Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour février, 2019

Les Ailes (Wings) – de William A. Wellman – 1927

Posté : 28 février, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, COOPER Gary, FILMS MUETS, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Les Ailes

Le premier grand œuvre de Wellman, dédié aux héros de l’aviation bien sûr. De Wings à Lafayette Escadrille, toute son œuvre est habitée par ces pilotes (il fut l’un d’eux, de l’escadrille Lafayette justement), leurs amitiés viriles, leur grandeur d’âme, mais aussi leurs failles et leurs souffrances. En l’occurrence, les deux personnages principaux sont deux pilotes qui se disputent la même femme, mais que la guerre va rapprocher au point qu’ils deviendront les meilleurs amis du monde.

Wings, premier Oscar du meilleur film de l’histoire, reste l’un des chefs d’œuvre de Wellman, l’une des plus grandes réussites du genre, et l’un des films les plus saisissants consacrés à la Grande Guerre, autant pour le gigantisme des scènes de combat, impressionnantes, que pour le symbolisme de certaines images inoubliables : cette hélice qui s’arrête soudain devant un cimetière militaire à perte de vue…

Les images de Wellman sont, comme ça, pleines de symboles. Le premier plan montrant le jeune homme couché dans l’herbe, sans que le cadre montre rien du ciel que l’on ressent pourtant très fort ; la caméra posée sur une balançoire sur laquelle est assise la jeune femme avec l’un de ses prétendants, l’autre faisant son arrivée à l’arrivée plan ; ou encore ce superbe travelling fendant la foule aux Folies Bergères…

Visuellement très beau, le film frappe autant par la puissance de la reconstitution historique que par la force des rapports humains, un mélange de gigantisme (notamment le bombardement du village de Merdale, et d’intime qui frôle la perfection. Wellman trouve constamment le bon équilibre. Son film marque les esprits par d’impressionnantes scènes aériennes, qui restent hyper efficaces 90 ans après. Mais le cinéaste sait quand changer de ton pour éviter le caractère répétitif qui pourrait menacer.

A une séquence de combat filmée à grands renforts de figurants succède ainsi une escapade parisienne qui frôle la farce, le personnage principal, ivre, voyant des bulles de champagne sortir de tous les objets qui l’entourent. Un trucage incongru qui trouve parfaitement sa place, et qui cohabite joliment avec Clara Bow. Dans cette séquence, l’actrice crée le scandale en apparaissant (très brièvement) la poitrine dénudée, ce qu’aucun spectateur n’oubliera… au contraire du héros.

Il y a autre chose qu’on n’ait pas près d’oublier : l’apparition de Gary Cooper. Pas encore une star bien sûr, mais son unique séquence révèle déjà une aura hors du commun. Le révéler n’est pas le moindre mérite de ce film monumental.

Les Quatre Fils de Katie Elder (The Sons of Katie Elder) – de Henry Hathaway – 1965

Posté : 27 février, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les quatre fils de Katie Elder

Sept ans après Rio Bravo, John Wayne et Dean Martin se retrouvent devant la caméra d’un autre spécialiste du western. Certes, Hathaway n’est pas tout à fait Hawks. Sûr, ces Fils de Katie Elder sont loin des aventures presque solitaires de John T. Chance. Mais quand même. Hathaway, c’est toujours bien. Et quand il y a le Duke dans les parages…

Et effectivement, il apporte ce petit quelque chose qui fait la différence, le Duke. Dès son apparition, silhouette lointaine qui surplombe discrètement une assemblée autour d’une tombe fraîche, il y a l’aura du gars qui plane littéralement sur le film. Il n’est alors qu’une petite silhouette à peine perceptible. Mais sa dégaine, ses vêtements même, les mêmes d’un western à l’autre, et cette impression qu’il dégage d’avoir tout vu, tout vécu, transforment d’emblée l’esprit de ces retrouvailles entre frères.

Quatre frères, donc (Wayne, Martin, Earl Holiman et Michael Anderson Jr), qui se retrouvent des années à l’occasion de l’enterrement de leur mère, apprenant par la même occasion que leur père a été abattu quelques mois plus tôt. Voilà donc une histoire de vengeance parfaitement dans la tradition. Sauf que non. Très vite, un ton singulier s’impose au film, une sorte de refus bienveillant de la violence.

En retrouvant la ville de leur enfance, ces aventuriers réalisent à quel point leur mère était appréciée, à quel point elle a toujours fait bonne figure, faisant le bien autour d’elle et clamant à qui voulait l’entendre que ses fils étaient de braves petits qui lui envoyaient régulièrement de quoi vivre confortablement. Il n’en est rien bien sûr : en découvrant la bonté de Katie Elder, cette figure omniprésente dont on ne verra pourtant que le cercueil, ses quatre fils comprennent peu à peu à quel point ils se sont dévoyés.

Joli western, sensible et pudique, habité de bout en bout par la présence d’un simple fauteuil à bascule, symbole de la mère disparu autant que des vraies valeurs défendues par le film. Hathaway ne signe pas pour autant une simple méditation familiale. Il peut ainsi compter sur la présence forcément décalée de George Kennedy et de Dennis Hopper, en méchants pas caricaturaux. Et entre la bagarre bien virile (et amusante) entre frères, et le guet-apens violent et spectaculaire sur le pont, le film possède son comptant de scènes d’action particulièrement réussies. Jusqu’à l’explosion finale, impressionnante et radicale.

Mademoiselle Général (Flirtation Walk) – de Frank Borzage – 1934

Posté : 26 février, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Mademoiselle Général

Même dans un genre comme la romance musicale, Borzage réussit à m’enthousiasmer. Cette découverte en profondeur de son œuvre est décidément parsemée de très belles surprises. Et celle-ci en est clairement une, tant ce Flirtation Walk figurait dans la partie très basse des films de Borzage à voir. Comme quoi ça a du bon de vouloir voir l’intégrale d’un cinéaste…

Flirtation Walk (le titre original est quand même nettement plus beau que sa « traduction » pas très littérale), c’est l’histoire d’un cadet de l’armée (qui tombe amoureux de la fille d’un général (un thème très borzagien, au demeurant) au clair de lune de Hawaï. Voilà en tout cas pour le point de départ, la promesse à la fois de beaux clichés hawaïens (et on n’y coupe pas) et de grands mouvements de troupes bien ordonnées. Et on n’y coupe pas non plus.

Ce pourrait donc être bien pénibles, tous ces clichés. Mais non. Borzage joue pleinement la carte du tendre sentiment et du rythme très musical, et on marche totalement, dès cette belle scène où le cadet (Dick Powell, dans sa première période légère et chantante) et la belle (Ruby Keeler, joli grain de voix elle aussi, qu’elle révèle tardivement) flirtent au son de la musique hawaïenne. Il y a là une belle manière d’intégrer de vrais numéros de comédie musicale dans l’intrigue, sans perdre ni le rythme ni l’émotion du moment.

Le couple improbable est surpris par l’officier à qui la belle est promise. Le cadet ne doit alors de rester dans l’armée qu’aux manigances bienveillantes de son sergent, avec qui il entretient une relation forte d’amitié vacharde. Et qui d’autre que le sympathique Pat O’Brien pour tenir cet emploi, lui qui n’a cessé de jouer sur ces rapports conflictuels-mais profonds, notamment dans ces films avec James Cagney.

Même s’il se contente d’un second rôle, la présence de Pat O’Brien est importante, dans sa manière de peser comme un mentor sur le parcours de Dick Powell, qui décide de devenir officier à son tour en intégrant West Point, histoire de pouvoir peser sur son rival… et mine de rien de reconquérir la belle. On ne doute pas une seconde de l’issue de tout ça.

Mais c’est frais, vif et marrant comme tout. L’armée ressemble à une colonie de vacances, certes, mais Borzage n’est pas un va-t-en guerre : toute sa filmographie en est la preuve éclatante. Point de conflit à l’horizon d’ailleurs, pour une fois, mais une pièce de théâtre comme apothéose, construite comme une farce évoquant à mi-mots la romance compliquée qui se noue à l’écran.

Ce petit feel-good movie est sans doute bien mineur dans la carrière de Borzage, mais il atteint sans peine son objectif : on en sort avec un large sourire, requinqué pour la journée…

Les Enquêtes de l’inspecteur Wallander : le guerrier solitaire (Wallander : Sidetracked) – de Philip Martin – 2008

Posté : 25 février, 2019 @ 8:00 dans * Polars européens, 2000-2009, MARTIN Philip, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Les Enquêtes de l'inspecteur Wallander le guerrier solitaire

Ça m’a pris comme ça, après avoir lu l’excellent roman de Mankell : l’envie de voir si ce téléfilm était fidèle à l’œuvre originelle. Alors ? Oui et non. Et nous voilà bien avancés…

On reprend donc l’intrigue imaginée par le romancier suédois, ces meurtres successifs commis à coups de petite hachette, sans liens apparents entre les victimes. La scène d’ouverture aussi : le héros Kurt Wallander qui insiste impuissant au suicide d’une très jeune fille qui s’immole par le jeu dans un vaste champ de colza. Et on n’hésite pas à prendre d’importantes libertés avec la conclusion. C’est pas dramatique, mais c’est dommage.

Peu importe, en fait. Visuellement, c’est propre et assez terne, loin en tout cas du pouvoir d’évocation de Mankell. Bref, ce n’est pas déshonorant, pas plus que ça ne rend vraiment hommage au roman. Mais il y a Kenneth Branagh, lourdement fatigué, qui est la raison d’être de ce téléfilm, premier épisode d’une série qui durera quatre saisons (au rythme de trois épisodes par an), et au cours de laquelle Branagh excellera.

La tristesse et la douleur lui vont parfaitement bien. Tant mieux : c’est lui, avec son pas fatigué, sa carcasse qu’il semble avoir un mal fou à bouger, son regard douloureux, sa sensibilité à fleur de peau, qui donne le ton et le rythme du film. Sa première raison d’être, oui.

On Secret Service (id.) – de Walter Edwards (et Thomas H. Ince) – 1912

Posté : 24 février, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, EDWARDS Walter, INCE Thomas H., WESTERNS | Pas de commentaires »

On secret service

En pleine cure de Borzage (une cure bien agréable, qui doit guérir bien des maladies nerveuses), ce court métrage fait figure de curiosité : il est considéré comme le tout premier film auquel ait participé le jeune Frank Borzage. Pas encore derrière la caméra, mais devant : ce serait le premier rôle qui lui aurait été confié.

La plupart des filmographies le confirment, Hervé Dumont l’évoque comme une possibilité dans sa biographie, mais je me demande encore quel rôle il tient. Peut-être trop jeune, peut-être trop discret, peut-être méconnaissable derrière une moustache ou chapeau ? Je suis en tout cas incapable de dire quel rôle joue le futur cinéaste, dans ce western typique des productions de Thomas H. Ince. Ince à qui certains attribuent la réalisation, même s’il semble qu’elle soit plutôt assumée par Walter Edwards, qui tient par ailleurs l’un des deux rôles principaux.

Deux rôles principaux qui ne manquent d’ailleurs pas d’intérêt : deux agents secrets travaillant l’un pour les Nordistes, l’autre pour les Sudistes, qui se font tous deux passer pour des officiers du camp opposé pour espionner, voler des informations capitales, et répandre de fausses nouvelles. Deux frères ennemis en quelque sorte, qui se retrouvent d’ailleurs autour de la sœur de l’un d’eux.

Le film tient ses promesses avec un rythme impeccable et une caméra dynamique (notamment lors de scènes de batailles courtes mais intenses). Surtout, le final est très réussi, mélange de suspense et de drame mené à 100 à l’heure (le drame se noue en quelques secondes), et assez virtuose.

Notons aussi la présence de Francis Ford, le grand frère de John, qui campe un Abraham Lincoln tellement convaincant qu’il retrouvera le rôle une quinzaine de fois dans les années qui suivent.

Secrets (id.) – de Frank Borzage – 1933

Posté : 23 février, 2019 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, BORZAGE Frank, PICKFORD Mary, WESTERNS | Pas de commentaires »

Secrets 1933

Et me voilà euphorique et au bord des larmes… Pas parce que Secrets est le dernier film de Mary Pickford : j’ai eu 86 ans pour m’en remettre. Mais parce que la fiancée de l’Amérique a terminé sa carrière sur l’un de ses plus beaux films, sans aucun doute le plus riche et le plus dense.

1h20, 50 ans d’une vie bien remplie, et l’occasion pour son réalisateur Frank Borzage (terminer sur un Borzage, quand même…) de passer de la comédie de mœurs victorienne au western, de la comédie débridée au drame le plus noir. Une sorte de condensée de cinéma, en quelque sorte, l’œuvre d’un cinéaste aussi à l’aise avec les techniques héritées du cinéma muet qu’avec le son.

Ça commence dans une grande famille de la Nouvelle Angleterre : un important armateur (C. Aubrey Smith) qui a décidé de marier sa fille à un beau parti, chiant comme la lune. Mais la belle (Mary Pickford) est tombée sous le charme du comptable de la famille (Leslie Howard), jeune homme droit et un rien excentrique, qui s’enfuit bientôt avec celle qu’il aime. Direction la Californie, voyage plein de charmes et de dangers que Borzage résume à une succession de plans aussi courts que percutants, montage ébouriffant à la puissance dramatique immense.

Secrets est plein de ces formidables ellipses qui balayent en quelques secondes une nuit, une année, une décennie, voire plus. Avec quelques fulgurances particulièrement marquantes : un simple plan très sombre sur les bottes d’hommes se balançant à un arbre, une série de berceaux d’enfants, un pommier replanté qui fleurit, la flamme d’une bougie qu’on éteint… Des plans magnifiques et évocateurs qui en disent tellement sur le poids du temps qui passe.

Ces ellipses sont comme des accélérations soudaines dans un récit qui sait aussi prendre son temps, quel que soit le ton : léger et drôle dans la première partie, celle de la rencontre et de la fuite des deux amoureux ; noir et intense lors de l’attaque des bandits, d’une violence particulièrement percutante et marquante.

Chacune de ces étapes de vie s’imprègnent durablement dans l’esprit du spectateur, comme autant de secrets partagés par les deux héros, que l’on suit jusqu’au soir de leur vie, désireux de se retourner vers ces cinquante ans si plein de moments forts, comme nous de replonger déjà dans ce film si beau, si complet, et si plein de vie.

En signant le remake de son propre film, tourné en 1924, Borzage choisit le camp de l’optimisme, et de la vie. L’amour plus fort que tout… Borzage, quoi…

Titanic (id.) – de Jean Negulesco – 1953

Posté : 22 février, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, NEGULESCO Jean, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Titanic 1953

… Et à la fin, le bateau coule. Il y a quelque chose de fort qu’apporte d’emblée l’utilisation du plus célèbre des naufrages: un sentiment tragique d’inéluctabilité. On sait dès le début que la tragédie est au bout du film. Cette connaissance du drame annoncé pèse dès la première scène, transformant des moments qui pourraient être rigoureusement anodins en moments bouleversants.

Jean Negulesco ne souligne d’ailleurs pas à l’excès les enjeux dramatiques qui s’enclenchent, notamment lorsqu’il filme le personnage de Clifton Webb achetant à prix d’or son billet à un pauvre émigrant, le séparant ainsi de sa femme et de ses enfants qui, eux, montent bel et bien sur le bateau. Il n’a pas besoin de le souligner : cette séparation forcée, même avec des personnages très peu présents à l’écran, pèse lourdement sur tout le film, procurant un malaise tenace.

Cette courte scène du début illustre parfaitement l’approche de Negulesco, qui filme ses personnages sans jamais en rajouter dans le pathos, mais avec une vérité qui instille une émotion profonde et une terrible angoisse.

Superbe film, qui répond au schéma habituel du film catastrophe (une longue exposition qui permet de développer diverses intrigues, avant la catastrophe elle-même, spectaculaire), mais avec une vérité et une force émotionnelle rares, centrée sur un drame familial aussi simple que bouleversant.

Le couple Barbara Stanwyck / Clifton Webb est assez formidable, et la reconstitution a beau ne pas avoir l’ampleur ni le sens du détail (et du gigantisme) du film de Cameron, ce Titanic là a un souffle au moins aussi puissant.

Ils voulaient voir Paris (They had to see Paris) – de Frank Borzage – 1929

Posté : 21 février, 2019 @ 8:00 dans * Pre-code, 1920-1929, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Ils voulaient voir Paris

Déjà une star, Will Rogers a remporté un véritable triomphe avec cette comédie, son premier film parlant. Et le fait que Will Rogers soit l’interprète principal du film, et qu’il découvre la technique du parlant, ne sont pas des faits anecdotiques, tant ils dictent littéralement le rythme et le ton du film.

Certes, Rogers a choisi Borzage pour ses adieux au muet, ce qui en dit aussi beaucoup sur l’aura qu’avait alors le réalisateur de Seventh Hour. Mais They had to see Paris est avant tout un film de Will Rogers. C’est lui qui décide du rythme, avec de longs silences et des temps morts censés mettre en valeur ses mimiques, ses répliques, et sa nature d’homme rural.

Son personnage de plouc venu d’Oklahoma ressemble à s’y méprendre à tous ceux qu’il tournera jusqu’à la fin (précipitée par un tragique accident d’avion) de sa carrière, notamment ses rôles les plus connus chez John Ford (Judge Priest, Doctor Bull et Steamboat round the bend). Ce rôle-là, le garagiste simple et honnête Pike Peters, il le retrouvera d’ailleurs en 1932 dans Down to Earth, suite signée David Butler. Film d’autant plus personnel pour Rogers que la ville dont vient la famille Peters n’est autre que Claremore, la ville où l’acteur vivait.

Dans They had to see Paris, la femme de Pike Peters, grisée par la nouvelle fortune familiale, décide d’emmener ses enfants et son mari à Paris, pour qu’ils s’élèvent dans la société et profitent d’une vie culturelle riche. En fait de culture, la petite famille va passer beaucoup de temps dans les clubs de Pigalle, les enfants vont fréquenter un gigolo chasseur de dot pour l’une, une « danseuse » pour l’un, la maman va se la péter avec des gens du monde aux grandes manières, et le bon papa va voir sa jolie famille partir en quenouille…

« I’ve become pretty useless since I’ve been rich », résumera-t-il dans une séquence assez réjouissante où il découvre qu’il dispose désormais d’un valet pour l’aider à s’habiller. Sa manière de tenter de prononcer le prénom de ce valet, Frann… ssouah, est elle aussi assez drôle, tout comme ses tentatives discutables d’échanger quelques mots en français.

C’est à un festival Will Rogers qu’on assiste dans cette déambulation pleine de clichés sur les Français, d’autant plus rigolos que les Américains, et Rogers lui-même, ne sont pas épargnés. Fort sympathique, donc, mais aussi fort mineur dans la filmo de Borzage. Surtout que cette bluette arrive immédiatement après quelques-uns des plus beaux films de l’histoire.

Notre héros (Lazybones) – de Frank Borzage – 1925

Posté : 20 février, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Lazybones

Lazybones, c’est le surnom donné au plus grand flemmard d’une petite ville de l’Ouest. Un jeune homme qui passe ses journées affaler contre une clôture qu’il doit réparer, ou sur un arbre au bord de la rivière. C’est là qu’il sauve de la noyade une jeune désespérée terrorisée à l’idée d’annoncer à sa mère tyrannique qu’elle a eu un enfant durant ses années d’absence dans la ville où elle étudiait. Lazybones lui propose alors de recueillir le bébé… le temps que la maman arrange le coup avec sa famille.

Lazybones, c’est Buck Jones, dans un rôle proche de celui qu’il tenait dans le Just Pals de John Ford, loin de ses rôles habituels d’aventurier dynamique. Curieux hasard : Just Pals comme Lazybones marquent les débuts de leurs réalisateurs respectifs à la prestigieuse Fox, en 1920 pour Ford, cinq ans plus tard pour Borzage. L’univers de Lazybones, cette Amérique rurale profonde, semble d’ailleurs plutôt fait pour un Ford justement.

Mais Borzage se l’approprie totalement. Avec l’histoire de cet homme si paresseux, dont la personnalité ne se révèle vraiment que face aux coups du sort, Borzage signe un film plein et fort, entre humour, tendresse et drame. Et quel que soit le ton adopté, il ose systématiquement aller au bout de ses émotions.

Dans l’humour d’abord, avec cette première image d’une toile d’araignée immense qui s’est formée entre le pied de Steve (Buck Jones) et la clôture, contre laquelle il a adopté sa position de prédilection : affalé comme un sac. Le drame ensuite, avec le destin terrible de cette jeune femme forcée d’abandonner son enfant par une mère tyrannique… Zasu Pitts, dans ce beau rôle tragique, est bouleversante.

Comme souvent chez Borzage, il y a aussi la Grande Guerre qui vient bousculer l’équilibre des choses, même si le conflit se limite à l’écran à une courte séquence pleine d’une dérision inattendue. Au retour du héros, plus rien n’est vraiment pareil, le temps a passé, les sentiments ont changé…

La fin est profondément casse-gueule, Borzage flirtant avec l’indéfendable (non, tomber amoureux de son enfant, même adoptif, ce n’est pas défendable). Cette fin prend d’ailleurs de grandes libertés avec la pièce originale, qui allait plus loin encore. Elle souligne aussi avec beaucoup de sensibilité la solitude de son héros, et le gâchis de plusieurs vies sacrifiées.

Entre l’amertume et l’optimisme, ce beau film trouve un équilibre fragile. Jusqu’à la toute dernière image…

Space Cowboys (id.) – de Clint Eastwood – 2000

Posté : 19 février, 2019 @ 8:00 dans 2000-2009, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Space Cowboys

Clint Eastwood dans l’espace ? Personne ne l’avait vu venir, tant l’univers de la conquête spatiale, ou même des effets spéciaux en général sont éloignés des préoccupations habituelles du cinéaste, qui avait juré vingt ans plus tôt, après la galère de Firefox, qu’il ne toucherait plus à un sujet demandant autant d’effets spéciaux. Autant dire que ce retour aux affaires était pour le moins inattendu.

Et quand on l’a vu, on a compris : ce qui intéresse Eastwood dans le scénario de Space Cowboys, ce n’est pas le dernier tiers, dans l’espace. Cette ultime partie, bien foutue et très efficace, est d’ailleurs relativement convenue et sans grande surprise. Non, ce qui l’intéresse, c’est un thème qui occupe déjà une grande partie de son cinéma depuis un bon moment : la vieillesse, sa propre vieillesse.

C’est tout le sujet du film : comment quatre septuagénaires qui avaient fait partie des pionniers de la conquête spatiale mais n’avaient jamais eu l’occasion de quitter l’atmosphère de la Terre, ont enfin une chance de partir dans l’espace, quarante ans plus tard. Un sujet que la récente mission de John Glen rendait plausible en ce début des années 2000, et dont Eastwood, contre toute attente, tire une réjouissante comédie, le plus joyeusement léger (au moins dans les deux premiers tiers) de tous les films qu’il a réalisés.

Cinéaste d’habitude plutôt grave, Eastwood révèle un talent insoupçonné par la comédie pure. On le savait apte à mettre en scène sa propre décrépitude physique, mais jamais il ne l’avait fait avec un tel sens de l’autodérision, bien aidé par ses trois acolytes qui s’amusent avec autant de plaisir manifeste que lui des ravages du temps : James Garner (que Clint avait déjà côtoyé plus de quarante ans plus tôt dans un épisode de Maverick), Donald Sutherland (irrésistible en papy dragueur, qui retrouve Clint trente ans après De l’or pour les braves) et Tommy Lee Jones (trop jeune pour le rôle, mais l’alchimie avec Clint est parfaite).

La longue partie consacrée à l’entraînement des quatre « space cowboys » est la raison d’être du film : James Garner incapable de se redresser sans l’aide de ses amis, Donald Sutherland sortant des lunettes aux verres épais de deux centimètres… Clint Eastwood filme les rides et les cous flasques avec un plaisir réjoui qui donnerait presque envie d’être vieux plus rapidement. C’est en tout cas absolument irrésistible.

Space Cowboys est un jalon particulier dans la filmographie d’Eastwood, mais c’est un jalon qui n’en est pas moins cohérent, et qui porte constamment la marque de son réalisateur : avec la petite musique (signée Eastwood lui-même) qui résonne dès les premières images du film, avec les face à face intenses et pleins de chaleurs qu’il s’offre avec Tommy Lee Jones, et surtout avec ce long silence qu’il filme à la toute fin du film, l’une de ces pauses anormalement longues que lui seul se permet, et qui procure une immense émotion.

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