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Les Aventures de Marco Polo (The Adventures of Marco Polo) – d’Archie Mayo (et John Ford, et John Cromwell) – 1938

Classé dans : 1930-1939,COOPER Gary,CROMWELL John,FORD John,MAYO Archie L. — 6 mars, 2019 @ 8:00

Les Aventures de Marco Polo

Ah ! Marco Polo, le symbole-même du grand voyageur, le premier à avoir raconté longuement et dans le détail les merveilles et les curiosités qu’il a découvertes en Asie. La promesse d’une grande fresque pleine de dépaysements et de décors spectaculaires…

Promesse pas tout à fait tenue, il faut bien le dire : du voyage lui-même, il ne reste qu’une suite de tableaux se succédant rapidement au cours d’une séquence aussi marquante que courte. Séquence qui a été en grande partie réalisée non par Archie Mayo, ni par John Cromwell (qui a commencé le tournage avant d’être remercié), mais par John Ford, qui expliquait lui-même avoir travaillé six jours sur ce film (sans être payé, affirmait-il) : c’est d’ailleurs là l’unique collaboration de Ford avec Gary Cooper.

Avant ces quelques courtes minutes de voyage, le prologue a mis en valeur les incontournables canaux d’une Venise de carte postale, où la notion même de marche semble avoir été proscrite (pourquoi marcher quand on a des gondoles si cinégéniques ?). Après le voyage, le film s’installe en Chine, dans un Pékin de carte postale, ou Marco Polo/Gary Cooper ne tarde pas à tomber sur un bon père de famille qui lit la Bible à ses enfants dans un anglais parfait.

Une langue qui attirer l’oreille, forcément, dans cette Chine qui n’a vu que très peu d’occidentaux jusqu’alors. Et on attend l’explication : où donc cet homme a-t-il appris à maîtriser si bien l’anglais (oui, pour les Vénitiens, on sait bien que c’est une convention : on ne va quand même pas faire parler l’Italien à Gary Cooper, ce serait ridicule avec son accent américain)… Eh bien à Hollywood, tout simplement.

Oui, parce qu’en fait, tout le monde parle anglais dans ce monde d’Hollywood tellement marqué par la Bible, mais tellement apte à oublier l’épisode de Babel. Bon, ce n’est ni le premier film, ni le dernier à prendre ce parti-pris. Indiens, Hindous, Africains, Asiatiques… pourquoi s’emmerder avec des langues que personne ne comprend.
Mais alors pourquoi suis-je à ce point agacer par ce film ? Peut-être parce que, à peine s’est-on fait à l’idée que tout le monde parlait anglais, qu’on s’aperçoit que la plupart des Chinois sont joués par d’authentiques « caucasiens », dont certains n’ont pas le début de commencement d’un œil bridé. Alan Hale en prince mongol, Basil Rathbone en vil arabe… Vraiment ?

C’est vif et souvent amusant, notamment lorsque Gary Cooper fait preuve de pédagogie avec une princesse chinoise pour lui apprendre les rudiments du baiser occidental. L’action est rondement menée, et réserve son lot de frissons. Bref, c’est irréprochable au niveau du spectacle. Mais c’est aussi symptomatique de ce que Hollywood a de plus paresseux et de plus caricatural. Une petite chose.

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