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Archive pour mars, 2017

Echec au hold-up (Appointment with danger) – de Lewis Allen- 1951

Posté : 12 mars, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, ALLEN Lewis | Pas de commentaires »

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Il y a une idée formidable au cœur de ce thriller : faire d’une religieuse la seule personne capable d’identifier un tueur, dont l’arrestation permettrait de démanteler un gang particulièrement violent. Et même si le film ne tient pas totalement ses promesses, cette seule idée suffit à faire d’Echec au hold-up une réussite originale dans le genre.

Surtout que cette belle idée n’est pas isolée : le scénario regorge de surprises, qui rendent mémorables certaines scènes. Comme ce dialogue joliment cynique, prononcé par la maîtresse du grand méchant : « Don’t thank me. Earl was good to me, I hope he’ll kill you ». Ou comme ce méchant a priori très classique, voire stéréotypé, mais qui réussit à vraiment exister le temps d’une scène (sa dernière), lorsqu’il se livre de manière totalement inattendu sur ce fils qui lui a été enlevé par sa mère, et dont il garde religieusement des chaussures d’enfant, coulées dans le bronze…

On sent bien que, avec son sujet, le film tend vers une approche humaniste du genre, qui tombe quand même un peu à plat la plupart du temps. La faute, sans doute, à une mise en scène qui n’évite ni les lenteurs, ni les approximations. Lewis Allen n’est certes pas un immense réalisateur, mais il réussit toutefois admirablement ses scènes d’action grâce à quelques fulgurances, comme cette scène de poursuite dans une gare, admirablement tendue. Et rapide, très rapide.

Et puis il y a toujours le plaisir de retrouver Alan Ladd qui, même sans en faire beaucoup, et même avec un personnage sans grande surprise, est toujours parfait. La relation qu’il entretient avec la religieuse, dont on sent que, dans d’autres circonstances, elle aurait pu être teintée de romantisme, est l’une des grandes réussites du film.

Flight (id.) – de Robert Zemeckis – 2012

Posté : 11 mars, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, ZEMECKIS Robert | Pas de commentaires »

Flight (id.) - de Robert Zemeckis - 2012 dans 2010-2019 Flight_zpsu8sctpei

Ça commence fort : un pilote de ligne porté sur la bouteille et la cocaïne prend les commandes d’un avion qui finit par partir en couilles en plein vol. La seule solution pour éviter le crash en pleine zone urbaine : retourner l’appareil et voler sur le dos, pour enrayer la chute avant de tenter un atterrissage sur le ventre. La suite : le long combat dudit pilote contre les enquêteurs… et sa propre culpabilité.

La construction dramatique ressemble fort à celle de Sully, basé lui sur une histoire vraie. Mais Zemeckis n’est pas Eastwood. Et pour le coup, la comparaison fait bien mal à ce Flight qui, dès la toute première scène, chausse des sabots bien lourdingues. Il est bien sympathique, ce film, assez passionnant et plutôt bien ficelé. Mais tout est trop lourdement souligné, avec d’énormes ficelles et rebondissements que l’on voit venir de loin. Comme ce gros plan sur une mignonnette autour de laquelle on aurait presque l’impression de voir des signaux lumineux annonçant : « me quittez pas des yeux, finalement il va me prendre ».

Bref, on a vu des films plus délicats sur les conséquences d’un crash (Sully, justement), mais aussi sur l’alcoolisme, qui est finalement le véritable sujet du film. Zemeckis est un cinéaste supérieurement sympathique. Eh, c’est quand même à lui qu’on doit Retour vers le Futur ou Qui veut la peau de Roger Rabbit. Rien que ça, ça mérite le respect. Mais pour son retour à un cinéma en prises de vues réelles (après de longues années à expérimenter le motion capture), le sujet qu’il choisit est peut-être trop sérieux pour lui.

Reste le portrait, pas délicat mais beau tout de même, d’un salaud attachant, un alcoolique cynique interprété par un Denzel Washington très convainquant, qui suivra le même chemin que son avion : après une chute libre qui le précipite vers le sol (il s’y vautre d’ailleurs à plusieurs reprises), il finira par redresser la barre in extremis et par prendre le chemin de la rédemption (on est en Amérique, et Dieu est omniprésent, jusque dans les causes officielles d’un crash). Pas léger, non, mais efficace.

Alvarez Kelly (id.) – d’Edward Dmytryk – 1966

Posté : 10 mars, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, DMYTRYK Edward, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Dmytryk signe avec ce western au sujet original une grosse production ambitieuse, séduisante et imparfaite. Imparfaite parce que le ton est assez étrange, Dmytryk semblant ne pas réussir à faire son choix entre un drame de guerre sombre et désenchanté, et une légèreté dont il ne se dépare jamais vraiment. Il passe ainsi de séquences de combat violentes et tragiques, à une conclusion toute en humour portée par une voix off finale rigolarde.

Le film n’en est pas moins séduisant par son sujet (l’importance de fournir en nourriture les troupes au front), et surtout par son absence totale de manichéisme. Le « héros » de l’histoire, convoyeur de bétail, est ainsi un mercenaire capable de se vendre aux Nordistes comme aux Sudistes, et qui passe effectivement de l’un à l’autre sans sourciller, le film changeant alors tout simplement de point de vue.

Il y a bien des bons et des méchants dans ce western, mais pour une fois, la différence n’est pas une question de couleur d’uniforme. Rien que pour ça… Des innombrables films prenant la Guerre de Sécession comme toile de fonds, rares sont ceux qui prennent le parti… de ne pas prendre partie. Alvarez Kelly n’est ni pro-Sud, ni pro-Nord, simplement un film qui parle des hommes (et des femmes, avec deux personnages très intéressants) confrontés à leurs choix personnels en temps de guerre.

Et puis Dmytryk utilise plutôt bien les moyens conséquents qu’il a à sa disposition, et ce Cinemascope impressionnant qui nous vaut quelques moments spectaculaires mémorables, notamment dans les séquences de fuites et les scènes d’action : en particulier cette cavalcade insensée d’un troupeau de 2500 têtes qui fonce vers un pont étroit.

Rajoutez à ça deux grands acteurs, Richard Widmark et William Holden. Avec quand même une mention pour le second, dont le personnage cynique est nettement plus intéressant, une sorte de double inversée de celui qu’il tenait dans Les Cavaliers, le film de Ford auquel on pense forcément, tant Dmytryk semble s’en inspirer dans sa manière de filmer les cavaliers en marche dans ses grandes étendues.

Black Coal (Bai ri yan huo) – de Diao Yi’nan – 2014

Posté : 9 mars, 2017 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, DIAO Yi'nan | Pas de commentaires »

Black Coal (Bai ri yan huo) - de Diao Yi'nan - 2014 dans * Polars asiatiques Black%20Coal_zpswuhrewmu

Un flic dépressif devenu ex-flic alcoolique à la suite d’un bain de sang. Une série de meurtres commis sur plusieurs années. Un mystérieux assassin au patin à glace. Une douce jeune femme au lourd secret… C’est un pur film noir que signe Diao Yi’nan. Et comme dans la grande tradition hollywoodienne du genre, le film noir est à la fois le moyen d’offrir une plongée labyrinthique dans les affres des personnages, et de faire ressentir le poids social d’une époque…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette époque-là (la Chine d’il y a une dizaine d’années) ne fait pas rêver. Ni les spectateurs, ni les personnages, qui semblent se débattre sans trop y croire dans une vie sans issue heureuse. « Tu crois qu’on peut gagner dans cette vie ? » lance même l’un des flics avec le petit sourire de celui qui a compris.

Le décor lui-même est totalement sinistre : une région grise où le charbon est omniprésent, industrie qui semble faire vivre tant bien que mal, et d’une manière ou d’une autre, la moitié de la population. Un univers où les hommes gesticulent pour se donner l’illusion d’avoir un but (« Je veux faire quelque chose » explique Zhang, l’ex flic obsédé par des meurtres qui le ramènent à une ancienne enquête), et où les femmes ne font plus même mine de croire en quoi que ce soit.

Diao Yi’nan signe un film au rythme lancinant, inconfortable et fascinant. Un film dont les seules couleurs semblent venir des lumières artificielles de la ville, et où la glace semble constamment tout recouvrir. Un film aussi qui privilégie les moments en creux, le cinéaste suivant ses personnages de près, les filmant longuement dans leurs silences, en s’autorisant de grandes et audacieuses ellipses.

Mais il sait aussi, dès les premières scènes, instaurer un climat d’angoisse. Un sentiment d’oppression et de menace qu’il pousse à son paroxysme à chaque explosion de violences, où l’horreur et l’absurde se disputent la vedette. Jusqu’à un final étrange, poétique et magnifique, un « feu d’artifice en plein jour » (c’est d’ailleurs le titre en version originale) qui, sur le fil, semble annoncer la possibilité de sentiments partagés. Une infime lueur d’espoir dans cette atmosphère plombée.

La Chambre ardente – de Julien Duvivier – 1962

Posté : 8 mars, 2017 @ 8:03 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

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Jamais vraiment là où on l’attend, Duvivier signe un thriller très inspiré de l’ambiance baroque des films d’épouvante italiens de l’époque. Un château isolé, une mort mystérieuse, un cadavre qui disparaît, des nappes de brume qui semblent prendre vie, une cérémonie macabre dans une crypte mortuaire… Cette adaptation d’un roman de John Dickson Carr tient plus du film d’horreur que du polar, même si le fantastique n’est au final qu’apparence et faux semblants.

Encore que… Le film est construit sur un modèle cher à Agatha Christie : un meurtre mystérieux, et une poignée de personnages qui sont autant de suspects potentiels ayant un intérêt à voir la victime trépasser, à commencer par ses deux neveux (le survolté Claude Rich et le manipulateur Jean-Claude Brialy) qui attendent avec impatience et cynisme l’héritage du richissime tonton, un procédé dont Duvivier s’était déjà inspiré pour Marie-Octobre. Mais au milieu de ces personnages, il y a celui joué par Edith Scob, descendante d’une « sorcière » trahie et brûlée des siècles plus tôt par l’aïeul de la victime.

Voir Duvivier filmer un tel microcosme familial lourd de secrets n’a rien d’étonnant. Mais le voir flirter avec le fantastique, et mettre en scène un personnage visiblement habité par une sorte de malédiction familiale est nettement plus inattendu. L’association des deux est parfois bancale : aussi fascinant soit-il, le personnage d’Edith Scob paraît souvent un peu en décalage avec le reste du film. Mais elle contribue à l’atmosphère inquiétante et trouble du film.

Dès la séquence d’ouverture, « affrontement » de deux voitures lancées à toute vitesse sur les petites routes de la Forêt Noire, Duvivier installe une belle tension, et semble d’emblée opposer ses personnages les uns aux autres. Mais c’est quand il assume le plus ses envies de fantastique horrifique que son film est le plus réussi : lors des nombreuses scènes de nuit où il utilise tous les trucs du pur cinéma d’épouvante (l’obscurité, le vent dans les arbres, les bruits de pas dans la nuit…).

C’est le film d’un cinéaste qui aime son art, et qui profite de cette œuvre tardive pour rendre hommage à d’autres réalisateurs a priori très éloignés de son propre univers. En l’occurrence, on pense beaucoup à Mario Bava, dont le culte Masque du Démon était sorti l’année précédente. A Hitchcock aussi, à qui Duvivier emprunte la célèbre scène du verre de lait de Soupçons. Avec de telles références, pas étonnant que La Chambre ardente soit si effrayant.

Le Réveil de la Sorcière rouge (Wake of the Red Witch) – d’Edward Ludwig – 1948

Posté : 5 mars, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, LUDWIG Edward, WAYNE John | Pas de commentaires »

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Voilà une merveille de film d’aventures, un petit bijou constamment oublié dans la liste des grandes réussites du genre. Pourtant, ce Réveil de la Sorcière rouge (beau titre mystérieux, qui annonce l’importance que jouera l’épave d’un bateau) est une œuvre complexe fascinante, un film original et ambitieux marqué par de constants changements de rythmes et de tons, et dont la construction est particulièrement audacieuse, avec ce long flash-back au cœur du film qui donne au personnage de Gail Russell une aura particulière, jusque dans ses absences, faisant du film une superbe histoire d’amour tragique.

Mais c’est bien John Wayne qui porte le film sur ses épaules. Même s’il n’a pas encore cette intensité menaçante qui rendra inoubliable son personnage de La Prisonnière du Désert, il est remarquable dans le rôle de ce capitaine habité par un sombre dessein, que l’on découvre d’abord inquiétant et mystérieux. Son Capitaine Ralls, comme le Ethan Edwards du chef d’œuvre de John Ford, est un être obsessionnel, rongé par un passé douloureux qui ne sera révélé qu’au compte-goutte.

Tous les personnages sont particulièrement réussis, notamment celui du méchant (Luther Adler, grand nom du théâtre américain). Loin de toute caricature, il semble n’exister que dans la haine de celui qu’il veut détruire. A tel point qu’on le retrouve anéanti lorsqu’il apprend que son ennemi juré est probablement mort… Une vision pour le moins inattendue et curieusement émouvante, comme s’il venait de perdre son unique raison de vivre.

Entièrement au service de l’histoire, la mise en scène d’Edward Ludwig ne s’embarrasse pas de fioriture ou de recherches esthétiques. Mais elle est d’une efficacité parfaite, jusque dans les formidable séquences sous-marines, modèles du genre pourtant tournées sans grand moyen (le film est produit par la Republic, l’une des firmes de la « poverty row » d’Hollywood), mais où la tension est constamment palpable. Même avec cette pieuvre géante – en caoutchouc -, et cette épave – miniature – qui tangue, le suspense est parfaitement tenu.

Et pourtant, le film reste méconnu et mésestimé. Pas par John Wayne lui-même, qui ira jusqu’à appeller sa compagnie de production la Batjac, clin d’œil à Batjak, l’armateur du navire « La Sorcière Rouge ».

Seven (id.) – de David Fincher – 1995

Posté : 4 mars, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FINCHER David | Pas de commentaires »

Seven (id.) - de David Fincher – 1995 dans * Thrillers US (1980-…) Seven_zpsy42f3hbq

Je me souviens encore du jour où j’ai découvert Seven, lors de sa sortie en salles : j’en étais sorti avec les jambes molles, traumatisé par le choc de cette découverte. Un peu plus de vingt ans après, le film de David Fincher a été plus que pillé : son style visuel, sa manière de filmer la violence dans ses effets les plus horribles, jusqu’à sa musique et le générique du début… Seven a posé les bases de la quasi-totalité des thrillers qui ont suivi, avec à chaque fois un jeu de surenchère dans l’horreur et la violence crue.

Revoir Seven pouvait donc déboucher sur une petite déception : à l’époque, le style du film était à lui seul un choc ; aujourd’hui, l’effet de surprise est forcément émoussé. Pourtant, le deuxième long métrage de David Fincher (après le très prometteur Alien 3) se porte encore très bien. Et le constat est clair : si le style de Fincher a été maintes fois copié par des cinéastes moins talentueux que lui, ils ne sont pas bien nombreux à avoir réussi une telle alchimie entre le sujet, le décor et le style.

Devant la caméra de Fincher, la violence de ces meurtres inspirés par les sept pêchés capitaux devient une allégorie de la déshumanisation des grandes villes. Et cette ville, où on ne croise finalement personne véritablement, devient une sorte d’enfer sur terre, dont la pluie incessante (et très cinégénique) n’arrive pas à laver la pourriture ambiante.

Au milieu de cet enfer, trois personnages, guère plus : le vieux flic revenu de tout (Morgan Freeman, absolument génial), le jeune chien fou plein d’illusions (Brad Pitt, intense mais un rien cabot), et une personnification de l’innocence (Gwyneth Paltrow, désincarnée). Les autres ne sont, pour la plupart, que des silhouettes, à commencer par celle du tueur, forme abstraite que l’on découvre lors d’une poursuite à pied (et sous la pluie, donc) qui n’a rien perdu de son extraordinaire puissance.

Les meurtres, avec leur originalité macabre, ont certes un côté « catalogue » qui inspirera tout un pan douteux du cinéma américain (à commencer par l’interminable saga Saw). Mais le film reste un chef d’œuvre indépassable du genre, l’un des thrillers les plus mémorables de la décennie.

Terre de violence (Good day for a hanging) – de Nathan Juran – 1959

Posté : 3 mars, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, JURAN Nathan, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Il a mauvaise réputation, Nathan Juran. Sans crier au génie, je dois pourtant dire que les quelques films signés par lui que j’ai vu m’ont tous séduit. Et celui-ci tout particulièrement, formidable variation sur des thèmes habituels du western: le shérif faisant face à une population de plus en plus hostile, le condamné qui attend d’être pendu…

Vive à défaut d’être inventive, la mise en scène de Juran est constamment admirablement tendue. Mais c’est surtout le scénario qui offre quelques belles surprises, à commencer par le dilemme du personnage principal, shérif droit dans ses bottes qui se trouve être le seul témoin capable d’envoyer le braqueur qu’il a capturé sur la potence (c’est Robert Vaughn, dans l’un de ses premiers rôles)… et le père d’une jeune femme qui aime cet accusé depuis l’enfance.

D’accord, la fin du film facilite grandement la résolution de ce dilemme moral, n’empêche qu’il est assez inhabituel, et que Fred McMurray est parfait dans le rôle de ce grand type raide comme la justice, mais pas si insensible qu’il ne le laisse croire. Le film est d’ailleurs une jolie réflexion sur le sens du devoir, la violence, le libre-arbitre, et même la peine de mort.

Car dans Good day for a hanging, les morts comptent, et la violence laisse des traces. Ce n’est pas si courant dans le genre, mais dix ans avant Pendez-les haut et court, le film de Nathan Juran pose déjà la question de la peine de mort, avec cette scène magnifique montrant le procureur se saoulant et luttant pour rester digne malgré la culpabilité qui le ronge après qu’il a obtenu la peine de mort contre l’accusé.

* DVD dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Patrick Brion et Bertrand Tavernier (qui semble étrangement se défendre d’avoir aimé le film et de reconnaître des qualités à Nathan Juran), et une évocation de la carrière de Fred McMurray par le même Tavernier.

Ipu, condamné à vie (A Farewell to fools) – de Bogdan Dumitrescu – 2013

Posté : 2 mars, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, DUMITRESCU Bogdan | Pas de commentaires »

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Dans les derniers jours de la seconde guerre mondiale, dans une petite ville d’Europe de l’Est, un soldat allemand est assassiné par un tueur mystérieux. Les officiers annoncent que si le coupable ne se dénonce pas, les dix principaux notables de la ville seront exécutés au petit matin. Les notables en question profitent de leur dernière nuit pour tenter de convaincre l’idiot du village, un vétéran français de la Grande Guerre avec une balle dans la tête, à se dénoncer pour les sauver…

L’idiot en question, c’est Gérard Depardieu, dans l’un de ses rôles tournés lors de ses escapades vers l’Est, en Roumanie en l’occurrence. Une curiosité vue de France, mais aussi un événement qui réunit outre notre Gégé toujours national Harvey Keitel et Laura Morante, formidablement odieux en couple de notables bien sous tout rapports… et acharnés à pousser un innocent (dans tous les sens du terme) à se sacrifier pour eux.

Le film est souvent maladroit, c’est vrai. La sincérité flagrante de Bogdan Dumitrescu ne suffit pas toujours à rendre perceptible les tourments de Ipu, cet attachant idiot, ou la cruauté de cet hallucinant banquet de faux-culs, qui acceptent d’offrir au condamné une sorte de répétition grandeur nature de ses funérailles. Et Depardieu, touchant et intense, est sans doute plus convainquant lorsqu’il descend des litres d’alcool que quand il déclame des dialogues dans un anglais approximatif.

Mais il y a aussi plus de vie dans ce petit film que dans la majeure partie de la production française de ces dernières années. Visuellement, le film est tantôt bancal (comme lors de cette scène d’ouverture un peu pénible, qui appuie lourdement sur l’amitié entre le colosse simplet et un enfant aussi souriant que transparent), tantôt très séduisant avec de beaux plans qui soulignent la place de l’homme dans une nature hors du temps. Et si le début et la fin ne sont pas totalement convaincants, le film, malin et audacieux, est aussi cruel que passionnant.

Vive le sport ! (The Freshman) – de Fred C. Newmeyer et Sam Taylor (1925)

Posté : 1 mars, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LLOYD Harold, NEWMEYER Fred C., TAYLOR Sam | Pas de commentaires »

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Le génie de Harold Lloyd trouve une sorte d’apogée dans ce chef d’œuvre burlesque, entièrement basé sur ce qui fait son personnage : un mélange de naïveté désarmante et de volonté absolue, avec un charme et une maladresse irrésistible…

Cette fois, c’est en jeune étudiant qu’on le retrouve. Un étudiant un peu coupé du monde, qui passe tout son été à voir et revoir au cinéma un film racontant les aventures d’un élève très populaire. Mais quand il fait son entrée à la fac, adoptant les tics, les habitudes et la dégaine de son héros, il est bien le seul à ne pas comprendre qu’il y a un monde entre le cinéma et la réalité…

De ce décalage naissent quelques gags à mourir de rire, mais toujours teintés d’une certaine amertume : le personnage d’Harold fait constamment rire à ses dépens. Mais le bonhomme a un caractère bien trempé, une niaque à toute épreuve, qui le poussent à accepter le rôle de sac d’entraînement humain pour ses camarades de l’équipe de foot américain. Ridicule ? Pas tant que ça : car le personnage d’Harold Lloyd, au final, c’est aussi le triomphe de la volonté et de l’honnêteté intellectuelle.

Du quiproquos initial sur la scène de la fac (où Harold se débat avec un chat, avec une salle comble et avec les effets de la pesanteur dans le même temps) au match héroïque qui clôt le film, The Freshman est une succession de moments mémorables, où le rire et l’émotion sont souvent liés. Le meilleur ? La scène du bal, entièrement basée sur une idée unique et géniale : le costume d’Harold que le tailleur n’a pas eu le temps de consolider, ce dernier suivant constamment l’étudiant pour réparer ses habits en cas de nécessité. Une idée dont Lloyd tire une suite ininterrompue de gags formidables. Une merveille…

 

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