Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour le 2 juillet, 2015

Match Point (id.) – de Woody Allen – 2005

Posté : 2 juillet, 2015 @ 5:13 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Match Point

On le croyait associé à jamais à New York. Mais c’est en Europe que Woody Allen a connu une nouvelle jeunesse il y a dix ans, lui qui semblait tourner quelque peu en rond depuis quelques films. A la fin d’un cycle, et au début d’un autre, toujours en cours, où Woody l’acteur s’éclipse pour laisser la place à un univers moins ouvertement comique (encore que l’humour n’est jamais loin, même dans la noirceur la plus profonde), mais franchement corrosif.

Cynique, même. En s’installant à Londres sur les traces d’un certain Hitchcock, en reprenant l’argument du Crime était presque parfait, Woody fait mine de mettre en scène une société presque parfaite, mais dont le vernis cache une violence profonde : celle des conventions qui oblige une jeune femme à devenir mère à tout prix, celle des barrières sociales qui rongent l’âme de ceux qui les ont franchies.

Comme dans le classique d’Hitchcock, le « héros » est un ancien champion de tennis, devenu membre de la haute société après avoir épousé une riche héritière. Et là aussi, la peur de perdre ce nouveau statut peut mener au crime le plus odieux. Avec une différence de taille tout de même : alors que chez Hitchcock le meurtre est introduit (au moins dans la tête de Ray Milland) dès le début, il n’apparaît chez Allen que comme le moyen le plus simple de sortir de l’impasse. Ou de ne pas avoir à choisir.

Dans le rôle de ce monstre ordinaire, Jonathan Rhys-Meyers est excellent. Visage fermé, émotions refoulées, il n’incarne pas le Machiavel des temps modernes, mais un jeune homme pressé de fuir son passé de pauvreté, et bien décidé à provoquer la chance et à la saisir au vol. Et la belle et désirable Scarlett Johansson, qui réveille chez lui des désirs très humains ceux-là, est un incident bien inattendu dans son parcours.

La première partie, qui met en place l’ascension du jeune « héros » et cette passion dangereuse, est bien un peu longuette par moments, comme si Woody Allen voulait différer au maximum le point de rupture que l’on ressent très vite. Ou fixer la possibilité de bonheur simple des deux amants, et la possibilité qu’ils ont de retrouver leur rang social et de fuir des conventions qui les aliénent.

Il y a déjà dans Match Point ce qui fera la richesse et la réussite de Blue Jasmine : la confrontation de deux univers, la fascination pour l’argent, et l’incapacité de tourner le dos au luxe et à cette haute société pourtant si cruelle. Il faut voir la « belle-mère » balayer avec mépris (et un charmant sourire) les rêves d’actrice de Scarlett Johansson.

Quant à la deuxième heure, elle est tout simplement brillante, leçon de mise en scène, élégante et efficace. Un sommet de noirceur dans la filmographie de Woody Allen, où les quelques saillies humoristiques tirent de petits rires crispés, et rendent plus profonds encore les abîmes dans lesquels s’enfonce le héros. Woody a changé, et il est toujours grand.

Suez (id.) – d’Allan Dwan – 1938

Posté : 2 juillet, 2015 @ 5:09 dans 1930-1939, DWAN Allan, YOUNG Loretta | Pas de commentaires »

Suez

On n’a pas vraiment l’habitude de voir Dwan aux commandes d’un « film de prestige » de cette ampleur : avec ses milliers de figurants et ses décors spectaculaires, la reconstitution des ces années 1850 au cours desquelles le canal de Suez est devenu une réalité, fut même l’une des plus grosses productions de la Fox, en 1938.

Au cours des premières minutes, on a d’ailleurs un peu de mal à sentir le fameux plaisir communicatif de Dwan, cette envie de tourner et de trouver la forme juste pour raconter son histoire qui a fait sa réputation. Un peu engoncé dans une reconstitution trop grande et trop prestigieuse pour lui, Dwan ? Cette impression se fait ressentir à plusieurs reprises au cours du film, essentiellement dans les ors des palais de Louis Napoléon.

Il y a deux femmes dans le film : Loretta Young, grand amour de Ferdinand de Lesseps qui choisit d’épouser le futur empereur (oui, le film prend quelques libertés avec la vérité historique), et Annabella, sauvageonne qui tombe amoureuse de Ferdinand en Egypte. La première est somptueuse et choisit le prestige. La seconde est libre et pleine de fantaisie, sans calcul et d’une générosité absolue.

Le film navigue constamment entre ces deux femmes, ces deux personnalités: à Paris le prestige de la reconstitution ; en Egypte le souffle épique et romanesque. Ce n’est pas une surprise : Dwan est nettement plus inspiré par le souffle épique, qui prend même des dimensions cataclysmiques lors de trois séquences « catastrophes » d’anthologie.

La première est un simple orage, qui isole soudain Annabella et celui qu’elle aime, joué par Tyrone Power. Entre eux, l’alchimie est immédiate, comme si le coup de foudre qui rapprochait les deux acteurs sur le tournage donnait au film une dimension particulière.

La deuxième est un attentat incroyablement spectaculaire, qui impressionne à la fois par la beauté des images, par les centaines de figurants rassemblés, et par les trucages absolument bluffants, qui gardent aujourd’hui encore toute leur force.

La dernière est la plus impressionnante, et donne à Suez, biopic de prestige pour le studio, un aspect « film catastrophe » inattendu : une tornade qui ravage le chantier du canal, séquence incroyable aux trucages là encore formidables, et qui fascine par l’intelligence et la puissance de la narration.

Mais le film ne se résume pas à ces moments de bravoure. Spécialiste de l’aventure et de l’action, Dwan est avant tout un raconteur d’histoire qui maîtrise parfaitement son récit, et tire le meilleur de ses acteurs. C’est aussi un cinéaste qui aime improviser, et fait de certaines scènes anodines des petits bijoux. C’est le cas de la première rencontre entre Annabella et Tyrone Power, petit chef d’oeuvre d’espièglerie et de sensualité.

C’est dans l’équilibre entre ces petits moments intimes et précieux, et les grands moments spectaculaires, que Suez est vraiment réussi, et reste une petite référence dans le cinéma d’aventures.

* DVD chez Sidonis/Calysta (qui vient déjà d’éditer L’Aigle des frontières, tourné par le même Dwan quelques mois plus tard), avec des présentations par Patrick Brion, François Guérif et Yves Boisset.

Margin call (id.) – de J.C. Chandor – 2011

Posté : 2 juillet, 2015 @ 5:05 dans 2010-2019, CHANDOR J.C. | Pas de commentaires »

Margin Call

Les premiers pas de la crise racontés du point de vue d’une grande banque d’affaires à la Golden Sachs… Sur le papier, c’est maux de crâne assurés et promesse d’une balade guère enthousiasmante au milieu d’un nid de traders avec jargon boursier et yeux rivés sur des écrans incompréhensibles. Et à l’écran : une merveille, fascinante virée dans un univers (pourri) en déliquescence.

J.C. Chandor, dont c’est le premier long métrage, fait preuve d’une maîtrise assez incroyable dans sa manière de raconter son histoire. Le pari est pourtant osé : parce que qui, au fond, comprend réellement tout ce qui se passe dans cet immense immeuble, alors que la crise menace ? Mais Chandor prend un parti pris génial : on ne maîtrise pas ce langage abscond ? Pas grave, les dirigeants de la boîte eux-mêmes sont dépassés.

Ou comment, sans rien enlever de la complexité de la chose, Chandor transforme l’immoralité du monde de la finance en une dramaturgie parfaitement épurée, qui se résume pour l’essentiel à la confrontation et aux dilemmes moraux d’une dizaine de personnages : grand boss ou petit trader, « tueur » ou « victime ». C’est là que le génie de Chandor est le plus frappant : dans sa manière de suivre chacun des personnages sans jamais donner l’impression d’en sacrifier un. Un formidable ballet allant de l’un à l’autre avec une force, une intelligence et une évidence rarissimes.

Il y a les comédiens, tous formidables (Kevin Spacey, Demi Moore, Paul Bettany, Jeremy Irons, Stanley Tucci, Zachary Quinto, Simon Baker…). Mais il y a surtout cette tension qui s’installe dès la première séquence, qui pèsera sur tout le film : l’apparition d’un sordide cortège chargé « d’alléger » l’étage d’une grande partie de son personnel. Une image extrêmement forte qui pose d’emblée l’aspect inhumain et absurde.

Critique et lucide, Chandor fait la part belle aux plans fixes sur des visages inquiets, des regards réduits à une forme d’avidité. Il y a bien quelques lueurs d’espoirs : les doutes de Kevin Spacey avant de plonger le monde dans une crise forcément cruelle ; la nostalgie d’un Stanley Tucci qui se souvient de son passé d’ingénieur, lorsqu’il fabriquait des ponts et que son métier servait à quelque chose… Mais dans ce monde-là, les illusions ne sont pas faites pour durer.

Et c’est une claque que nous file Chandor dès son premier film. Ses deux suivants, All is lost et A most violent year, seront tout aussi enthousiasmants. C’est l’un des cinéastes les plus passionnants du moment qui naît avec ce film.

Marathon Man (id.) – de John Schlesinger – 1976

Posté : 2 juillet, 2015 @ 5:01 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SCHLESINGER John | Pas de commentaires »

Marathon Man

Drôle de titre pour ce sommet du cinéma paranoïaque des années 70, mais qui convient parfaitement au rythme que Schlesinger donne à son film, imposé par ce personnage de jeune étudiant s’entraînant pour le marathon, et plongé dans une course en avant qu’il ne maîtrise jamais.

Un personnage qui a peur aussi, à peu près constamment, comme le spectateur d’ailleurs (ce que Dustin Hoffman joue formidablement bien). Une peur d’autant plus insoutenable que Schlesinger la fait naître du quotidien. Une rue bondé de passants, une salle de bain… Le danger apparaît dans les endroits les plus familiers, aux moments les plus inattendus.

Il fait resurgir les fantômes du nazisme, trente ans après et à des milliers de kilomètres des camps : un embouteillage qui fait resurgir de vieux instincts, une vieille dame juive qui reconnaît celui qui fut son boureau des décennies plus tôt sur un autre continent… Ce qui passe aux yeux des passants pour les divagations de vieux fous va bouleverser de manière très concrète la vie de ce jeune étudiant plus préoccupé par le marathon qu’il prépare que par les mouvements du monde.

De mouvements, il est pourtant question dans ce film, qui semble n’être fait que de ça. Dustin Hoffman, dans l’un de ses meilleurs rôles, trimbalés dans une histoire qui le dépasse totalement, qui court à moitié nu dans la nuit de New York. On a l’impression qu’il passe le film à courir ; pour sauver sa vie, pour échapper à ceux qui le poursuivent, mais aussi pour mettre de l’espace entre son lourd passé familial et ce qu’il est ou ce qu’il sera.

Marathon Man est un chef d’oeuvre, parce qu’il trouve le parfait équilibre entre tous ce qui en fait la richesse : une réflexion édifiante sur le poids de l’histoire et sur l’oublie ; un grand film paranoïaque ; mais aussi un pur film de trouille, avec une séquence traumatisante de « dentiste » qu’on n’est pas prêt d’oublier (« c’est sans danger ? »), et une autre absolument géniale filmée du seul point de vue d’Hoffman, enfermé dans sa salle de bain où des tueurs tentent de pénétrer.

La Sentinelle (Dying of the Light) – de Paul Schrader – 2015

Posté : 2 juillet, 2015 @ 4:58 dans 2010-2019, SCHRADER Paul | Pas de commentaires »

La Sentinelle

On l’aime bien au fond, Nicolas Cage. Malgré une filmographie jonchée de nanars franchement honteux (c’est le terme élégant pour « sombres merdes »), on garde un souvenir ému de ses débuts nettement plus ambitieux, de ses collaborations avec les frères Coen (Arizona Junior), tonton Francis (Peggy Sue s’est marié) ou John Woo (Volte/Face). On sait bien que c’est pour rembourser ses créanciers qu’il se laisse aller à tourner quelques unes des pires daubes du moment (Effraction).

Et puis de temps en temps, il y a une perle qui apparaît comme par accident. Ce très beau Joe qui lui a valu tous les éloges par exemple. Dying of the Light aurait pu être de ces perles. Et au regard du reste de sa filmographie, il l’est sans conteste. Parce que le film marque ses retrouvailles avec Paul Schrader, le scénariste de A tombeau ouvert de Scorsese (ici à l’écriture et à la réalisation). Et parce que le personnage qu’il interprète rompt radicalement avec les gros bras qu’il enchaîne sans se poser des questions.

Un agent de la CIA hanté par les tortures dont il a été victime alors qu’il était otage d’un groupe islamiste, plus de vingt ans plus tôt : voilà le genre de personnages qui correspond parfaitement à la folie latente de Cage. Et c’est vrai que, dans son obsession de retrouver son ancien geôlier que tout le monde croit mort, l’acteur apporte cette fêlure qui est au cœur de ses meilleures prestations, et qui sème le trouble sur la réalité de sa quête.

Schrader semble tenté d’aller plus loin dans la schizophrénie du personnage, de mettre en doute la perception qu’il a des événements. Mais le traumatisme du héros passe bien vite au second plan, au profit d’une histoire de vengeance certes loin des clichés habituels, mais loin aussi des promesses initiales. Une plongée assez efficace dans le monde de l’espionnage, qui ne fait qu’effleurer la question du terrorisme. Sans jamais s’y frotter.

Rien de honteux, donc : Dying of the Light est même une réussite dans le genre du suspense psychologique. Mais on sens affleurer un grand sujet dont Schrader n’a pas su, ou pas pu, faire le cœur de son film. Ce n’est pas un hasard si le cinéaste et sa star ont tous deux appelé à boycotter le film lors de sa sortie, affirmant en avoir été dépossédé par les producteurs. Un peu sévère, sans doute…

* Le DVD est disponible chez Metropolitan, avec l’habituel making of promotionnel.

 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr