Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour novembre, 2018

Nugget Jim’s pardner / The Calibre of Man (id.) – de Frank Borzage – 1916

Posté : 20 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Nugget Jim's Pardner

Ce Borzage précoce n’annonce pas vraiment les grands chefs d’œuvre du cinéaste. Loin de ses futurs sujets de prédilection, le cinéaste s’y construit un personnage de jeune insouciant qui affronte les péripéties de la vie sans se prendre la tête. C’est le moins que l’on puisse dire.

Comme souvent à ses débuts, Borzage est donc l’interprète principal de son film. Jeune héritier d’une grande famille de l’Est, noceur impénitent, il est mis à la porte de la maison familiale par son père. Sans le sou, il s’embarque comme passager clandestin dans un train qui le conduit dans l’Ouest encore sauvage, où il devient chercheur d’or au côté d’un mineur nommé Nugget Jim.

Ce personnage d’aventurier qui arrive dans une communauté où il n’a d’abord pas sa place, c’est en quelque sorte le double lumineux de celui qu’il jouait dans The Pilgrim, la même année. Ce dernier était taciturne et mal rasé ? Celui-ci est rasé de près et très ouvert, toujours souriant, s’invitant avec le plus grand naturel à la table d’un homme qui ne l’attendait pas.

C’est le meilleur moment du film : le regard incrédule de ce grand gaillard de Nugget Jim face au frêle et jeunot Frank Borzage qui se prépare une assiette avec gourmandise est assez irrésistible.

Forfaiture – de Marcel L’Herbier – 1937

Posté : 19 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

Forfaiture 1937

Amoureux du film de Cecil B. De Mille, L’Herbier en signe un remake, une revisite, ou un hommage, c’est selon. C’est même tout ça à la fois, tant L’Herbier est fidèle à son modèle tout en imposant sa marque, et tant il témoigne ouvertement de son admiration pour le film de 1915, qu’il cite explicitement dès les premiers instants tout en glissant quelques images de Fanny Ward et Sessue Hayakawa.

Mieux, L’Herbier prend le parti, rarissime, de rappeler ce dernier pour qu’il rejoue le rôle qui l’a rendu internationalement connu vingt-deux ans plus tôt, alors que l’art du cinéma muet était encore en plein apprentissage. Le passage du jeune Sessue à celui plus mur de 1937 est assez troublant, d’autant que le choix de l’acteur doit tout à la volonté de L’Herbier de rendre hommage à De Mille: l’acteur japonais est visiblement mal à l’aise avec ses dialogues en français.

Sa première rencontre avec Victor Francen est étonnante, L’Herbier ne filmant que les répliques du Français, comme s’il avait une conversation au téléphone alors que Sessue Hayakawa est bien en face de lui. Limitant au maximum ses dialogues, L’Herbier fait de lui un personnage à l’aura surpuissante et un peu mystérieuse, dont la présence (ou l’absence d’ailleurs) semble peser sur tous ceux qui l’entourent, « son » monde.

Le film marque ainsi par la cruauté et la brutalité des rapports humains. Tout n’est que domination dans Forfaiture. Dans sa partie mongolienne bien sûr, qui s’ouvre avec des plans particulièrement forts montrant de véritables esclaves au travail, marqués dans leur chair par le sceau du prince local, ce sceau qui aura une importance si grande dans le drame qui se joue.

Mais cette domination s’étend à tous les rapports humains. Il y a l’impérialisme occidental bien sûr, la domination des blancs sur les Asiatiques. Mais aussi celle, plus généralement, des puissants sur les plus petits. Sans oublier les rapports hommes/femmes, très brutaux, à commencer par le couple interprété par Francen et Lise Delamare, cette dernière cherchant constamment le regard de son mari lorsqu’elle doit prendre une décision. Autant de jeux de domination dont joue le personnage de Louis Jouvet, symbole cynique d’une société loin d’être égalitaire.

Visuellement, c’est une réussite, L’Herbier étant particulièrement doué pour créer une atmosphère dramatique, qui ne perd rien en changeant de continent d’ailleurs. Ses qualités de directeur d’acteurs sont sans doute plus discutables : Francen en fait des tonnes, Sessue Hayakawa est le plus souvent en retrait, et Louis Jouvet est sous-exploité si ce n’est dans les scènes de procès, où il est admirable dans sa manière de commenter l’action presque en aparté. Mais c’est Lise Delamare qui s’en sort le mieux. Glissant irrémédiablement de la légèreté à la tragédie, elle est magnifique.

The Pilgrim (id.) – de Frank Borzage – 1916

Posté : 18 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

The Pilgrim Borzage

A ses débuts, Borzage a réalisé un paquet de petits westerns, de ceux qu’on tournait à la chaîne dans ces années 10 à Hollywood, bandes sans prétention qui se contentaient le plus souvent d’enchaîner les poursuites, fusillades et bagarres sur un semblant de scénario. Borzage, lui, se distingue déjà, au moins dès ce Pilgrim (son dizième film, si mon compte est bon).

Pas l’ombre d’une fusillade ici, ni même d’une chevauchée sauvage d’ailleurs. Et une seule bagarre, qui n’arrive qu’au début de la seconde bobine. Et quelle bagarre ! Un assaut en deux temps, le premier se limitant à un unique coup de poing expéditif, et le second étant totalement caché de la caméra (et du spectateur, donc) par une haie de figurants !

Et c’est passionnant, plus rythmé que la plupart des films d’action pure de l’époque. La caméra est très fixe, encore, avec quelques cadrages très larges qui fleurent encore les tout premiers pas du cinéma. Mais Borzage multiplie aussi les gros plans, sur des visages passionnants.

Le sien pour commencer, parce que c’est en tant qu’acteur qu’il a fait ses premiers pas dans le cinéma, d’abord pour d’autres, puis pour ses propres films. Dans The Pilgrim (le pèlerin, dans le sens de celui qui voyage sans avoir d’attaches particulières), il s’offre un rôle de taciturne laconique que n’aurait pas renié Clint Eastwood un demi-siècle plus tard.

Mal rasé, vêtu de sombre, peu liant, il est embauché par le contremaître débonnaire d’un ranch mais préfère dormir dehors avec son cheval. Quant à sa première conversation, elle se limite à une réjouissante série de « Yep ». L’homme n’est pas du genre à se livrer, ni à s’expliquer. Et le réalisateur est un homme d’images, pas de paroles…

La partie « roucoulades » qui vient clore le film n’est pas tout à fait aussi convaincante (un comble pour le futur prince du mélodrame), mais Borzage referme son western sur des images que n’aurait pas renié le jeune John Ford (dont les premiers films n’ont pas encore été tournés), notamment pour l’usage très symbolique qu’il fait d’une barrière. Un auteur est né.

L’Invasion des profanateurs de sépulture (Invasion of the Body Snatchers) – de Don Siegel – 1956

Posté : 17 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L'Invasion des profanateurs de sépulture

Dans le genre « fantastique paranoïaque », ce Siegel est définitivement un grand cru, bien supérieur à tous les remakes qu’il a engrangé. Une sorte de modèle souvent copié, donc, mais dont le caractère flippant n’a pas pris une ride.

Le genre est souvent associé à une évocation à peine cachée de la société américaine, alors en pleine Chasse aux sorcières. En l’occurrence, le message politique est très nuancé, dénonçant tout à la fois le système en place qui traque les individus « déviants », mais aussi une forme de pensée globale. Bref, ce sont des valeurs telles que l’Amérique les revendique depuis toujours qui sont mises en valeurs, et en danger.

On en viendrait même à soupçonner Siegel (ou les producteurs) de n’avoir choisi l’acteur principal que pour son patronyme : Kevin McCarthy, qu’il s’appelle. McCarthy ? Sérieusement ? C’est en tout cas le rôle le plus marquant de l’acteur, au charisme discutable, mais qui joue plutôt bien le monsieur tout le monde qui refuse d’abandonner sa part d’humanité.

C’est donc un médecin qui revient dans sa petite ville après quelques jours de vacances, et qui découvre que certains habitants semblent avoir changé. Avant de réaliser que des doubles presque parfaits, sortis de mystérieuses cosses, prennent la place des vrais habitants dans leur sommeil.

Oui, l’histoire est assez improbable, et on a même un petit moment de déconcertation quand les personnages principaux comprennent la situation, sans avoir l’air plus surpris que ça. Une période de flottement qui dure… 30 secondes, max. Parce que peu importe les raccourcis scénaristiques, les zones d’ombre qui demeurent, Siegel réussit à nous filer une peur bleue à peu près dès la première minute du film.

L’angoisse monte, la peur s’installe, sans cesse réactivée par des images glaçantes (une mère qui enlace son enfant), des moments de pure suspense (cette course poursuite d’anthologie jusque dans la mine), ou des effets de surprise qui reposent sur trois fois rien : un simple baiser peut ainsi vous glacer le sang durablement.

Chef d’œuvre de la série B horrifique, Invasion of the Body Snatchers fait figure d’OVNI dans la carrière de Don Siegel. De quoi faire regretter que le cinéaste ne se soit pas penché d’avantage sur le genre.

Pièges – de Robert Siodmak – 1939

Posté : 16 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Pièges

« La chance est une femelle. J’ai su la dompter. » C’est Maurice Chevalier qui balance cette réplique dans Pièges. Hallucinant bien sûr, à une époque (aujourd’hui) où je n’ose même pas écrire que cette réplique m’a fait rire. Mais particulièrement éloquent, parce que derrière le côté charmeur (et il a un charme fou) de Chevalier, le film montre que l’égalité des sexes est un leurre, dont personne ici n’est vraiment dupe.

Siodmak est dans sa période française, avant donc les grands chefs d’oeuvre noirs qu’il signera à Hollywood. Mais on sent déjà le grand auteur de film noir, dans sa manière de créer des atmosphères angoissantes avec les jeux d’ombres qui dominent, ou qui tremblent à la lueur du feu.

Surtout, le film est admirable dans sa capacité à passer de la plus grande légèreté à la gravité la plus lourde. D’une comédie tirant sur le musical, avec deux numéros chantés réjouissants de Maurice Chevalier, à un drame sombre et à une histoire de tueur en série.

Pièges est pourtant, d’une remarquable cohérence, une sorte de condensé des émotions humaines où la lumière et l’ombre ne sont jamais très loin l’une de l’autre. La légèreté qui semble dominer dans la première partie n’est jamais dénuée d’une certaine violence des sentiments. Les rapports hommes-femmes sont ainsi particulièrement rudes.

Remarquable aussi, la construction en épisodes successifs. Marie Déa, danseuse transformée en suppléante de la police, rencontre tour à tour différents hommes qui recherchent des femmes seules par petites annonces. Les rencontres sont parfois amusantes, parfois inquiétantes, parfois déstabilisantes comme Erich Von Stroheim qui organise un défilé devant un parterre… de chaises vides.

OK, on voit venir le dénouement d’assez loin. Mais ce mélange de comédie, de drame et de suspense fonctionne formidablement bien. Et les comédiens sont tous formidables. Pierre Renoir bien sûr, mais Maurice Chevalier aussi. Et surtout. Plus que Marie Déa, parfaite, c’est lui qui donne le ton au film. Son apparition tardive donne un rythme fou. Il cabotine ? A peine, et avec une justesse totale.

Le Temps de l’innocence (The Age of Innocence) – de Martin Scorsese – 1993

Posté : 15 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Le Temps de l'innocence

Pas une goutte de sang dans ce Scorsese là, tourné entre Les Nerfs à vif et Casino qui, eux, ne lésinaient pas. Pourtant, Le Temps de l’innocence est un film d’une violence tout aussi radicale. Une violence sociale pour le coup, où la question des sentiments, et les rapports humains en général, font d’autant plus de dégâts qu’il importe de faire bonne figure malgré tout dans cette société là.

Cette société, c’est la haute du New York des années 1870. Entre les coups de couteaux de Gangs of New York et les exécutions des Affranchis, c’est donc chez les gens du monde qu’on se montrait impitoyable. A cause du poids des « convenances » bien sûr : on a vu ça dans des tas de films et de romans. Mais aussi et surtout à cause d’un hallucinant manque d’empathie.

Ah ils sont beaux, tous, à l’image de Winona Ryder, au sommet de sa carrière (cette année-là, elle est aussi l’héroïne du Dracula de Coppola). Belle… et parfaitement glaciale, son visage si doux contrastant cruellement avec son humanité très corsetée. Face à elle, Michelle Pfeiffer est une belle victime expiatoire, à la fois libre et prisonnière de ce monde inhumain. Et entre les deux belles, Daniel Day Lewis, tout sauf un héros, un type dont la révolte apparente n’enlève rien au fait qu’il subit constamment son environnement.

Scorsese filme ce microcosme comme il filme la mafia : comme une sorte de grande famille castratrice où chacun, à tout moment, doit respecter les règles en vigueur, immuables. Le style visuel qu’il adopte est constamment au service de son propos : montage, inserts, gros plans, et même des caches (de lumière) comme aux premiers temps du cinéma, qui soulignent constamment les regards omniprésents, et l’impossibilité d’être seul dans ce New York aristocratique, étouffant. C’est dur, et magnifique.

Blue Velvet (id.) – de David Lynch – 1986

Posté : 14 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, LYNCH David | Pas de commentaires »

Blue Velvet

Un rideau rouge inquiétant, des musiques envoûtantes jouées dans des bars interlopes, une jeunesse apparemment tranquille qui cache des tourments secrets, l’imagerie d’une Amérique presque fantasmée héritée des glorieuses fifties, le bitume qui défile dans la nuit… Blue Velvet est le film qui révèle définitivement les plus grandes obsessions de David Lynch. Après Elephant Man et Dune, ce film très personnel annonce les grands chefs d’œuvre, de Twin Peaks (la série)… à Twin Peaks (le retour).

Revoir ce film fondateur après le choc énorme qu’a provoqué le sublime retour de la série phénoménale de Lynch (j’ai décidément envie de multiplier les superlatifs dès que j’évoque Twin Peaks) a quelque chose de troublant. Comment ne pas penser à Cooper et Diane en voyant Kyle McLachlan et Laura Dern s’enlacer. Mais trente ans plus tôt, les deux acteurs semblent à peine sortis de l’adolescence.

Avant la période des grands chefs d’œuvre, donc, Blue Velvet étonne a posteriori par la linéarité de son scénario. Mais cette simplicité n’est qu’un trompe l’œil : le malaise vient justement de quantités de détails qui ne paraissent pas à leur place. Un rideau qui vole, une chanson qui revient comme un mantra, l’image étonnante de cette famille fantasmée à la fin du film, sans même mentionner une oreille coupée dans un terrain vague…

Le malaise vient aussi des réactions inattendus, de caractères déviants. Isabella Rossellini est bien barrée dans son rôle de victime qui se transforme lors d’une scène hallucinante en bourreau hyper sexuée. Quant à Dennis Hopper, il est carrément ravagé, en psychopathe qui se dope à l’oxygène et qui souffre d’un sérieux complexe d’Œdipe. Comment voulez-vous que ce type ait pu jouer autre chose que des mecs dangereux après ça ?

Blue Velvet est parsemé de moments envoûtants. Porté aussi par la présence jamais si anodine de McLachlan, qui excelle à jouer les types pas si transparents. Et toutes les obsessions de Lynch sont là. Mais le cinéaste ira nettement plus loin, et avec une maîtrise de plus en plus affirmée qui lui permettra de s’affranchir chaque fois d’avantage des codes du récit cinématographique.

Sahara (id.) – de Zoltan Korda – 1943

Posté : 13 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, BOGART Humphrey, KORDA Zoltan | Pas de commentaires »

Sahara

En plein dans sa période « privés », Bogart troque l’imperméable et le chapeau contre l’uniforme et la casquette, et ça lui va plutôt bien. Intense et tout en nuances, il est le pivot de cet excellent film de guerre méconnu. Tourné après l’entrée en guerre des Etats-Unis, le film ne se cantonne pas au patriotisme habituel, mais marque surtout pour l’importance qu’il donne à la rencontre des cultures.

Bogart y est un officier perdu au milieu du Sahara avec son char et ses hommes, qui rencontre des soldats venus d’Angleterre, de France, d’Amérique du Sud ou d’Amérique du Sud, et même de l’Italie mussolinienne. Des catholiques, des juifs, des musulmans… Tous apprenant à se connaître et à s’apprécier, découvrant que ce qui les rapproche est nettement plus important que ce qui les éloigne.

Un film ouvertement humaniste, c’est déjà beau en soit. Et comme tout ça bénéficie d’une superbe photo en noir et blanc de Rudolph Maté, et d’une mise en scène particulièrement inspirée, que c’est raconté sous le couvert du film d’aventure plein de rythme et de rebondissement, le plaisir est total.

Bien sûr, il y a l’ennemi commun, sans surprise : le Nazi, qui a au moins cet avantage de mettre tout le monde d’accord, même si le film évite le manichéisme anti-allemand primaire. Et puis la soif, que l’on finit par ressentir en même temps que les personnages. Un film à voir une bière à la main, donc…

Co-écrit par Philip McDonald, romancier et scénariste (on lui doit l’adaptation de Rebecca notamment), Sahara s’inscrit dans une lignée de films de guerre en plein désert dont La Patrouille perdue, de Ford, est l’un des fleurons. La parenté entre les deux films n’est pas anodine, puisque le film de Ford était adapté d’un roman signé… Philip McDonald.

Quelques années plus tard, son scénario sera transposé assez fidèlement dans l’univers du western, dans l’excellent Le Sabre et la flèche d’Andre De Toth (qui a été réalisateur de seconde équipe sur Sahara) avec Lloyd Bridges dans un second rôle, Lloyd qui est également à l’affiche de Sahara. Rien ne se perd, tout se recycle à Hollywood, parfois pour le meilleur.

Le Mariage de Chiffon – de Claude Autant-Lara – 1942

Posté : 12 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, AUTANT-LARA Claude | Pas de commentaires »

Le Mariage de Chiffon

Que voilà un charmant vaudeville, plein d’esprit et de rythme, beau mélange de légèreté et d’une douce nostalgie.

Léger comme le personnage de Chiffon (Odette Joyeux), jeune fille libre qui s’amuse de l’effet qu’elle fait sur un homme rencontré par hasard tout en dissimulant un amour pour son oncle par alliance.

Doucement nostalgique comme celui du colonel (André Luguet), officier et séducteur vieillissant qui rêve un avenir avec la jeune fille tout en n’étant pas dupe de ses charmes sur le déclin.

Et plein de vie, comme cet oncle (Jacques Dumesnil) qui décide de vivre pleinement sa passion pour l’aviation, qui en fera un pionnier dans le domaine.

Autant-Lara n’est pas Lubitsch, c’est un fait : il lui manque un peu d’élégance, et pas mal de vivacité. N’empêche, on pense furieusement au maître du genre, tant le Français joue avec cette idée de rythme, et surtout ces portes qui s’ouvrent et se referment constamment.

La séquence des chaussures, dans le couloir de l’hôtel, est particulièrement frappante : tout y est question d’ouvertures et de fermetures, et de ce qui se passe dans l’entre-deux. Purement lubitschien, et franchement réjouissant devant la caméra d’un Autant-Lara inspiré comme jamais.

Le plaisir est renforcé par les acteurs, tous « épatants » comme on disait alors. Larquey, Le Vigan, Blier, Raymond Bussières, Louis Seigner. Des seigneurs, dans un film vif et pétillant, comme un bon champagne. Et il me semble bien avoir déjà écrit un truc dans le genre pour un Lubitsch…

Sorority House (id.) – de John Farrow – 1939

Posté : 11 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FARROW John, LAKE Veronica | Pas de commentaires »

Sorority House

Sororité, en bon français, signifie quelque chose comme « communauté de femmes », ou « solidarité entre femmes ». Merci Google. En anglais, c’est donc la même chose, et le savoir permet de comprendre que le titre, étrange, a un rapport très direct avec ce qui se passe à l’écran.

C’est donc l’histoire d’une jeune fille qui part à l’université grâce aux sacrifices financiers de son père, brave épicier dans une petite ville tranquille. Arrivée à la fac, elle découvre une micro-société qui entièrement autour des clubs d’étudiantes, les « sorority houses » du titre, donc. Elle découvre aussi l’obsession des nouvelles arrivantes pour y être admises.

C’est une petite chose, qui flirte souvent avec un sujet plus grave : on se dit qu’à force de se sacrifier pour sa fille, il va lui arriver des malheurs, à ce brave père veuf et aimant. Mais non : Sorority House reste léger et optimiste, une petite chose fort sympathique, à laquelle le bon John Farrow donne le rythme qu’il faut. Sans faire partie des grands piliers du cinéma hollywoodien de l’époque, Farrow déçoit quand même rarement.

Et il fallait bien un cinéaste aussi talentueux que lui pour donner du relief à cette histoire cousue de fil blanc, et pleine de bons sentiments : une fois convenu que rien de dramatique ne va se produire (il y a pourtant quelques occasions), on voit bien où tout ça nous mène. Mais on a beau ne jamais être surpris par quoi que ce soit, on a beau trouver la morale du bon papa très… américaine, eh bien on fond quand même devant cette jolie histoire d’apprentissage.

Du bon sentiment ? Des beaux sentiments en tout cas, et une bienveillance parfaitement charmante, et séduisante. Et puis il y a quand même quelques moments mémorables de pure mise en scène, à commencer par la première rencontre entre la jeune héroïne et le beau gosse du campus, avec des trouvailles visuelles autour d’une échelle rétractable que n’auraient pas reniées les grands du cinéma muet.

Et, au passage, un couple de cinéma sans aspérité, mais tout mignon : Anne Sirley, une ancienne enfant star qui fut l’une des Alice de Disney, et que l’on a quand même vue dans City Girl de Murnau, Liliom de Borzage ou Steamboat round the bend de Ford… tout ça avant ses 17 ans ; et James Ellison, le Buffalo Bill qui n’était qu’un second rôle dans Une aventure de Buffalo Bill de De Mille.

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