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Archive pour le 22 avril, 2016

Gilda (id.) – de Charles Vidor – 1946

Posté : 22 avril, 2016 @ 2:37 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, VIDOR Charles | Pas de commentaires »

Gilda

De Gilda, la postérité a gardé le langoureux « striptease » de Rita Hayworth, qui chante Put the blame on mame en robe fuseau qui épouse ses formes généreuses. C’est là qu’elle retire ses longs gants de la manière la plus sensuelle qui soit, faisant croire au spectateur conquis qu’il s’agit là de son tout dernier vêtement. Mais cette image, certes troublante, n’est pas la seule…

Quelques minutes plus tôt, c’est dans le calme d’un bar fermé, sans fard et en s’accompagnant d’une guitare qu’elle entonnait la même chanson. Là, dans une quasi-intimité, Gilda-Rita laissait entrevoir son humanité en tombant (un peu) le masque. Elle est alors tout aussi sexy, et carrément bouleversante…

Si Gilda est aussi passionnant, ce n’est pas tant pour l’histoire finalement assez classique (un homme prêt à tout pour réussir retrouve la femme qu’il a tout fait pour oublier, mariée à celui à qui il doit tout), que pour cette manière si troublante de jouer avec les stéréotypes du genre.

Rita Hayworth est une vraie femme fatale. Et Glenn Ford est pur anti-héros marqué par le destin. Les deux scènes dans lesquelles leurs personnages sont introduits enfoncent d’emblée le clou. Lui d’abord, filmé à ras du sol, jouant aux dés avec un regard fiévreux. Elle ensuite, apparaissant soudain à l’écran en faisant voler ses cheveux dans une tenue que l’on devine légère :

« Are you decent, Gilda ?
- Me ? »

Sauf que… Entre ces deux-là, la logique de l’amour-haine est poussée à son paroxysme. Leur attirance, les jeux pervers auxquels ils se livrent, sont d’une cruauté assez terrible. Chacun à son tour passe du dramatique à l’odieux, jamais raccord. Une vraie tragédie en marche.

On peut regretter la fin, que l’on devine quelque peu improvisée et imposée par les producteurs. On peut aussi se dire que le film est allé suffisamment loin dans la cruauté pour nous accorder un peu de réconfort. Quoi qu’il en soit, Charles Vidor atteint ici un état de grâce que, à ma connaissance, il n’a jamais retrouvé dans sa carrière. Tragique, érotique et glaçant, Gilda est un film formidable, largement à la hauteur de sa réputation.

* Le film fait partie de la collection de blue ray « Very Classics » éditée par Sony, dans de magnifiques éditions : un joli visuel, de passionnants bonus, et un livret de 25 pages.

 

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