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Trois enterrements (The Three Burials of Melquiades Estrada) – de Tommy Lee Jones – 2005

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),2000-2009,JONES Tommy Lee,WESTERNS — 7 juin, 2019 @ 8:00

Trois enterrements

Tommy Lee Jones passe derrière la caméra, et il signe un film à son image. Brut, humaniste, sombre, et terriblement Américain. Un film formidable, en fait, qui n’aurait pu être tourné par personne d’autre, et nulle part ailleurs. Ce qui, en soit, est un sacré compliment. Rajoutons en un autre : Tommy Lee Jones, acteur central de son film, est absolument formidable. Il a d’ailleurs obtenu le prix d’interprétation à Cannes pour ce rôle. Mérité.

Le voilà donc en vieux cow-boy (contemporain) qui kidnappe le policier des frontières qui a tué (par accident) son ami mexicain. Le duo improbable déterre la victime, histoire de lui faire passer la frontière, de l’enterrer dans le village où il a laissé sa famille, et possiblement de venger la mort de ce type bien. Et c’est un mouvement lent et terrible qui se met en branle, à travers des paysages désolés, croisant des êtres comme en suspens entre la vie et la mort.

Pour son premier film, Jones ne choisit pas le côté glamour du film de genre. Son étrange western moderne est une sorte de récit initiatique, de long voyage dans le tréfonds des âmes de ses personnages. Un voyage à la construction savante, plein d’allers-retours temporels et géographiques (sur un scénario également récompensé à Cannes). L’acteur et réalisateur est formidable, donc. Mais il lui fallait aussi un contrepoint à la hauteur, et Barry Pepper se révèle exceptionnel, sale type pathétique et détestable, que l’on se prend à prendre en pitié tant il tombe bas.

Cette frontière mexicano-américaine, Jones en fait d’ailleurs une sorte de purgatoire, pour des êtres sans perspective. La (belle) femme du policier-tueur se livre à la seule amie qu’elle a pu se faire dans ces contrées hostiles, où les rares femmes sont des versions monstrueuses et désespérément seules d’elle-même : « Nous étions tous les deux très populaires au lycée. » Une simple phrase qui sonne tragiquement dans la réalité du moment.

Les femmes sont le plus souvent en retrait dans cette histoire, mais Jones ne les sacrifie pas pour autant, soulignant justement leur côté sacrificiel, annonçant ainsi le thème central de son second film, The Homesman. Deux films seulement, et déjà un univers d’une extrême cohérence. Et d’une extrême noirceur, même s’il y a dans cet opus inaugural un certain espoir, une certaine foi. Pas en un monde meilleur sans doute, mais au moins à la possibilité d’une pénitence.

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