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Archive pour avril, 2017

La Chevauchée sauvage (Bite the bullet) – de Richard Brooks – 1970

Posté : 25 avril, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, BROOKS Richard, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Dans Les Professionnels, Brooks mettait déjà en scène des personnages d’un autre-temps, pionniers rattrapés par la société. Dans La Chevauchée sauvage, dernier de ses trois westerns (après La Dernière Chasse, aussi), Brooks fait de ce décalage le cœur de son film, et va plus loin encore : les « héros » vieillissants n’ont sans doute connu que les dernières minutes du temps des pionniers, et ne font partie ni de cette période héroïque, ni de l’Amérique moderne qui s’installe.

On est alors au début du 20e siècle, et ces aventuriers, joués par Gene Hackman ou James Coburn, semblent vivre dans une espèce d’entre-deux indéfini. Des cow-boys anachroniques contraints de profiter d’une grande course à cheval à travers le pays pour vivre leur envie de grands espaces et de libertés. Dans cette course médiatisée (« couverte » par un journaliste qui suit les concurrents à moto), on retrouve un panel de personnages typiques du western, en un peu différent.

Le brave Mexicain est empêché par une rage de dent, le jeune pistolero impulsif n’est pas la brute attendue, l’ancienne prostituée est bien celle par qui le drame arrive, et le Old Timer (Ben Johnson, excellent) n’a pas plus de passé que d’avenir. Son rêve n’est pas de faire enfin fortune, mais juste de devenir quelqu’un. « Don’t even know your name », lancera, trop tard, le personnage de Gene Hackman.

La Chevauchée sauvage est une réussite mineure dans la filmographie de Richard Brooks. Mais cette grosse production, impressionnante et ambitieuse, est pleine de rebondissements et passionnante.

Double détente (Red Heat) – de Walter Hill – 1988

Posté : 24 avril, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), HILL Walter | Pas de commentaires »

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Ça commence plutôt très bien, avec un Schwarzenegger en flic russe raide comme la statue de Lénine, qui file des mandales qui font vraiment mal, avant d’arracher la jambe (artificielle) d’un invalide, dans un geste joyeusement amoral (avant un revirement qui remet la morale à l’endroit, quand même).

Cinéaste brut et d’une virilité à l’ancienne, Walter Hill s’y connaît en matière d’action. Les morceaux de bravoure de Red Heat restent ainsi d’une efficacité radicale, presque trente ans après. En particulier cette belle poursuite à pied dans les rues de Moscou, et cet affrontement entre deux bus à Chicago, filmé comme un duel de western (genre dont Hill n’est jamais très loin).

Le rapport au western n’est pas anodin dans ce film post-guerre froide, qui raconte la cohabitation forcée entre un flic soviétique et un flic américain (James Belushi) aux méthodes radicalement différentes. Mais si le flic ricain est celui qui s’apparente le plus, a priori, à un cow-boy, c’est bien Schwarzenegger que Hill filme comme un héros de western, multipliant les clins d’œil à Clint Eastwood jusque dans ses expressions, et dans l’apparition d’un Magnum 44 (vous savez, the most powerful handgun in the world).

Red Heat est un pur film d’action des années 80, d’une certaine manière. Mais c’est aussi l’un des rares films du genre et de la période à ne pas tomber dans un manichéisme trop facile. L’année même où Stallone tourne un Rambo 3 qui enfonce le clou anti-soviétique de Rocky 4 (pas sa plus grande période, certes), l’autre monsieur muscle du cinéma américain joue les pionniers de la réconciliation, incarnant un pur produit du régime soviétique, humain et positif.

Les deux flics se retrouvent confrontés aux mêmes aberrations bureaucratiques (une critique pas bien fine de l’administration des deux pays), mais les différences ne sont pas gommées pour autant, comme le laisse entendre Schwarzie lorsqu’il lance un « Capitalism » accablé en regardant une pub à la télé. C’est même tout le sel de ce film, qui donne l’un de ces dialogues dont la filmo de Schwarzenegger est parsemée :

« En Chine, après la Révolution, ils ont réuni tous les drogués sur la place publique, et ils les ont abattus d’une balle dans la nuque.
- Ouais, ici nos dirigeants ne seront jamais d’accord.
- Abattez les d’abord. »

Witness (id.) – de Peter Weir – 1985

Posté : 23 avril, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, FORD Harrison | Pas de commentaires »

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C’est un film d’une grande délicatesse que réussit Peter Weir, avec ce faux polar qui s’intéresse à une communauté rarement évoquée au cinéma : les Amish, et leur mode de vie qui semble ne pas avoir changé depuis le 19e siècle. Weir évite soigneusement tous les clichés qui lui tendaient les bras avec cette communauté à l’imagerie si pittoresque, qui attire d’ailleurs des touristes plus caricaturaux que les Amish eux-mêmes.

Mieux : le cinéaste évite de tomber dans un angélisme béat. Le mode de vie des Amish, l’importance du travail manuel, la force de la communauté… Cette vie si anachronique éveille une douce nostalgie, l’envie d’une existence différente, plus simple, plus pure, plus honnête. Un vrai chant d’amour pour cette culture en dehors du temps. Mais en même temps, Weir n’atténue rien des limites de ces choix : de cette volonté de ne rien savoir des autres, de cette méfiance vis-à-vis de l’étranger…

Mais c’est dans les scènes quotidiennes que Witness est le plus beau. Dans cette magnifique séquence de travail collectif autour de la construction d’une grange notamment, d’une beauté à couper le souffle. Ou lorsque le flic échoué là redécouvre le travail du bois. Oui, parce qu’il y a un flic, que joue avec beaucoup de nuances et de sensibilité Harrison Ford, symbole de ce monde extérieur plein de violence.

On sent bien que Weir ne s’intéresse pas vraiment à son intrigue policière, et à ses flics ripoux (parmi lesquels Danny Glover) très caricaturaux. Toutes les séquences intermédiaires urbaines, rapidement expédiées, sont d’ailleurs, et de loin, les plus faibles du film. Le réalisateur ne leur accorde visiblement aucune importance, et il a bien raison : cette intrigue n’est qu’une manière de justifier l’irruption de ce flic honnête dans le quotidien des Amish.

Et l’histoire d’amour avec l’une d’entre eux, jouée par Kelly McGillis, terriblement émouvante dans un rôle quasiment muet. Entre Harrison Ford et elle, il y a d’évidence une attirance folle, un amour qui ne demande qu’à exploser (et qui le fait lors d’une courte scène sublime dans le crépuscule), mais aussi un fossé infranchissable. Deux univers radicalement différents qui se découvrent mais savent qu’ils sont incompatibles. Et c’est magnifique.

La Huitième Femme de Barbe Bleue (Bluebeard’s Eighth Wife) – d’Ernst Lubitsch – 1938

Posté : 22 avril, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Gary, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

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D’accord, Bluebeard’s Eight Wife n’a pas l’élégance inouïe de L’Eventail de Lady Windermere ou de The Shop around the corner. D’accord, tout n’est pas d’une immense finesse dans ce vaudeville conjugal. Mais franchement, vous n’avez pas ri en voyant Claudette Colbert se gaver d’oignons pour gâcher le baiser que lui réclame son mari Gary Cooper ?

Ce n’est certes pas un Lubitsch majeur, mais le film est drôle et enlevé, et se révèle une évocation pleine d’ironie mordante de l’engagement amoureux. « Vous croyez VRAIMENT au mariage ! » lance la jeune femme lorsqu’elle découvre que son richissime prétendant a déjà été marié 7 fois, avec autant de divorces à la clé (« 6 seulement, l’une d’elles est morte », corrige-t-il, avant de préciser : « de mort naturelle »).

Et même mineur, un Lubitsch est la promesse d’une expérience délicieuse, légère et mordante à la fois. Ici, sur un scénario de Billy Wilder et Charles Brackett, il prend le problème du mariage à l’envers : d’abord le mariage lui-même, puis la difficile séduction, l’incompréhension… Le poids des mariages passés, mais aussi de la fortune, conduit les amoureux à opter pour un engagement financier qui tue dans l’œuf la passion des sentiments. Et voilà les jeunes mariés étrangers sous le même toit, se croisant dans un couloir comme des passants dans la rue.

La situation ne manque pas d’ironie, et on sent bien Lubitsch et ses scénaristes dubitatifs face à l’institution du mariage. Lorsque le couple décide un rapprochement d’un soir, le dialogue est sans équivoque :

« Ni flirt, ni dispute !
- Comme un couple normal.
- J’ai dit pas de dispute. »

Claudette Colbert est étonnante de naturelle, Gary Cooper joue merveilleusement bien l’être un peu supérieur touché dans son orgueil, Edward Everett Horton (dans le rôle du père) ouvre admirablement les portes (une grande qualité chez Lubitsch), David Niven est très bien aussi en jeune premier légèrement dépassé par les événements… Et le rythme est parfait. Un Lubitsch mineur, oui, mais un vrai plaisir tout de même.

Trente minutes de sursis (The Slender Thread) – de Sydney Pollack – 1965

Posté : 21 avril, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, POLLACK Sydney | Pas de commentaires »

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Souvent évoqué comme son premier long métrage, Propriété interdite a certes établi la réputation du jeune Sydney Pollack. Mais un an plus tôt, le jeune cinéaste (tout juste 30 ans au compteur) signait ce film déjà très maîtrisé, curieusement inspiré d’un fait divers découvert dans un magazine : un étudiant, bénévole dans un centre d’appel d’urgence, a parlé au téléphone pendant une heure à une femme qui venait d’avaler un tube entier de médicaments, tentant de la localiser avant qu’il ne soit trop tard.

Pour son premier film, Pollack n’affiche pas encore le cynisme qui sera le sien quelques années plus tard. Même avec l’histoire d’une femme qui se suicide, il parvient à être positif, soulignant la force de l’entraide et de la compréhension, à travers la relation entre cette femme (Anne Bancroft) et son interlocuteur (Sidney Poitier), qui refuse d’être indifférent à son sort.

Le film est raconté en temps réel, cette heure de discussion étant « allongée » de nombreux flash-backs qui éclairent peu à peu les raisons de se suicide. Ces flash-backs sont assez convenus, histoire plutôt banale d’un drame conjugal, qu’Anne Bancroft rend touchante sans réussir totalement à rendre palpable l’ampleur de son désespoir.

Le plus réussi, c’est le lien qui se crée entre ces deux êtres qui ne se rencontreront jamais, entre le jeune Poitier, étudiant plein de vie et d’insouciance, et cette voix sur laquelle il ne peut pas mettre un visage, mais dont il se soucie comme de son meilleur ami. Là, dans les limites strictes de cette pièce où se joue le drame à distance, Pollack fait preuve d’une vraie maîtrise, et d’un sens de la tension absolument parfait, utilisant aussi bien les changements d’angle que les regards silencieux et lourds de sens des seconds rôles (dont Telly Savalas).

Quand il sort de cette pièce, Pollack se laisse hélas aller à plusieurs tentations : celle d’être trop démonstratif (le film n’aurait-il pas été plus puissant s’il avait gardé le mystère sur cette femme ?), et celle de vouloir à tout prix être dans l’air du temps. La musique de Quincy Jones est très réussie, mais trop présente par moments. Et quelques scènes sont gâchées par un montage trop agressif. Des « erreurs de jeunesse » que Pollack ne renouvellera pas.

Manchester by the sea (id.) – de Kenneth Lonergan – 2016

Posté : 20 avril, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, LONERGAN Kenneth | Pas de commentaires »

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Il y a quelques jours, j’écrivais tout le mal que je pensais de l’Oscar attribué à Leonardo Di Caprio en 2016. Eh bien son successeur a droit, lui, à toute mon admiration (il doit être heureux, ça vaut un Oscar, ça). Casey Affleck, donc, acteur constamment formidable depuis L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Robert Ford, c’était lui), un peu l’antithèse de son frangin Ben (qui l’a d’ailleurs fort bien dirigé dans Gone Baby Gone), qui réussit là l’une des compositions les plus intenses et les plus bouleversantes de ces dernières années.

Pas facile, pourtant, ce personnage qui ne se dévoile que par bribes et lentement au cours du film. Un personnage solitaire et fermé aux autres, cassant et bagarreur, incapable de se lier, incapable même de pleurer la mort d’un frère… Un type pas aimable, pas causant, pas agréable à regarder. Et il faut du temps pour pénétrer cette armure. Non pas qu’il baisse la garde, mais le réalisateur nous en livre les clés avec parcimonie, révélant peu à peu des torrents de douleur.

Manchester by the Sea est un vrai mélo, dont je ne livrerai aucune clé ici : c’est avec l’esprit vierge qu’il faut s’abandonner à cette dérive magnifique, à cet impossible retour à la vie, aux tentatives courageuses et désespérées d’être là. Pour mieux être submergé par l’émotion qui arrive par vagues (de vrais tsunamis, même), pour ne plus jamais se retirer. Et quand je dis jamais… J’écris ces lignes bien 10 jours après avoir vu le film, et l’émotion est toujours là, profondément ancrée.

Ce n’est pas quelque chose que j’écris souvent pour des films récents, mais Manchester by the Sea est un chef d’œuvre. Kenneth Lonergan réussit un pari fort : nous plonger dans l’état d’esprit de cet homme dont, au départ, on ne sait rien. Nous faire ressentir cette douloureuse langueur, et ces fulgurants accès de pure émotion, comme lors de cette rencontre entre Casey et son ex jouée par Michelle Williams, l’un des moments les plus déchirants de ces… allez, 20 dernières années.

Et puis je m’arrête là parce que rien qu’à imaginer cette scène, l’émotion revient en trombes. C’est malin tient…

Frankenstein (Mary Shelley’s Frankenstein) – de Kenneth Branagh – 1994

Posté : 19 avril, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, BRANAGH Kenneth, DE NIRO Robert, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

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Au début des années 90, Francis Coppola a entrepris un dépoussiérage des grands mythes de la littérature fantastique, d’abord avec son magnifique Dracula, puis en produisant un nouveau Frankenstein confié au Shakespearien Kenneth Branagh. Et dont j’avais gardé un bon souvenir.

Comme quoi… A le revoir, je comprends mieux pourquoi une grande partie de la publicité du film avait été basée sur le fait que, grâce à Branagh, tout le monde saurait désormais que “Frankenstein” n’est pas le monstre, mais le scientifique qui l’a créé. Oui, parce que non seulement la créature (jouée par un De Niro plutôt sobre si on oublie le maquillage) passe au second plan, mais tout le film tourne autour de ce Dr Frankenstein que Branagh interprète lui-même.

Et le film tourne littéralement autour de lui, avec d’interminables et très pompeux mouvements de caméras qui semblent littéralement faire l’amour avec l’acteur-réalisateur, les trois quarts du temps à moitié à poil. Ce Frankenstein a été mal titré : il aurait dû s’appeler Kenneth Branagh’s Frankenstein. Ou même mieux : Great Kenneth Branagh’s Frankenstein. Ou pour faire court : Great Kenneth Branagh.

Le film n’est pas juste mauvais, c’est une véritable aberration, l’œuvre d’un jeune cinéaste qui a enchaîné les succès et les signes de reconnaissance jusque là, et qui se vautre littéralement dans une sorte d’auto-admiration risible et désagréable. Cela dit, il l’est vraiment (mauvais) : Branagh semble incapable de donner un rythme ou une fluidité à son récit, accumule les décors impressionnants sans savoir comment les filmer, et réussit l’exploit de rendre la moindre de ses tirades ridicule. Une catastrophe !

Frontière chinoise (7 women) – de John Ford – 1966

Posté : 18 avril, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, FORD John | Pas de commentaires »

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Etrange année, quand même, qui a vu deux des plus grands géants du 7e Art tourner leurs derniers films : Chaplin avec La Comtesse de Hong Kong, et Ford avec ce 7 women qui en a dérouté plus d’un à sa sortie, du côté du public comme de la critique. C’est pourtant sur une pure merveille que Ford termine sa carrière, lui qui, diminué physiquement, aurait pu s’arrêter sur un échec : celui de Young Cassidy dont il quittera le tournage après deux semaines seulement.

Heureusement, il lui restait suffisamment de santé, et d’envie, pour se lancer dans un projet qui semble pourtant loin de son cinéma : l’adaptation d’une nouvelle, l’histoire d’un petit groupe de femmes blanches qui vivent isolées dans une mission en Chine, loin de leur civilisation, et entourées de dangers. Une histoire de femmes ? C’est presque une première pour Ford qui a certes souvent filmé de beaux personnages de femmes, de la Frau Bernl de Four Sons à Maureen O’Hara dans tous ses films, mais souvent un peu en retrait par rapport aux hommes.

Ici, les hommes sont quasi-absents, et le titre original lui-même revendique l’ambition du réalisateur : il n’est question que de ces femmes, de ce qu’elles sont, de ce qu’elles ont abandonné pour venir vivre dans cette région chinoise hostile dominée par un terrifiant maître de guerre. Les dangers qu’elles rencontrent – l’épidémie de peste et l’attaque des bandits – ne sont que des révélateurs de ce que ces femmes vivent.

Et quelle galerie de personnages ! Une directrice qui dissimule mal derrière son autoritarisme et sa foi ses profondes névroses (Margaret Leighton, à la fois glaçante et pathétique) ; une vieille fille qui cherche un sens à sa vie ; une femme vieillissante qui n’est là que pour avoir suivi son mari, seul homme du groupe, et qui se retrouve enceinte dans cette contrée lointaine ; une toute jeune fille pleine d’espérances (Sue Lyon, la Lolita de Kubrick) ; ou encore une femme médecin dont la liberté va bousculer cet ordre bien établi (Anne Bancroft).

Les personnages sont des femmes qui ont renoncé à la société pour d’obscures raisons, des femmes confrontées à leurs propres choix, à leurs doutes, à leurs envies inassouvies. L’image de Margaret Leighton qui observe la jeunesse affolante de Sue Lyon est aussi osée qu’émouvante : envie-t-elle simplement sa jeunesse et son avenir ? ou lutte-t-elle contre une pulsion saphique qu’elle veut à tout prix contrôler ? A chacun son interprétation, mais le trouble du personnage crée un malaise profond.

Et Ford filme ce petit monde dans de belles couleurs un peu passées, et avec une grande délicatesse, à l’image de ce gros plan fixe et magnifique sur les visages d’Anne Bancroft et Eddie Albert qui observent les flammes au loin, annonciatrices du chaos qui s’approche. Ford aurait pu faire de ce film un grand film d’aventure exotique et spectaculaire. Il privilégie constamment les personnages et son huis clos, la caméra ne s’éloignant jamais de la mission.

Pas une seule faute de goût dans ce film (bon, Woody Strode est quand même très noir pour jouer un Chinois !), jusqu’à la conclusion, dont je ne dirai rien si ce n’est qu’elle est magnifique et bouleversante. Ford clôt son dernier film de fiction sur une ultime image sublime et rageuse. Un coup de poing, un adieu à la hauteur de sa filmographie hallucinante.

La Femme à l’écharpe pailletée (The File on Thelma Jordon) – de Robert Siodmak – 1950

Posté : 17 avril, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIODMAK Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

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Robert Siodmak est décidément l’un des très grands lorsqu’il s’agit de créer une ambiance de film noir, de faire résonner mine de rien ces petits sons du destin en marche. Le cinéaste est alors au sommet : il vient de tourner le sublime Criss Cross. Pourtant, Thelma Jordon sera l’un de ses derniers films à Hollywood, avant son retour en Allemagne.

Le film n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur de ses grands chefs d’œuvre (Les Tueurs ou La Proie, aussi) : il y a un côté un peu convenu à cette enième histoire du bon gars qui se fait manipuler par la femme fatale de service pour l’aider à accomplir ses sombres desseins. Dans le rôle de la poire, Wendell Corey (qui sera le flic, pote de James Stewart, dans Fenêtre sur cour). Dans celui de la belle vénéneuse, Barbara Stanwyck offre une variation plus nuancée et plus émouvante de son rôle de vamp absolu dans Double Indemnity.

Le film n’est peut-être pas le plus surprenant de la carrière de Siodmak, mais il confirme son talent exceptionnel, en particulier lors de la première partie, qui privilégie les scènes de nuit avec un travail remarquable sur les ombres et l’obscurité. La séquence du meurtre, surtout, est un modèle de tension, admirablement construite, d’autant plus impressionnante que la suite ne cessera d’y faire référence.

Suivent de longues scènes évoquant l’enquête, puis le procès. Une construction plutôt classique, donc, mais la beauté du film tient alors aux détails, à cette attention extrême que Siodmak semble porter au travail des enquêteurs, de la police scientifique, du procureur ou des avocats. Des petits riens parfois, comme ce flic occupé à relever une empreinte de pas dans la terre, ou une rangée de chapeaux accrochée près du box des jurés. Mais ces détails inhabituels donnent un certain réalisme qui renforce la dramaturgie de l’histoire.

Et puis si on n’est pas surpris de la prestation formidable de Barbara Stanwyck, jamais décevante, celle de Wendell Corey est nettement plus inattendue. Pour une fois premier rôle, il révèle de belles nuances. Son personnage, homme marié qui ne supporte plus l’omniprésence de son beau-père, est l’une des grandes réussites du film.

Crépuscule (Sundown) – de Henry Hathaway – 1941

Posté : 16 avril, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, HATHAWAY Henry, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

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Au Kenya, pendant la seconde guerre mondiale, les officiers d’un avant-poste britannique tentent de mettre un terme à un mystérieux trafic d’armes… La participation d’Hathaway à l’effort de guerre prend les apparences d’un film d’aventure exotique. Et on ne peut pas dire que le résultat figure au panthéon du cinéma d’Hathaway.

A vrai dire, il faut attendre une bonne demi-heure et la première scène d’action pour être enfin secoué : une fusillade nocturne aussi brève qu’intense qui nous sort de cette douce torpeur pas désagréable mais pas le moins du monde excitante qui semble toucher aussi bien les personnages que les spectateurs.

Des fulgurances comme celle-ci, il y en aura deux ou trois autres : l’ombre d’une arme qui se dessine sur un mur, la silhouette d’un pendu qui apparaît soudain, et l’ultime fusillade. Et aussi une belle scène de dialogue autour d’une table entre Gene Tierney (sublime) et Bruce Cabot (excellent). Le point commun entre toutes ces scènes : l’obscurité, qui semble inspirer nettement plus Hathaway que le soleil oppressant et les grandes étendues désertes.

Car entre ces quelques très beaux moments, le film piétine, avec une intrigue jamais totalement convaincante, comme si elle n’était qu’un prétexte pour filmer les paysages et les coutumes africaines. Ce qui est probablement le cas, d’ailleurs. Sur le papier, Hathaway et son goût pour une esthétique réaliste pouvaient sembler le bon choix. Mais l’horizontalité africaine l’inspire bien moins que la verticalité urbaine.

Il est pourtant sympathique ce film, en partie grâce à une belle distribution qui comprend aussi George Sanders, Harry Carey, Joseph Calleia et Sir Cedrick Hardwick. Et puis, en dépit d’une certaine condescendance colonialiste, le film évite plutôt la caricature, et affiche un respect assez inhabituel de la vie humaine, quel que soit l’importance du personnage… et sa couleur de peau. Ce qui n’est pas si courant.

Dommage quand même que le film finisse sur une note si, comment dire, américaine : avec un sermon totalement hors sujet qui nous rappelle à nous tous pauvres pêcheurs que l’église et l’armée sont les deux bases de notre civilisation. Sans rire.

* Le DVD du film vient d’être édité chez Artus, dans une copie loin d’être impeccable, mais très acceptable au regard de la rareté du film. Aucun supplément.

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