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Mission Impossible : Fallout (id.) – de Christopher McQuarrie – 2018

Classé dans : * Espionnage,2010-2019,ACTION US (1980-…),CRUISE Tom,McQUARRIE Christopher — 8 octobre, 2018 @ 8:00

Mission Impossible Fallout

Christopher McQuarrie qui rempile à la tête de la saga, premier cinéaste à diriger deux Mission Impossible ? L’annonce semblait confirmer la sérialisation que prenait l’enthousiasmante machine à succès de Tom Cruise, sous l’influence de JJ Abrams. Sauf que c’est tout le contraire qui se produit : non seulement ce MI6 est très différent de MI5 (pourtant dû au même réalisateur, donc), mais il ouvre de nouvelles perspectives et rappelle que, avant d’être une machine à succès, la série est un formidable laboratoire pour réinventer le cinéma d’action, et ringardiser toutes les grosses productions hollywoodiennes d’aujourd’hui et d’hier.

Plus sombre, plus humain, plus riche, plus complexe, ce Fallout s’inscrit dans la continuité du précédent (c’est la première fois que l’on retrouve autant de personnages secondaires d’un film à l’autre, et que les intrigues se font suite), tout en changeant subtilement la donne. L’ouverture du film illustre bien ce changement de cap. Là où Rogue Nation commençait par une séquence d’action hallucinante… et totalement inutile à l’intrigue, Fallout commence comme un film noir, poisseux et dénué d’action.

Et c’est, d’emblée, fascinant : Ethan Hunt hanté par ses démons et visiblement plus vulnérable, une mission délivrée sur un appareil à bandes d’un autre âge, qui renvoie directement à la série originale (les références aux précédents films sont également légions) dans une esthétique rétro inquiétante et envoûtante… Le générique, qui arrive assez tardivement et dévoile des images des scènes clés à venir (une tradition depuis l’épisode 3), annonce des tonnes d’action. Mais plus que jamais, la psychologie des personnages est centrale.

Il y est beaucoup question de la responsabilité d’Ethan face à la violence, qu’il passe quand même son temps à amener dans les plus grandes villes du monde (ici, Londres et surtout Paris, où il offre l’expérience de sa vie à une actrice inconnue qui, l’espace d’une petite scène dans le rôle d’une fliquette que Tom Cruise sauve de la mort par un ébouriffant accès de violence, trouve de quoi raconter à ses enfants et petits-enfants pour le reste de sa vie !).

Le personnage n’a sans doute jamais été aussi complexe. Il faut dire que, jusqu’à présent, il manquait un alter ego de taille. Aucun des sidekicks de Cruise n’ont jamais fait le poids, malgré leurs qualités respectives. Jusqu’à l’apparition de Rebecca Ferguson, dont le personnage trouble d’Ilsa, agent britannique, fascinait déjà dans l’opus précédent. Elle gagne encore en profondeur, et ce sont ses rapports ambigus avec Ethan qui donnent quelques-unes des plus belles scènes.

A tel point qu’on ne peut que se réjouir de voir la trop douce et trop lisse Julia (la femme d’Ethan, interprétée depuis 2006 par Michelle Monagham) ne revenir sur le devant de la scène que pour lui trouver une sortie honorable, et sans doute définitive. De quoi attendre le prochain épisode avec impatience et confiance, tant le personnage d’Ilsa semble avoir encore beaucoup à livrer.

Fallout réserve d’ailleurs de longues plages étonnamment calmes, où l’action se fait plus discrète, plus classique, voire se passe hors écran. Une posture rare dans le cinéma d’action : McQuarrie et Cruise savent ménager leurs effets, réussissant une rencontre à peu près parfaite entre le cinéma d’espionnage et le film noir à l’ancienne, et le meilleur du cinéma d’action.

Car les séquences d’action sont ahurissantes. Evidemment, devrais-je ajouter, tant la saga est devenue au fil des épisodes le repère absolu en matière d’inventivité et d’efficacité dans le domaine. Toujours garantie sans écrans verts et avec un minimum d’effets numériques. Pour faire simple : on se contente d’effacer les câbles de sécurité, tout étant réalisé « pour de vrai » dans les vrais décors.

Le fait que Tom Cruise réalise lui-même ses cascades n’est, de fait, pas anecdotique : cette posture à peu près unique pour une star de son calibre permet au spectateur une immersion totale, qu’il saute d’un avion à très haute altitude au-dessus de Paris, qu’il s’accroche à un hélicoptère slalomant entre les montagnes (hélico que, bien sûr, il finira par piloter lui-même), qu’il saute d’un immeuble à l’autre à Londres (dans l’une des rares séquences franchement drôles… qui lui vaudra une cheville cassée), ou qu’il pilote sa moto dans les rues bondées de Paris… L’expérience est exceptionnelle.

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