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Archive pour avril, 2018

Les Joueurs (Rounders) – de John Dahl – 1998

Posté : 4 avril, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DAHL John | Pas de commentaires »

Les Joueurs

Avant de devenir réalisateur de séries TV, John Dahl fut un bel espoir du cinéma de genre américain. Ses trois premiers films (Kill me again, Red Rock West et Last Seduction), surtout, firent de lui un séduisant héritier des grands maîtres du film noir classique, avec leurs anti-héros champions de la lose et leurs femmes fatales. Avec Les Joueurs, Dahl s’attaque à une autre figure cinématographique purement américaine : le joueur de poker. Sans apporter grand-chose à un motif qui, lui, n’a jamais quitté le grand écran.

Il y a quelque chose d’évidemment très cinégénique dans le poker, y compris lorsqu’on n’y comprend pas grand-chose : le jeu de dupes, les retournements de situation, le suspense omniprésent… Pas difficile d’utiliser le jeu comme un ressors dramatique efficace. D’ailleurs, plus d’un film médiocre a été sauvé par ces scènes de poker qui, comme une scène de montagne par exemple, assure un moment de tension facile dans le pire des cas.

John Dahl n’apporte rien à la manière de filmer le poker. Moins virtuose que le Curtis Hanson de Lucky You, il signe toutefois une mise en scène classique et très efficace. Ses personnages aussi sont classiques et efficaces : le duo Matt Damon – Edward Norton surtout, qui semblent tout droit sortis d’un film des années 40. On peut quand même avoir quelques réserves face au cabotinage de John Turturro, et surtout de John Malokovich, à qui il faudrait une bonne fois pour toutes arrêter de dire qu’il est génial : depuis qu’on lui répète, il a fini par s’en convaincre.

N’empêche, on suit ça avec un certain plaisir, tout en ayant toujours conscience d’être en terrain connu, avec zéro surprise. D’ailleurs, in fine, on comprend que le scénario n’existe que pour la séquence finale. Toute l’histoire ne servait qu’à nous conduire vers cette partie durant laquelle Matt Damon joue littéralement pour sa vie. Partie réjouissante, mais étonnamment dépourvue de suspense, pourtant…

En marge de l’enquête (Dead Reckoning) – de John Cromwell – 1947

Posté : 3 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, CROMWELL John | Pas de commentaires »

En marge de l'enquête

A peu près zéro prise de risque cette fois, pour un Bogart qui recycle son image de justicier inflexible, avec laquelle il enchaînait les films immenses à cette époque. Son personnage n’est pas inintéressant, vétéran de la guerre qui cherche à venger la mort de son ami, et qui avance constamment dans le flou, sans jamais avoir le moindre pas d’avance sur le spectateur. Un parti-pris qui, pour le coup, le rend humain et vulnérable, ce dont on ne se plaindra pas.

Mais quand même, il y a une impression tenace de déjà-vu dans ce film noir qui se contente en grande partie de pomper les déjà grands classiques du genre. Il y a du Grand Sommeil dans la manière de complexifier l’intrigue et de s’interroger sur le rôle que joue la femme, forcément fatale (Lizabeth Scott, toujours excellente et envoûtante avec sa belle voix grave et traînante). Et pourquoi pas d’ailleurs : ce n’est pas le premier ni le dernier film à prendre modèle sur le chef d’œuvre de Hawks.

En revanche, les pillages à peine déguisés sont nettement moins pardonnables : la référence omniprésente à l’odeur de jasmin que ressasse Bogart tout au long du film rappelle furieusement le chèvrefeuille d’Assurance sur la mort. Et la réplique de Bogie qui s’apprête à lâcher celle qu’il aime (« Don’t you love me ? – That’s the tough part of it, but it will pass ») est un copié-collé éhonté du Faucon maltais.

Pas désagréable pour autant : Bogart assure le spectacle, en particulier dans son face-à-face avec l’homme de main joué par Marvin Miller. Il y a entre ces deux-là une tension dont on sent dès leur première rencontre qu’elle est explosive. Le film aurait cependant gagné à être dirigé par un réalisateur plus à l’aise avec le genre. John Cromwell fait le travail proprement, mais sans éclat.

La Garçonnière (The Apartment) – de Billy Wilder – 1960

Posté : 2 avril, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, WILDER Billy | Pas de commentaires »

La Garçonnière

C’est le deuxième des sept films de Wilder avec Jack Lemmon (qui venaient de tourner Certains l’aiment chaud), et le moins ouvertement comique, le plus ancré dans la réalité. Celui, sans doute, qui doit le plus à la veine « lubitschienne » de Wilder, lui qui fut scénariste de Lubitsch (pour La huitième femme de Barbe Bleue et Ninotchka).

L’idée de départ est formidable : un petit employé de bureau grimpe les échelons parce que ses supérieurs utilisent son appartement pour recevoir leurs maîtresses. Un sujet qui est une source infinie de comédie, le pauvre gars étant condamné à rester à la porte de chez lui jusqu’à pas d’heure, quel que soit le temps. Mais qui permet aussi à Wilder de signer une critique édifiante du monde du travail.

Imaginée initialement pour le théâtre, cette histoire n’y aurait sans doute pas eu la même force : la puissance du film doit quelque chose à ses décors extraordinaires, comme cet immense open space (que l’on doit à Alexandre Trauner) où les bureaux, tous identiques, s’étalent visiblement sans fin, CC Baxter (Lemmon) étant un employé lambda parmi des milliers d’autres.

Wilder souligne ainsi l’inhumanité et la vacuité de l’administration : jamais on ne sait ce que CC Baxter fait réellement. Et dès qu’il gravit les échelons, on ne le voit plus jamais faire autre chose dans son bureau que gérer le planning de son appartement…

La Garçonnière, c’est aussi un beau triangle amoureux : Jack Lemmon, l’employé lambda invisible et totalement dévoué aux autres ; Fred McMurray, le patron qui sait pouvoir manipuler son monde et le fait sans cligner des yeux ; et Shirley McLaine, douce innocente qui fait logiquement le lien entre le monde d’en haut et celui d’en bas, puisqu’elle liftière.

Tendre, drôle, cruel, cynique… La Garçonnière a décroché l’Oscar du meilleur film, son second après Le Poison. De là à dire qu’on est dans là dans ce que Wilder a fait de mieux, il y a un pas que je ne ferais pas : Assurance sur la mort, quand même… Mais McMurray est ici aussi bien que dans le chef d’oeuvre noir de Wilder, dans un registre à peu près opposé. Et le film est d’une justesse rare dans sa manière d’évoquer les rapports entre les personnages, les rêves et les blessures de chacun. Une jolie comédie douce-amère, enthousiasmante.

La Rose et la flèche (Robin and Marian) – de Richard Lester – 1976

Posté : 1 avril, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, LESTER Richard | Pas de commentaires »

La Rose et la flèche

Très jolie idée que de confronter Robin des Bois à sa vieillesse, à ses amours de jeunesse et à sa propre légende. Richard Lester, cinéaste rarement enthousiasmant, est particulièrement inspiré ici, et signe une « suite » joliment mélancolique, qui joue habilement avec ce que la légende a retenu du personnage.

Robin (Sean Connery, en même temps impérial et grotesque, parfait) a vieilli. Après vingt ans passés aux Croisades, loin de l’Angleterre, il est de retour, à la fois le même et désenchanté : durant tout ce temps, il a découvert un Richard Cœur de Lion sanguinaire et inhumain. Et lorsqu’il rentre au pays, c’est pour retrouver une Marian entrée dans les ordres.

Le film est particulièrement réussi lorsqu’il confronte la légende à une réalité plus brute, nettement moins romantique. Robin s’amuse des chansons consacrées à ses « exploits ». Les combats sont pénibles et douloureux pour des corps marqués par les ans. Et surtout, les retrouvailles de Robin et Marian sont gauches et marquées par le poids des années perdues.

Les décors jouent un rôle très important : cette terre aride qui illustre d’emblée l’échec des rêves d’aventures de Robin, puis la mythique forêt de Sherwood, où la végétation a repris ses droits, « oubliant » le passé glorieux de Robin et sa bande qui peinent à y retrouver leurs marques.

C’est un joli film, qui donne une nouvelle dimension à un couple de légende : elle, confrontée à ses propres choix, est perdue entre sa passion passée de jeune femme et sa dévotion de religieuse ; lui, héros vieillissant et inculte, qui se raccroche à sa jeunesse avec des exploits guerriers aussi vains que désespérés.

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