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Archive pour février, 2016

L’Antre de la folie (In the mouth of madness) – de John Carpenter – 1995

Posté : 2 février, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Antre de la folie

Le détective d’une agence d’assurance enquête sur la disparition d’un auteur très populaire de romans d’épouvante… De cette vague trame de départ, et d’un scénario écrit par Michael De Luca qu’il avait refusé à plusieurs reprises, Carpenter tire une œuvre totalement déroutante et fascinante, un pur film de terreur qui s’inscrit dans une longue tradition du genre : celle de la frontière qui disparaît entre le cauchemar et la réalité…

D’où vient alors cette impression de n’avoir jamais rien vu de comparable ? Le film est pourtant, sans doute, le plus ouvertement cinéphile de son réalisateur, qui multiplie les citations plus ou moins évidentes : le Kubrick de Shining (pour la manière de faire émerger la folie), le Dario Argento de Suspiria (pour l’antre de Sutter Cane), et même le Polanski de Chinatown pour la scène d’interrogatoire dans laquelle on découvre le personnage de Sam Neill, trop cinématographique pour être anodine. Sans doute l’une des clés de ce film à tiroirs qui ne se dévoile pas si facilement.

Carpenter ne cache pas ses multiples influences cinématographiques, mais c’est surtout du côté de la littérature d’horreur qu’il puise son inspiration : du côté de Stephen King qu’il cite à plusieurs reprises, et surtout du côté de Lovecraft, dont il illustre mieux que quiconque l’atmosphère apocalyptique. D’ailleurs, le réalisateur cite son film comme étant le troisième élément d’une espèce de « trilogie de l’apocalypse » commencée par The Thing et poursuivie avec Prince des ténèbres.

La filiation avec cette dernière merveille de l’horreur est évidente, et pas uniquement pour la place centrale tenue par l’église, d’où jaillie l’essence la plus « pure » du Mal. Avec L’Antre de la folie, Carpenter prolonge les mêmes thématiques, le même esprit paranoïaque et la même approche de l’horreur qui fait irruption dans le quotidien. Mais il va plus loin, y mêlant une réflexion sur la création, sur la responsabilité de l’artiste, et sur la frontière parfois ténue entre la fiction et la réalité.

On pourrait théoriser à l’infinie sur ce que Carpenter a ou n’a pas voulu dire avec ce film. On aurait sans doute tort : L’Antre de la folie, aussi retors et riche soit-il, est avant tout l’une des formes les plus ultimes du cinéma d’épouvante. En gommant la frontière entre cauchemars et réalité, en laissant planer le doute sur la folie de son personnage (il fallait le talent de Sam Neill pour rendre ce doute si perturbant), Carpenter s’autorise toutes les audaces, toutes les folies, toutes les représentations de l’angoisse et de la peur.

Son film parle de littérature ? C’est pourtant l’œuvre la plus purement cinématographique de Carpenter qui, après une série d’échecs et de revers critiques (Les Aventures d’un homme invisible et son remake du Village des damnés), signe avec ce film dont il ne voulait pas son oeuvre la plus personnelle et la plus terrifiante au premier comme au second degré. Son chef d’œuvre.

Lincoln (id.) – de Steven Spielberg – 2012

Posté : 1 février, 2016 @ 2:45 dans 2010-2019, SPIELBERG Steven, WESTERNS | Pas de commentaires »

Lincoln

Spielberg le portait depuis des années, ce film consacré à Lincoln. Annoncé et sans cesse repoussé depuis plus de dix ans, comme d’autres projets chers à son cœur (une adaptation de Tintin, un quatrième Indiana Jones) qui, ce n’est sans doute pas un hasard, ont finalement vu le jour les uns après les autres.

Ce qui surprend en premier mieux dans cette grande reconstitution historique qu’est Lincoln, c’est à quel point elle prend soin d’éviter la surenchère spectaculaire. Spielberg a les moyens de ses ambitions, c’est une évidence. Sa reconstitution est méticuleuse et illustre parfaitement le gigantisme des enjeux. Les champs de batailles sont impressionnants, les hommes qu’on y croise, morts ou vivants, sont innombrables… Pourtant, on n’assiste pas à la moindre explosion de violence à l’écran, par le moindre coup de feu.

Spielberg a opté pour le strict point de vue de Lincoln et des politiques de Washington, et il s’y tient de bout en bout. De la guerre fratricide, de la lutte contre les horreurs de l’esclavage, on ne verra rien de plus que ceux qui, loin du front, loin des champs de coton, décident de l’avenir du pays. Un pari risqué pour un cinéaste plus habitué à l’action, mais qui fait tout le poids de ce film passionnant.

L’action se déroule début 1865, mais on jurerait que le film parle aussi de la démocratie telle qu’elle se pratique 150 ans plus tard. L’enjeu a beau être éminemment humaniste, les méthodes utilisées pourraient être celles d’un Frank Underwood, le congressman manipulateur de House of Cards. Spielberg a pour Lincoln une admiration totale, mais il n’en fait pas pour autant un chevalier blanc : plutôt un être réaliste prêt à quelques concessions avec la morale si le but à atteindre le mérite.

On s’attendait à être plongé dans la violence de la guerre de Sécession, comme on l’était dans l’horreur des plages du débarquement (Il saut sauver le soldat Ryan). On l’est par les manipulations et les tractations politiciennes… Déroutant dans un premier temps, mais finalement totalement fascinant.

Surtout, le film est le portrait d’un homme fatigué, assommé par le poids de ses décisions. Montré dans son intimité la plus simple, dans des postures vulnérables, dans des moments de relâchement, voire de communion avec ceux qui l’entourent, Lincoln est un être qui doute constamment, et qui se retrouve confronté au plus grand des dilemmes, dont Spielberg fait le thème central de son film : l’abolition de l’esclavage, ou la fin immédiate de la guerre et de ses tueries…

Lincoln est un film d’une intensité remarquable. Bavard, certes: tout repose sur la rhétorique, sur la passion, les empoignades verbales, les grandes vérités et les petits mensonges, et la voix posée et un peu tremblante d’un Daniel Day Lewis incroyable, qui impose une présence magnétique à Lincoln en en faisant pourtant le minimum. Génial, comme l’impressionnante distribution, de Sally Field à Tommy Lee Jones en passant par David Stratharin, tous magnifiques.

Aux antipodes des excès auquel il nous a habitués depuis Bill le Boucher, le grandiloquent « méchant » de Gangs of New York, Daniel Day Lewis est un Lincoln majestueux et intime, mythique et profondément humain à la fois. Mieux : il fait de son Lincoln un prolongement parfait de celui d’Henry Fonda dans Vers sa destinée, l’autre grand film lincolnien, qui racontait la jeunesse du futur président, et dont le film de Spielberg semble adopter l’ambition et le ton.

Ford et Spielberg partagent le même amour lucide et presque cynique de l’Amérique, la même foi en la démocratie, le même humanisme, et la même conscience de la fragilité de tout cela… Spielberg a mis du temps pour livrer ce Lincoln. Le temps qu’il lui fallait pour révéler sa nature de grand cinéaste classique. Son film est un chef d’œuvre.

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