Play it again, Sam

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Archive pour le 14 août, 2015

Spartacus (id.) – de Stanley Kubrick (et Anthony Mann) – 1960

Posté : 14 août, 2015 @ 12:23 dans 1960-1969, CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, KUBRICK Stanley, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Spartacus

Kubrick a décidément marqué tous les genres qu’il a abordés. Avec Spartacus (commencé par Anthony Mann, à qui on doit les premiers plans du film), c’est tout simplement l’un des plus beaux péplums du monde qu’il réalise. Pour ne pas dire LE plus beau. Superproduction et drame intime, le film est une merveille sur tous les plans. Si le film est si réussi, c’est parce que malgré l’ampleur des moyens et la beauté fulgurante des images, c’est le couple Jean Simmons-Kirk Douglas qui est au coeur de tout, incarnation superbe de tous les rêves brisés de ces esclaves.

« Did they hurt you? » murmure Spartacus le gladiateur à la belle esclave jouée par Jean Simmons avec laquelle il a noué une relation uniquement basée sur le regard, privés de tout autre contact. Et ce simple murmure, bouleversant, équivaut à la plus déchirante des déclarations d’amour. Cette histoire d’amour est, tout au long des trois heures du film, le fil conducteur, le moteur et l’âme de Spartacus, fresque grandiose dont les moyens immenses sont toujours au service des personnages.

La mise en scène de Kubrick est exceptionnelle. Parfois minimaliste, comme cette série de plans très simples dans les cellules qui souligne l’isolement extrême et cruel des gladiateurs. Avec, aussi, une utilisation très intelligente des ellipses, qui évitent l’accumulation de scènes de combats qui n’auraient rien apporté au propos. Mais même s’il ne se complaît pas dans l’étalage de ses moyens, Kubrick assume l’aspect superproduction de son film, avec de superbes plans de foule ou encore l’impressionnante marche des légions romaines lors de la grande bataille.

Sans jeu de mots pourri, les morceaux de bravoure sont légions. Les moments de calme en sont d’autant plus forts, comme cette parenthèse bouleversante durant laquelle le personnage de Tony Curtis dit un poème aux esclaves en fuite, sublime partage des beautés et des espoirs de la vie.

Le film trouve le parfait équilibre entre ces moments de pure beauté et les scènes d’action, durant lesquelles les acteurs donnent de leur personne. Y compris la star Kirk Douglas, dont on voit bien pendant l’évasion qu’il a lui-même fait ses cascades. Aussi formidable pour sa présence physique hors norme que pour le mélange de force et de douleur qu’il apporte à son personnage. L’un des plus beaux moments du film est son regard perdu lorsque le gladiateur joué par Woody Strode (magnifique dans un rôle quasi-muet) refuse de le tuer, signant par là-même son propre arrêt de mort.

Comme dans la plupart des grosses productions de l’époque, Kubrick a droit à une distribution très prestigieuses. Souvent un cadeau empoisonné, avec la difficulté que l’on imagine pour que chacun trouve sa place. Mais le cinéaste parvient à faire exister chacun d’entre eux, et de quelle manière. Laurence Olivier, Charles Laughton (monstrueux et terriblement humain), Peter Ustinov, John Gavin (inattendu en César), Charles McCraw, John McIntire… tous trouvent ici l’un de leurs meilleurs rôles.

Spartacus est un chef d’oeuvre comme le péplum en a peu connu. Le génie de Kubrick y est pour beaucoup, l’implication totale de l’acteur et producteur Kirk Douglas aussi. Quant au scénario, signé Dalton Trumbo, il est lui aussi exceptionnel, osant « infliger » au spectateur une ultime demi-heure d’une noirceur et d’un pessimisme déchirants.

Le Mariage est pour demain (Tennessee’s Partner) – d’Allan Dwan – 1955

Posté : 14 août, 2015 @ 12:21 dans 1950-1959, DWAN Allan, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le mariage est pour demain

Dans la série des films de Dwan produits par Benedict Bogeaus, qui forment un corpus d’une remarquable cohérence, avec les couleurs chaudes de John Alton, celui-ci est l’un des plus réussis, et des plus surprenants à la fois.

Sur le papier, Tennessee’s Partner est un film d’une grande noirceur, jonché de cadavres, avec une foule transformée en meute assoiffée par l’appât du gain, une femme fatale et une amitié mise en péril. Mais Dwan filme cette histoire comme une comédie, avec une légèreté qui contraste avec la gravité du sujet. Un heureux mélange des genres qui fait du film une oeuvre si singulière.

Résultat : un western curieux et fascinant dominé par la tendre amitié liant Tennessee et Cowpoke, deux figures archétipales de western (un mineur et un joueur de poker) minées par leur solitude. Mais si les personnages sont des archétypes, l’amitié entre ces deux-là ne ressemble à aucune autre dans la longue histoire du genre, aux antipodes des liens virils habituels. John Payne (formidable et à la rigidité irrésistible) et Ronald Reagan (dans l’un de ses meilleurs rôles) apportent une pointe d’auto-dérision bienvenue.

Le film ne tombe pourtant jamais dans la pure comédie. La légèreté n’est qu’apparence, et ce film singulier frappe aussi par la violence de certaines situations, par la radicalité des sentiments, et par sa manière d’opposer l’amitié et l’amour. Pour vivre pleinement son amitié avec son « partner », Tennessee devra écarter celle que son ami devait épouser. Et se poser la question de son propre avenir avec la belle Rhonda Fleming, élément troublant de l’équation, superbe en tenancière de salon de jeux (entre autres), femme forte et amoureuse.

La Comtesse (The Countess) – de Julie Delpy – 2009

Posté : 14 août, 2015 @ 12:19 dans 2000-2009, DELPY Julie | Pas de commentaires »

La Comtesse

Actrice, elle a souvent privilégié des choix audacieux et personnels. Réalisatrice, elle a commencé par deux films proches du cinéma vérité, dont elle prend le contrepied total avec cette troisième réalisation. Avec La Comtesse, inspiré d’une histoire vraie, Julie Delpy choisit une approche plus classique, adoptant une mise en scène élégante et volontairement froide, presque austère, pour faire ressentir le poids d’une époque aux conventions très présentes.

Beau portrait d’une femme mal dans son époque, La Comtesse offre aussi à l’actrice l’un de ses plus beaux rôles, d’une rare richesse : Erzsébet Bathory, cette veuve riche et puissante de la Hongrie du 17ème siècle, qui cherche par tous les moyens à retenir cette jeunesse qui s’envole en même temps que s’éloigne son amant trop jeune. Une femme libre, autant que ce soit possible dans cette société faite de carcans et d’obligations pour les femmes. Une femme forte, en tout cas, qui sait ne pas être l’égale des hommes, et qui souffre d’en être dépendante.

Dans sa quête absolue de la jeunesse, cette « comtesse » à qui on a appris enfant à rester insensible à tout, ira très loin pour ressentir ce souffle de vie qu’elle attribue justement à la jeunesse : pratiquant le sado-masochisme avec un noble évoquant le fameux prince Vlad (celui qui aurait donné naissance au mythe de Dracula), pour finalement se laver le visage du sang de jeunes vierges dans des séquences parfois difficilement soutenables.

La Comtesse plonge dans les origines des grands mythiques horrifiques européens, de Dracula à Blanche-Neige. L’univers du film, c’est le fondement de tout un pan du récit d’horreur : on y croise le sarcophage mortel du Masque du Démon de Mario Bava, ou la chambre murée d’Edgar Poe…

Au-delà de cette descente aux enfers terrifiante, le film de Julie Delpy met l’accent sur la belle (mais oui) histoire d’amour contrariée, qui tourne à l’obsession, et à la folie. Pas question pour elle de tourner un film d’horreur. Même si l’histoire est terrible, et si la « comtesse » est bel et bien l’une des premières « tueuses en série » de l’histoire, le film est avant tout le portrait d’une amoureuse, et d’une société qui broie les individus.

 

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