Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour février, 2015

Balade entre les tombes (A walk among the tombstones) – de Scott Frank – 2014

Posté : 26 février, 2015 @ 5:49 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), FRANK Scott | Pas de commentaires »

Balade entre les tombes

On est bien heureux de retrouver Liam Neeson dans un rôle un peu plus nuancé que ceux auxquels il est abonné depuis qu’il est devenu sur le tard un produit de Luc Besson. C’est certes encore une fois un thriller, mais avant tout un film d’atmosphère, où l’action pure se fait rare et expéditive.

Scott Frank, scénariste et réalisateur, est visiblement un amoureux et un connaisseur du polar à l’américaine. Et à l’ancienne. La première scène évoque furieusement le début de L’Inspecteur Harry (est-ce un hasard si le héros est joué par Neeson, dont l’un des premiers rôles marquants était à l’affiche du cinquième Dirty Harry ?), fusillade urbaine à laquelle prend part un flic raide et sûr de lui, dérangé en pleine pause dans un café, et traversant la chaussée d’un pas décidé et dégagé, le flingue pendant le long de son bras… Une image fugitive, mais qui semble sortie tout droit du classique de Siegel.

La suite évoque davantage les grands films de détectives privés à la Bogart. L’un des personnages cite d’ailleurs Sam Spade et Philip Marlowe, deux private eyes mythiques, sur les traces desquelles marche Matt Scudder.

Et il marche ce privé, beaucoup, donnant un rythme particulier au film, loin de l’effervescence idiote habituelle. Frank ne tient pas toujours un rythme irréprochable : il y a bien quelques moments un peu creux. Mais on lui sait gré de savoir prendre son temps, et de privilégier l’atmosphère, aussi glauque soit-elle, à un excès de baston ou de gore.

• DVD impeccable chez Metropolitan, avec les habituels bonus promotionnels : interview de Liam Neeson, images de l’avant-première parisienne, featurettes, making-of et bandes annonces.

Quintet (id.) – de Robert Altman – 1979

Posté : 26 février, 2015 @ 5:44 dans 1970-1979, ALTMAN Robert, FANTASTIQUE/SF, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

Quintet

L’unique incursion d’Altman et de Newman dans la science-fiction est une œuvre d’un pessimisme et d’une noirceur extrêmes, un film post-apocalyptique à peu près totalement dénué d’espoir… à l’exception de l’apparition fugitive d’une simple oie sauvage survolant les étendues glacées de ce monde mort.

Dans cette micro-société installée dans les ruines d’une ville prise dans la glace, les derniers vestiges d’humanité et de société explosent littéralement devant la caméra d’Altman, et l’avenir avec. Le monde que le cinéaste décrit est terrifiant : recouvert de neige et de glace, où la notion de famille et d’amitié a disparu, ou plus personne ne naît, ou les cadavres sont laissés aux chiens qui rodent comme les vautours dans un ancien temps dont personne ne semble se souvenir… une sorte de dernier carré désabusé qui attend la fin de l’humanité comme une délivrance.

Un film glacial dans tous les sens du terme, pas loin de l’abstraction, entièrement basé sur un jeu totalement obscur, dont la vérité cachée ne sera dévoilée qu’à la fin du film, sans qu’elle apporte grand-chose d’ailleurs.
Scénar un peu léger quand même, et musique pas toujours très inspirée. Mais Altman, en choisissant le dépouillement et la quasi-absence de couleur (seul le rouge du sang vient percer le blanc omniprésent), réussit à instaurer une ambiance assez fascinante.

Le cinéaste retrouve étrangement des motifs qu’il avait déjà utilisés dans John McCabe, western lui aussi pessimiste mais nettement moins austère : la neige, le jeu comme refuge, l’homme traqué… Dans le rôle principal, Paul Newman en fait tellement peu qu’il est formidable, tout comme Bibi Andersson, qui apporte une vraie complexité à un personnage sans grande vie apparente.

• Le film est édité en DVD dans la collection Universal Classics.

Cinq fusils à l’Ouest (Five Guns West) – de Roger Corman – 1955

Posté : 26 février, 2015 @ 5:37 dans 1950-1959, CORMAN Roger, WESTERNS | Pas de commentaires »

Cinq fusils à l'Ouest

Corman fait ses débuts derrière la caméra avec ce western déjà fidèle à sa réputation à venir : fauché, tourné en neuf jours (loin d’être un record pour lui), uniquement en extérieur, quasiment sans figurant, et avec des acteurs de seconds plans.

Il y a bien quelques baisses de rythmes, une ou deux bagarres un peu grotesques (surtout celle entre l’Indien et le jeune tueur fou), beaucoup plus de dialogues que d’action… Mais le film se révèle une agréable surprise.

Parce que Corman, à défaut d’être un grand auteur, est un habile réalisateur qui connaît déjà son métier.

Parce que le scénario est assez malin, sorte de préfiguration des 12 salopards, avec ces cinq condamnés à mort graciés et chargés par l’armée sudiste d’arrêter une diligence transportant un traître… et une fortune en or.

Parce que les personnages sont fortement marqués, même s’ils ne sont pas tous d’une grande finesse. John Lund, dans le rôle principal, ne fait pas grand-chose pour porter vers le haut un personnage mal défini. Guère expressif, peu charismatique, l’acteur est sans doute plus un choix économique qu’un vrai coup de cœur.

Plus intéressant : le rôle du joueur, interprété par un certain Touch Connors (Conners au générique, sans doute une erreur), qu’on connaîtra surtout pour son rôle-titre de la série Mannix, sous le nom de Mike Connors.

Et surtout, il y a Dorothy Malone, la sublime actrice de La Ronde de l’Aube de Sirk. Même dans un rôle plus modeste et pas beaucoup mieux écrit que ses collègues hommes, elle apporte ce petit quelque chose qui séduit et trouble à la fois, un mélange de force et de fêlure qui illumine chacune de ses scènes.

• Le film sort des oubliettes grâce à la collection Westerns de Légende de Sidonis. Bonus du DVD : une présentation par Patrick Brion.

Expendables 2 (id.) – de Simon West – 2012

Posté : 26 février, 2015 @ 5:31 dans 2010-2019, STALLONE Sylvester, WEST Simon | Pas de commentaires »

Expendables 2

Stallone, toujours scénariste, cède cette fois la place derrière la caméra à Simon West, le bourrin à qui on doit des œuvres aussi impérissables que Les Ailes de l’Enfer ou Tomb Raider. Résultat ? Dans la continuité du premier, avec des scènes d’action assez originales, mais qui souffrent d’un vrai problème de montage, trop serré, qui tue tout effet dramatique. Sans compter des excès gores inutiles, qui ne collent pas avec le côté fun du film.

Mais ce n’est pas dans l’action pure que Stallone et ses potes sont les plus à l’aise : là où le film est le plus réussi, et plus encore que le premier volet (et le troisième), c’est dans les scènes de camaraderie, que ce soit dans la carlingue de cet avion aussi abîmé que ses occupants, ou dans ce bar à l’ancienne qui sent bon les années 80.

Cet opus 2 a un côté catalogue (que le numéro 3, malgré son casting hallucinant, évitera habilement), lorsqu’il aligne les gros bras sans que les scénaristes sachent réellement quoi en faire. Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger apparaissent et disparaissent sans réelle raison. Le nouveau venu Jean-Claude Van Damme serre la mâchoire dans un rôle de grand méchant sans aucune complexité. Et Chuck Norris déboule au milieu de tout ce bordel sur des airs westerniens, dégommant tous les méchants sans sourciller, caricature assumée de lui-même. « Who’s next ? Rambo ? » lance d’ailleurs un Willis rigolard.

Finalement, et à condition d’accepter le côté très approximatif de cette entreprise, tout ça est franchement plaisant. Parce qu’on sent chez le maître d’œuvre Stallone une sincérité totale. Il croit en ce cinéma à l’ancienne, il aime cette troupe qu’il a créée autour de lui. Nous aussi on y croit, et on adhère.

• Voir aussi : Expendables réalisé par Stallone lui-même, et Expendables 3 et son casting ultime de vieilles gloires.

Les Forbans de la nuit (Night and the City) – de Jules Dassin – 1950

Posté : 16 février, 2015 @ 5:10 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DASSIN Jules, TIERNEY Gene | 1 commentaire »

Les Forbans de la nuit

Un petit escroc qui rêve de grandeur multiplie les combines pour arriver au sommet, et finit par s’enfermer dans une spirale dont l’issue ne fait guère de doute… Merveille de mise en scène, intelligence du scénario, atmosphère glaçante, décors inquiétants, acteurs au sommet… C’est un pur chef d’œuvre que signe Jules Dassin, l’un des sommets du film noir. L’un des plus sombres aussi, dont l’atmosphère est d’une violence assez rare.

Richard Widmark trouve l’un des rôles de sa vie, celui d’un minable trop obnubilé par ses fantasmes de grandeur pour réaliser que le bonheur est à portée de main, qu’il est aimé par une femme trop belle, trop douce, et trop tout pour lui : Gene Tierney, en retrait, mais dont la triste beauté irradie le film d’un mal-être abyssal. Widmark fait de son Harry Fabian un être aussi agaçant qu’attachant, un loser tantôt magnifique, tantôt pathétique, l’un de ces personnages  dont on sait qu’il ne nous quittera jamais vraiment.

Il n’y a peut-être pas le moindre plan anodin dans Les Forbans de la nuit. Dassin, menacé par la Chasse aux sorcières aux Etats-Unis, a été envoyé à Londres pour tourner le film en décor réel. Un exil sans doute forcé, mais qui sert le film : Dassin nous offre une virée nocturne dans un Londres à peu près inconnu, celui des magouilles et de la violence. Celui des êtres seuls malgré la foule.

De bout en bout, le cinéaste compose ses plans en jouant sur les ombres, sur les cadres dans le cadre, qui semblent souligner cette solitude à laquelle les personnages sont condamnés : merveilleux plan montrant Gene Tierney et l’imposant Googie Withers, deux amoureux éconduits chacun à leur manière, dialoguer, tous deux enfermés dans leur propre univers.

La longue chasse à l’homme finale résonne également d’une manière particulière, comme si Dassin y avait mis sa propre rage d’homme acculé par le système américain de McCarthy. Alors que chaque individu qu’il rencontre devient une menace, c’est la ville elle-même qui semble hostile à Harry Fabian / Richard Widmark.

Le film est aussi un modèle de construction, articulé autour d’un improbable et interminable combat de lutte qui marque à la fois le sommet attendu et le début de la chute pour Fabian. C’est aussi dans cette séquence que l’on trouve l’un des moments les plus inattendus et les plus beaux du film : les retrouvailles tardives et déchirantes d’un vieux lutteur mourant et de son fils, organisateur de combat et gangster, qui voue à son père un amour et une admiration sans bornes.

C’est aussi la très grande force du film : en une scène seulement parfois, Dassin donne au moindre de ses personnages une existence authentique, et une profondeur rare. Les Forbans de la nuit est une merveille à tous points de vue, un film d’une grande intelligence et un immense bonheur de cinéma…

Queen and Country (id.) – de John Boorman – 2014

Posté : 16 février, 2015 @ 5:04 dans 2010-2019, BOORMAN John | Pas de commentaires »

Queen and country

On avait perdu de vue ce bon vieux Boorman, cinéaste souvent passionnant qui s’est fait une réputation de spécialiste de la violence (Délivrance, Excalibur…), et que l’on retrouve dans sa veine autobiographique et intime. Vingt-sept ans après Hope and Glory, où il évoquait sous le couvert de la fiction ses souvenirs d’enfant dans l’Angleterre de la seconde guerre mondiale, Boorman retrouve son alter ego Bill Rohan, devenu un jeune homme de 19 ans.

C’est l’âge de l’éveil à la vie, des premiers émois sexuels, l’âge où les destins se jouent… Boorman se raconte en jeune homme insouciant et un peu inconséquent, qui rêve du grand amour, de cet amour inaccessible qui prend la forme d’une nuque sublime dans une salle de concert. Il raconte le choc de cette insouciance avec les réalités du monde, lorsque le jeune homme est appelé sous les drapeaux, pour servir durant deux ans dans une caserne où il doit former des jeunes hommes comme lui, moins instruits, et sur le point de partir pour la Corée.

De la réalité de la guerre, Bill n’en verra pas grand-chose. En tout cas pas avant qu’il ait lui-même expérimenté la désillusion, la rage et les poids de la responsabilité. Dans Queen and Country, John Boorman aborde un thème mille fois évoqué au cinéma : celui du passage à l’âge adulte. Mais il le fait avec une fraîcheur et une sensibilité qui ne peuvent qu’être la signature d’un jeune cinéaste.

Pourtant, Boorman a 81 ans. Nostalgique, il l’est sans doute, mais à la manière d’un homme plein de vie, heureux de renouer avec sa jeunesse. Son film évoque les grands événements qui ont marqué ces années-là : des souvenirs de cinéphile souvent (la sortie de Rashomon, l’évocation de Casablanca…), mais aussi l’angoisse de la guerre froide, le sacre d’Elisabeth II…

Avec ce beau film, léger et profond, Boorman réussit à confronter un regard d’enfant et celui d’un homme en devenir : celui de Bill, qui quitte son cocon familial en dehors du monde (physiquement : un improbable îlot au milieu de la Tamise, sans téléphone, où la télévision fait son arrivée, premier lien concret avec le vrai monde), pour se confronter à des hommes abimés par la vie.

C’est l’évolution de ce regard que raconte le film, en particulier avec le personnage de l’officier incarné par un David Thewlis méconnaissable et hallucinant dans le rôle d’un homme que guette la folie. D’abord grotesque et presque comique, puis pathétique et déchirant. L’adolescent insouciant à peine sorti de l’enfance est devenu un jeune homme conscient de ce qui l’entoure.

Une belle leçon de vie, et un vrai bonheur de cinéma, profond et réjouissant à la fois. De quoi espérer que, malgré son âge et ses déclarations, Boorman se plonge de nouveau dans ses souvenirs et retrouve une nouvelle fois Bill Rohan…

Le Doulos – de Jean-Pierre Meville – 1962

Posté : 16 février, 2015 @ 4:59 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, MELVILLE Jean-Pierre | 2 commentaires »

Le Doulos

« Salut les hommes, et tant pis si je me trompe. » Cela sonne presque comme du Audiard, mais c’est à Melville qu’on doit cette réplique mythique, et c’est Serge Reggiani, raide et mutique, qui la prononce en entrant dans la cellule où va se nouer définitivement son destin, sans qu’il le réalise lui-même avant qu’il soit trop tard.

Le Doulos porte déjà en germe tout ce qui fera la grandeur des grandes œuvres noires et de plus en plus dépouillées du cinéaste, du Deuxième Souffle à Un Flic. Plus il abordera le polar (ou le film de gangster), plus il approchera l’épure, jusqu’à frôler l’abstraction, avec des personnages de plus fermés et silencieux. Et toujours avec cet extraordinaire sens de la mise en scène, et du mouvement dans le cadre.

Il y a déjà tout cela dans Le Doulos : une manière unique de filmer des décors dont on est bien incapable de dire s’ils sont naturels ou de studios ; une tension de chaque instant qui naît des silences ou des non-dits derrière des dialogues viriles ; un sens de l’honneur et une amitié virile où les femmes n’ont pas leur place…

Mais Le Doulos n’a pas encore la simplicité des grands films à venir. Il repose sur des procédés qu’il banira à peu près systématiquement à l’avenir, basant notamment son récit sur des faux semblants, et un mensonge par ommission qui pèse sur la perception que l’on a du personnage du « doulos » (a.k.a. la balance) joué par Jean-Paul Belmondo, dans la période la plus passionnante de sa carrière.

Très originale aussi, la manière dont le point de vue central passe de Serge Reggianni, braqueur fraichement sorti de prison et bien décidé à se venger, à Belmondo, impassible et intense. Une construction qui donne au Doulos une dimension unique dans l’œuvre melvilienne. Bien plus qu’une ébauche : une passionnante étape dans l’élaboration de son style unique.

La Casaque verte (The Whip) – de Maurice Tourneur – 1917

Posté : 16 février, 2015 @ 4:52 dans 1895-1919, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

La Casaque verte

Difficile de donner un avis tranché sur cette Casaque verte, après avoir découvert la version du film figurant dans le coffret consacré à la période muette de Tourneur (chez Bach Films). Pas tant parce que la qualité de l’image est pour le moins approximative que parce qu’il s’agit là d’une version visiblement énormément tronquée.

Il manque des images dans à peu près chaque plan, des morceaux de scène, et même, sans doute, des séquences entières. Dans ces conditions, il est à peu près possible de suivre les grandes lignes de l’intrigue (un bookmaker et un intriguant font tout pour nuire à la romance entre un dandy et la fille d’un propriétaire de chevaux, ainsi que pour empêcher le cheval vedette de ce dernier de gagner une course), mais on se perd dans les détails, et dans la psychologie de personnages qu’on a souvent bien du mal à suivre.

Même chose pour la qualité de l’image, qui ne permet pas d’affirmer que The Whip est un Tourneur grand cru. Les premières scènes, d’ailleurs, laissent planer le doute : la mise en scène a encore quelque chose d’étonnamment statique, qui évoque le cinéma primitif (celui d’avant 1914 en tout cas), avec plans larges, personnages face caméra, et peu de travail sur le montage.

Cette impression persiste durant les séquences d’exposition, mais disparaît dès que Tourneur doit filmer l’action, ou souligner le caractère inquiétant de certains personnages. Là, le cinéaste révèle ce qu’il a de plus grand : un sens incroyable de la composition, et une intelligence rare de la mise en scène.

C’est particulièrement flagrand lors du grand moment de bravoure du film : une course poursuite entre une voiture et un train lancé à toute vitesse, grand moment de cinéma au suspense toujours très efficace, grâce à une utilisation parfaitement maîtrisée du montage alterné et du cadre.

Même en ayant la désagréable impression de passer à côté de ce que fut le film, The Whip recèle comme ça plusieurs moments d’anthologie qui méritent d’être découverts, et qui rappellent que Tourneur, avant de tomber dans un relatif oubli, fut l’un des cinéastes majeurs de cette période.

• Le film figure donc dans le coffret 4 DVD « Hommage à Maurice Tourneur » édité chez Bach Films et regroupant huit longs métrages muets du cinéaste. En bonus : une présentation par Patrick Brion.

Edge of tomorrow (id.) – de Doug Liman – 2014

Posté : 16 février, 2015 @ 4:48 dans 2010-2019, CRUISE Tom, FANTASTIQUE/SF, LIMAN Doug | Pas de commentaires »

Edge of tomorrow

Un mix entre Un Jour sans fin et Starship Troopers ? C’est ce que propose, sans rire, le réalisateur de La Mémoire dans la peau en adaptant le roman graphique du japonais Hiroshi Sakurazaka All you need is kill. Un officier de l’armée américaine se retrouve mêlé à de jeunes recrues chargées de débarquer en France pour affronter des envahisseurs extraterrestres, se fait tuer en quelques minutes, et se réveille le matin même, avec la même journée à revivre, encore et encore…

La comédie d’Harold Ramis reste une référence incontournable dans son genre. Pour l’originalité de son sujet, mais aussi pour la manière dont elle traitait l’interminable recommencement, la répétition sans fin des mêmes événements, sans jamais lasser. On se demandait ainsi ce que pouvait apporter les gros sabots de Liman et les effets spéciaux d’une grosse machine de SF hollywoodienne à ce thème plein de possibilités, mais aussi possiblement casse-gueule.

Pour être honnête, la réponse est « pas grand-chose ». Edge of tomorrow est une réussite grâce au savoir-faire indéniable d’une réalisateur qui, à défaut d’avoir un univers visuel bien marqué, sait tenir une audience en haleine. Grâce surtout à un scénario co-écrit par Christopher McQuarrie qui, depuis Usual Suspects, s’y connaît en matière de faux semblants. Et c’est là que le film est le plus original : lorsqu’il joue avec la perception du spectateur, et des personnages secondaires, présentant des événements comme s’ils étaient inédits alors que le « héros » les a déjà vécus sans doute des dizaines de fois.

Ce héros qui n’en est pas un est aussi l’une des grandes réussites du film. Parce qu’il joue constamment sur l’image d’action-hero et de sauveur du monde que trimbale de plus en plus souvent Tom Cruise. Jamais aussi bon que quand il joue avec sa propre image, la star fait plus qu’habiter le film : il en est le moteur, et la raison d’être.

Il est d’ailleurs de tous les plans, à la fois fidèle à son image et d’une étonnante fraîcheur. C’est sans doute la clé de sa position encore unique dans le cinéma hollywoodien : film après film, et même dans des univers a priori hyper calibrés, Cruise parvient à ajouter une pierre nouvelle. Même dans le seul genre de la science fiction, après les deux chefs d’oeuvre de Spielberg (Minority Report et La Guerre des mondes) et le très réussi Oblivion, cela commence à ressembler à une œuvre.

A most violent year (id.) – de J.C. Chandor – 2014

Posté : 6 février, 2015 @ 6:24 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, CHANDOR J.C. | Pas de commentaires »

A most violent year

En trois films seulement (après les intenses Margin Call et All is lost), J.C. Chandor est devenu, mine de rien, l’un des cinéastes les plus passionnantes et excitants du moment. Derrière son apparente simplicité, A most violent year est un film joliment ambitieux, qui fait bien plus que renouer avec les grands films du « Nouvel Hollywood » : c’est l’atmosphère d’une époque que Chandor entreprend de faire revivre ici, celle de 1981 en l’occurrence, considérée comme « l’année la plus violente » de l’histoire de New York.

Sa réussite impressionne d’autant plus que tout paraît d’une simplicité et d’une évidence absolues. Le film semble être l’oeuvre d’un cinéaste déjà au sommet de son art, qui maîtrise parfaitement la tension, sans ressentir le besoin d’avoir recours à de grosses ficelles. Malgré la complexité de l’intrigue (le film raconte les efforts d’un immigré aux Etats-Unis pour gravir les échelons dans le commerce du pétrole), le cinéaste semble avoir une confiance absolue en l’intelligence du spectacteur, et en son propre art.

Son film est ainsi une sorte de tragédie grecque qu’aurait remodelé le cynisme de cette société qu’il décrit, où l’argent et le pouvoir semblent tout dominer. Une tragédie marquée par de rares éclats de violence, d’autant plus marquants qu’ils viennent ponctuer d’impressionnantes montées en tension, que Chandor maîtrise d’une manière impressionnante.

Le cinéaste nous livre notamment l’une des plus incroyables poursuite en voiture de ces dernières années, digne des grandes figures du genre des années 70 (on pense furieusement à French Connection), qui place le spectateur littéralement derrière le volant, le plongeant soudainement au coeur du chaos, et de la violence réfrénée du « héros ».

Ce buisenessman qui refuse ouvertement de céder au ganstérisme, aurait été un rôle idéal pour Al Pacino dans les années 70. Ce n’est pas un hasard si Chandor a choisi le formidable Oscar Isaac (déjà magnifique dans Inside Llewyn Davis), dont la ressemblance avec Pacino saute aux yeux, d’autant plus qu’il adopte souvent les mêmes postures. Difficile de ne pas penser à Serpico, ou à Scarface, dont le personnage serait une sorte de double apaisé.

Brillant et haletant, le film atteint des sommets lorsqu’il s’agit d’évoquer le cynisme de cette société dominée par le fric, et l’hypocrisie d’un personnage qui jure qu’il restera fidèle à la loi… mais dont la part sombre a le visage séduisant et froid de sa femme, jouée par Jessica Chastain. Même dans un rôle en retrait, cette dernière irradie le film de sa présence dérangeante. L’actrice est, décidément, de tous les films américains les plus excitants, ces dernières années.

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