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OSS 117 : Le Caire, nid d’espion – de Michel Hazanavicus – 2006

Classé dans : * Espionnage,2000-2009,HAZANAVICUS Michel — 9 décembre, 2016 @ 8:00

OSS 117 Le Caire nid d'espion

Le point de départ de cet OSS 117 pourrait ressembler à celui de The Artist, et pas seulement parce que Michel Hazanavicus y dirige déjà Jean Dujardin et Bérénice Béjo : comme il se mettra dans la peau d’un réalisateur du muet, le cinéaste se glisse ici dans celle d’un réalisateur de films d’aventures des années 50/60. 60 plutôt même, l’époque où le cinéma français surfe (à sa manière) sur le succès de James Bond.

La grande différence est que ici, Hazanavicus ne se contente pas de faire un film comme il l’aurait fait plusieurs décennies plus tôt : il se positionne quelque part entre le pastiche et la parodie, citant de nombreux films de l’époque (des OSS 117 d’Hunnebelle à Quand les aigles attaquent avec Eastwood), avec un humour décalé bien d’aujourd’hui, qui évite constamment le gros rire et se situe toujours juste à côté de là où on l’attend…

Mais au confort du pur gag, Hazanavicus préfère un décalage plus audacieux, et plus déstabilisant. Alors on rit de bon cœur devant les airs ahuris de Jean Dujardin, et quelques répliques déjà cultes (« j’aime me beurrer la biscotte »). La formule séduit, même si la mécanique, pour le coup, tourne un peu en rond au bout d’une heure.

Mais Hazanavicus se permet toutes les folies, avec une liberté totale : une scène clé de l’intrigue qui se transforme en un morceau de comédie musicale (« Bambino »), un duel de pensées pseudo-philosophiques venus de nulle part (devant l’air totalement crétin de François Damiens, à mourir de rire), un duel à coups de poulets vivants, ou les running gags autour d’une série d’intermèdes autour d’un espion insupportable qui épie et commente le moindre fait et geste du Français, ou de celui qui n’arrive pas à retenir le mot de passe…

Mais si le film est aussi enthousiasmant, c’est aussi parce qu’Hazanavicus a trouvé avec Dujardin son interprète idéal. Un véritable personnage de dessin animé, capable de passer des postures héroïque à la James Bond, à une tête d’abruti fini. Il faut voir ses regards concupiscents devant une femme en tenue légère, ou son sourire de gamin lorsqu’il joue avec la lumière qui réveille les poulets.

Le plus drôle, c’est la suffisance de Hubert Bonnisseur de la Bath, agent secret propulsé spécialiste du monde arabe (« Allez voir l’Imam. – Lee qui ? »), sa formidable inculture (ah, cette scène où il gueule après le muezzin qui le réveille !), et l’arrogance du représentant de la grande France coloniale (« C’est René Coty, il sera ton ami »). La scène où, bien aidé par la Chicha qu’il a fumée, il s’autorise quelques confidences bien personnelles sur cette culture et cette religion « pas très sérieuse » et « sans avenir » est un sommet de dérision. Qu’il conclue avec un magnifique « Il s’agirait de grandir… »

* Voir aussi la suite, encore plus réjouissante, OSS 117 Rio ne répond plus.

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