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JFK (id.) – d’Oliver Stone – 1991

Classé dans : 1990-1999,COSTNER Kevin,STONE Oliver — 21 mars, 2019 @ 8:00

JFK

Le 22 novembre 1963, le président des Etats-Unis a été assassiné à Dallas. Si, si. Contrairement au moyennement enthousiasmant Complot à Dallas, le film d’Oliver Stone ne chemine pas vers cet assassinat : il en fait son point de départ, le scénario étant basé sur le livre de Jim Garrison, le procureur ayant longuement mené l’enquête et remis en cause le très officiel rapport Warren, qui établissait l’acte d’un tireur isolé, à l’occasion de l’unique procès mené après la mort de Kennedy.

Très ironiquement, le vrai Jim Garrison (qui allait mourir d’un cancer l’année suivante) apparaît brièvement dans le film, jouant le rôle d’Earl Warren. Lui-même est bien entendu interprété par Kevin Costner, au sommet de sa gloire, qui trouve là l’un de ses meilleurs rôles. Un rôle taillé sur mesure pour lui en tout cas, tant Costner incarne parfaitement une certaine idée de l’Amérique : celle des cow-boys et des hommes de loi intègres. Étonnant d’ailleurs de voir le nombre de plans qui sont des réminiscences, sans doute inconscientes de la part de Stone, des Incorruptibles.

Elliott Ness et Jim Garrison : même combat ? En quelque sorte, oui. Les deux personnages (bien réels) sont des chevaliers blancs qui sacrifient tout au profit de la justice, affrontant un système établi gangrené par la corruption et la violence. Dans JFK, on atteint des sommets, bien sûr. Nul besoin de préciser que Stone, pas plus que Garrison, ne croit pas une seconde à cette thèse du tireur isolé qu’il ridiculise allègrement avec tous les outils cinématographiques qui sont à sa disposition.

Les Cubains, la mafia, la CIA, le FBI, le gouvernement… même Lyndon B. Johnson, le successeur de Kennedy à la Maison Blanche, est dans la ligne de mire. C’est dire si la thèse complotiste défendue par Garrison surfe avec les limites de la paranoïa. Stone y croit sans doute dur comme fer, lui aussi, et son film est clairement politique. Pourtant, jamais il ne troque sa casquette de cinéaste contre celui de pur militant.

JFK est en effet un film qui ne quitte jamais le strict point de vue de son personnage principal, ce qui laisse constamment planer le doute quant à la vérité de ce que l’on voit : si convaincante soit-elle, la thèse de Garrison n’est-elle pas le fruit de fantasmes complotistes, ou de simples erreurs de jugements ? Impossible de sortir du film sans pencher très clairement du côté du complot, mais certains faits semblent un peu facilement assénés comme des vérités.

Stone livre une version plausible du complot, extraordinairement documenté : on y croise des dizaines de « vrais » personnages et des centaines de faits et de détails qu’on a parfois un peu de mal à suivre, mais qui donnent une fascinante impression de vertige. Et quel casting, pour interpréter tous ces personnages : Jack Lemmon, Walter Mathau, Tommy Lee Jones, Joe Pesci, Gary Oldman, Kevin Bacon, Sissy Spacek, Michael Rooker, Ed Asner, John Candy… ou encore Donald Sutherland dans le rôle d’un « Mister X » très influencé de Gorge Profonde, et unique personnage fictif du film : Stone expliquait avoir synthétisé dans ce « X » de nombreux personnages réels, afin de limiter son film à une durée raisonnable.

Reste que JFK, dans sa version intégrale, dure pas loin de 3h30. Mais 3h30 absolument grisantes et enthousiasmantes. Le style d’Oliver Stone trouve ici sa forme la plus parfaite, comme si tout son cinéma tendait vers JFK (un peu comme Les Affranchis pour Scorsese). Dans ce film-enquête et ce sujet si fascinant, Stone trouve la matière à toutes les expérimentations, mêlant dans un montage virtuose les images « classiques », les archives authentiques, les fausses archives.

Le procédé a dû faire bondir les historiens, tant il joue avec la perception du spectateur, recréant des images que l’on croit (re)connaître par cœur pour obtenir l’angle qu’il recherche, ou le détail qu’il veut mettre en avant, ou pour incorporer ses acteurs. Procédé sans doute discutable (mais que le point de vue de Garrison justifie), mais que Stone assume pleinement, faisant de son film-fleuve un long mouvement hallucinant de maîtrise et de cohérence. Son chef d’œuvre, sans l’ombre d’un doute.

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