Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour janvier, 2016

Charlot au music-hall (A night in the show) – de Charles Chaplin – 1915

Posté : 11 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot au music-hall

Titres alternatifs (VF) : Une soirée au music-hall ; Une nuit au music-hall ; Charlot au spectacle

Titre alternatif (VO) : Charlie at the show

Lorsqu’il était l’un des acteurs vedette de la troupe Karno, Chaplin avait connu un véritable triomphe en interprétant un spectateur mêlé à la foule qui perturbait des numéros de music-hall volontairement mauvais. Le spectacle s’appelait « Mumming Birds », et a contribué à attirer l’attention des producteurs américains sur ce jeune comédien britannique.

Devenu star, Chaplin s’inspire clairement de ce numéro pour cette comédie assez formidable et unique en son genre, dans laquelle il tient pour la première fois de sa carrière deux rôles différents : celui d’un dandy ivre et celui d’un spectateur sans le sou au balcon du music-hall. Pas de vagabond à l’horizon pour une fois, mais son numéro parfaitement rodé d’alcoolique.

C’est surtout son rôle de dandy (celui qu’il tenait dans « Mumming Birds ») qui marque les esprits, la distinction de sa tenue tranchant de manière irrésistible avec son comportement goujat, voire odieux : il faut le voir singer un vieil homme tremblant, allumer son cigare sur la cigarette d’une comédienne en représentation, ou dévisager les yeux écartelés une femme au physique ingrat…

Chaplin s’offre le luxe de se passer d’une quelconque intrigue : toute la comédie repose sur son génie comique, et ses réactions toujours inattendues face aux (mauvais) numéros de music-hall, aux musiciens, ou autres spectateurs. En roue libre, et plus inspiré que jamais…

Charlot marin (Shanghaied) – de Charles Chaplin – 1915

Posté : 10 janvier, 2016 @ 9:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot marin

Titre alternatif (VF) : Charlot matelot

Titres alternatifs (VO) : Charlie the sailor ; Charlie on the ocean ; Charlie Shanghaied

Encore une grande réussite de sa période Essanay pour Chaplin qui, après l’émotion qui affleurait dans The Bank, revient à la comédie pure, avec bonheur. Mené à un rythme effréné, ce court métrage s’inscrit dans la veine de nombre de ses films des premiers temps : du décor ou du milieu dans lequel évolue le personnage découle une succession de gags.

Ici, c’est donc l’univers marin qui inspire Chaplin, avec en particulier l’incontournable roulis qui nous vaut quelques beaux mouvements dignes des plus grandes cuites de Charlot. Chaplin n’hésite pas non plus à réutiliser certains gags déjà bien rodés, comme celui de la soupe dans laquelle il fait la vaisselle, qui rappelle la gamelle de son collège dans laquelle il essorait sa serpillière dans son précédent film.

Il danse, aussi, pour l’une des premières fois, avec cette espèce de marche arrière en pas chassé qu’il reprendra et améliorera dans la séquence du cabaret des Temps moderne (lors de cette fameuse chanson incompréhensible).

Mais le plus drôle dans Shanghaied, ce n’est ni le mal de mer, ni la maladresse de Charlot, mais son « oui » frénétique de la tête au capitaine du bateau où on lui demande de travailler, après que les autres marins qui ont été enrôlés de force (avec son aide d’ailleurs) ont été envoyés brutalement à fond de cale pour avoir refusé de mettre la main à la pâte.

Charlot à la banque (The Bank) – de Charles Chaplin – 1915

Posté : 10 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot à la banque

Titres alternatifs (VF) : Charlot employé de banque ; Charlot détective ; Charlot garçon de banque ; Le Garçon de banque

Titres alternatifs (VO) : Charlie at the bank ; Charlie in the bank ; Charlie, detective

Charlot transi d’amour, une fleur à la main : l’image évoque furieusement la sublime fin des Lumières de la Ville. Et ce n’est pas le seul point commun entre le chef d’œuvre de 1931 et ce court métrage, dans lequel figure l’un de ces gros plans bouleversants qui peuplent le cinéma de Chaplin : son « vagabond », qui réalise brutalement que celle qu’il aime n’éprouve pour lui que mépris…

Même si, jusqu’au rebondissement final (attendu), Chaplin nous plonge dans une sorte de fantasme enfantin d’héroïsme et d’amour conquis, il a déjà choisi son camp, celui de l’âpre conscience : malgré toute sa sensibilité, tout son courage, et tout son amour, Charlot reste un outsider, un laissé-pour-compte, un vagabond.

Ce court métrage n’est fait que de ces faux-semblants auxquels se raccroche notre héros, qui se rêve en sauveur de sa belle, et se comporte comme une personnalité. C’est ainsi que s’ouvre le film : Charlot entrant dans la banque avec son air le plus fier et sûr de lui, qui traverse le hall, toise les employés, ouvre le coffre fort… pour en sortir un seau et un balai, avant de revêtir son uniforme d’homme à tout faire.

Pour le reste, Chaplin est en terrain connu (d’ailleurs, The Bank est une variation sur le même thème que The New Janitor, tourné l’année précédente pour la Keystone). Mais pour la qualité de ses gags, basés essentiellement sur le quiproquos autour de l’amour d’Edna et sur l’oppositon avec l’autre « janitor » joué par Billy Armstrong, et pour l’apparition de l’émotion et d’une certaine cruauté des sentiments, ce court métrage est l’un des meilleurs tournés pour la Essanay.

Les Chasseurs de Salut (The Salvation Hunters) – de Josef Von Sternberg – 1925

Posté : 9 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Les Chasseurs de Salut

Il faut rentrer dans ce premier long métrage de Josef Von Sternberg, dont la toute première partie est plombée par d’innombrables cartons explicatifs qui soulignent lourdement les ambitions du cinéaste (filmer « l’idée » plutôt que « le corps »), qui en font un muet excessivement bavard…

Il faut y rentrer, parce qu’après cette ouverture assez pénible, Sternberg s’affirme très vite, déjà, comme un cinéaste exceptionnel. De cette histoire qu’on a l’impression d’avoir vue mille fois de trois laissés-pour-compte qui affrontent les difficultés de l’existence (un jeune homme, une jeune femme et un orphelin, sans avenir), le réalisateur tire un film d’une puissance sidérante, bouleversant et visuellement impressionnant.

Tourné en décors naturels, The Salvation Hunters marque par son réalisme. Par le poids du destin sur les épaules de ces paumés aussi, que Sternberg fait ressentir par la seule force de ses images. Il faut voir George Arthur et Georgia Hall, couple vaincu, errer et végéter sur un quai quasi-désert tandis qu’une pelle géante ramasse la boue au fond du port, incessant balai de ces mâchoires d’acier qui semblent écraser les personnages.

Le même poids pèse sur le couple confronté à la même absence d’avenir dans cette ville où ils se sont réfugiés, où les ombres se font menaçantes, et où ils ont trouvé la même misère, retrouvant une apathie à peine bousculée par ce gamin qui maintient tant bien que mal le rêve d’une vraie vie de famille. Filmer l’apathie : faire de son héros un jeune homme qui n’a pas même le courage d’empêcher celle qu’il aime de se tourner vers la prostitution… Avec ce film, Josef Von Sternberg bouscule les codes déjà bien installés d’Hollywood et ose aller très loin.

Tout en restant très moral, tout de même, et en faisant de ses personnages des êtres attachants, qu’on a envie de bousculer, d’encourager, d’embrasser. Il y a dans ce premier film de Sternberg la même empathie pour les laissés-pour-compte que dans le cinéma de Chaplin, auquel on pense furieusement et souvent : l’ombre du « Tramp » plane sur cette peinture de l’Amérique des oubliés, avec ces vieux bâtiments en ruines qui rappellent ceux de tant de courts métrages, cette relation avec le gamin qui évoque Le Kid, jusqu’à la dernière image, éminemment chaplinesque.

Bien sûr, le ton est très différent, et l’humour laisse ici la place à une extrême noirceur. Mais la comparaison entre le film de Sternberg et le cinéma de Chaplin est incontournable. D’ailleurs, est-ce un hasard ? la même année, Georgia Hall est aussi l’héroïne de La Ruée vers l’Or… En tout cas, ce n’est certainement pas un hasard si Chaplin s’est intéressé à lui, lui confiant aussitôt la réalisation de The Sea Gull (1926), l’un des films les plus mythiques du cinéma… que personne n’a jamais vu.

La légende veut que le producteur Chaplin, mécontent en voyant ce film qui devait relancer la carrière de sa muse Edna Purviance, ait brûlé l’unique négatif. Aujourd’hui, c’est l’un des fantasmes des cinéphiles : voir le deuxième film de Josef Von Sternberg, jugé irrémédiablement perdu. La beauté de son premier film ne fait que renforcer ce désir…

Indiana Jones et la dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade) – de Steven Spielberg – 1989

Posté : 8 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Indiana Jones et la dernière croisade

Spielberg ne l’a jamais caché : il regrette la noirceur et la violence extrême d’Indiana Jones et le Temple maudit, avec notamment le sort réservé aux enfants… Pour son troisième Indy, le cinéaste souhaitait revenir à un pur divertissement, nettement plus léger. Avec George Lucas, il revient donc aux fondamentaux du mythe, en reprenant tous les ingrédients qui avaient fait le succès des Aventuriers de l’Arche perdue.

Le plus célèbre (et improbable) des archéologues part donc une nouvelle fois à la recherche d’un symbole religieux fort: après l’Arche d’Alliance, le Saint Graal. Il renoue aussi avec son emploi d’enseignant, retrouve au passage des compagnons de la première heure (Marcus et Sallah) et des ennemis qu’il connaît bien (« Nazis, I hate these guys »).

Un prologue, un détour par l’université, et une quête qui le fait voyager à travers continents… Spielberg s’inscrit clairement dans la lignée du premier Indy, en en reprenant la construction, et l’idée d’enchaîner les morceaux de bravoure sans temps mort, en renouant avec l’esprit « serial » et en se moquant totalement de la vraisemblance.

A trop vouloir faire oublier la noirceur du précédent, le cinéaste va parfois un peu loin dans la comédie, n’évitant pas quelques gags un rien lourdingues (l’aviateur privé d’ailes qui double la voiture dans le tunnel, franchement…). Mais Spielberg réussit à faire de ce Indiana Jones 3 l’un des sommets du pop-corn movie tel qu’on le connaissait alors.

Harrison Ford a toujours une classe folle en aventurier jusqu’au-boutiste, capable d’affronter n’importe quel danger sans l’ombre d’une hésitation. Mais la grande idée du film, c’est de lui avoir donné une histoire (beau prologue, avec River Phoenix dans le rôle du jeune Indiana Jones), et surtout de le confronter à une figure paternelle qui fait ressortir les failles de ce héros absolu.

Et pas n’importe quel père : Sean Connery, absolument génial en scientifique plus doué pour la recherche que pour le rôle de père. Entre Connery et Ford, l’alchimie est totale. Dès leur première rencontre, il se passe quelque chose entre ces deux-là, de totalement irrésistible. Hilarant, avec un rien d’émotion… Il faut les voir côte à côte sur un side-car pourchassé par des Nazis, Indy effaçant un sourire devant le regard sévère de son père, devant qui cet aventurier sans peur semble redevenir un enfant.

Drôle, inventif, décoiffant, Indiana Jones et la dernière croisade n’a pas la prétention d’être autre chose que ce la saga est depuis le début : un pur divertissement, sans arrière-pensée et sans message. Juste un immense plaisir à savourer sans modération.

* Voir aussi : Les Aventuriers de l’Arche perdue, Indiana Jones et le Temple maudit, et Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal.

X-Files, le film (X-Files : Fight the future) – de Rob Bowman – 1998

Posté : 7 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, FANTASTIQUE/SF, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files, le film

C’est un cas rarissime dans l’histoire de la série télévisée : un show qui a droit à son prolongement sur grand écran alors que la production télé se poursuit. L’existence même de ce film démontre l’importance d’X-Files à la fin des années 90. Après cinq saisons, la série de Chris Carter atteint alors des sommets en terme d’audience, et de qualité. Et c’est l’ensemble de la production télévisuelle qui s’en trouve durablement bouleversée…

Reste que pour mener à bien ce film, Chris Carter et son co-scénariste (le film est écrit avec le fidèle Frank Spotnitz) ont dû résoudre un véritable casse-tête : comment insérer efficacement le long métrage entre deux saisons (le film sort dont l’été, après la fin de la saison 5 et avant le lancement de la saison 6), en contentant les nombreux fans et sans délaisser ceux qui suivent de loin, voire pas du tout, la série et sa complexe mythologie.

Le film a été tourné avant la saison 5, dont la production a dû être réduite, et dont la conclusion était donc connue dès le début. Et il faut reconnaître que Carter réussit son coup. Le créateur de la série savait qu’il ne pouvait pas faire l’impasse sur les nombreuses figures mythiques de la série, il n’en oublie donc quasiment aucune (une exception, le mystère autour de la sœur de Mulder) : la conspiration, le gouvernement secret, l’invasion extraterrestre, la paranoïa, la relation tendre et ambiguë entre Mulder et Scully (avec un presque baiser qui a fait hurler les fans au cœur tendre !), l’huile noire, les abeilles… et la plupart des personnages emblématiques qui défilent, de Skinner à l’homme à la cigarette en passant par l’homme bien manucuré (qui fait ici ses adieux au show) et les Lone Gunmen.

Le film réussit même à imposer un personnage, joué par Martin Laudan qui, par sa paranoïa et son aspect mystérieux, marquera la mythologie de son empreinte même s’il n’apparaîtra jamais dans la série télé. Celui incarné par Armin Mueller-Stahl, présenté comme le chef du consortium, n’apporte par contre pas grand-chose si ce n’est le talent de son interprète.

Pour être honnête, le long métrage n’est rien d’autre qu’un long épisode de luxe, qui renoue avec la mythologie la plus pure et doit recentrer la série sur ce qui fait sa richesse depuis ses débuts. Réalisé avec efficacité par Rob Bowman (que Carter récompense ainsi pour la qualité qu’il a largement contribué à apporter à la série), le film ne manque pas de souffle, et se permet une séquence finale effrayante et très spectaculaire qui flirte avec Alien et Blade Runner, deux références qui n’avaient jamais été de mise dans la série.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10 et la saison 11.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 5 – créée par Chris Carter – 1997-1998

Posté : 6 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, BOLE Cliff, BOWMAN Rob, CARTER Chris, COULTER Allen, DOWLER Brett, FANTASTIQUE/SF, GOODWIN R.W., GRAHAM William, HEMECKER Ralph, MANNERS Kim, MARKLE Peter, SACKHEIM Daniel, TÉLÉVISION, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 5

Étrange et passionnante saison, plus courte que d’habitude (20 épisodes seulement : le tournage du long métrage qui suivra ayant eu lieu au cours de l’été précédent), à la tonalité particulièrement sombre, et qui explore plusieurs pistes troublantes.

D’abord, la douleur grandissante de Scully, dont la maladie est au cœur du double-épisode inaugural, Le Complot et La Voie de la Vérité (épisodes 1 et 2), et que l’on retrouvera en mère déchirée dans le tragique et superbe diptyque Emily (épisodes 6 et 7), avant de la voir confrontée à sa vérité la plus intime et à sa foi dans le très intense L’Âme en peine (épisode 17).

Autant d’épisodes qui font partie des plus noirs et déchirants de la série, et qui contribuent à faire de Scully une sublime héroïne tragique, superbement interprétée par Gillian Anderson. Parfois mise au second plan par rapport à Mulder/Duchovny, cette dernière occupe décidément une place centrale dans cette saison 5, puisqu’elle est également au cœur de l’épisode écrit par Stephen King, La Poupée (épisode 10), une réussite flippante et pleine de dérision.

Quant à Mulder, il est lui confronté à une crise de foi sans précédent. Le fameux complot se densifie, et la manipulation est tellement omniprésente qu’il en vient à douter de sa propre croisade, et de l’existence des extraterrestres. Des doutes au cœur de l’excellent diptyque Patient X, épisodes mythologiques incontournables (épisodes 13 et 14).

Curieusement, comme si cette saison ne permettait pas d’aller beaucoup de l’avant (sans doute contraint aussi par la cohérence avec le film déjà en boîte, qui doit faire la jonction avec la saison 6), plusieurs épisodes plongent dans les origines des X-Files : le génial Compagnons de route (épisode 15) qui nous ramène au cœur de la Chasse aux sorcières avec un jeune William Mulder), le réjouissant Les Bandits solitaires (épisode 3) qui raconte la rencontre des Lone Gunmen et de Mulder, ou les retrouvailles de ce dernier avec une ex dans La Fin (épisode 20)… Que du bon, là-dedans.

Ajoutez à cela une poignée de « monstres de la semaine » excellents, avec une mention à Détour (épisode 4), charmante et flippante balade en forêt ; à l’émouvant L’Œil de l’esprit (épisode 16) ; et surtout au très original Folie à deux (épisode 19), monstre très classique mais construction assez géniale.

Un sans faute, donc, pour cette cinquième saison essentiellement très sombre, par moments même franchement plombante. Heureusement, la saison recèle deux pépites hilarantes : Le Shérif a les dents longues (épisode 12), incroyable et irrésistible chasse aux vampires avec un shérif grotesque ou séducteur selon le point de vue interprété par un Luke Wilson formidable ; et surtout Prométhée post-mortem (épisode 5), hommage décalé, drôle et émouvant (et en noir et blanc) à Frankenstein, un épisode génial réalisé par Chris Carter lui-même, l’un des sommets de la série.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10 et la saison 11.

38 témoins – de Lucas Belvaux – 2012

Posté : 5 janvier, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, BELVAUX Lucas | Pas de commentaires »

38 témoins

En 1964, à New York, une jeune femme de 29 ans était assassinée entre le bar où elle travaillait et son appartement du Queens. Un faits divers tristement banal, mais l’enquête démontrera que, dans les immeubles qui entourent le lieu du crime, 38 personnes ont été témoin du meurtre. 38 hommes et femmes qui ont vu la jeune femme aux prises avec son agresseur, et ont entendu ses cris pendant près d’une demi-heure, et qui n’ont rien fait. Pas même pris leur téléphone pour appeler la police.

De ce faits divers sordide, glaçant et authentique, Didier Decoin a tiré un (excellent) roman, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, publié en 2009. C’est ce roman qu’adapte librement Lucas Belvaux, transposant l’action (ou plutôt le manque d’action) dans un quartier du Havre. Ni huppé, ni laissé pour compte : un quartier « normal » peuplé de gens « normaux ».

Decoin s’intéressait aussi au destin de la jeune femme (Kitty Genovese, dans la vraie vie), et à sa rencontre avec son tueur. Belvaux, lui, débarrasse son film de tout ce qui n’est pas le vrai sujet, la véritable interrogation : pourquoi autant de personnes sont-elles restées, chacune dans leur coin, silencieuse et immobile face à l’horreur, alors qu’un simple coup de téléphone aurait pu changer une vie…

Dans son livre, Decoin avançait une hypothèse : seul, il est facile de faire l’autruche ; dans un groupe, chacun compte sur l’autre… Belvaux, lui, n’apporte pas le début d’une réponse, préférant se concentrer sur la culpabilité, l’incompréhension, le dégoût de soi… Les 38 témoins ne sont pas des monstres : c’est monsieur et madame tout le monde, qui doivent se confronter à leur propre lâcheté, d’autant plus difficile à assumer qu’ils ne la comprennent pas…

Le film de Lucas Belvaux est formidable à plusieurs titres. D’abord, le réalisateur révèle plus que jamais sa patte de cinéaste, qui ne se contente pas d’un sujet fort : dès la séquence générique, troublant ballet des porte-containers dans le port du Havre, une atmosphère se dégage du film, rare et fascinante, à peine troublée par des dialogues un peu trop écrits qui ne sonnent pas toujours très justes.

Et en éludant soigneusement toute dimension romanesque ou polaresque, Belvaux fait le bon choix. Son sujet, ce sont les troubles intérieurs qui naissent de ce manque de réaction. Yvan Attal, témoin brisé par son propre silence, qui décide de tout raconter parce qu’il à besoin d’être jugé, pas d’être compris. Sa fiancée Sophie Quinton, jeune femme quasi-parfaite qui se réfugie dans un déni coupable, prête à tout non pas pour sauver son grand amour, mais leur bonheur confortable. Et la journaliste Nicole Garcia, soudain plus tout à fait persuadée qu’exposer l’inhumanité passagère de ces témoins soit la chose la plus humaine qui soit…

Le film de Lucas Belvaux n’apporte pas de réponse. Il se contente de montrer l’individu le plus normal dans ce qu’il peut avoir de plus abject. A la fois compréhensif et glaçant, 38 témoins est un film fort. Mais sombre.

007 Spectre (Spectre) – de Sam Mendes – 2015

Posté : 4 janvier, 2016 @ 2:12 dans 2010-2019, James Bond, MENDES Sam | Pas de commentaires »

007 Spectre

Dès la première image, gros plan sur un gigantesque squelette lors de la fête des morts à Mexico, Sam Mendes annonce la couleur : son second James Bond sera marqué par les morts et les fantômes du passé. Comme, déjà, Skyfall, et comme le laissait entendre la phrase qui ouvre ce 24e 007 : « Les Morts sont vivants ».

Plus que les morts (violentes et nombreuses) qui émaillent ces nouvelles aventures, ce sont ceux d’autrefois qui habitent le film, et son personnage principal : les parents de James toujours, et son père d’adoption, disparu depuis longtemps. Avec, une nouvelle fois, le coup de la famille recomposée et du frère machiavélique : Mendes fait une sorte de fixette avec ce mythe à qui, à défaut de le réinventer totalement, il a donné une nouvelle dimension.

Entre Skyfall et ce Spectre, la filiation est évidente : des enjeux dramatiques similaires (à la fois personnels pour Bond, et pour la sécurité de la mère patrie anglaise), des très longs métrages (les deux films sont les plus longs de la saga) qui semblent construits sur la même alternance de morceaux de bravoure et de longues plages d’accalmie, et une volonté de donner une cohérence à l’ensemble du « cycle Daniel Craig » tout en perpétuant la vieille tradition bondienne.

Ce n’est donc pas une surprise si ce nouveau Bond (peut-être le dernier pour Craig, sans doute le dernier pour Mendes) réintroduit le grand méchant iconique de la saga : le fameux Blofeld qui, comme Bond lui-même dans Casino Royale, et comme Q et Moneypenny dans Skyfall, a droit à sa « genèse » dans Spectre.

Sam Mendes n’a pas inventé grand-chose pour James Bond. Pas même la gravité et l’intensité du personnage, à qui Daniel Craig avait apporté une maturité et un cynisme bienvenus depuis deux films. Mais il est, et de loin, le meilleur réalisateur attaché à la saga depuis ses débuts il y a plus de 50 ans, et son effet est flagrant sur la qualité et l’efficacité des films.

Cinéaste jusqu’alors plus habitué à filmer les rapports humains, il donne de l’épaisseur à ces figures populaires, dont il respecte les codes imposés depuis un demi-siècle tout en mettant en valeur leurs doutes et leurs fêlures. Mais il s’est révélé aussi un grand réalisateur d’action. Cette fois encore, entre l’impressionnante séquence d’ouverture qui part des toites de Mexico, se poursuit au cœur de la foule et se termine dans un hélico ; la fascinante course-poursuite en voitures dans les rues et sur les quais de Rome ; ou encore l’hallucinant affrontement entre un avion et trois voitures dans les montagnes enneigées… Mendes confirme qu’il est très à l’aise pour donner du relief et de l’intensité à des scènes d’action improbables et casse-gueules.

Ce qu’il apporte aussi, c’est cette volonté de raconter une histoire sur la durée. Jusqu’à présent, chaque Bond était à peu près indépendant, et enterrait ses morts sans qu’il en porte la trace dans ses aventures suivantes. Avec Mendes, cette époque paraît définitivement révolue. Pour la première fois d’ailleurs, le générique de début joue avec des images non pas de Spectre, mais des trois précédents films avec Craig…

Spectre, donc, s’inscrit clairement dans la lignée de Skyfall, y compris visuellement. Avec, quand même, quelques détails qui différent et qui ne sont pas si anecdotiques. En particulier les James Bond Girls. Quasi absentes du précédent (à l’exception, bien sûr, de feu M), elles font leur grand retour avec deux (quasi-) Françaises : Monica Bellucci, renversante en quinquagénaire qui s’assume lors d’une trop courte apparition, et Léa Seydoux, impressionnante rencontre du feu et de la glace…

Le sort réservé à ces deux femmes à la fois fortes et victimes, menacées et sauvées par leur rencontre avec Bond, tranche radicalement avec celui de toutes les femmes qui ont côtoyé Bond/Craig jusqu’à présent. Spectre est une sorte de film-jumeau de Skyfall. Mais trois ans après avoir affronté son enfance, Bond apparaît plus apaisé, moins tourmenté. On sent que le mythe, qui connaît son appogée, est à la croisée des chemins. Reste à savoir lequel il empruntera…

Les Hommes de la mer (The Long Voyage Home) – de John Ford – 1940

Posté : 3 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WAYNE John | Pas de commentaires »

Les Hommes de la mer

Y a-t-il, dans toute l’impressionnante filmographie de John Ford, un film plus purement fordien que ces Hommes de la mer ? Pas sûr… La camaraderie qui se noue dans un petit groupe coupé du monde, la nostalgie de l’Irlande, les hommes entre eux qui ne laissent aucune place à la femme et qui pourtant ne pensent qu’à elle… Tout le cinéma de Ford, le plus hyper romantique romantique des cinéastes ultra-viril, est là, dans son aspect le plus pur et dépouillé, dénué de tout argument romanesque.

1940 : c’est peut-être la période la plus glorieuse de Ford. En l’espace de quelques mois, il tourne La Chevauchée fantastique, Vers sa destinée, Les Raisins de la Colère ou encore Qu’elle était verte ma vallée… Quelques-uns des grands chefs d’œuvres du cinéma, quelques-uns de ses meilleurs films. Ceux qui, plastiquement, sont sans doute les plus impressionnants. Les Hommes de la mer est de ce niveau-là.

Visuellement, le moindre plan est splendide, sublime photographie où la nuit et la brume soulignent constamment la solitude de ces hommes qui partagent le même quotidien au milieu des océans, mais dont l’histoire personnelle semble murée derrière ces regards perdus… Adapté de plusieurs pièces d’Eugene O’Neill, le film se passe parfaitement d’une intrigue à proprement parler : Ford ne s’intéresse qu’à ces portraits d’hommes hantés par leur passé, qui se créent une communauté tellement imparfaite, mais tellement réconfortante.

John Wayne, déjà tête d’affiche, se contente essentiellement d’être dans le cadre, laissant le beau rôle à Ward Bond, Ian Hunter et surtout Thomas Mitchell. Mais son personnage est un fil conducteur fascinant : un jeune Suédois qui promet à chaque voyage de retourner dans sa ferme familial pour revoir sa vieille mère avant qu’elle ne meure. Il est le seul personnage à avoir encore une attache avec la terre ferme, et à travers lui, ses compagnons soulagent leur propre nostalgie du passé…

Mais c’est un univers cruel que Ford filme. Rude en pleine mer, glaçant et effrayant à terre, le quotidien de ces marins coupés du monde donne lieu à des passages bouleversants : la mort de Ward Bond, le piège dans lequel tombe le pauvre Duke, l’esprit de camaraderie et l’empathie de ces brutes tellement humaines… The Long Voyage Home (le titre original est sublime) est une œuvre fascinante et déchirante. L’un des sommets méconnus de l’œuvre fordienne.

* Largement mésestimé par rapport aux grands classiques de Ford sortis à la même période, Les Hommes de la mer est surtout mal connu, car rarement montré. Sa sortie en DVD (chez Arcadès) est l’occasion de découvrir ce chef d’œuvre, qui plus est dans d’excellentes conditions. Et en bonus, un intéressant entretien avec Julien Leonard, le rédac chef du site DVD Classik.

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