment en se regardant dans les yeux.

Guillaume Canet est d’une justesse parfaite, formidable en petit frère au regard un peu paumé. François Cluzet paraît moins juste, plus caricatural. Pourtant, ce qui semblait être une forme de cabotinage révèle au fil du film le mal-être d’un homme pas bien dans sa peau, pas à l’aise avec ses sentiments. Et c’est beau, finalement.

Et le film l’est aussi dans sa manière de confronter des hommes et des femmes à la brutale réalité. Qu’ils soient flics ou truands, tous sont ramenés d’une manière ou d’une autre à leur simple situation de mortels, souvent dans des brusques accès de violence froide, particulièrement percutants.

Inégal, mais intense, le film aura droit à un remake américain : Blood Ties, réalisé par Guillaume Canet lui-même.

Jusqu’au bout du rêve (Field of dreams) – de Phil Alden Robinson – 1989

Posté : 8 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, COSTNER Kevin, FANTASTIQUE/SF, LANCASTER Burt, ROBINSON Phil Alden | Pas de commentaires »

Jusqu'au bout du rêve

Le base-ball comme symbole de l’innocence perdue, la nostalgie d’une certaine Amérique profonde… Il y a dans ce film des tas de choses qui pourraient agacer, ennuyer, ou faire fuir. Et pourtant, avec Field of dreams, Phil Alden Robinson réussit une sorte de miracle: tout fonctionne, tout est d’une justesse totale, l’émotion est constante, et forte. Avec ce film, le réalisateur un superbe conte à la Capra, trouvant une sorte d’alchimie que la suite de sa filmographie n’expliquera pas.

Kevin Costner, fermier paisible qui s’ennuie un peu dans ses terres reculées, qui entend des voix dans son champ de maïs… La scène qui ouvre le film aurait pu plomber l’ensemble du récit. Mais pour une raison que je n’arrive toujours pas à m’expliquer après quelques visions, cette image est belle, très belle. Et elle dégage d’emblée un parfum doucement nostalgique qui renvoie à l’enfance et vous prend aux tripes.

Et il est formidable, Costner, juste . Alors en pleine ascension (il n’allait pas tarder à tourner Danse Avec les Loups, son grand-œuvre), il est une incarnation parfaite d’une certaine Amérique : celle des rêves perdus, d’une certaine innocence. Le film valorise cet esprit d’auto-entreprise qui a accompagné la naissance de la nation. Et ce qui aurait pu être de la naïveté se transforme en une fable universelle autour de la figure du père, qui vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher.

Impossible de ne pas verser une larme devant ce face-à-face tant attendu entre Kevin et son père, figé pour l’éternité dans une jeunesse qu’il n’a jamais connue, sur ce terrain de base-ball créé au milieu des champs de maïs pour apaiser les fantômes de joueurs morts depuis longtemps (un beau rôle pour Ray Liotta). Impossible aussi de ne pas vibrer devant la dernière scène d’un Burt Lancaster en fin de carrière, qui disparaît avec une douceur ouatée dans un ailleurs qu’on ne peut qu’imaginer. Un beau film, en état de grâce…

L’Aventurier du Texas (Buchanan rides alone) – de Budd Boetticher – 1958

Posté : 7 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Aventurier du Texas

Randolph Scott, cowboy solitaire. Normal. Mais ce cowboy solitaire là débarque en ville avec un large sourire aux lèvres, dont il ne se départira que dans les circonstances les plus sombres… et encore. Et ce n’est pas la seule originalité de ce western plein de surprises.

L’histoire, pourtant, semble classique. Ce voyageur en route vers son Texas natal débarque dans une ville frontalière dominée par une famille omniprésente, qu’il ne tarde pas à se mettre à dos : le juge Agry, qui détient le pouvoir et la fortune ; le shérif Agry, qui aimerait bien s’approprier les deux ; et le patron d’hôtel Agruy, qui passe son temps à courir d’un frère à l’autre.

Curieux western, où le héros passe son temps à être sauvé de la mort par ceux qui sont censés être ses ennemis. Une sorte d’ironie amusée qui baigne tout le film, avec un humour plutôt inhabituel pour un western de Boetticher, surtout dans sa période Scott.

Boetticher glisse des tas de détails étonnants dans son récit : ce frère constamment essouflé qui a tout du poulet paniqué ; l’homme qu’on « enterre » au sommet d’un arbre ; Scott qui manque tranquillement son steak sous le regard de l’homme qui veut le tuer ; le prix fixe (10 dollars) de tout ce qui s’achète dans cette ville…

Buchanan rides alone peut sembler mineur dans la collaboration de Scott et Boetticher, mais cette pochade au ton parfois déroutant séduit par son côté décalé, par son rythme impeccable, et par l’écriture de ses personnages, à commencer par l’homme de main du juge joué par Craig Stevens, totalement inattendu, sorte d’ange noir dont la présence domine tout.

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