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Archive pour le 4 février, 2016

Le Coup de l’escalier (Odds against tomorrow) – de Robert Wise – 1959

Posté : 4 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, RYAN Robert, WISE Robert | Pas de commentaires »

Le Coup de l'escalier

Revoir l’un après l’autre La Chevauchée des bannis et Le Coup de l’escalier est une bonne manière de réaliser une bonne fois pour toute à quel point Robert Ryan est grand. Les deux films sont tournés la même année, marquent chacun à leur manière l’histoire du genre qu’ils représentent, et révèlent l’immense talent d’un acteur qui, en toute humilité et sans jamais tirer la couverture à lui, apporte à ses personnages une profondeur et une complexité à peu près infinis.

Après le western, le film noir donc. Et plus précisément le film de braquage, genre en soi dont Robert Wise, pas encore spécialiste du film musical mais déjà grand cinéaste au rythme très musical, s’empare en le malmenant comme peu d’autres avant lui. C’est bel et bien un film de braquage, construit comme tel : la formation de l’équipe, la préparation et l’attente, et le braquage lui-même. Sauf que ce braquage, minable et foireux, se résume à une dizaine de minutes montre en main, admirablement tendues et tragiques, et que l’essentiel est ailleurs.

Dans la préparation ? Elle-même se limite à une poignée de plans vite expédiés. Wise ne s’intéresse en fait qu’à ses trois bras cassés : Ryan donc, ainsi que Ed Begley et Harry Belafonte, à l’origine du projet, qui s’offre au passage une formidable séquence chantée dans un club enfumé, absolument fascinante. C’est tout le talent de Wise, qui prend le contre-pied des grands cinéastes du noir, et qui s’autorise de longues pauses et d’innombrables digressions.

A l’action pure, Wise préfère plonger dans les affres de ses personnages, qui n’en manquent pas. Ed Begley, ancien flic défroqué qui monte un « coup » pour se venger de la bonne société plus que pour se permettre un nouveau départ. Harry Belafonte, joueur invétéré et père divorcé, qui s’est attiré les foudres d’un créancier qu’il ne peut pas payer. Et Robert Ryan, vétéran fatigué de vivre aux crochets de son amie (Shelley Winters, terriblement émouvante), qui veut retrouver son statut « d’homme ».

Trois paumés que le noir et blanc éthéré assez impressionnant renvoie à leur triste banalité. Rien d’héroïque ou d’extraordinaire chez eux, ou dans ce qui les entoure. Ça sent déjà le plan foireux à plein nez, mais on pourrait leur rêver une nouvelle chance, finalement, à ces trois minables plutôt touchants.

Sauf que le personnage de Ryan est raciste jusqu’à la racine de ses cheveux. Il n’y peut rien : il a été élevé comme ça, et ça ne l’a jamais empêché de vivre. Et sauf que, pour ceux qui l’ignorent, Harry Belafonte est noir. Le film de braquage devient alors une charge contre le racisme et ses aspects destructeurs, jusqu’à un final chargé de symbole qui cite le White Heat de Walsh, et qui s’offre une conclusion cynique et définitive : face à la mort, il n’y a plus de différence entre les blancs et les noirs.

 

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