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A bout portant (The Killers) – de Don Siegel – 1964

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1960-1969,SIEGEL Don — 2 avril, 2016 @ 8:00

A bout portant

Pour Don Siegel, The Killers marque en quelque sorte le début de l’âge d’or: une quinzaine d’années au cours desquelles le cinéaste s’imposera pour de bon comme un auteur à part entière, avec des polars violents au réalisme souvent presque documentaire, où la frontière entre le bien et le mal prendra des allures nettement plus troubles que dans le cinéma hollywoodien classique.

Ce nouveau départ a quelque chose d’ironique pour Siegel, qui fut pressenti en 1946 pour réaliser la première adaptation de la nouvelle d’Hemingway. Cette année-là, le réalisateur signe son premier long métrage, The Verdict. Quant à la première version de The Killers, finalement réalisée par Robert Siodmak, elle fait partie de la légende du film noir. Passer après un tel classique avait tout de la fausse bonne idée. Surtout que A bout portant s’apparente finalement moins à une nouvelle adaptation de la nouvelle que d’un remake des Tueurs, dont il reprend la trame générale.

Et pour cause : la nouvelle, un court texte de dix pages, ne racontait que le meurtre par deux tueurs d’un homme résigné à mourir, et la discussion qui s’en suit dans son entourage. Un texte génial, mais qui au cinéma se résume à une simple séquence… Le film de Siodmak s’ouvrait avec cette séquence, un enquêteur remontant ensuite le cours des événements pour comprendre qui était la victime, et ce qui a conduit à ce meurtre. Presque vingt ans plus tard, le film de Siegel reprend la même construction sous forme d’enquête avec flash-backs, avec braquage qui tourne au drame et femme fatale autour de laquelle rôde la mort. Mais la comparaison s’arrête à peu près là.

The Killers version 64 regorge d’idées géniales. Dès la première séquence de meurtre : loin du bar nocturne à la Edward Hopper de 46, Siegel ouvre le rideau sur un institut pour aveugles où tout se passe en pleine lumière. Et avec des tueurs aux antipodes des figures archétypales du premier film : Lee Marvin et Clu Galager, dans une curieuse relation maître-élève pleine de tendresse, n’ont pas d’état d’âme, pratiquant la violence avec un sadisme d’autant plus dérangeant qu’elle s’appelle souvent à des êtres en situation d’infériorité. Mais ils ont une profondeur inattendue, et des interrogations existentielles.

Pourquoi cet homme s’est-il laissé tuer au lieu de chercher à fuir ? C’est la question que se pose Charlie, le tueur vieillissant qu’incarne Lee Marvin avec une sobriété exemplaire. Et c’est peut-être la plus grande idée du film : avoir fait de cette question le moteur de l’action. Désormais, ce n’est plus un enquêteur, mais les tueurs eux-mêmes qui remontent le fil de l’histoire…

Cette histoire est celle de Johnny North (John Cassavetes, parfait), coureur automobile entraîné dans un braquage avec la belle Angie Dickinson, dont on se demande si elle est juste trop belle et trop faible ou si c’est la reine des salopes, et son riche « protecteur » Ronald Reagan, dans son dernier rôle au cinéma (son seul méchant, et quel méchant !). Mais on connaît le destin du Suédois, incarné par Burt Lancaster en 46. Celui-ci est de la même veine. Non, ce qui fascine surtout, c’est l’obsession de Lee Marvin, de ce tueur entouré par la mort et taraudé par l’idée qu’on puisse l’accepter si facilement…

Loin des cabotinages dans lesquels il est parfois tombés, Marvin a rarement été aussi intense et troublant que dans The Killers. Siegel, il est vrai, soigne particulièrement ses acteurs ici, offrant à chacun, jusqu’au plus petit second rôle, des moments mémorables. Seymour Cassel réussit ainsi à exister en une unique scène anodine et sans dialogue. Et Claude Akins surtout, trouve l’un de ses plus beaux rôles, très émouvant en mécano brut de coffrage qui fend l’armure, peut-être le seul personnage à ne jamais perdre son humanité.

Et visuellement, le film est aussi une splendeur. Il y a le rythme absolument parfait que donne Siegel, et il y a la rupture radicale avec l’esthétique néo-expressionniste du film de Siodmak, ce noir et blanc contrasté et fascinant qui tirait le film vers le mythe. Ici, la lumière est vive et les couleurs chaudes. Pas de zones d’ombres, mais des plans soudains désaxés pour annoncer la violence, une violence crue et brutale, qui n’a plus rien de romantique.

En avance sur le Nouvel Hollywood, ce noir-là va influencer plus d’un polar dans les quinze ans à venir. Malgré tout, il reste l’une des plus grandes réussites du genre, qui n’a rien perdu de sa puissance et de son pouvoir de fascination. Un chef d’œuvre, oui, qui n’a rien à envier au classique de Siodmak.

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