Play it again, Sam

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Archive pour mars, 2015

L’incroyable Monsieur X (The Amazing Mr. X / The Spiritualist) – de Bernard Vorhaus – 1948

Posté : 20 mars, 2015 @ 1:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, VORHAUS Bernard | Pas de commentaires »

L'incroyable Monsieur X (The Amazing Mr. X / The Spiritualist) - de Bernard Vorhaus - 1948 dans * Films noirs (1935-1959) Lincroyable%20Monsieur%20X_zpstp0lmhbc

John Alton est grand. Directeur de la photo de Mann pour ses meilleurs films noirs (Marché de brutes, La Brigade du suicide), Alton a aussi travaillé avec des cinéastes nettement moins réputés, et pour des films nettement moins mémorables, mais toujours en apportant ce petit quelque chose en plus, faisant naître le mystère ou l’angoisse de ses images jouant souvent sur le contraste entre l’ombre et la lumière.

C’est particulièrement flagrant avec cette petite production dont le scénario, tiré par les cheveux, louche un peu trop ostensiblement vers le mystère à la Rebecca, avec des dialogues qui pèsent comme de la pierre. Bernard Vorhaus n’est pas un grand formaliste. Mais ici, sa mise en scène semble se mettre au service des images d’Alton. Visuellement très réussi, et ambitieux, le film joue constamment sur l’obscurité, et sur la lumière qui en sort, créant un sentiment de mystère et d’angoisse assez fascinant.

Là où le film est le plus convainquant, c’est justement dans sa manière de jouer sur la frontière entre l’ombre et la lumière, avec les frontières du fantastique et de l’illusion, par les trucages du faux médium, les étranges apparitions nocturnes dont est victime Christine, la veuve qui pleure un mari disparu tragiquement, ou encore les manipulations amusées du détective privé qui lui vient en aide, ancien magicien.

Hélas, la supercherie au coeur de l’intrigue est dévoilée trop rapidement : l’aura de mystère qui entourait la première partie disparaît alors, au profit d’un thriller un peu plus convenu, qui laisse la part belle aux comédiens. Pas des grandes stars, mais des vedettes de séries B, pour une interprétation irréprochable. Le plus marquant : le séducteur Turhan Bey, sorte d’ersatz du jeune Orson Welles. Angoissant, inquiétant. Une réussite.

Enfants de salauds (Play Dirty) – de Andre de Toth – 1968

Posté : 20 mars, 2015 @ 1:47 dans 1960-1969, DE TOTH Andre | Pas de commentaires »

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Ne pas se fier au pitch de ce film de guerre anglais (une bande de repris de justices transformés en soldats pour remplir une mission suicide dans le désert lybien de 1942), ni même au titre original : Play Dirty est loin, très loin, du Dirty Dozen (Les 12 salopards) tourné par Aldrich l’année précédente, et qui a entraîné toute une série de productions va-t-en guerre à grand spectacle.

Visuellement déjà, De Toth prend un parti-pris radical, dépouillant les images de la moindre tâche colorée. Tout semble n’être que sables et pierres dans ce film. Le désert bien sûr, mais aussi les uniformes, les véhicules, les visages, jusqu’au ciel qui n’offre aucune échappoire à la chaleur écrasante et à la poussière.

Et puis la mission de ce petit groupe n’a strictement rien d’héroïque. Elle se résume la plupart du temps à une lente avancée à travers le désert, parsemée des embûches incontournables du genre : un champ de mine, une tempête, la rencontre avec des autochtones hostiles… On se croirait presque dans un remake de La Piste des Géants, le western du début du parlant de Walsh. Le film lui rend d’ailleurs un hommage direct, avec cette scène au cours de laquelle les soldats franchissent une falaise en attachant leurs voitures à des câbles, copié-collé d’une séquence du film de Walsh.

De Toth étire le temps et évite soigneusement d’enchaîner les morceaux de bravoure. Il y en bien quelques-uns, assez époustouflants. Mais ce qui frappe le plus dans ces scènes d’action, c’est la manière dont le cinéaste utilise l’espace de ses décors naturels, créant un mouvement complexe et brillant, d’une fluidité et d’une clarté exceptionnelles.

Pas d’actes héroïque, donc, mais une tension à couper au couteau, et une vision sans concession de « l’art de la guerre ». A la tête de ce petit groupe, l’innocent officier Michael Caine perdra rapidement ses illusions au contact des réalités du combat, et d’un autre officier nettement plus sombre interprété par Nigel Davenport.

La charge anti-militariste n’est pas toujours très fine, cela dit. Les passages mettant en scène le cynisme des têtes pensantes de l’armée, qui utilisent les hommes de terrain comme de simples pions sacrifiables, sont un rien trop caricaturaux. Mais Play Dirty, ultime réalisation d’Andre De Toth, est un grand film de guerre, d’une puissance rare. Et dont la dernière scène souligne formidablement l’absurdité de la guerre. En laissant un goût amer durable.

• Bertrand Tavernier considère Play Dirty comme l’un des plus grands films de guerre jamais tournés. C’est ce qu’il dit, avec sa passion et son érudition habituelles, dans la présentation du film qu’il fait en bonus du DVD, édité dans la collection « Classique de guerre » de Sidonis/Calysta. Autre présentation passionnée celle de Patrick Brion.

Le Petit Garçon (Shonen) – de Nagisa Oshima – 1969

Posté : 20 mars, 2015 @ 1:43 dans 1960-1969, OSHIMA Nagisa | Pas de commentaires »

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Comme pour La Pendaison, tourné l’année précédente, Oshima s’inspire d’un fait divers authentique et s’en sert pour livrer le portrait d’une société japonaise qui semble dans l’impasse. C’est bien cette impression qui se dégage du parcours de cette famille de laissés pour compte qui se livrent à de petites arnaques minables pour vivre.

Mais la comparaison avec le précédent film s’arrête là : Le Petit Garçon s’inscrit dans une veine narrative beaucoup plus classique, à mi-chemin entre le road movie et le huis-clos autour d’une cellule familiale a priori classique.

Mais devant la caméra d’Oshima, la famille ne représente pas un refuge. Le héros, un gamin d’une dizaine d’années, est balloté de ville en ville au gré des caprices d’un père qui vit de petites arnaques, incitant femme et enfants à se jeter sous les roues des voitures pour extorquer des dédomagements aux conducteurs rongés par la culpabilité.

Drôle de figure paternelle, pour cet enfant à qui son père fait des injections pour provoquer des hématomes, et à qui sa belle-mère plus tendre s’intéresse pour l’argent qu’il peut lui rapporter.

Bien sûr, on est révolté par le comportement de ces parents indigners, et surtout par l’innocence bafouée de ces gamins privés de l’enfance dont ils ont besoin. Mais il n’y a aucune explosion de pathos, dans ce film aux couleurs tantôt pastelles, tantôt saturées. Aucune tentation de la part d’Oshima de jouer aves les sentiments et les émotions du spectateur.

Pourtant, les gros plans sur le gamin, et la présence à ses côtés d’un petit frère en quête d’amour, sont absolument bouleversants.

• Le film fait partie du coffret regroupant neuf films d’Oshima qui vient d’être édité chez Carlotta. Evidemment indispensable, et agrémenté de présentations du spécialiste Mathieu Capel, qui apportent un éclairage passionnant et remettent les films dans leur contexte.

The Equalizer (id.) – d’Antoine Fuqua – 2014

Posté : 20 mars, 2015 @ 1:40 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), FUQUA Antoine | Pas de commentaires »

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J’aime bien Denzel Washington, et c’est plutôt sympa de le voir retrouver son réalisateur de Training Day. Assez intriguant, aussi, de le voir s’intéresser à une série des années 80 tombée dans un oubli total de ce côté de l’Atlantique.

D’ailleurs, le film est franchement réussi : Fuqua connaît son métier, et sait créer une atmosphère sombre comme il faut ; Washington, lui, sait donner de l’intensité à son personnage, et lui apporter un mélange de lassitude et de menace qui convient parfaitement à ce rôle d’ancien agent d’élite qui reprend du service pour aider une jeune pute qu’il croise chaque soir sans vraiment la connaître.

Mais c’est justement ce personnage qui marque la limite du film. Après les super-héros (qui ne sont pas morts, loin de là), après les survivants de l’apocalypse (qui, eux, se font un peu plus rares depuis quelques mois), c’est donc les ex-tueurs-d’élite-rangés-des-affaires-mais-obligés-de-reprendre-du-service-pour-dézinguer-tous-les-méchants que Hollywood va nous servir à toutes les sauces ?

Liam Neeson s’en est fait une spécialité depuis Taken. Kevin Costner a repris le flambeau dans Three days to kill. John Wick, avec une histoire quasi-identique, vient d’offrir un come-back inattendu à Keanu Reeves… La liste s’allonge mois après mois, et le trop-plein est déjà là. La règle immuable : mettre le héros en contact avec un maximum de bad-guys qu’il va dessouder avec une science certaine du flingage et du coup de tatane.

Dans cet exercice, Denzel Washington est très à l’aise. Mais aime trop l’acteur pour se contenter de tels stéréotypes. Le cinéma d’action est un genre formidable, à condition qu’on y mette un minimum d’ambition et d’originalité. The Equalizer se regarde avec un certain plaisir, c’est vrai. Mais aussi avec l’impression que ses auteurs ont totalement abdiqué en matière d’ambition et d’originalité.

• DVD chez Sony, avec documentaires et making of promotionnels.

The Signal (id.) – de William Eubank – 2014

Posté : 20 mars, 2015 @ 1:33 dans 2010-2019, EUBANK William, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

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Très intriguant, ce direct-to-dvd assez ambitieux, qui sait ménager le mystère jusqu’aux toutes dernières minutes. Thriller paranoïaque ? Film d’horreur ? Fantastique ? Science-fiction ? Il faut attendre les ultimes images pour avoir la clé de l’énigme.

Bon, pour être tout à fait franc, et malgré les qualités indéniables d’un film qui réussit à garder une tension constante d’un bout à l’autre, on est parfois dans le grand n’importe quoi, comme si William Eubank avait voulu compiler des tas de sujets abordés dans X-Files, dont il est visiblement un grand fan.

On a donc deux jeunes geeks qui accompagnent la petite amie de l’un d’eux (qui est handicapé suite à un accident – le gars, pas la fille) dans une virée à travers l’Amérique, et qui sont attirés par un mystérieux hacker qui se joue d’eux, et dont ils dénichent l’adresse : un mystérieux cabanon perdu au milieu du désert où aucune personne sensée ne mettrait les pieds. Eux si, et cela donne une belle séquence horrifique franchement flippante, qui ouvre vers autre chose, le coeur d’un film au mystère insondable.

On se retrouve alors dans un décor blanc immaculé, avec de mystérieux agents (dont Laurence Fishburne), des expériences glaçantes, et le genre d’ambiance « complot à grande échelle » qui rendrait Fox Mulder fou d’excitation. Nous, on a un peu trop une impression de déjà-vu. Et la fadeur des personnages n’aide pas à se sentir vraiment concerné par cette histoire. Au point de se dire qu’on irait bien directement au dernier chapitre pour tout comprendre. Mais on ne le fait pas, on ne s’ennuie pas vraiment d’ailleurs, mais on accueille la révélation finale avec un « Ah d’accord » intéressé, mais sans plus…

• DVD chez Wild Side, avec un petit making of promotionnel, un « bêtisier » de 15 secondes sans intérêt, et quelques scènes coupées ou alternatives.

Les Bourreaux meurent aussi (Hangmen also die) – de Fritz Lang – 1943

Posté : 9 mars, 2015 @ 7:23 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LANG Fritz | Pas de commentaires »

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Fritz Lang a souvent travaillé par cycles, enchaînant plusieurs films sur des thèmes similaires qui s’enrichissent mutuellement. Entre 1941 et 1944, le cinéaste a ainsi tourné trois films consacrés à « l’effort de guerre » d’Hollywood. Des films destinés à sensibiliser le grand public dans une Amérique entrée en guerre, et dont Lang fait des oeuvres personnelles : trois chefs d’œuvre absolus qui sont parmi les meilleurs tournés à Hollywood durant cette période.

Les Bourreaux meurent aussi arrive ainsi après Chasse à l’homme et avant Espions sur la Tamise, deux films qui jouent sur l’irruption de la peur dans les paysages familiers d’Angleterre. Celui-ci est un peu différent, puisqu’il adopte déjà une approche « historique » de la seconde guerre mondiale, en s’inspirant d’un épisode tragique de la résistance au nazisme à Prague : après l’assassinat de Heydrich, des centaines d’habitants sont pris en otage et exécutés par les Allemands.

Le film de Lang est un superbe hommage à l’esprit de résistance du peuple de Prague, et à toute forme de résistance face à l’oppresseur. C’est un film de propagande, bien sûr, mais d’une puissance incroyable.

Et s’il reste aussi puissant aujourd’hui, c’est parce que, comme souvent, Lang utilise les codes du film de genre pour aborder des sujets forts. Ici, ce sont les codes du film noir qu’il utilise. Son hymne à l’esprit de résistance prend ainsi la forme d’une chasse à l’homme dans les ruelles humides et pleines d’ombre de la ville. Une chasse à l’homme au cours de laquelle la tension, extraordinaire, ne baisse jamais.

La mise en scène de Lang, qui joue sur les peurs et l’omniprésence de la menace, est sublime. Mais le film doit aussi beaucoup à ses interprètes (Anna Lee, actrice fordienne qu’on n’a pas l’habitude de voir en premier rôle, est formidable), et à un scénario d’une richesse infinie, et d’une grande intelligence, qui privilie l’évocation à la mise en image.

Mais nul besoin de voir les exécutions pour ressentir l’horreur de cet épisode tragique et sanglant qui inspireront plusieurs autres films. Parmi eux, un autre chef d’oeuvre tourné la même année : Hitler’s Madman, de Douglas Sirk.

 

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