Les Inconnus dans la maison – de Henri Decoin – 1941
Ça commence par de superbes images de nuit, montrant une ville baignée de pluie, d’abord à travers une maquette magnifiquement éclairée, puis par une série de plans joliment filmés en studio. Des images accompagnées par la voix off de Pierre Fresnay, voix fascinante d’un acteur qu’on ne verra pas à l’écran, mais qui annonce déjà les chefs d’œuvre à venir de Clouzot, scénariste et dialoguiste du film.
C’est à lui, surtout, qu’on doit la réussite de cette adaptation d’un roman de Simenon. A lui, à ses dialogues géniaux, et aux acteurs qui les disent. Et quels acteurs, à commencer par Raimu, extraordinaire jusque dans ses excès, formidable en avocat vieillissant et alcoolique qui affiche un désintérêt affecté au drame qui se noue dans sa propre maison : un homme y est découvert assassiné, et c’est tout l’entourage de sa fille qui est suspecté, cette fille qu’il n’a jamais su aimer, ou à qui il n’a jamais su montrer qu’il l’aimait.
Au-delà de l’intrigue policière, le film est une critique acerbe et réjouissante de la grande bourgeoisie, laminée lors d’une plaidoirie extraordinaire par Raimu, véritable sommet du film, jeu de massacre et réjouissant numéro d’acteur. C’est à lui, Raimu, et aux autres acteur, que l’on doit le plaisir si intense que procure ce film, qui aura droit à deux remakes, dont le second, cinquante ans plus tard, avec Jean-Paul Belmondo.
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