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La Grande Ville (Big City) – de Frank Borzage – 1937

Classé dans : 1930-1939,BORZAGE Frank — 27 mars, 2019 @ 8:00

La Grande Ville

Borzage fait ses débuts à la MGM avec ce film à la fois très beau et entre deux eaux. Le générique de début avec ses dessins d’animaux, le ton des premières scènes, l’humour que l’on retrouve tout au long du film jusqu’à une dernière séquence de bagarre homérique et parodique (mettant en scène des tas de vraies gloires de la boxe, dont Jack Dempsey)… Tout indique la volonté de produire une comédie, un an après le succès de Désir.

Mais Big City n’est une comédie qu’en partie. Lorsque Borzage filme avec gourmandise les bonheurs simples de la vie conjugale, en particulier dans les premières séquences. Lorsqu’il met en valeur la solidarité des petites gens aussi, avec cette bonté extrême et ce sens de l’entraide qui semblent tout droit sortis d’un film de Frank Capra. Ou lorsqu’il Filme Guinn Williams vidant d’un coup une bouteille de lait (dur métier d’acteur).

Le fond, pourtant, est sombre. Luise Rainer, actrice à la carrière éclaire (deux Oscars, trois ans au sommet… et 70 ans d’oubli jusqu’à sa mort à 104 ans), absolument irrésistible, joue une immigrée qui, à six semaines d’être naturalisée américaine, se voit menacée d’expulsion à la suite d’un faux attentat dont son frère a été victime, en pleine guerre entre des taxis indépendants et une grande compagnie qui veut imposer son monopole.

Ce thème de l’affrontement des indépendants solidaires et de la grosse boîte inhumaine est lui aussi très proche des films de Capra de cette époque. Mais c’est ce personnage d’immigrée parfaitement intégrée et sur le point d’être expulsée qui donne les plus belles scènes du film. Borzage, humaniste, filme ce destin contrarié par l’infernale administration, comme il filmait les laissés-pour-compte abîmés par le capitalisme dans Man’s Castle. La séquence sur le bateau est particulièrement forte.

La présence de Spencer Tracy semble d’ailleurs toute naturelle, même si son personnage est très éloigné de celui de Man’s Castle. La séquence d’ouverture, fausse rencontre du chauffeur de taxi et de celle dont on ne sait pas encore qu’elle est sa femme, apparaît d’ailleurs comme un clin d’œil à sa première rencontre avec Loretta Young dans le film précédent. Mais là, Borzage ne filme pas un coup de foudre : il filme un amour tendre et intense. Et c’est tout aussi beau.

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