Play it again, Sam

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Archive pour mars, 2016

Finis Terrae – de Jean Epstein – 1928

Posté : 17 mars, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, EPSTEIN Jean, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Finis Terrae

On parle facilement de poème cinématographique à propos de ce film et des autres réalisations à venir de Jean Epstein. Mais le terme de « réalisme poétique » semble plus adapté, même si le style du cinéaste n’a rien à voir avec le genre que popularisera le tandem Carnet-Prévert quelques années plus tard. La poésie est bien là, mais au service de l’histoire. A moins que ce ne soit l’inverse.

Les expérimentations techniques d’Epstein, déjà au cœur de son cinéma depuis longtemps, sont toujours là : des jeux sur les surimpressions, les flous, la lumière… qui suggèrent l’état d’esprit des personnages. Mais Finis Terrae fait entrer le réalisateur dans son âge d’or. C’est avec ce film que son style trouve son apogée, cette manière de filmer le réel en évitant au maximum les fards habituels du cinéma, avec des plans qui soulignent constamment la beauté et la rugosité de la nature.

Pas un seul plan anodin dans ce chef d’œuvre que j’avais vu pour la première fois il y a plusieurs années, et dont des images ne m’avaient jamais quitté depuis : ces gros plans simples et dramatiques à la fois de ces pêcheurs de goémons qui, sur leur minuscule îlot rocheux, se disputent pour un couteau perdu. Montage extraordinaire qui annonce le drame qui se noue : une simple blessure à la main qui va s’infecter, et qui peut causer le pire sur ce bout de roche isolé où ces pêcheurs sont coupés du monde durant des semaines…

Des gros plans sur les gueules fascinantes de ces acteurs non professionnels, trouvés par Epstein parmi la population locale. De sublimes ralentis sur les vagues qui se brisent sur les rochers. Et ces plans hyper fabriqués où le moindre objet fait diagonale… Epstein croit en la force de ses images, et réussit à faire de son film une œuvre naturaliste au réalisme cru, autant qu’un poème visuel et une ode à la nature et à ces hommes et femmes de la mer dont on jurerait qu’il est l’un d’eux.

Pourtant, Epstein venait de découvrir cette région, dont il ne connaissait rien quelques semaines seulement avant le tournage. Il est en vacances en Bretagne, après avoir mis la dernière main à La Chute de la Maison Usher, lorsqu’il découvre la vie à Ouessant, sur cette île hors du temps. Ce sont ses habitants, leur rude mode de vie, la nature belle et inamicale, qui lui donneront l’âme de Finis Terrae, film tourné entièrement en décors naturels, dans des conditions qu’on devine compliquées.

Le résultat est l’un des très grands films muets français. Une expérience de cinéma absolument inoubliable, et unique.

• Le film figure dans le formidable coffret DVD édité chez Potemkine, regroupant de nombreux longs, courts et moyens métrages d’Epstein et beaucoup de bonus passionnants.

Comanche Station (id.) – de Budd Boetticher – 1960

Posté : 16 mars, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

Comanche Station

Des personnages secs qui paraissent monolythiques, mais qui dévoilent par moments une sensibilité inattendue, terrible. La patte Boetticher est bien là, dans cet ultime film tourné avec Randolph Scott, qui aura été son interprète idéal pour sept westerns, à l’unité remarquable.

Dans Comanche Station, Scott est exceptionnel. Dès la première séquence, impressionnante séquence quasi muette dans des étendues immenses et sublimes, sa présence fascine, figure icônique du cow-boy solitaire qui tire une jeune femme des mains d’Indiens qui l’avaient enlevée.

Une variation sur le thème de La Prisonnière du Désert ? Oui, mais c’est moins l’obsession qui intéresse Boetticher que le poids du destin. Scott se consacre certes inlassablement à sauver des femmes, dans l’espoir de retrouver la sienne disparue depuis des années. Mais son regard ne laisse guère transparaître d’espoir, pas plus que de colère d’ailleurs. Juste une bouleversante fatalité.

Tout le film est baigné par ce sentiment de fatalité, jusqu’au dénouement inattendu et touchant. Et jusque dans les personnages de « méchants » : ces deux jeunes porte-flingues qui jouent au dur mais qui pleurent leur enfance disparue lorsque le soir tombe ; et Claude Akins, second couteau habitué aux rôles de sales types sans grande profondeur, dont les derniers mots sont d’une ironie cinglante.

Derrière son dépouillement et son aridité apparents, Comanche Station est un film magnifique. L’un des sommets pour Randolph Scott et Budd Boetticher. Leur chant du cygne à tous deux, aussi. L’acteur ne tournera plus qu’un film : Coups de feu dans la Sierra de Peckinpah. Quant à Boetticher, obsédé par son désir de réaliser un film consacré au matador Carlos Arruza (qu’il mettra dix ans à terminer), il ne tournera plus qu’un autre long métrage : Qui tire le premier ?, en 1969.

* Blue ray dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Patrick Brion et Bertrand Tavernier.

American Bluff (American Hustle) – de David O. Russell – 2013

Posté : 15 mars, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DE NIRO Robert, RUSSELL David O. | Pas de commentaires »

American Bluff

David O. Russell est un cinéaste sous influences. Celles d’American Bluff sont évidentes, Les Affranchis et Ocean’s Eleven en tête. Deux références qui imposent leur marque, leur ton, leur rythme à ce film dont on s’attend d’emblée à ce qu’il aille très loin dans le noir.

Si la construction et le décor évoquent furieusement le chef d’œuvre de Scorsese, et malgré l’apparition lors d’une unique scène d’un Robert De Niro glaçant en figure de la mafia, American Bluff est curieusement dénué de toute violence physique. On sent pourtant la menace constante, mais jamais les gangsters ne lèvent le doigt sur qui que ce soit, à l’exception d’une virée punitive en voiture qu’on a du mal à prendre au sérieux.

Finalement, la seule explosion de violence vient de celui des personnages principaux qui est censé représenter la loi. J’ai nommé Bradley Cooper, acteur généralement pas bien passionnant, mais ici assez épatant en agent du FBI plus ambitieux que talentueux, jeune loup un rien ridicule que Cooper interprète avec une certaine autodérision, mais aussi avec une belle retenue.

Christian Bale est lui carrément génial en arnaqueur embarqué malgré lui dans une histoire trop ambitieuse et trop dangereuse pour lui. A la fois magnifique et pathétique. Sa première apparition laissait pourtant craindre le pire, la caméra dévoilant sa bedaine énorme et son crâne dégarni lors d’une longue séquence d’ouverture sur le thème « regarde jusqu’où je vais pour ce rôle, si j’ai pas un Oscar avec ça bah merde. » Un rien complaisant.

David O. Russell n’est pas tout à fait à la hauteur d’un Soderbergh pour instaurer une ambiance. Et surtout pas au niveau d’un Scorsese dont il se contente souvent de singer le style. Mais il est un formidable directeur d’acteurs, qui pousse ses interprètes très loins sans jamais les laisser tomber dans le cabotinage. Jeremy Renner réussit ainsi à être aussi expensif que touchant. Amy Adams est elle aussi parfaite en arnaqueuse très sûre d’elle qui bouleverse lorsque son armure se fissure. Quant à Jennifer Lawrence, elle est magnifique en paumée alcoolique et un rien idiote.

Finalement, American Bluff, film d’atmosphère au scénario particulièrement retors, est avant tout un grand film d’acteurs.

* DVD chez Metropolitan, avec en bonus une vingtaine de minutes de scènes coupées, et un making of promotionnel assez anodin.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 7 – créée par Chris Carter – 1999-2000

Posté : 14 mars, 2016 @ 2:16 dans 1990-1999, 2000-2009, ANDERSON Gillian, BOLE Cliff, BOWMAN Rob, CARTER Chris, DUCHOVNY David, FANTASTIQUE/SF, GILLIGAN Vince, LIEBERMAN Robert, MANNERS Kim, SHAPIRO Paul, TÉLÉVISION, WATKINS Michael, WRIGHT Thomas J., X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 7

Après trois saisons au sommet, la série arrive à la fin d’un cycle. Et pas seulement à cause du départ annoncé de David Duchovny, dont c’est la dernière saison à temps plein. La mythologie primitive est enterrée depuis une saison déjà, mais Carter semble patauger dans sa volonté de la renouveler.

Pour preuve, le double-épisode inaugural La 6ème extinction (épisodes 1 et 2), pas foncièrement raté mais jamais convaincant. D’ailleurs, ce sera quasiment la seule incursion mythologique de cette saison 7. Seule exception : En ami (épisode 15), l’unique épisode écrit par William B. Davis (et réalisé par Rob Bowman), qui rend plus trouble encore son personnage de l’Homme à la Cigarette. Une réussite.

Mulder étant amené à quitter la série, il restait un enjeu dramatique de taille à régler : le mystère tenace autour de la disparition de sa sœur Samantha. Mais comment apporter une réponse aux multiples interrogations autour de cette disparition ? Comment relier tous les fils tirés dans tous les sens au fil des saisons ? Le superbe double-épisode Délivrance (épisodes 10 et 11) y réussit magnifiquement. Basé sur une idée géniale parfaitement dans l’esprit de la série, ce diptyque libérateur est l’un des plus beaux de toute la série, peut-être le plus bouleversant.

Pour le reste, cette saison 7 alterne l’excellent et les semi-réussites. Pas de gros plantages, mais quelques épisodes un peu anodins : A toute vitesse (épisode 5) et La Morsure du Mal (épisode 9) marquent une sorte de retour en arrière pour une série habituée à l’excellence. Maleeni le prodigieux (épisode 8), Chimère (épisode 16) et Nicotine (épisode 19) sont des loners honnêtes mais qui n’apportent pas grand-chose.

Quant à Maitreya (épisode 13), plongée dans le monde virtuel des jeux vidéos, c’est sans doute le plus faiblard de cette saison, malgré une vraie originalité et quelques beaux moments (l’arrivée de Scully en héroïne armée jusqu’aux dents).

Il y a toutefois quelques belles réussites comme Coup du sort (épisode 14) ou Appétit Monstre (épisode 3), premier « monstre de la semaine » de la saison, qui relègue Scully et Mulder au rang de faire-valoir. Ou Peur bleue (épisode 12), monstre de la semaine très réussi en soi, épisode filmé par les caméras d’une télé-réalité, procédé audacieux et parfaitement réussi.

Quelques épisodes décalés aussi : le tendre et étonnant Chance (épisode 6), le complètement fou Doubles (épisode 20) ou le régressif Je souhaite (épisode 21). Mais le plus étonnant, le plus radical, et le plus drôle de tous, c’est Hollywood (épisode 18), délire quasi-parodique hilarant et réjouissant écrit et réalisé par David Duchovny.

Gillian Anderson aussi écrit et réalise un épisode, mais nettement moins drôle que son comparse : Existences (épisode 17), très belle évocation du temps qui passe et de ce que l’on laisse derrière soi…

Suite du mythique Fétichiste (saison 2), Orison (épisode 7) marque le retour de Donnie Pfaster est glaçant, mais n’apporte pas grand-chose à ce personnage imaginé par Carter, et qui lui avait donné l’idée de son autre grande série, Millénium. Série qui venait d’être annulée à laquelle une conclusion en demi-teinte est donnée ici, dans Millénium (épisode 5), avec Lance Henricksen. Un épisode un peu raté, mais qui se termine par un bien joli baiser entre Scully et Mulder… pour le passage à l’an 2000.

La relation entre nos deux agents préférés se fait d’ailleurs de plus en plus centrale, tout au long de cette saison. Quasiment pas un épisode sans un regard, un geste, ou quelque chose qui souligne a beauté des sentiments entre ces deux-là. Jusqu’au final déchirant, Requiem (épisode 22), qui renoue curieusement avec les lieux et les personnages du tout premier épisode de la saison 1.

La boucle est bouclée, une époque s’achève, une autre s’annonce…

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10 et la saison 11.

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