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Le Coupable – de Raymond Bernard – 1937

Classé dans : 1930-1939,BERNARD Raymond — 17 janvier, 2018 @ 8:00

Le Coupable

Eh bien me voilà en larmes, après avoir vu ce très beau film de Raymond Bernard, cinéaste alors au sommet. C’est pourtant un film très original, et même déroutant par moments, que signe le réalisateur des Croix de Bois. Un mélodrame au pitch incroyable, qui épouse tous les soubresauts et les bouleversements du début du 20e siècle), mais qui s’autorise quelques passages proches de la farce, pour le moins inattendus.

Jérôme (Pierre Blanchar) et son père autoritaire (Gabriel Signoret) qui avancent péniblement sur des patins pour ne pas salir le plancher est déjà une image étonnante dans un tel contexte dramatique. Mais le plus surprenant, c’est peut-être la longue séquence du procès, où l’émotion la plus rude et l’humour s’entremêlent avec une totale décomplexion, et un naturel désarmant.

Il n’y a pourtant pas franchement de quoi rire avec cette histoire d’un homme qui profite de la guerre pour abandonner la femme qu’il aime et qui attend un enfant de lui, et qui retrouve ce dernier des années après dans le box des accusés, lui-même étant le procureur général chargé de demander sa tête. Une histoire bien lourde, digne des pires mélos américains des années 50 (on n’est pas loin de celle de Madame X), et qui se révèle ici simplement magnifique.

Dès les premières images, le sens de la composition et du mouvement de Raymond Bernard sautent aux yeux. Le film est, visuellement aussi, très beau. Il est aussi parfaitement juste. Madeleine Ozeray, beauté tragique, est une superbe incarnation du bonheur perdu. Quant à Pierre Blanchar, à quelques trémolos près lors de sa grande plaidoirie, il est assez formidable en faux salaud plombé par sa propre faiblesse, toujours dans une belle réserve.

Le film témoigne d’une grande empathie pour ces personnages imparfaits, mais qui sont surtout victimes de règles trop rigides et inhumaines. La droiture très discutable du père de Jérôme, le centre pénitentiaire où grandit le gamin, l’impossibilité de se réinsérer dans une société arc-boutée sur ses principes, le ridicule d’experts auto-proclamés… Raymond Bernard n’épargne en revanche pas tous ceux qui représentent la société établie.

Tourné en plein Front Populaire (c’est même le premier tournage avec le nouveau code du travail, aux studios de Billancourt), le film penche ouvertement du côté des modestes, et de la liberté individuelle. Il lance même un appel plein d’humour mais vibrant pour le droit de vote des femmes, qui n’arrivera que dix ans plus tard.

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