Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour novembre, 2016

Marie-Octobre – de Julien Duvivier – 1959

Posté : 20 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DARRIEUX Danielle, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Marie-Octobre

Serait-ce le casting de la décennie, pour le cinéma français ? Lino Ventura, Paul Meurisse, Bernard Blier, Paul Frankeur, Serge Reggianni, Robert Dalban, Danielle Darrieux… Difficile de faire mieux, quand même. Tout ce beau monde aurait pu s’étouffer, mais nom. Duvivier, qui connaîtra son dernier gros succès avec ce film, réserve à chacun son moment de gloire, qui permet à tout le monde d’exister et de composer une bien belle galerie de personnages.

C’est un peu le principe du Cluedo : les anciens membres d’un réseau de résistance se retrouvent quinze ans après la guerre, dans une maison où l’un des leurs est mort, victime d’une trahison. Mais qui a trahi ? L’âme du réseau, l’unique femme que beaucoup convoitaient, est convaincue que le traître est parmi eux. Tour à tour, les soupçons se portent sur les uns et les autres.

Pas de politique dans le propos, ces enjeux sont vite éclipsés. D’ailleurs, il s’agit d’anciens résistants, mais le contexte aurait pu être tout autre sans que cela change grand-chose au ton. Duvivier privilégie en effet le film de mœurs, l’affrontement psychologique, et la peinture d’une humanité qui peut être cruelle…

Il y a une tension exceptionnelle dans ce beau film d’atmosphère, dont le rythme ne baisse jamais jusqu’à la révélation finale, terrible, qui renvoie chacun à ses propres démons et plonge les personnages, et le spectateur, dans un silence lourd. Et si le noir n’a pas la profondeur des meilleurs films d’avant-guerre de Duvivier, sa mise en scène est d’une efficacité et d’une inventivité constantes. Pas facile d’éviter le piège du théâtre filmé dans ce huis-clos oppressant, mais Duvivier filme le groupe en se renouvelant à chaque plan, et en faisant exister chacun.

Dans ce passionnant jeu de massacre, mention spéciale à Blier (un magnifique “monsieur tout le monde”), Frankeur (qui apporte une touche d’humour dans la noirceur du propos), Dalban (enfin un rôle consistant pour lui), Reggianni (superbement pathétique), et à la formidable Danielle Darrieux, présence magnétique et trouble qui semble constamment au cœur de l’image.

Serpico (id.) – de Sidney Lumet – 1973

Posté : 19 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, LUMET Sidney, PACINO Al | Pas de commentaires »

Serpico

Inspiré d’une histoire authentique, Serpico n’est pas à proprement parler un film policier. Pas de véritable intrigue, pas même de grands méchants si ce n’est le système policier et judiciaire lui-même, gangrené par la corruption et la violence. Le film de Lumet est un pamphlet d’une grande puissance dénonçant une société où tout ou presque semble totalement pourri.

Surtout, c’est le portrait d’un flic obsédé par l’envie de bien faire. Pas un chevalier blanc, ni un héros décidé à faire le ménage, mais un simple flic écœuré par la corruption qui l’entoure. Il n’a aucune envie de combattre la corruption, ni même de dénoncer les ordures qui l’entourent au quotidien. Mais il ne demande qu’à faire son boulot à la manière qu’il croit juste.

Ce personnage, auquel Al Pacino apporte une intensité hallucinante, est devenu une sorte de mythe. Un repère en tout cas, dans l’histoire du polar américain, qui donnera lieu à des tas de dérivés dans les décennies qui suivent, mais rarement avec cette radicalité là. La plongée de Pacino dans la violence de ce New York d’avant les années 80 n’a jamais rien d’héroïque. Mais c’est aussi une plongée en obsession, glaçante et sans retour.

Pacino, habité, est absolument formidable. Pas encore cabot comme il le deviendra trop souvent plus tard, il trouve l’un de ses très grands rôles, un an après Le Parrain (et vingt ans avant L’Impasse, dont la scène d’ouverture ressemblera étrangement à celle de Serpico).

Tout n’est pas parfait dans Serpico. La musique, étonnante, est ainsi omniprésente et finit par agacer. Mais Lumet change pour de bon l’image du polar new-yorkais, qui ne sera jamais plus vraiment le même.

L’Attaque de la malle poste (Rawhide) – de Henry Hathaway – 1951

Posté : 18 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, HATHAWAY Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Attaque de la malle poste

Très attiré par le huis-clos, Hathaway, en cette année 1951 : avec l’exemplaire 14 heures, dont l’action tourne essentiellement autour de la façade d’un immeuble, c’est avec le western que le cinéaste nous plonge dans un lieu confiné et étouffant. Et au passage, il signe une date dans l’histoire du genre : un chef d’œuvre oppressant dont la tension ne retombe pas une seconde.

Les premières images montrant une diligence chevaucher à travers de grandes étendues désertes sont trompeuses. La voix off qui salue le travail hallucinant de ces ancêtres de nos facteurs aussi. Car lorsque la caméra se pose sur l’un des relais perdus au milieu de nulle part où les chevaux sont changés, et où les passagers se reposent quelques instants avant de repartir, elle (la caméra) ne repart plus. Jusqu’au mot fin.

Toute l’action se déroule dans l’enceinte de ce relais quasi-désert où un microcosme se crée devant nos yeux. Deux hommes solitaires d’abord, dans la grande tradition du genre : le vieux de la vieille responsable du relais, et le petit jeune qu’il doit former (ce qui passe par une scène irrésistible où il désespère de le voir se laver et se raser chaque jour), interprété par Tyrone Power, l’incontournable interprète d’Hathaway.

Et puis une femme et son bébé, obligés de rester sur place. Et puis une bande de bandits qui vont semer la terreur… et mettre un terme étonnant à tout semblant d’action. Car désormais, jusqu’à la toute dernière partie du film, c’est la peur qui domine, et l’immobilisme forcé de ceux qui devraient être les héros, et qui passent un long moment à creuser dans le mur, action anti-spectaculaire au possible, et qui plus est vouée à l’échec.

Rien ne se passe, ou presque, mais quelle tension ! Au sommet de son art, Hathaway maîtrise parfaitement le temps et l’espace, dilatant le premier pour mieux rendre le second inquiétant. Cela donne quelques scènes remarquables, comme cette longue nuit où chacun attend en silence, et ces plans magnifiques de l’un des bandits guettant dehors, la maison se découpant derrière lui dans l’obscurité, images inquiétantes et d’une beauté étourdissante.

Avec style et élégance, avec discrétion et efficacité, Hathaway signe un modèle de western… qui ne ressemble à aucun autre. Une petite merveille absolument passionnante.

Total Recall (id.) – de Paul Verhoeven – 1990

Posté : 17 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Total Recall 1990

Qu’est-ce qui arrive quand on confie le plus gros budget de l’année à un cinéaste venu d’Europe ? Avec Total Recall, Paul Verhoeven signe une date dans l’histoire de la science fiction, et dynamite le cinéma d’action hollywoodien, en l’abordant avec une ironie et un second degré pour le moins inhabituel dans la tradition du blockbuster. Une ironie dont Schwarzenegger (avec Last Action Hero, peu après) deviendra le principal héraut.

On l’avait déjà vu avec RoboCop, tourné juste avant : Verhoeven n’est pas un réalisateur de film d’action comme les autres. Tout en remplissant le cahier des charges des producteurs (et il le fait mieux que personne), l’hyperviolence qu’il met en scène et le cynisme de ses personnages disent beaucoup sur la vision qu’a le cinéaste de la société de l’entertainment.

On retrouve dans Total Recall le même ton que dans son précédent film, une violence graphique très crue et parfois gore, une omniprésence des écrans et de la publicité « qui conditionne », mais aussi un côté volontairement too much, qui flirte par moments avec la parodie. Une logique que Verhoeven poussera à son paroxysme avec son autre film de SF, Starship Troopers, et qui prend ici une dimension particulière.

On peut se demander si Verhoeven prend au sérieux la violence qu’il filme. Dans Total Recall, cette question devient le sujet même du film : Quaid, l’ouvrier qui découvre en se rendant chez un « marchand de souvenir » qu’on lui a effacé la mémoire, a-t-il vraiment été un agent secret ? Ou tout ce qui lui arrive n’est-il qu’une vision de son esprit abîmé ?

Le doute est constamment là. Et plus que la vision de l’avenir, qui a pris un sacré coup de vieux avec ses écrans d’un autre temps et ses voitures aux lignes très 80s (Minority Report, autre adaptation de Philip K. Dick, sera nettement plus clairvoyant), c’est ce doute qui fait le poids du film et le rend si troublant. Un trouble dont s’amuse constamment Verhoeven, et qui valent à Schwarzenegger quelques répliques mémorables : « Mais si je suis pas moi, bordel, qui je suis ? »

Il y a Sharon Stone aussi, révélation du film, dont le cinéaste fera une star deux ans plus tard avec Basic Instinct. N’est-elle pas une garce trop parfaite pour être réelle ? Schwarzenegger ne décide-t-il pas de tourner définitivement le dos à la réalité lorsqu’il lui lance le mythique « Considère ça comme un divorce ? »

Ironique et rigolard, Verhoeven sème le trouble et s’amuse, en faisant dire dès les premières minutes à ce commercial qui s’apprête à vendre à Schwarzie ses souvenirs d’agent secret en voyage sur Mars : « Avant que tout soit fini, vous aurez emballé la fille, tué les méchants et sauvé la planète »

Du plomb pour l’inspecteur (Pushover) – de Richard Quine – 1954

Posté : 16 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, QUINE Richard | Pas de commentaires »

Du plomb pour l'inspecteur

Fred McMurray, enquêteur qui tombe amoureux de la femme qu’il ne faut pas… Le rôle rappelle furieusement celui qu’il tenait dans Assurance sur la mort, tout juste dix ans plus tôt. Il a d’ailleurs le même regard, cette obsession dont on sait qu’elle le conduit vers une issue qui lui sera fatale. Pourtant, le ton est assez radicalement différent. Dix ans après, McMurray s’est un peu empâté, et paraît plus fatigué. Cet aspect physique change tout : car on sent ce flic là au bout du rouleau, comme s’il n’attendait rien d’autre que d’être délivré du fardeau qu’il porte.

Cette impression donne au film une atmosphère atypique. D’ailleurs, si Richard Quine joue bel et bien avec les règles du film noir, c’est pour mieux les détourner. Comme dans cette première rencontre avec Kim Novak, dans un bar. Les deux personnages n’ont pas grand-chose à se dire, mais derrière leurs silences et leur apparente nonchalance, on sent immédiatement la tension sexuelle.

Et puis Kim Novak n’est pas à proprement parler une femme fatale. Loin, en tout cas, de la Barbara Stanwyck du film de Wilder. Fatale, elle le sera, bien sûr, mais à cause de l’obsession qu’elle fait naître malgré elle chez McMurray. Et entre eux, c’est un pur amour qui naît, du genre qui rachète tout et donne un sens à la vie. Au coeur de cette tragédie en marche, cet amour crée ainsi des petits cocons d’intimité assez magnifiques.

Beaux aussi : les sentiments de « l’autre » flic, qui tombe amoureux d’une femme en l’observant à travers ses jumelles, lors de ses interminables nuits de planques. Pour lui, plus jeune et plus pur, on sent qu’il y a encore un avenir. Une sorte de double de McMurray qui n’aurait pas encore laissé passer sa chance…

* DVD chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées par Bertrand Tavernier et François Guérif.

La Ronde du crime (The Lineup) – de Don Siegel – 1958

Posté : 15 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

La ronde du Crime

Adapté d’une série télé à succès (dont Siegel avait lui-même réalisé le pilote), The Lineup est un polar dont la sécheresse et la violence annonce, avec des années d’avance, les thrillers hollywoodiens des années 60 et 70, dont Siegel sera d’ailleurs lui-même l’un des grands spécialistes.

La scène pré-générique, est en elle même un petit chef d’oeuvre, une ouverture brutale et coup de poing qui fait entrer de manière magistrale la violence dans un décor quotidien où on ne l’attend pas. Jusqu’à la fin, sèche et muette, Siegel gardera la même ligne : une manière unique et glaçante de filmer la violence et ses conséquences, comme dans cette scène hallucinante où Eli Wallach, tueur psychopathe, explose littéralement face à une mère et à son enfant, terrorisées.

Si le film est à ce point marquant, c’est d’ailleurs en partie grâce au « couple » de gangsters que forment Wallach (fabuleux, avec cette folie dangereuse constamment au coin de l’œil) et Robert Keith, glaçant en « mentor » qui lui apprend les règles de la grammaire comme celles du bon tueur (« Si tu veux être gangster, il faut éliminer la malhonnêteté »), et « collectionne » les dernières paroles prononcées par les victimes de son complice avant de passer de vie à trépas.

Aux antipodes de ce « couple » hallucinant, le duo de flics (Warner Anderson et Emile Meyer) est filmé avec un réalisme quasi-documentaire qui rappelle la série originale, mais aussi les polars des années 40 d’Anthony Mann ou Richard Fleischer. Des policiers loin des stéréotypes hollywoodiens, toujours très posés et respectant constamment les règles. Moins spectaculaires que les tueurs qu’ils traquent, mais tout aussi passionnants.

Une traque qui se déroule à travers San Francisco. Et la ville joue un rôle important, comme ce sera le cas pour d’autres films de Siegel (Dirty Harry, pour ne citer que le plus connu). Il y a dans ce film une utilisation formidable des extérieurs (le rendez-vous sur le port devant un gigantesque bateau qui s’en va, la poursuite sur la bretelle d’autoroute en construction…) comme des décors intérieurs (souvent réels : les larges couloirs des services de la douane, l’aquarium, et surtout la patinoire…), qui finissent de donner au film un ton unique.

* DVD chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées par Bertrand Tavernier et François Guérif.

Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven) – de John Sturges – 1960

Posté : 14 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, STURGES John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Sept Mercenaires

Un peu fâché avec la mode dévorante des remakes, je profite de la sortie en salles des Sept Mercenaires d’Antoine Fuqua pour revoir l’original de Sturges. Et oui, je sais, ce choix est très discutable, puisque cet « original » était déjà un remake, celui d’un chef d’œuvre du film de sabre signé Kurosawa. Mais reconnaissez que cette première version westernienne a, quand même, une classe folle.

John Sturges est au sommet de son art quand il filme ce petit classique westernien, totalement jouissif. On pourrait essayer de lui retirer tout mérite, et estimer que la réussite du film tient essentiellement à son casting impeccable. Jugez plutôt : Steve McQueen, Yul Brynner, James Coburn, Charles Bronson ou Robert Vaughn côté mercenaires… Eli Wallach côté grand méchant.

Et tout ce petit monde qui cabotine joyeusement, imposant à chacun des personnages une personnalité propre inoubliable. Dès la scène du corbillard, première rencontre des deux héros McQueen et Brynner, c’est à un véritable concours de cabotinage que se livrent les deux acteurs, mais un concours réjouissant, sans jamais écraser l’autre. Et à ce petit jeu, c’est Steve McQueen qui s’impose.

Coburn aussi est formidable, incroyable en lanceur de couteau quasi-muet, à la dégaine impossible. Quant à Robert Vaughn, plus en retrait, il incarne un personnage pour le moins inattendu, fine gâchette écrasée par la peur. Bronson, lui, est un dur au cœur tendre particulièrement touchant. Et Horst Buchholz, héritier désigné de Toshiro Mifune, il parvient à s’imposer en face d’aînés quand même très impressionnants.

Mais ne retenir que les acteurs serait injuste pour le réalisateur. Car Sturges sait donner une belle atmosphère à son film. Et il se révèle aussi à l’aise dans l’extraordinaire affrontement final, que dans la première demi-heure quasiment dénuée de toute action, où il ose instaurer un faux rythme pour mieux présenter ses personnages.

De la même manière, il y a du fond dans ce film d’action réjouissant. Une manière de filmer la violence pour mieux la dénoncer. Une manière aussi de mettre en valeur la vacuité d’une vie consacrée à la violence : face à l’arrogance de la jeunesse, Sturges met en scène des hommes murs confrontés à leur propre mal-être, sans rêve et sans avenir. Et c’est beau.

Allez coucher ailleurs (I was a male war bride) – de Howard Hawks – 1949

Posté : 13 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, HAWKS Howard | Pas de commentaires »

Allez coucher ailleurs

On ne dira sans doute jamais assez ce que la comédie américaine doit à Cary Grant. Comme John Wayne avec le western, ou Humphrey Bogart avec le film noir, Grant a en quelque sorte donné ses lettres de noblesse au genre. Il a en tout cas imposé un style qui lui est propre, et qui fait qu’une comédie avec Cary Grant est un genre en soi, avec son propre univers, son propre rythme.

Et dans ce genre, les films que Grant a tourné avec Howard Hawks constituent un ensemble d’une cohérence rare. Cette comédie-ci n’est pas la plus connue du duo. Elle l’est beaucoup moins que les trois classiques qu’ils ont tournés ensemble entre 1938 et 1940 (L’Impossible monsieur bébé, Seuls les anges ont des ailes et La Dame du Vendredi), ou que celui qu’ils tourneront en 1952 (Chérie, je me sens rajeunir). Elle n’en est pas moins formidable.

On peut parler d’une « comédie du remariage », thème très en vogue à l’époque. Ou même de slapstick. Mais c’est surtout une comédie irrésistible et souvent noire estampillée Hawks/Grant. Un petit bonheur qui oscille entre burlesque et critique grinçante de l’administration et de l’armée américaines.

L’étrange titre original vient du clou du film : à la fin de la seconde guerre mondiale, les particularités administratives obligent un officier français (c’est Grant, oui, qu’on a évidemment du mal à imaginer en frenchy, mais qu’importe) à se déguiser en femme pour quitter l’Allemagne et accompagner sa jeune épouse américaine (Ann Sheridan, pétillante) aux Etats-Unis.

Cette séquence n’arrive toutefois qu’après une longue déambulation dans l’Allemagne administrée par les alliés, pleine de rebondissements souvent très drôles, mais entièrement centrée sur les rapports passionnels entre Ann Sheridan et Cary Grant. Le schéma est connu : ils ne se supportent pas, ils sont obligés de cohabiter, ils tombent amoureux… Mais le ton que Hawks donne à cette histoire d’amour est unique.

Les rapports habituels hommes-femmes sont ainsi constamment inversés, avec un Cary Grant qui accepte de bon gré une passivité inattendue. C’est drôle, c’est élégant, c’est fin et c’est parfois fou. De cette folie qui permet de passer d’un pur gag à un sommet de romantisme en quelques secondes, à l’image de cette course folle en side-car qui se termine au cœur d’une meule de foin. Irrésistible.

* DVD dans la collection Hollywood Legends (Fox, ESC éditions), avec une analyse par le critique Jacky Goldberg.

Le Corbeau – de Henri-Georges Clouzot – 1943

Posté : 12 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CLOUZOT Henri-Georges | Pas de commentaires »

Le Corbeau

« Où est l’ombre ? Où est la lumière? » Quelle scène ! Quels dialogues ! Et quels acteurs ! Un Pierre Larquey exceptionnel, un Pierre Fresnay formidable… Personne n’est vraiment tout à fait ce qu’il semble être dans ce chef d’oeuvre intemporel, peut-être le meilleur film de la fameuse Continental, la firme dirigée par les Allemands durant l’occupation.

Avoir réalisé ce film, portrait d’une petite commune française rongée par la suspicion et la délation, a d’ailleurs valu bien des ennuis à Clouzot durant l’épuration. Pourtant, ce qui reste le plus hallucinant, c’est que les Allemands aient laissé faire le cinéaste : Le Corbeau est une dénonciation cruelle et sans détour des dénonciations anonymes et de la mesquinerie de cette France occupée.

En tout cas, les ennuis de Clouzot disent beaucoup du climat de la libération, et d’une certaine mauvaise conscience que le film pointe d’ailleurs du doigt. Cette communauté confrontée au même mal (des lettres de dénonciations anonymes qui semblent devoir toucher toute la population) pourrait faire front. Mais les accusations proférées réveillent les rancœurs et la suspicion, révélant moins sur ceux qu’elles concernent que sur ceux qui les entourent.

Visuellement formidable, avec ces fameux jeux sur l’ombre et la lumière ou ses inquiétantes scènes de foules, Le Corbeau est un film d’une grande cruauté émaillé de séquences inoubliables : la fuite déchirante de Marie Corbin, la silhouette de la mère voilée de noir qui s’éloigne dans la rue, la superbe colère de Germain (Fresnay) dans le bureau des notables bien pensants…

Clouzot est aussi un très grand directeur d’acteur. Fresnay a rarement été aussi intense, Larquey est exceptionnel, Noël Roquevert est excellent et cabotine moins qu’à l’accoutumée… Les femmes ne sont pas oubliées : Ginette Leclerc est superbement touchante, femme moderne qui compense son handicap physique par une sexualité débridée (en apparence en tout cas), et qui se révèle finalement la plus humaine de tous…

A travers son personnage, et celui de Fresnay, Clouzot ose aussi une vision audacieuse et très en avance du sexe, mais aussi de l’IVG. En plus d’être un grand, un très grand film noir dur, fascinant et sans concession.

Always, pour toujours (Always) – de Steven Spielberg – 1989

Posté : 11 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Always

Un plan, fugace et magnifique : juste après la mort de Pete, sa fiancée et son meilleur ami se retrouvent pour la première fois. Pas un mot, pas une larme, juste leurs mains qui s’agrippent derrière une porte qui se referme sur leur douleur. Tout n’est pas aussi beau dans ce film méconnu et mal aimé, mais ce simple plan résume à lui seul l’immense sensibilité de Spielberg, sensibilité qui, non, n’est pas de la sensiblerie.

D’ailleurs, de ce pur mélodrame inspiré d’un petit classique de l’âge d’or d’Hollywood (Un nommé Joe de Victor Fleming), Spielberg aurait pu faire un tire-larmes dans la lignée de Ghost, autre histoire d’amour qui se prolonge après la mort, sortie (est-ce un hasard ?) quelques mois plus tard. Mais non : l’émotion est constamment contrebalancée par l’humour, le second degré et cet optimisme qui est encore la marque de Spielberg à la fin des années 80.

C’est d’ailleurs la fin d’une époque pour Spielberg, dont le cinéma deviendra bientôt beaucoup plus sombre : avec Hook, son film suivant, Always symbolise la fin d’une certaine innocence de la jeunesse. Comme Peter Pan, Pete Sandich doit lui aussi accepter d’aller de l’avant, d’accepter cette mort qui l’a privé d’une belle histoire d’amour.

Elle, c’est Holly Hunter, formidable en « vraie » femme aux allures de garçon manqué (« C’est pas la robe, c’est la manière dont tu me vois » est quand même une très jolie réplique). Lui, c’est Richard Dreyfuss, l’acteur fétiche des premières années, qui tourne justement pour la dernière fois sous la direction de Spielberg, pilote de canadair qui se brûle les ailes (littéralement) à trop jouer avec le feu (re-littéralement).

La première demi-heure est euphorisante, dominée par la présence irrésistible de John Goodman, en pleine forme dans son éternel rôle de meilleur ami rigolo, et marquée par une multitude de signes avant-coureurs de la mort : cette vision glaçante de Dreyfuss éclairé par la lumière bleutée d’un frigo ouvert, ou d’autres jeux de lumière qui semblent annoncer l’inéluctable.

La suite alterne le très beau et le moins convaincant, « l’ange » Dreyfuss devenant la conscience de celui dont on devine qu’il prendra sa place dans le cœur de sa belle (Brad Johnson, pataud et attachant). Là, Spielberg multiplie les ruptures de ton, passant du rire aux larmes, souvent avec bonheur, mais aussi en cassant parfois l’émotion, comme s’il refusait de se laisser aller au pur mélo.

Et au milieu, il y a deux scènes étonnantes et déroutantes : les apparitions de l’ange Hap, dont je ne saurais trop quoi penser si elles n’étaient habitées par la présence lumineuse d’Audrey Hepburn. Ce pourrait être kitsch et un peu ridicule. C’est juste beau et emprunt d’une douce nostalgique. Ce sera d’ailleurs la toute dernière apparition de l’actrice à l’écran.

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