Play it again, Sam

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Archive pour juillet, 2016

Lutte sans merci (13 West Street) – de Phillip Leacock – 1962

Posté : 9 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, LEACOCK Phillip | Pas de commentaires »

Lutte sans merci

Vingt ans après Tueur à gages, il a pris cher Alan Ladd, prématurément vieilli et bouffi, loin du charme animal et dangereux de ses grandes années. Sa carrière, d’ailleurs, est en plein déclin lorsqu’il tourne ce thriller qu’il produit lui-même, comme une ultime chance de retrouver les sommets. Le résultat est loin d’être à la hauteur : Lutte sans merci est un « vigilante movie » poussif et visuellement assez laid, qui manque cruellement de rythme.

La faute à un réalisateur guère inspiré, parce que le scénario, qui préfigure des tas de films à venir basés sur l’idée de l’autojustice (pas souvent formidables, du fameux Justicier dans la ville de Bronson au pénible A vif avec Jodie Foster), n’est pas si mal. Plus que l’autodéfense, c’est vraiment le traumatisme de la violence qui est au cœur du film. Et Ladd incarne parfaitement cette idée d’un homme normal et sans histoire, incapable de tourner la page après avoir été victime d’une agression gratuite et sauvage.

Un scénario qui ne joue pas la carte de la surenchère, préférant miser sur une atmosphère troublante et paranoïaque. Il y a bien un méchant, finalement plus pathétique que diabolique, mais le film met surtout en évidence les petits défauts, les mesquineries et les imperfections de chacun : les coupables, les victimes, et même la police.

Loin des clichés du superflic ou, au contraire, du policier incompétent, Rod Steiger est lui aussi remarquable. A priori, un duo Ladd-Steiger pouvait faire craindre le pire : face à Ladd le taciturne, Steiger l’exubérant aurait pu assommer le film. Il n’en est rien : inhabituellement sobre, l’acteur est absolument parfait.

Malgré tout ça, le film ennuie un peu, et laisse un goût d’inachevé. Trop polissée, trop anonyme, la mise en scène ne convainc jamais vraiment. Dommage.

* DVD dans la collection « Film noir, femme en danger » de Sidonis/Calysta, avec des présentations de Patrick Brion et François Guérif.

Les Affranchis (Goodfellas) – de Martin Scorsese – 1990

Posté : 8 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Les Affranchis

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être gangster… » En une phrase culte, prononcée sur l’image arrêtée de son visage en gros plan, Ray Liotta rentre dans la légende. Acteur de second plan, vaguement remarqué dans Jusqu’au bout du rêve et quelques autres films, Liotta dévore l’écran dès cette séquence d’ouverture hallucinante, d’une violence et d’une brutalité sauvages.

Sa carrière par la suite n’atteindra jamais de tels sommets, mais Ray Liotta est un acteur formidable. Robert De Niro est magnifique, Joe Pesci est littéralement monstrueux… Mais c’est bien Liotta qui porte sur ses épaules ce monument indépassable de Scorsese, le sommet peut-être de sa filmographie, le film dans lequel le style du cinéaste atteint son apothéose, sa forme la plus parfaite et la plus radicale.

Il est de toutes les scènes, ou presque, Liotta, incarnant avec la même puissance la jeunesse superbe et « héroïque » et l’âge mur de la déchéance de Henry Hill, personnage réel dont l’histoire a inspiré le roman de Nicholas Pileggi : le destin entre gloire et amertume d’un mafieux devenu témoin sous protection.

De cette histoire vraie, Scorsese a tiré une sorte d’opéra filmé. Du cinéma total où tout est rythme et émotion. La bande son hallucinante, le montage explosif, les longs mouvements de caméra, la voix off inoubliable (celle de Liotta)… Tout atteint la perfection dans ce film : cet inouï plan-séquence présentant les « gueules » des mafieux, cette longue série de meurtres qui semble tous participer du même mouvement, les scènes consacrées aux horribles épouses trop maquillées et trop exubérantes…

Au cœur du film, il y a ce sentiment d’appartenance qui rend ces personnages curieusement attachants. Il y a aussi, et surtout, cette atmosphère d’une rare violence parfois latente, parfois explosive. La prestation de Joe Pesci contribue évidemment à rendre cette violence si inoubliable, lui qui emprunte le couteau de cuisine de sa mère (jouée par celle de Scorsese) pour achever l’une de ses victimes ; lui qui dessoude un jeune serveur qui l’a envoyé chier.

On le sent près à exploser à n’importe quel moment. D’où l’inoubliable et étouffante séquence de « Je te fais rire ? Je te fais rire comment ?… » face à un Ray Liotta ahuri. De Niro, lui, apporte sa stature comme un contrepoint presque sage, force pas si tranquille. Un grand trio d’acteurs en état de grâce. Un immense chef d’œuvre.

Vicky Cristina Barcelona (id.) – de Woody Allen – 2008

Posté : 7 juillet, 2016 @ 8:00 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Vicky Cristina Barcelona

Woody continue son tour d’Europe avec cette nouvelle carte postale, envoyée cette fois de Catalogne. Point de meurtrier à l’horizon, cette fois : si l’Angleterre poussait le réalisateur au crime, l’Espagne réveille plutôt son âme romantique, teintée de libertinage. Mais la manière de filmer le pays reste, comme pour ceux tournés à Londres ou à Paris, clairement celle d’un Américain.

On a donc droit à une visite en règle de la capitale catalane, avec dialogue au pied de la fameuse Salamandre du parc Gaudi. Caricatural ? Un peu, sans doute, mais cette vision touristique tient aussi à la nature des personnages : deux touristes américaines (riches et artistes, bien sûr) qui viennent passer un été en Espagne. Une sorte de luxueux film de vacances, donc.

C’est, paradoxalement, la force du film : Woody filme une parenthèse. Inoubliable, certes, mais sans grande conséquence pour ces deux jeunes femmes qui repartiront à la fin de l’été et retrouveront leurs vies dans le même état qu’elles les avaient laissées en partant. Elles-mêmes, quand même, auront appris au passage quelques petites choses sur la vie et sur elles. Un été comme tant d’autres, finalement.

Pas plus d’originalité du côté des personnages. Les deux amies américaines sont aussi belles que différentes (la blonde et libre Scarlett Johansson, la brune et plus coincée Rebecca Hall), l’Espagnol qui les fait chavirer est un artiste à la sexualité éclatante (Javier Bardem, animal), et son ancienne femme est une hystérique exubérante (Penelope Cruz). De purs stéréotypes.

Mais alors, d’où vient de charme immense du film ? Des acteurs, justement ; mais aussi des décors trop beaux pour être vrais, de la lumière chaude, de ce sentiment de liberté omniprésent, et surtout de ces petits riens qui dérangent les certitudes de tous ces personnages qui se croisent, s’aiment, s’enrichissent et se bousculent. Vicky Cristina Barcelona est une petite chose sans conséquence ? C’est justement ce qui fait son charme.

Café Society (Cafe Society) – de Woody Allen – 2016

Posté : 5 juillet, 2016 @ 2:55 dans 2010-2019, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Café Society

En deux plans qui se répondent, à la toute fin du film, Woody Allen crée l’une de ces immenses émotions dont il a le secret… Mais comment fait-il, ce magicien, pour continuer à surprendre film après film, en usant depuis des décennies des thèmes et des ficelles que l’on connaît par cœur. Café Society est une sorte de mix de toute le cinéma allenien. C’est aussi une bulle de bonheur aussi réjouissante et aussi légère que Magic in the Moonlight.

Woody renoue avec plusieurs choses. Le film « historique » d’abord : on est dans les années 30, en plein âge d’or d’Hollywood. Et comme dans Coups de feu sur Broadway ou Accords et désaccords, ce voyage dans le temps se fait sur fond de création artistique (le cinéma ici, même s’il n’est qu’une toile de fonds). Et puis, comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises, le film est entièrement construit sur une voix off omnisciente qui raconte l’histoire en adoptant des points de vue différents : c’est celle de Woody Allen lui-même, qui, même s’il n’apparaît jamais à l’écran, donne un rythme si particulier au film.

Woody a aussi un don pour créer des couples inattendus. Ici, c’est Jesse Eisenberg et Kristen Stewart, dont toutes les scènes communes sont des petits moments de pur bonheur. Il offre aussi à Steve Carell le très beau rôle du tonton producteur frappé par le démon de midi. Quand on imagine que c’est Bruce Willis qui a commencé le tournage avant de se faire virer, on frémit un peu…

Les clichés ne sont pas toujours très loin. Les choix esthétiques d’abord : une image presque jaune pour Hollywood, plus bleue pour Manhattan. Et puis comme souvent chez Allen, le personnage du frère gangster est proche de la parodie et n’est jamais pris totalement au sérieux. Mais le film est un modèle de construction, un petit bijou léger, drôle et mélancolique à la fois. Du pur plaisir…

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