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Archive pour avril, 2019

Le Réfractaire (Billy the Kid) – de David Miller (et Frank Borzage) – 1941

Posté : 30 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank, MILLER David, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Réfractaire

OK, le film n’est pas signé par Borzage, qui en a laissé les rênes en cours de route à David Miller, lui-même ayant d’autres obligations sur le feu. N’empêche : c’est lui qui est à l’origine du projet, lui qui a commencé le tournage, et ça a déjà son importance : ce Billy the Kid marque les retrouvailles (certes avortées) de Borzage avec le genre de ses débuts.

Il y a plusieurs éléments qui laissent penser que Borzage peut revendiquer au moins une partie de la paternité de ce film. Le choix de Robert Taylor (décidément très bon acteur) pour commencer, et surtout les liens d’amitié quasi-fraternels qui l’unissent au personnage de Brian Donlevy, excellent dans un rôle nettement plus tendre et complexe que ceux auxquels le western l’a souvent cantonné.

Une scène est particulièrement étonnante, se moquant ouvertement des conventions du genre : la première rencontre entre Taylor et Donlevy. Le premier a été embauché par un riche propriétaire (très méchant, Gene Lockhart) pour effrayer le bétail d’un autre riche propriétaire (très gentil, Ian Hunter). Lors d’une attaque de nuit, les deux hommes sont sur le point de s’entre-tuer lorsqu’ils se reconnaissent… Et alors que c’est un bordel pas possible autour d’eux, ces deux amis d’enfance oublient qu’ils sont dans deux camps opposés et se boivent un café, conscients que leur amitié prime, et que tout ça n’est qu’un boulot…

Cette séquence formidable donne le ton. Le film privilégie les rapports humains à l’action pure. D’ailleurs, les deux morts majeures se déroulent hors écran. Hors champs aussi : l’annonce de l’une de ces morts, dont on ressent pourtant toute la force avec cette image poignante des ombres s’arrêtant de danser derrière une fenêtre.

Le film prend des libertés énormes avec la vérité historique. Billy le Kid n’est d’ailleurs utilisé que pour ce que véhicule ce nom légendaire. L’âge souvent décrié de Robert Taylor (il a 30 ans) n’a ainsi aucune importance. Seule compte la formidable complicité mise à mal entre le Kid et son ami de toujours, baptisé Jim Sherwood dans le film, mais évidemment très inspiré de Pat Garrett.

Pour autant, Billy the Kid n’est ni une bluette, ni un film contemplatif, mais un beau western admirablement tendu, au rythme impeccable malgré des chevauchées filmées sur des transparences discutables. La mise en scène y est pour beaucoup, qui met superbement en valeur les paysages de Monument Valley notamment, avec une approche très différente de celle de Ford.

Cet aspect-là laisse penser que David Miller a lui aussi su mettre sa patte sur le film, lui qui saura si bien filmer l’Ouest plus très sauvage mais somptueux dans son chef d’œuvre, Seuls sont les indomptés. Il y a d’ailleurs quelques points communs entre le « réfractaire » joué par Taylor et le cow-boy perdu dans le 20e siècle que jouera Kirk Douglas.

Dumbo (id.) – de Tim Burton – 2019

Posté : 29 avril, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, BURTON Tim, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Dumbo 2019

Soyons honnête : je n’attendais pas grand-chose de ce Burton, cinéaste qui (à l’exception de Sweeney Todd, il y a déjà 12 ans) ne m’a plus enthousiasmé depuis une vingtaine d’années. Pire, l’annonce de ce projet de Dumbo en prises de vue réelles avait tout du signal définitif de la démission du gars. Entre ses grosses productions acidulées à la Charlie et la chocolaterie, et des projets plus personnels dans lesquels il semblait ronronner sans trop y croire, ce projet semblait un nouveau pas en avant pour rentrer dans le rang.

La surprise n’en est que plus belle : Dumbo est un très beau film. Et la preuve que Burton peut se glisser dans l’univers de Disney en remplissant le cahier des charges, tout en signant une œuvre personnelle, grinçante et émouvante. Dumbo 2019 est une adaptation respectueuse du dessin animé de 1941. Il est aussi l’héritier digne d’Edward aux mains d’argent, monstre de foire en quête d’une famille, et en proie aux regards pas toujours bienveillants.

Visuellement, c’est somptueux : un mélange de grand spectacle et d’intime aux couleurs joliment rétros. Et le scénario est particulièrement malin et efficace, reprenant les grandes lignes du dessin animé en en retirant consciencieusement tous les éléments trop purement cartoonesques (à l’exception de l’éléphanteau capable de voler, bien sûr), sans pour autant les effacer : la locomotive Casey Jr et la souris Timothée font d’amusantes apparitions, tout comme les cigognes qui se posent sur le wagon de Mme Jumbo au moment de l’accouchement.

Mais pas d’animaux qui parlent ici (même s’ils semblent comprendre parfaitement ce qu’on leur dit) : les humains retrouvent le premier rôle, alors qu’ils se limitaient souvent à des silhouettes dans le classique de Disney. Et ce qu’en fait Burton est, d’emblée, bouleversant : ce retour de la guerre (on est en 1919) d’un artiste de cirque, dont les enfants découvrent sur le quai de la gare qu’il a perdu un bras. Le film n’est commencé que depuis quelques minutes à peine, ces retrouvailles déclenchent les premières larmes, il y en aura bien d’autres.

D’un schéma très disneyen (la lutte du petit contre le gros), Burton fait un film très personnel (les déboires d’un être différent, la quête de la cellule familiale). Son Dumbo a beau être numérique, il dégage cette innocence et cette pureté menacée des grands personnages du cinéma burtonien. Les personnages échappent d’ailleurs tous aux stéréotypes auxquels ils semblent pourtant d’emblée destinés.

Les enfants de ce rescapé de guerre (Colin Farrell) sont loin de la caricatures de gamins têtes à claques qui peuplent le cinéma. La trapéziste hautaine (Eva Green), le petit patron de cirque ambitieux (Danny De Vito), le banquier glacial (Alan Arkin) dévoilent tous une humanité qu’on ne leur aurait pas prêté au premier abord. Et puis il y a ce grand méchant incarné par Michael Keaton, qui retrouve Burton (et De Vito – Le Pingouin) 27 ans après Batman le défi).

Il est réjouissant, Keaton, incarnation d’une industrie du spectacle cynique et inhumaine, que Burton oppose aux petits artisans du spectacle. Comme s’il voulait glisser en passant qu’il n’était pas dupe de sa propre situation. Paradoxalement, c’est en se mettant au service d’un studio énorme qui ne fonctionne plus que sur des logiques mercantiles systématiques (notamment l’adaptation live de ses films d’animation) que Burton retrouve son âme.

La Ruée vers l’or (The Gold Rush) – de Charles Chaplin – 1925

Posté : 28 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

La Ruée vers l'or

Après l’échec commercial de L’Opinion publique, Chaplin renoue avec Charlot, pour le premier vrai long métrage de son personnage fétiche. Un film ambitieux à plus d’un titre : pour son ampleur d’abord, notamment avec cette première scène du passage du col, qui a nécessité des centaines de figurants dans des conditions extrêmes. Mais aussi pour la gravité inattendue de l’arrière plan.

Depuis The Kid (et quelques autres courts ou moyens métrages avant), on connaissait le goût de Chaplin pour le mélange entre le rire le plus franc et l’émotion la plus pure. On le retrouve ici encore, avec des tas de gags mémorables que l’on connaît par cœur (la cabane au bord du gouffre, le repas à base de chaussure, la fameuse danse des petits pains, ou encore l’apparition de l’ours au début du film), mais aussi des moments nettement plus graves qui font partie des plus beaux de sa filmographie.

Chaplin sait donner corps aux oubliés de la société, à travers son personnage. La scène où il se filme de dos, regardant la foule s’amuser et danser dans le saloon, est un sommet du pathétique sublime qu’il sait mieux que personne mettre en image. Mais le plus beau plan du film, c’est peut-être celui où, après avoir attendu durant des heures ses invitées pour le réveillon, il sort de sa cabane et observe, derrière la fenêtre, l’effervescence du réveillon. C’est déchirant, d’une beauté fulgurante.

Mais la gravité du film prend d’autres formes, plus rudes encore. Notamment lorsque le comparse de Charlot, Big Jim (le fidèle Mack Swain, dans son rôle le plus mémorable), rendu fou par la faim, tente de tuer son compagnon pour le manger. La séquence est filmée sous l’angle de la comédie bien sûr, mais avec un arrière-goût bien amer.

L’amertume tourne parfois radicalement au drame : à plusieurs reprises, Chaplin filme la mort, ce qu’il n’avait jamais fait jusqu’à présent (et ne refera quasiment plus jusqu’aux Feux de la rampe), dans ce qu’elle peut avoir de plus brutale. Dans la scène inaugurale d’abord, où il montre l’un des pionniers s’effondrant durant l’ascension de la passe, dans l’indifférence générale.

Puis avec l’affrontement mortel des deux policiers et du méchant Black Larsen (Tom Murray, lui aussi dans son rôle le plus mémorable ; le hasard voudra qu’il meure deux jours après Mack Swain, en 1935), parenthèse violente et sombre entre deux éclats de rire. Un mélange des genres dont Chaplin tire l’essence de cette nouvelle réussite, chef d’œuvre intemporel, hilarant et bouleversant. Chaplin, quoi…

A la fin de sa carrière, Chaplin a resorti le film dans une version sonorisée, avec quelques prises alternatives qui changent légèrement le cadrage sans changer grand-chose au fond. La principale différence repose plutôt sur la voix off de Chaplin lui-même, qui narre l’histoire pendant qu’elle se déroule tout en prêtant sa voix à l’ensemble des personnages. Une curiosité qui a son charme. Entre la version purement muette et celle-ci, à laquelle la voix chaude du cinéaste apporte une dimension inattendue, mon cœur balance…

King Kong (id.) – de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack – 1933

Posté : 27 avril, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Merian C., FANTASTIQUE/SF, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

King Kong

Classique d’entre les classiques. On a tout dit de ce monument du film de monstre, maintes fois copié, jamais égalé. On a dit que c’était un chef d’œuvre, et on a eu raison. On a dit que la tension y était parfois insoutenable, et on encore eu raison. On a dit que les effets spéciaux n’avaient pas pris une ride, et… bon, faut reconnaître qu’on s’est un peu trop laissé emporter par son enthousiasme, pour le coup.

L’animation image par image a, avouons-le, pris un petit coup de vieux. Les mouvements saccadés du roi Kong, les drôles de mouvement de ses poils, les transparences approximatifs… Je ne veux pas verser dans la polémique (ou peut-être que si, en fait), mais Peter Jackson a fait nettement mieux dans son remake. Côté effets spéciaux. Avec les CGI et toutes les technologies les plus modernes à son service. Bref, son Kong est plus fluide, plus chiadé, plus vrai. Reste une question en suspens : et alors ?

Parce que même si les effets spéciaux ont vieilli, même si on sait reconnaître les trucages au premier coup d’œil, ce King Kong originel reste un chef d’œuvre, d’une efficacité absolument imparable. Un film tellement bien fichu, au rythme tellement imparable, que même après une poignée de visions, on continue à s’interroger sur ce qui se trouve derrière ce fichu mur de Skull Island, on continue à pester contre cette Ann Darrow qui reste obstinément appuyée contre ce bastingage…

Ann Darrow : le rôle de toute une vie pour Fay Wray, déjà très bien dans La Chasse du Comte Zaroff (même période, même réalisateur, mêmes décors, même réussie), qui accède ici au statut infini de scream queen définitive, actrice capable de faire exister un personnage en passant une bonne partie du film à hurler. La première d’une longue série, jamais dépassée comme on dit.

Bien sûr, l’animation de Kong et des autres bestioles de cette île pas franchement paradisiaque continue à impressionner (on est en 1933, quand même). Mais ce qui marque surtout dans ce film, c’est de voir comment ces trucages sont insérés dans le récit. Contrairement à des tas de séries B (C, voire Z) à suivre, les scènes de monstres ne coupent jamais la narration, mais s’inscrivent dans l’action, avec une fluidité remarquable.

Même réussite impressionnante dans les séquences d’exposition à New York, dans les scènes sur le bateau, ou bien sûr dans l’impressionnante conclusion au sommet de l’Empire State Building, scène mythique où le spectaculaire et le tragique sont intimement liés. La réussite du film tient aussi à ce curieux mélange des émotions qu’inspire Kong, entre peur et tristesse. Mine de rien, Cooper et Schoedsack signent une peinture au vitriol de l’humanité toute entière.

Le regard de ce Kong n’est-t-il pas plus humain que toutes les poses du réalisateur-vedette qui jamais ne se remet en question ? Toutes ses victimes en font-elles vraiment un monstre, lui qui, finalement, n’a rien demandé à personne ? King Kong est aussi un film sur la différence et le respect de l’autre. Un chef d’œuvre, oui, mais un chef d’œuvre riche et complet.

Le Dernier des Mohicans (The Last of the Mohicans) – de Michael Mann – 1992

Posté : 26 avril, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, MANN Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Dernier des Mohicans

Avec ce film, Michael Mann est entré pour de bon dans la cour des grands. Non pas qu’il ne fut pas déjà, d’ailleurs : son précédent film, Le Sixième Sens, posait déjà brillamment les bases de son œuvre majeure. Mais il y a dans cette nouvelle adaptation du roman de James Fenimore Cooper une toute autre dimension, et le succès spectaculaire de cette grande fresque, western de la guerre d’indépendance, lui ouvre clairement les portes de ses chefs d’oeuvre à venir, à commencer par Heat.

On retrouve dans Le Dernier des Mohicans la même ampleur, la même sécheresse dans l’action, le même sens du mouvement, du rythme et du cadre, le même souffle romantique aussi. Chronique de la fin d’un monde, le film est d’une puissance incroyable, à la fois lyrique et très ancré dans la réalité.

Les premières images sont trompeuses : plans larges sur une nature inviolée et majestueuse, dans laquelle on découvre les trois derniers Indiens Mohicans chassant, en parfaite harmonie avec leur environnement. Comme si rien n’avait changé depuis des générations. Mais c’est bien un monde qui s’effondre que filme Mann : une terre où la guerre entre Français et Anglais vient bouleverser la paix symbolisée par cette belle amitié entre les colons et nos trois Mohicans.

Avec ce film, Mann démontre définitivement qu’il est doué pour mêler la grande et la petite histoire, la démesure et l’intime. Une scène est particulièrement marquante : après avoir sauvé les filles d’un officier anglais, les Mohicans arrivent en vue du fort où ils pensent être à l’abri, et découvrent au loin les lumières d’une canonnade. Images d’une beauté saisissante et glaçante, qui précèdent le chaos.

Au cœur de la violence, Daniel Day Lewis est d’une intensité folle. Le choix de lui faire jouer un Indien (alors que tous les autres le sont par d’authentiques Native Americans) pouvait sembler discutable. Il l’est effectivement pendant 10 secondes avant que l’on se rende à l’évidence : il est formidable, physique comme jamais. Le couple qu’il forme avec Madeleine Stowe est la pierre angulaire du film. Il fonctionne merveilleusement.

Le Dernier des Mohicans est haletant, bouleversant, impressionnant, et simplement beau. Sept décennies après le beau film de Maurice Tourneur, et après une demi-douzaine d’autres adaptations (celle avec Randolph Scott en 1936, notamment, dont le scénario signé Philip Dunn inspire directement Michael Mann), le roman de Cooper est décidément bien traité au cinéma.

Maldone – de Jean Grémillon – 1928

Posté : 25 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Maldone

Maldone, modeste haleur devenu riche propriétaire terrien, serait-il plus heureux s’il avait gardé sa vie d’antan ? Oui, sans doute, tant sa vie est passée de la légèreté à l’ennuie, du partage à la solitude, et tant son sourire a laissé la place à un visage grave. Pesante, cette nouvelle situation.

Mais dans ce beau film naturaliste de Grémillon, la réponse n’est peut-être pas si simple. Maldone, plus tout jeune et pas très beau, est surtout un homme qui se voit en séducteur et en aventurier, prenant des poses et se rêvant en homme libre, avec cette soif de liberté qui l’a poussé, il y a vingt ans, à fuir ce destin tout tracé. Mais est-il vraiment heureux pour autant ?

Est-il vraiment dupe de l’attrait qu’il exerce sur Zita, la belle romanichelle ? Cette jeune femme dont il fait le symbole de son bonheur perdu, mais dont les regards entendus ne laissaient guère de doute sur ses réelles intentions vis à vis de cet homme un peu rustre, et peu séduisant.

Grémillon fait de Maldone un homme pas totalement attachant, un peu pathétique, et surtout peu raccord avec son âge : une sorte d’ado attardé au regard triste, seul et plein de rêves brisés. La mise en scène du cinéaste adopte dès les premières scènes l’absence de relief de cette vie morne et monotone.

La caméra de Grémillon suit parfaitement le rythme du drame. Pesante d’abord, s’attardant longuement sur ce canal fendant tout droit un paysage sans relief. Puis soumise à un rythme saccadé lorsqu’arrive le drame (la mort de ce frère qu’il n’a pas vu depuis si longtemps). Et virevoltante lors de cette parenthèse pleine de vie qu’est le bal populaire.

Cette fête de village, Grémillon la filme au plus près des danseurs et des musiciens. Et lorsque le vieux serviteur fait son entrée pour annoncer à Maldone qu’il a hérité du domaine familial, c’est l’odeur même de ces fêtes, cette atmosphère de partage et de joie, que Grémillon réussit à faire sentir.

Ce n’est pas le film le plus émouvant de son auteur. Mais le portrait de cet homme pas à sa place (joué par Charles Dullin) est touchant, et annonce d’une certaine manière d’autres personnages du cinéma de Grémillon, à commencer par Gueule d’amour.

L’Opinion publique (A Woman of Paris) – de Charles Chaplin – 1923

Posté : 24 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Opinion publique

Premier film tourné pour la United Artist, et premier long métrage pour Chaplin, qui se lance un double défi : outre la durée, sans précédent pour lui, il lui fallait convaincre sans les frusques de Charlot. Sans apparaître à l’écran, même : car à part une furtive apparition en porteur de bagages à la gare (il y est méconnaissable), Chaplin reste derrière la caméra. Il se sent d’ailleurs obligé de prévenir le public par un carton qui ouvre le film.

Peine perdu : L’Opinion publique, encensé par la presse à l’époque, a été un cinglant échec public pour Chaplin, qui ne s’essayera plus jamais au drame pur comme il le fait ici, avec cette tragédie que n’aurait pas renié Cecil B. De Mille : l’histoire d’une jeune femme de la campagne qui fuit un père tyrannique et part tenter sa chance à Paris, laissant derrière lui un fiancé qu’elle retrouvera bien plus tard, bien trop tard.

C’est une expérience unique dans la carrière de Chaplin. C’est aussi un magnifique cadeau d’adieux qu’il offre à Edna Purviance, sa partenaire privilégiée depuis une dizaine d’années, qu’il juge alors trop mure pour continuer à jouer les emplois comiques, et à qui il tente d’offrir une nouvelle carrière d’actrice dramatique. Hélas, entre l’échec de L’Opinion publique et la perte du mythique A Woman of the Sea de Von Sternberg (1926), dont les copies ont semble-t-il toutes été détruites, cette nouvelle carrière est morte dans l’œuf.

Hélas, parce qu’elle est formidable, dans L’Opinion publique (qui aurait dû être le titre original du film, avant que Chaplin n’opte pour A woman of Paris pour calmer les censeurs d’Hollywood), en jeune femme déshumanisée par sa découverte du « Gai Paris », à qui sa nouvelle vie facile fait oublier les sentiments les plus purs qui l’animaient autrefois. Elle est formidable parce qu’elle semble toujours un peu en retrait : perdue face à la colère qui l’entoure dans un premier temps, puis elle-même indifférente à ce qui l’entoure.

Au premier abord, L’Opinion publique est un film étonnamment modeste, avec une histoire simple et linéaire, et une poignée de personnages seulement. Mais la simplicité apparente cache en fait la maîtrise totale de Chaplin, qui emmène le spectateur (et les personnages) où il veut, comme il le veut, en se moquant constamment des stéréotypes et des certitudes du spectateur (comme de ses personnages).

L’héroïne est par moment assez odieuses. Son ancien fiancé est, lui, un être faible, guidée par une vieille mère qui, sous ses airs de grand-mère idéale (c’est un peu la Lilian Gish de La Nuit du chasseur), contribue largement à faire naître la tragédie. Quant au riche oisif aux crochets duquel vit Edna (une jeune femme entretenue, donc), celui qui est censé être le méchant de l’histoire, il se révèle le personnage le plus attentionné, le plus compréhensif. C’est Adolphe Menjou, acteur suave qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, qu’il ne cessera de décliner avec plus ou moins de bonheur par la suite.

Chaplin filme avec délectation les soirées de débauche de ce Gai Paris, pour lequel il n’a visiblement pas beaucoup de goût. Et on jurerait que c’est aux mœurs d’Hollywood qu’il s’attache au fond, dans ce film cruel et beau qui marque une fois pour toute sa liberté totale. Et son génie de cinéaste, souvent en retrait au profit de l’acteur et de la poésie des personnages, qui prend toute son ampleur ici, et notamment lors d’un plan magnifique, tout en économie : le départ d’Edna qui s’apprête à monter dans le train, train dont on ne voit que les lumières des fenêtres se projetant sur elle.

Finalement, il n’y a qu’un défaut majeur au film : sa musique, que Chaplin a composé à la fin de sa vie, pour une ressortie en salles en 1976. Elle est plutôt belle en soit, mais ne colle que rarement à l’action, devenant même gênante lorsque les moments de pur drame sont accompagnés par des notes guillerettes. Cette musique a toutefois un intérêt historique: elle constitue le tout dernier travail achevé par Chaplin pour le cinéma avant sa mort.

Docteur Cyclope (Doctor Cyclops) – d’Ernest B. Schoedsack – 1940

Posté : 23 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

Docteur Cyclope

Sept ans après Les Chasses du Comte Zaroff et King Kong, Schoedsack signe une autre réussite, certes relativement mineure mais indéniable, sorte de lien improbable entre ses deux grands classiques, entre le fantastique et l’épouvante, entre le film de monstres et le film de savants fous.

Le « cyclope » du titre est de fait un savant visiblement franchement dérangé (Albert Dekker, toujours inquiétant), qui mène de mystérieuses expériences au cœur de la jungle amazonienne, et que rejoint bientôt un petit groupe de scientifiques : un savant quasiment aveugle, qui prend bientôt les allures d’un géant pour ses nouveaux compagnons, transformés en êtres miniatures.

Oui, parce qu’il est question d’un immense gisement de radium, et d’une découverte scientifique du genre de celles qui transforment les scientifiques en dieux. Mais qu’importe : à part l’usage quasiment inédit du Technicolor dans un genre plus habitué au noir et blanc (avec de beaux effets impressionnants qui font oublier les quelques tâches baveuses), l’unique intérêt du film réside dans la confrontation de ces hommes et femmes hauts de 25 centimètres avec leur ennemi et leur environnement hostile.

C’est la raison d’être du film, et le défi est formidablement relevé : entre transparences et décors géants, Schoedsack surmonte les contraintes insondables de son histoire sans jamais cherche ni la facilité, ni l’effet facile. Les trucages, qui restent impressionnants, sont constamment et entièrement au service du rythme et du récit.

On sent que ce sont les trucages qui se plient aux besoins de la narration, et pas la caméra qui répond aux contraintes des trucages, et ça fait toute la différence. Le film est ainsi d’une fluidité rare. Et même si Docteur Cyclope n’atteint pas les sommets des deux grands chefs d’œuvre de Schoedsack, il a tout d’une petite madeleine gourmande pour ceux qui, comme moi, l’ont découvert jeune, sans le revoir durant quelques décennies. Un petit plaisir pas coupable.

La Brigade du Texas (Posse) – de Kirk Douglas – 1975

Posté : 22 avril, 2019 @ 8:00 dans 1970-1979, DOUGLAS Kirk, DOUGLAS Kirk, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Brigade du Texas

Malgré l’échec de Scalawag, Kirk Douglas repasse derrière la caméra pour la seconde fois, et signe ce qui est sans doute son meilleur film depuis Le Reptile, cinq ans plus tôt : un western qui transforme une histoire simple en une passionnante étude de caractères, originale et souvent très surprenante.

L’histoire est tellement simple que le personnage d’homme de loi qu’interprète Douglas lui-même réussit à la résumer en une phrase, après quelques minutes d’action : « Si je ne l’arrête pas, je ne serai pas élu au Sénat ». Tout est dit sur l’intrigue et l’enjeu du film : Douglas, marshall entouré d’une brigade de choc, doit mettre la main sur le chef de gang joué par Bruce Dern, dont l’arrestation fera de lui un vainqueur assuré aux prochaines élections.

Drôle de western, donc, où on se surprend à avoir plus de sympathie pour le braqueur et tueur que pour le justicier, politicard en devenir que Douglas s’attache à ne pas rendre sympathique : il en fait un faux patriarche calculateur, qui fait graver sur une croix le nom d’un de ses hommes avant même la mort de ce dernier, et qu’on devine se désintéresser du sort de ceux qui l’ont accompagnés si longtemps et qu’en bon politicien il évoque régulièrement comme étant « the best posse ».

Kirk Douglas réalisateur filme un Ouest plus si sauvage, rattrapé par une modernité dont on sent bien qu’il n’a pas une grande passion pour elle. Le personnage le plus recommandable est d’ailleurs un journaliste attaché à dénoncer les dérives du tout puissant chemin de fer, symbole de cette modernité en marche. Ce journaliste, unijambiste et manchot, est joué par James Stacy, acteur qui faisait son grand retour sur les écrans, deux ans après un tragique accident qui lui a coûté son bras et sa jambe gauches, et que Douglas filme sans misérabilisme.

Le film oppose en fait deux hommes pas si différents : deux chefs que Douglas prend le temps de filmer avant l’action, dans la réflexion et les préparatifs. Deux chefs qui s’affrontent autour d’une même bande et dont le rapport de force finit par basculer sans qu’on s’en rende vraiment compte. Jusqu’à un retournement de situation aussi inattendu que réjouissant.

Cynique et ironique, Kirk Douglas réussit son coup. De quoi regretter amèrement que le public n’ait pas suivi, condamnant ainsi la carrière de cinéaste qui s’ouvrait à lui. Sa carrière d’acteur, elle, continuait son inexorable déclin.

L’Appel des ailes (Flight Command) – de Frank Borzage – 1941

Posté : 21 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

L'Appel des ailes

Borzage renoue avec ses films à la gloire de l’armée américaine, mais dans un genre très différent de Flirtation Walk ou Shipmates forever, ses deux films musicaux portés par Dick Powell. Disons que Flight Command, malgré les points communs évidents avec les deux précédents, d’un strict point de vue de l’histoire, est nettement plus conforme à « l’esprit Borzage ».

Un film romantique, donc, qui évoque l’intimité qui se crée entre un jeune pilote tout juste sorti de l’école, et la femme de son officier. Mais un film aussi, et surtout, sur le devoir, le courage et la fidélité. Édifiant, mais d’une efficacité imparable, grâce une nouvelle fois à la délicatesse infinie de Borzage, qui pourrait transformer n’importe quelle niaiserie en moment de grâce.

On est cela dit loin de la niaiserie. Même si le film fait figure d’aimable curiosité dans une filmographie alors surtout marquée par les chefs d’œuvre (son précédent film était The Mortal Storm), Borzage séduit avec cette histoire qui magnifie le sentiment fraternel de l’armée. Après Trois camarades et avant Billy the Kid, il offre à Robert Taylor un nouveau rôle en or.

Celui d’un jeune cadet donc, plein de fougue, frimeur, dragueur, fanfaron et un rien hautain, intégré dans la fameuse escadrille des Hell Cats dès sa sortie de l’école. Là, il commence par crasher son avion, avant de faire foirer une manœuvre aérienne et de semer le trouble dans le cœur de la jolie épouse du bon officier (la belle c’est Ruth Hussey, son mari Walter Pidgeon). Autant dire qu’il ne fait pas l’unanimité.

Le sentiment d’exclusion, le tiraillement entre le devoir et les sentiments, l’acte héroïque qui rachète tout… L’histoire est balisée, mais le scénario réserve des tas de petits moments savoureux (le crash inaugural) ou admirablement tendus, comme ces belles scènes aériennes. Même là, avec un budget visiblement conséquent et l’ampleur de son histoire, Borzage privilégie les personnages et l’intimité, en cadrant visages et regards. Sans pour autant sacrifier à l’aspect spectaculaire de son film.

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