Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour février, 2015

Le Mouchard (The Informer) – de John Ford – 1935

Posté : 6 février, 2015 @ 6:19 dans 1930-1939, BOND Ward, FORD John | Pas de commentaires »

Le Mouchard

L’Irlande, qui habite d’une manière ou d’une autre une très grande partie de son oeuvre, a directement inspiré à John Ford quelques-uns de ses chefs d’oeuvre. Aux antipodes de L’Homme tranquille, son grand chant d’amour romanesque à la verte Erin, ce film sombre et déchirant plonge dans l’une des périodes les plus tourmentés de l’histoire irlandaise : celui de la guerre civile au début des années 1920.

Il suffit de quelques images d’une épure qui touche au sublime pour planter le décor : un gros plan sur le visage angélique de Heather Angel, figure de madone, qui baisse soudain son châle et dévoile une réalité bien glauque derrière la beauté apparente : celle d’une jeune femme poussée à la prostitution pour survivre, et au regard d’une insondable tristesse.

Pas de héros, ni de méchant dans ce Dublin des laissés pour compte. Le personnage principal, Gypo Nolan peut-être le plus grand rôle de l’imposant Victor McLaglen), n’est pas vraiment un salaud. Rejeté par l’IRA parce qu’il n’a pas pu abattre un homme, il porte à lui seul toute l’ambiguïté de l’humanité : à la fois tenté par son sens du devoir et son désir d’une vie facile, tiraillé entre un sentiment d’appartenance à une cause et ses faiblesses…

Dans un autre contexte, Gypo aurait pu être un héros. Ou une ordure. Ou un type quelconque. Mais Ford croit au destin, qui se manifeste ici par un souffle de vent qui pousse une simple affiche dans les pieds de Gypo, et qui l’incite à devenir un mouchard.

Le Mouchard est le portrait d’un homme hanté par la culpabilité, un « homme-enfant » aussi, trop profondément innocent pour assumer ses actes et les responsabilités d’un « homme de guerre ». A travers Gypo, c’est le drame de tout un peuple que Ford décrit, plongeant son Dublin dans une pénombre profonde, parsemée de quelques ilots de pseudo-insouciance où se révèlent encore plus intensément les fêlures de ces hommes.

Visuellement, le film est une splendeur, sans doute le premier chef d’œuvre absolu de Ford dans cette étrange décennie durant laquelle il enchaînera les films de commandes et les œuvres plus personnelles, et qui s’achèvera par une série de chefs d’œuvres que ce Mouchard annonce par la beauté déchirante de ses images et par son caractère profondément sombre.

Le Duel des héros (Draw !) – de Steven Hilliard Stern – 1976/1984

Posté : 6 février, 2015 @ 6:16 dans 1970-1979, 1980-1989, DOUGLAS Kirk, STERN Steven Hilliard, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Duel des héros

Il y a une petite incertitude, quant à l’origine de ce film. Il semble que ce western ait été tourné en 1976 pour la télévision, mais qu’il ait eu droit à une petite carrière sur grand écran huit ans plus tard. Information à prendre toutefois avec beaucoup de précaution…

Ce qui semble plus sûr, par contre, c’est que le sujet ait été apporté par Kirk Douglas, et que l’acteur, clairement pas dans la période la plus glorieuse de son immense carrière, ait longtemps cherché à l’interpréter au côté de son vieux complice Burt Lancaster. Finalement, c’est à James Coburn qu’il donne la réplique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le pauvre sent à plein nez le « choix bis », dans un rôle écrit pour un acteur de l’âge de Douglas (Coburn a 12 ans de moins, et la différence d’âge est flagrante).

Mais le principal problème du film, c’est l’incapacité du réalisateur à opter pour un ton précis : son western est-il noir et réaliste, ou flirte-t-il avec la parodie ? A force de ne pas choisir, Stern n’est jamais réellement convaincant.

L’histoire, pourtant, était assez originale et pleine de promesses : un vieux pistolero rangé des affaires se réfugie dans l’hôtel d’une petite ville après avoir tué un shérif en légitime défense. Alors que la population veut le lyncher, un ancien homme de loi débarque : un homme qui l’a longtemps poursuivi, avant de déposer les armes et de devenir alcoolique…

Le Duel des héros n’est pas un ratage absolu : on est toujours heureux de revoir ce vieux Kirk, toujours très en forme malgré ses 60 ans bien tapés. Mais Coburn, aussi sympathique soit-il, n’est clairement pas du même niveau. Et le film manque cruellement d’une quelconque unité. Comme si Stern était aussi tenté par Une corde pour te pendre (le premier western de Douglas) et Cactus Jack (une parodie du genre, tournée à la même époque).

• Sidonis fait les fonds de tiroir, cette fois, pour son incontournable collection « Westerns de Légende ». En bonus : une simple présentation par Patrick Brion.

L’Orchidée blanche (The Other Love) – de Andre De Toth – 1947

Posté : 6 février, 2015 @ 6:12 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DE TOTH Andre, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

L'Orchidée blanche

Le titre français, comme l’affiche du film (et comme la collection de DVD dans laquelle il vient d’être édité), sont trompeurs : L’Orchidée blanche n’est pas un film noir, surfant sur le succès du Dahlia bleu. Cette adaptation d’un roman d’Erich Maria Remarque (Beyond) est en fait un authentique mélodrame, totalement dépouillé des éléments du film noir : pas de crime, pas de femme fatale, pas même de méchant, mais un triangle amoureux sur fond de maladie et de renaissance…

Bien sûr, Andre De Toth joue ouvertement sur ces apparences de film noir, dans cette histoire d’une célèbre pianiste victime d’un mal mystérieux, contrainte de s’enfermer dans un sanatorium perdu en pleine montagne. Le cinéaste fait de son décor dont d’autres auraient fait un lieu romantique le théâtre d’un jeu de dupe, angoissant et inquétant.

De David Niven, en médecin très attentionné, il joue sur l’ambiguité de l’élégance. Devant sa caméra, Barbara Stanwyck, sublime comme toujours, devient une héroïne méfiante, effrayée par un bruit dans la nuit, suspicieuse devant un cadavre que l’on déplace, s’inquiétant de la perspective d’être une prisonnière qui s’inquiète… Dans la première partie du film, De Toth pose les bases d’une oeuvre paranoïaque et claustrophobe, dont l’aventurier Richard Conte, bellâtre tombant sous le charme de la belle, serait le héros au cœur pur.

Mais assez vite, De Toth tombe le masque : les tourments dont souffre Barbara Stanwyck sont intérieurs, tiraillée entre une vie aventureuse et romanesque et le confort d’une vie rangée, entre Richard Conte et David Niven. Pas tout à fait aussi passionnant dans sa partie purement mélo (De Toth n’est pas Sirk), L’Orchidée blanche est une curiosité hautement recommandable, ne serait-ce que parce qu’il confirme l’immense talent d’une actrice qui, par sa seule présence, sort de l’anonymat une séquence que l’on pense avoir vu mille fois…

• Le film a été édité dans la collection « perles noires » de Sidonis/Arcadès, avec les présentations de trois grands cinéphiles passionnés : Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

Le Petit Monde de Don Camillo – de Julien Duvivier – 1952

Posté : 6 février, 2015 @ 6:07 dans 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Le petit monde de Don Camillo

Pas grand-chose en commun, a priori, entre ce « monument » de la comédie française (disons franco-italienne) et les grandes oeuvres sombres et pessimistes de Duvivier. Et c’est vrai qu’on a un peu de mal à reconnaître la patte du grand cinéaste du destin et de l’échec, auteur de Pépé le Moko, de Panique, et même de Sous le ciel de Paris, son film précédent.

Le Petit Monde de Don Camillo, adaptation d’un roman à succès de Giovanni Guareschi, sera un triomphe populaire lors de sa sortie, et aura droit à une demi-douzaine de suites, dont une seule sera signée par Duvivier lui-même. La série deviendra même indissociable de l’image de Fernandel, sa star, qui finira par s’enfoncer dans la caricature au fil des opus.

Ce premier film échappe, lui, à toute caricature. Fernandel n’est certes guère crédible en force de la nature capable de soulever des tables de banquet en bois massif sans effort. Mais il faut reconnaître qu’il trouve là l’un de ces rôles qu’on imaginerait interprété par aucun autre acteur. Un personnage pas si simple que ça, qui lui permet d’apporter une complexité inattendue dans son jeu.

A la fois bon et mesquin, altruiste et colérique, ce Don Camillo est loin de l’image habituelle du prêtre dans la comédie à la française, bien plus proche de l’esprit corrosif de la comédie italienne.

Là où on retrouve la signature de Duvivier, c’est dans la manière qu’il a de filmer ce petit village italien, microcosme qui semble totalement coupé du monde extérieur. Une communauté en dehors du temps, qui semble ne rien savoir de l’état du monde, même si le sujet est ouvertement politique : l’affrontement du curé traditionnel et du maire communiste fraichement élu, incarnant le monde en mouvement.

Mais on aurait de la peine à trouver un quelconque engagement politique dans ce film. Cette opposition n’est l’occasion que d’un affrontement haut en couleur entre deux manières de faire, entre deux comédiens trucculents (Fernandel et Gino Cervi), entre deux univers qui finissent toujours par se retrouver autour de l’essentiel. Le Petit Monde de Don Camillo est en fait une fable humaniste, certes cynique, mais profondément bienveillante.

Le Passé se venge (The Crooked Way) – de Robert Florey – 1949

Posté : 3 février, 2015 @ 11:34 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Le Passé se venge

Un vétéran blessé durant la deuxième guerre mondiale a tout oublié de sa vie, et même de son identité. Il enquête pour retrouver son passé, et découvre qu’il pourrait bien avoir été impliqué dans de sombres affaires. Le coup de l’amnésie, le film noir nous l’a déjà fait à plusieurs reprises : Fleischer avec Le Pigeon d’argile, et Mann avec Two o’clock courage en avait fait le thème central de réjouissantes oeuvres de jeunesses.

Le Passé se venge n’innove donc pas vraiment. Mais malgré une intrigue inutilement compliquée et quelques longueurs, et même sans un cinéaste de la trempe de Mann ou Fleischer aux commandes, le film est une vraie réussite.

Sans nier le talent certain de Florey qui ne démérite pas à défaut de révolutionner le genre, le film doit beaucoup au génial chef opérateur John Alton : dans un Los Angeles baigné de lumière, il parvient à plonger ses personnages dans des atmosphères mystérieuses, jouant merveilleusement avec les ombres, les transparences, la lumière qui cherche constamment son chemin. Des images inoubliables qui permettent d’oublier aisément un certain manque de rythme.

Là où Florey marque indéniablement des points, c’est dans la direction d’acteurs, et dans la manière de filmer ces acteurs, tous remarquables. John Payne surtout, dont l’apparence monolithique et faussement impénétrable est un atout formidable pour ce personnage d’amnésique.

Florey utilise aussi merveilleusement les décors (eux aussi très réussis), notamment lors de la dernière scène de fusillade dans l’entrepôt, un modèle du genre aussi ramassé que tendu, merveille de mise en scène à l’atmosphère parfaitement angoissante. Un moment qui mériterait à lui seul de découvrir cette rareté.

• Le film vient d’être édité dans la collection « Les Perles Noires » de Sidonis/Arcadès. En bonus, des présentations du film par Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion.

Torrid Zone (id.) – de William Keighley – 1940

Posté : 3 février, 2015 @ 11:29 dans 1940-1949, CAGNEY James, KEIGHLEY William | Pas de commentaires »

Torrid Zone

J’avais gardé le souvenir d’un film sympathique mais assez insignifiant, qui mettait en valeur le joyeux antagonisme entre un James Cagney très insouciant et un Pat O’Brien très raide, dans un décor de cartes postales. Mais ce Torrid Zone n’est finalement pas si léger que cela.

La perception que l’on en a aujourd’hui, en tout cas, n’a rien de confortable. Ce « Torrid Zone » qui ne porte aucun nom dans le film évoque en fait la présence américaine à Cuba, et ses immenses intérêts financiers, près de vingt ans avant la « révolution populaire » de Castro.

Des révolutionnaires, il y en a déjà, décrits avec dérision, à la limite de la caricature. Il n’y a pourtant pas de quoi rire : William Keighley, surtout connu pour être le co-réalisateur avec Michael Curtiz des Aventures de Robin de Bois, livre une peinture cruelle et très critique de ce colonialisme américain qui tait son nom.

Le ton est apparemment à la rigolade et au dépaysement. Mais les personnages adoptent des comportements souvent odieux vis-à-vis des autochtones, y compris les personnages principaux. La police locale aux ordres d’un homme d’affaires, un peloton d’exécution qui se forme en deux minutes, des ouvriers agricoles qui évoquenet férocement les esclaves d’un autre temps… Non, décidément, cette carte postale-là ne fait pas rêver.

Torrid Zone n’est pas à proprement parler un film politique. L’ambition même de cette production reste floue : le film est-il une condamnation dans les règles du néo-colonialisme américain ? ou est-ce le poids des décennies suivantes qui pèse sur la perception que l’on en a aujourd’hui ? Dans tous les cas, Torrid Zone mérite le détour.

Anything else (la vie et tout le reste) (Anything else) – de Woody Allen – 2003

Posté : 3 février, 2015 @ 11:26 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Anything Else

Curieux film que ce Anything else, qui sonne comme un au-revoir à ce New York dont Woody Allen a toujours été indissociable, mais dont il s’éloignera de plus en plus souvent dans ses films à venir.

C’est bien de rupture qu’il s’agit, et plus précisément de la difficulté d’aller au bout de ses rêves pour un homme qui n’a jamais su partir, ni quitter qui (ou quoi) que ce soit. Un rôle taillé sur mesure pour Allen, mais qu’il laisse à Jason Biggs (révélé dans American Pie, et absolument parfait), comme si c’était déjà trop tard pour lui.

Lui-même se réserve le rôle du « mentor », enseignant et auteur vieillissant qui n’a jamais eu le courage d’écrire ce livre auquel il a sans doute longtemps pensé, thème récurrent dans le cinéma allenien. Un drôle de bonhomme, vraiment, à la fois très familier pour les amoureux du réalisateur, névrosé amateur de blagues et de grandes phrases. Mais à la limite de la parodie.

Avec ce film et avec son personnage, Woody Allen semble régler ses comptes avec ses vieilles obsessions. Son statut de juif notamment, statut plus culturel que religieux, dont il tire un personnage de paranoïaque persuadé que l’Holocauste est sur le point de reprendre.

La psychanalyse, aussi, n’a jamais été présentée sous un jour aussi grotesque, avec cet « analyste » incapable de dire le moindre mot, ressor comique récurrent.

En confiant les rôles principaux à de jeunes comédiens – sexy Cristina Ricci dans un rôle pas si éloigné de ceux joué par Charlize Theron dans deux de ses films précédents, et Jason Biggs en version rajeunie de lui-même – Woody Allen retrouve une vivacité qu’il avait un peu perdue avec ses deux précédents films.

En préparant sa rupture avec NY, il filme paradoxalement l’un de ses films les plus « new-yorkais ». Le moindre plan semble respirer de l’atmosphère de Big Apple. Et plus que jamais, on a le sentiment que ce film n’aurait pu être tourné nulle part ailleurs. C’est un nouveau départ qui l’attend ?

Le Monde perdu (The Lost World) – de Irwin Allen – 1960

Posté : 3 février, 2015 @ 11:21 dans 1960-1969, ALLEN Irwin, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Monde perdu 1960

Le professeur Challenger emmène une improbable expédition en Amérique du Sud pour prouver aux yeux du monde que des dinosaures ont bel et bien survécu sur un plateau inexploré de l’Amazonie. Trente-cinq ans après le classique muet de Harry O. Hoyt, nouvelle adaptation du roman fantastique de Sir Arthur Conan Doyle.

Le principal problème de ce remake un peu fauché, c’est justement qu’il est un peu fauché, et qu’il n’était pas prévu pour l’être. Lancée alors que la Fox essuyait le désastre financier de Cléopâtre, la production a dû s’adapter des coupes draconiennes dans son budget, et se contenter de faire avec des bouts de ficelle alors que c’est le film de dinosaure ultime qui devrait être tourné.

On sent bien qu’il y a une vraie ambition, derrière ce film : les décors, naturels ou en studios, sont spectaculaires, et le choix du Cinemascope ne ment pas. Et qu’importe si la distribution est ouvertement « bis » (autour du vétéran Claude Rains dans le rôle de Challenger, que des seconds couteaux, à commencer par le charismatique et un peu fade Michael Rennie). La mise en scène est assez habile et privilégie constamment le spectaculaire, cherchant à en montrer le plus possible et à multiplier les péripéties les plus impressionnantes.

Mais la première apparition des « dinosaures » rappelle brusquement la limite de l’entreprise : aux dinosaures animés image par image assez impressionnant de la version de 1925 succèdent des iguanes et autres crocodiles maquillés et filmés dans de minuscules décors, solution économique choisie en lieu et place de Willis O’Brien, initialement prévu, et dont la production a finalement dû se passer.

Et puis, aussi spectaculaire soit-il, le film est réalisé assez platement et souvent très mollement. Irwin Allen ne fait pas grand-chose non plus pour éviter de tomber dans le ridicule. Dès la scène d’ouverture à l’aéroport, avec un Claude Rains outranciérement odieux, et une chute involontairement burlesque, le ton est hélas donné. Et que dire des vêtements et du look incroyables de Jill St. John, maquillage parfait en toute circonstance…

De tout cela, on peut facilement prendre le parti de rire. Mais il y a plus gênant : la manière dont sont traitées les « minorités visibles » (ça veut dire, tout ceux qui ne sont pas des bons blancs – ou des chiens, forcément épargnés), condamnés au grotesque ou à une fin brutale. Le cumul n’étant pas interdit.

• Assez incontournable tout de même, le blue ray qui vient d’être édité chez Fox avec en bonus d’intéressants éclairages sur les dinosaures dans le cinéma, et surtout la première adaptation du Monde perdu : celle de 1925.

Locke (id.) – de Steven Knight – 2013

Posté : 3 février, 2015 @ 11:17 dans 2010-2019, KNIGHT Steven | Pas de commentaires »

Locke

J’ai toujours un peu peur des « films-concept ». Attiré par l’intriguante bande annonce, je m’aventure pourtant dans ce Locke, et les premières minutes ne sont pas tout à fait concluantes. Sans doute influencé par le Michael Mann de Collateral, le réalisateur Steven Knight filme Tom Hardy au volant de sa voiture, dont il ne sortira à aucun moment durant les 90 minutes du film, roulant de nuit sur l’autoroute le menant à Londres.

On sent bien que Knight cherche à créer le même genre d’atmosphère nocturne et envoûtante que celle dont Mann s’est fait une spécialité. Mais le jeune réalisateur n’a clairement pas le génie de son aîné. Autre bémol initial : l’intrigue, racontée uniquement par des coups de téléphones successifs, et particulièrement opaque durant un bon quart d’heure.

Heureusement, les clés du drame sont rapidement dévoilées. Tom Hardy, sobre et intense, est un homme à qui tout réussi : un boulot passionnant, une femme et des enfants qu’il aime. Mais ce soir-là, il vient d’apprendre qu’une femme avec qui il a fait « l’unique écart » de son mariage est sur le point d’accoucher de son enfant. Bien décidé à ne pas reproduire le comportement d’un père lâche et absent, il décide de « faire ce qu’il faut ». Au risque de tout perdre.

Dès que les enjeux dramatiques se précisent, le film prend une autre dimension, et révèle la complexité et les douleurs de cet homme décidé à être un type bien, quel que soit le prix à payer. L’exercice de style, assez brillant, se transforme alors en un fascinant voyage intérieur, une plongée au coeur de la nuit dont on se demande avec angoisse si elle aura un retour possible. Les lumières de la route, les phares des camions, le bitume qui se déroule inlassablement deviennent alors les parois d’un entre-deux où le héros, connecté au monde, se retrouve pourtant coupé de tous, seul avec lui-même et ses démons.

Le traumatisme d’enfance du personnage, et sa relation avec un père mort depuis longtemps, dont il veut à tout pris se démarquer, sont un peu lourdement amenés. Le film frappe surtout par la simplicité des enjeux, totalement dénués de tout aspect spectaculaire : une naissance, un couple en crise, un licenciement, une plate forme de béton à couler… Et un film sensible et intense, parfaitement tenu de bout en bout.

• Passé inapperçu en salles, lors de sa sortie l’été dernier, le film a droit à une belle édition DVD, chez Metropolitan.

123
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr