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Archive pour le 3 juillet, 2015

La Soif du mal (Touch of Evil) – d’Orson Welles – 1958

Posté : 3 juillet, 2015 @ 2:20 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETRICH Marlene, WELLES Orson | Pas de commentaires »

La Soif du mal

D’une histoire assez classique de corruption policière, Welles a fait l’un de ses plus grands films. Esthétiquement, l’un de ses plus aboutis, et de ses plus radicaux. Et cette radicalité visuelle explose, littéralement, dès la mythique séquence d’ouverture, long plan-séquence de plus de trois minutes tourné à la grue qui n’est coupé que par l’explosion d’une bombe dont on a suivi le trajet et la menace depuis la toute première minute.

Une ville à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, un flic mexicain intègre et son homologue américain nettement plus trouble, une famille de trafiquants de drogue… On est clairement en terrain connu, et pourtant, on a l’impression de découvrir cet univers pour la première fois, tant la forme donnée par Welles dynamite le récit. Il y le décor d’abord, cette ville tantôt grouillante de monde tantôt déserte, que la caméra arpente et explore avec virtuosité les moindres recoins. Il y a ces allers-retours incessants d’un côté et de l’autre de la frontière. Il y aussi cette musique jazzy d’Henry Mancini qui donne le sentiment d’une liberté de ton absolue, et d’une improvisation constante qui n’est évidemment qu’un leurre.

La Soif du Mal est un film de genre passionnant et angoissant. C’est aussi un chef d’oeuvre expérimental totalement fascinant. Pas le moindre plan évident ici. Welles joue avec la durée, multiplie les travellings et les mouvements de grue impossibles, enchaîne les contre-plongées qui soulignent la noirceur (et la laideur) des personnages, utilise la caméra portée, tout ça dans un long mouvement à la fois irréel et qui semble toucher du doigt le réel comme rarement.

Et puis il y a ces incroyables contre-emplois : Charlon Heston en policier mexicain, et Orson Welles en épave obèse et dégueulasse. Ils n’ont peut-être jamais été aussi bien. Il y a Janet Leigh aussi, deux ans avant Psychose, et qui passe déjà un mauvais moment dans un motel perdu. Marlene Dietrich, enfin, sorte de fantôme tout droit sortie du passé de Quinlan-Welles, et dont la beauté est à peine fanée par les années.
« He was some kind of a man », lance-t-elle comme une épitaphe dénuée de toute illusion. Derrière la forme, extraordinaire (ah! cette marche-confession de Quinlan…), Welles signe un film aussi sombre et désespéré que son Macbeth, faisant sauter en éclats les signes d’espoirs qu’il donne timidement: le bonheur d’un couple mixte, l’innocence du coupable mexicain désigné…

Après le tournage, presque idyllique, Welles s’était vu refuser l’accès à la salle de montage, les producteurs, sans doute effrayés par la radicalité du film, préférant le monter eux-mêmes et retourner quelques scènes. Mais Welles avait consigné précieusement les détails du montage qu’il souhaitait, et qui a finalement été respecté au mieux en 1998. Je serais curieux de revoir la version « producteurs », pas vue depuis pas loin de 20 ans. Celle de Welles, en tout cas, est l’un de ses sommets.

Retour vers le futur (Back to the future) – de Robert Zemeckis – 1985

Posté : 3 juillet, 2015 @ 2:16 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, ZEMECKIS Robert | Pas de commentaires »

Retour vers le futur

Grand jour pour moi : je fais découvrir à mon fils aîné (tout juste 10 ans) ce monument du pop corn movie, qui a marqué à peu près tous les gosses des années 80, à commencer par moi: Retour vers le futur est LE film qui m’a rendu accro au cinéma. Il y en a eu bien d’autres depuis, mais forcément, celui-ci occupe une place à part dans ma vidéothèque.

Difficile, donc, de le revoir en évacuant tout ce qui peut ressembler à de la nostalgie. Mais en essayant d’être le plus objectif possible, il faut reconnaître que cette production Spielberg reste un modèle en son genre. Un pur divertissement qui ne se prend pas au sérieux, certes, mais un film d’une intelligence rare, au scénario bourré d’idées géniales et parfaitement abouties, et qui impose Zemeckis comme l’un des plus grands narrateurs de sa génération.

Triomphe populaire, le film fonctionne parfaitement sur tous les plans. C’est d’abord un grand film d’ados : on rêvait tous d’être aussi cool que Marty McFly, de s’éclater sur la guitare électrique (la bande son a quand même de la gueule !), de faire du skate en s’accrochant au pare-choc d’une voiture de police, et même de s’endormir tout habillé sur son lit pas défait.

C’est aussi une belle oeuvre nostalgique sur ces années 50 américaines si mythiques, marquées par l’apparition du rock et de la télévision, que Zemeckis reconstitue avec gourmandise. Le voyage dans le temps n’est, bien sûr, qu’un prétexte. Le film, avare en effets spéciaux (ce qui explique sans doute en partie qu’il ait si bien vieilli), est avant tout une histoire d’apprentissage, de passage à l’âge adulte, de filiation.

Et c’est bien là que le film est passionnant. En jouant sur la nostalgie et sur le voyage dans le temps, Zemeckis confronte son jeune héros au plus grand des interdits, en mettant en scène un flirt avec sa future mère. Franchement gonflé, ce pop-corn movie familial franchit mine de rien toutes les barrières, avec un formidable sens de la dérision. Comme si cette vision inattendue du complexe d’Œdipe n’était pas suffisante, ce voyage fantasmé est pour Marty l’occasion de façonner sa famille telle qu’il la rêve !

Entre humour, suspense, romance et nostalgie, le film trouve un équilibre parfait. Grâce aussi au jeu gourmand et jubilatoire des comédiens. Michael J. Fox, Christopher Lloyd et Crispin Glover (génial dans le rôle du père de Marty) trouvent tous le rôle de leur vie. Et, si vous vous posez la question, mon fils, qui a donc l’âge que j’avais quand j’ai découvert le film, a adoré. Lui n’a pas à attendre quatre ans pour découvrir la suite.

* Voir aussi Retour vers le futur 2 et Retour vers le futur 3.

Le Bord de la rivière (The River’s Edge) – d’Allan Dwan – 1957

Posté : 3 juillet, 2015 @ 2:11 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DWAN Allan, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bord de la rivière

Jamais sorti en salles en France, ce film tardif de Dwan (il ne tournera plus qu’une poignée de longs métrages) est pourtant une véritable perle, film noir aux allures de western, avec des ingrédients de film d’aventures et de romance. Une vraie curiosité et une totale réussite.

Ce qui frappe surtout, c’est à quel point The River’s Edge trouve sa place dans le « corpus » des films de Dwan produits par Benedict Bogeaus. Que ce soit visuellement avec ces couleurs chaudes et ce grain si marqué, ou dans l’esprit avec ce mélange des genres et cette grande liberté de ton, le film fait penser aux précédentes réussites du tandem, à commencer par Deux rouquines dans la bagarre.

Dès la première séquence, avec cette voiture rose traversant l’écran (et le désert), puis l’apparition de cette rousse flamboyante (Debra Paget), la parenté entre les deux films saute aux yeux. Il y a aussi la confrontation du bien et du mal, et la manière dont ces deux notions s’affrontent chez un même personnage. Dans ce triangle (amoureux ?), Dwan s’intéresse moins à la confrontation des deux hommes qu’à l’effet qu’a sur eux cette mallette d’argent que trimbale Ray Milland.

Milland, étonnamment en retrait, apporte une présence naturelle à son personnage, escroc qui retrouve son ex-complice (Debra Paget) mariée avec un pauvre rancher (Anthony Quinn) avec qui il espère passer la frontière mexicaine avec son butin. C’est une randonnée mortelle qui commence, comme dans beaucoup d’autres films avant et depuis (Le Voyage de la peur, Randonnée pour un tueur…). Mais avec une frontière bien ténue qu’il n’y paraît entre le bien et le mal.

Dans ce registre, Anthony Quinn est formidable. D’une sobriété exemplaire (ce ne sera pas toujours le cas), il donne à son personnage une puissance impressionnante, et ce qu’il faut de trouble pour lui apporter une vraie profondeur. Un type bien, oui, mais titillé par cet argent facile à portée de main…

Dwan, dont on ne compte plus les films (200 ? 300 ?), est encore au sommet de son art. D’une fluidité absolue, bourrée de belles idées de scénario et de mise en scène, et d’une liberté totale, The River’s Edge oscille constamment entre suspense, romance et affrontement psychologique, entre légèreté (la première scène, assez drôle) et cruauté (la mort du douanier), mais avec un sentiment d’évidence qui force le respect.

Reste un mystère : pourquoi ce bijou est-il resté invisible chez nous si longtemps ?

* Il ne l’est plus désormais (inédit) grâce à Sidonis/Calysta qui édite un beau DVD (hors collection), avec les habituelles présentations par Patrick Brion, François Guérif et Yves Boisset.

Le Mystère de la section 8 (Dark Journey) – de Victor Saville – 1937

Posté : 3 juillet, 2015 @ 2:07 dans 1930-1939, SAVILLE Victor | Pas de commentaires »

Le Mystère de la section 8

Plein de bien belles choses dans ce film d’espionnage pré-World War II, dont l’action se déroule durant la Grande Guerre, mais dont on sent bien qu’il est produit pour mettre en garde contre l’imminence d’un nouveau conflit mondial.

La première bonne idée est d’avoir situé la plus grande partie de l’intrigue dans une Suède qui revendique sa neutralité, et où se retrouvent tous ceux qui tentent d’échapper à la guerre en cours en Europe. A commencer par cette maison de haute couture qui sert de couverture à une espionne au service des Anglais, et où une employée française et une employée allemande ne cessent de s’envoyer des pics… Une ville neutre, mais où chacun semble participer à sa manière à l’effort de guerre, en jouant double-jeu.

Un double-jeu poussé à l’extrême puisque notre espionne anglaise tombe amoureuse de celui qu’elle doit démasquer : le chef d’un réseau d’espionnage à la solde des Allemands. C’est cette romance impossible qui donne les plus beaux moments du film, en particulier le moment où les deux espions tombent enfin le masque. « Enfin, plus de mensonges » soufflent-ils, tout en ayant conscience que se dévoiler leur identité respective officialise pour de bon leurs statuts d’ennemis.

Dans le rôle de l’espionne, Vivien Leigh est superbe, comme toujours, d’une justesse et d’une intensité absolues. Conrad Veidt est parfait lui aussi, incarnant merveilleusement cette vieille rigidité teutonne qui s’effrite légèrement mais sérieusement devant cet amour inattendu qui le trouble, jusque dans cette incroyable séquence de bataille navale qui sépare les amants, peut-être pour mieux les sauver.

La réalisation, hélas, n’est pas totalement à la hauteur de ce beau sujet. Un peu trop raide pour le coup, et manquant par moments cruellement de rythme. La complexité du scénario dans la première partie méritait un peu plus d’allant et de folie, que Saville ne parvient que rarement à donner à son film. Un film qui tient avant tout pour le scénario et les acteurs, qui font bien mieux que sauver les meubles.

 

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