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Archive pour le 3 février, 2015

Le Passé se venge (The Crooked Way) – de Robert Florey – 1949

Posté : 3 février, 2015 @ 11:34 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Le Passé se venge

Un vétéran blessé durant la deuxième guerre mondiale a tout oublié de sa vie, et même de son identité. Il enquête pour retrouver son passé, et découvre qu’il pourrait bien avoir été impliqué dans de sombres affaires. Le coup de l’amnésie, le film noir nous l’a déjà fait à plusieurs reprises : Fleischer avec Le Pigeon d’argile, et Mann avec Two o’clock courage en avait fait le thème central de réjouissantes oeuvres de jeunesses.

Le Passé se venge n’innove donc pas vraiment. Mais malgré une intrigue inutilement compliquée et quelques longueurs, et même sans un cinéaste de la trempe de Mann ou Fleischer aux commandes, le film est une vraie réussite.

Sans nier le talent certain de Florey qui ne démérite pas à défaut de révolutionner le genre, le film doit beaucoup au génial chef opérateur John Alton : dans un Los Angeles baigné de lumière, il parvient à plonger ses personnages dans des atmosphères mystérieuses, jouant merveilleusement avec les ombres, les transparences, la lumière qui cherche constamment son chemin. Des images inoubliables qui permettent d’oublier aisément un certain manque de rythme.

Là où Florey marque indéniablement des points, c’est dans la direction d’acteurs, et dans la manière de filmer ces acteurs, tous remarquables. John Payne surtout, dont l’apparence monolithique et faussement impénétrable est un atout formidable pour ce personnage d’amnésique.

Florey utilise aussi merveilleusement les décors (eux aussi très réussis), notamment lors de la dernière scène de fusillade dans l’entrepôt, un modèle du genre aussi ramassé que tendu, merveille de mise en scène à l’atmosphère parfaitement angoissante. Un moment qui mériterait à lui seul de découvrir cette rareté.

• Le film vient d’être édité dans la collection « Les Perles Noires » de Sidonis/Arcadès. En bonus, des présentations du film par Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion.

Torrid Zone (id.) – de William Keighley – 1940

Posté : 3 février, 2015 @ 11:29 dans 1940-1949, CAGNEY James, KEIGHLEY William | Pas de commentaires »

Torrid Zone

J’avais gardé le souvenir d’un film sympathique mais assez insignifiant, qui mettait en valeur le joyeux antagonisme entre un James Cagney très insouciant et un Pat O’Brien très raide, dans un décor de cartes postales. Mais ce Torrid Zone n’est finalement pas si léger que cela.

La perception que l’on en a aujourd’hui, en tout cas, n’a rien de confortable. Ce « Torrid Zone » qui ne porte aucun nom dans le film évoque en fait la présence américaine à Cuba, et ses immenses intérêts financiers, près de vingt ans avant la « révolution populaire » de Castro.

Des révolutionnaires, il y en a déjà, décrits avec dérision, à la limite de la caricature. Il n’y a pourtant pas de quoi rire : William Keighley, surtout connu pour être le co-réalisateur avec Michael Curtiz des Aventures de Robin de Bois, livre une peinture cruelle et très critique de ce colonialisme américain qui tait son nom.

Le ton est apparemment à la rigolade et au dépaysement. Mais les personnages adoptent des comportements souvent odieux vis-à-vis des autochtones, y compris les personnages principaux. La police locale aux ordres d’un homme d’affaires, un peloton d’exécution qui se forme en deux minutes, des ouvriers agricoles qui évoquenet férocement les esclaves d’un autre temps… Non, décidément, cette carte postale-là ne fait pas rêver.

Torrid Zone n’est pas à proprement parler un film politique. L’ambition même de cette production reste floue : le film est-il une condamnation dans les règles du néo-colonialisme américain ? ou est-ce le poids des décennies suivantes qui pèse sur la perception que l’on en a aujourd’hui ? Dans tous les cas, Torrid Zone mérite le détour.

Anything else (la vie et tout le reste) (Anything else) – de Woody Allen – 2003

Posté : 3 février, 2015 @ 11:26 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Anything Else

Curieux film que ce Anything else, qui sonne comme un au-revoir à ce New York dont Woody Allen a toujours été indissociable, mais dont il s’éloignera de plus en plus souvent dans ses films à venir.

C’est bien de rupture qu’il s’agit, et plus précisément de la difficulté d’aller au bout de ses rêves pour un homme qui n’a jamais su partir, ni quitter qui (ou quoi) que ce soit. Un rôle taillé sur mesure pour Allen, mais qu’il laisse à Jason Biggs (révélé dans American Pie, et absolument parfait), comme si c’était déjà trop tard pour lui.

Lui-même se réserve le rôle du « mentor », enseignant et auteur vieillissant qui n’a jamais eu le courage d’écrire ce livre auquel il a sans doute longtemps pensé, thème récurrent dans le cinéma allenien. Un drôle de bonhomme, vraiment, à la fois très familier pour les amoureux du réalisateur, névrosé amateur de blagues et de grandes phrases. Mais à la limite de la parodie.

Avec ce film et avec son personnage, Woody Allen semble régler ses comptes avec ses vieilles obsessions. Son statut de juif notamment, statut plus culturel que religieux, dont il tire un personnage de paranoïaque persuadé que l’Holocauste est sur le point de reprendre.

La psychanalyse, aussi, n’a jamais été présentée sous un jour aussi grotesque, avec cet « analyste » incapable de dire le moindre mot, ressor comique récurrent.

En confiant les rôles principaux à de jeunes comédiens – sexy Cristina Ricci dans un rôle pas si éloigné de ceux joué par Charlize Theron dans deux de ses films précédents, et Jason Biggs en version rajeunie de lui-même – Woody Allen retrouve une vivacité qu’il avait un peu perdue avec ses deux précédents films.

En préparant sa rupture avec NY, il filme paradoxalement l’un de ses films les plus « new-yorkais ». Le moindre plan semble respirer de l’atmosphère de Big Apple. Et plus que jamais, on a le sentiment que ce film n’aurait pu être tourné nulle part ailleurs. C’est un nouveau départ qui l’attend ?

Le Monde perdu (The Lost World) – de Irwin Allen – 1960

Posté : 3 février, 2015 @ 11:21 dans 1960-1969, ALLEN Irwin, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Monde perdu 1960

Le professeur Challenger emmène une improbable expédition en Amérique du Sud pour prouver aux yeux du monde que des dinosaures ont bel et bien survécu sur un plateau inexploré de l’Amazonie. Trente-cinq ans après le classique muet de Harry O. Hoyt, nouvelle adaptation du roman fantastique de Sir Arthur Conan Doyle.

Le principal problème de ce remake un peu fauché, c’est justement qu’il est un peu fauché, et qu’il n’était pas prévu pour l’être. Lancée alors que la Fox essuyait le désastre financier de Cléopâtre, la production a dû s’adapter des coupes draconiennes dans son budget, et se contenter de faire avec des bouts de ficelle alors que c’est le film de dinosaure ultime qui devrait être tourné.

On sent bien qu’il y a une vraie ambition, derrière ce film : les décors, naturels ou en studios, sont spectaculaires, et le choix du Cinemascope ne ment pas. Et qu’importe si la distribution est ouvertement « bis » (autour du vétéran Claude Rains dans le rôle de Challenger, que des seconds couteaux, à commencer par le charismatique et un peu fade Michael Rennie). La mise en scène est assez habile et privilégie constamment le spectaculaire, cherchant à en montrer le plus possible et à multiplier les péripéties les plus impressionnantes.

Mais la première apparition des « dinosaures » rappelle brusquement la limite de l’entreprise : aux dinosaures animés image par image assez impressionnant de la version de 1925 succèdent des iguanes et autres crocodiles maquillés et filmés dans de minuscules décors, solution économique choisie en lieu et place de Willis O’Brien, initialement prévu, et dont la production a finalement dû se passer.

Et puis, aussi spectaculaire soit-il, le film est réalisé assez platement et souvent très mollement. Irwin Allen ne fait pas grand-chose non plus pour éviter de tomber dans le ridicule. Dès la scène d’ouverture à l’aéroport, avec un Claude Rains outranciérement odieux, et une chute involontairement burlesque, le ton est hélas donné. Et que dire des vêtements et du look incroyables de Jill St. John, maquillage parfait en toute circonstance…

De tout cela, on peut facilement prendre le parti de rire. Mais il y a plus gênant : la manière dont sont traitées les « minorités visibles » (ça veut dire, tout ceux qui ne sont pas des bons blancs – ou des chiens, forcément épargnés), condamnés au grotesque ou à une fin brutale. Le cumul n’étant pas interdit.

• Assez incontournable tout de même, le blue ray qui vient d’être édité chez Fox avec en bonus d’intéressants éclairages sur les dinosaures dans le cinéma, et surtout la première adaptation du Monde perdu : celle de 1925.

Locke (id.) – de Steven Knight – 2013

Posté : 3 février, 2015 @ 11:17 dans 2010-2019, KNIGHT Steven | Pas de commentaires »

Locke

J’ai toujours un peu peur des « films-concept ». Attiré par l’intriguante bande annonce, je m’aventure pourtant dans ce Locke, et les premières minutes ne sont pas tout à fait concluantes. Sans doute influencé par le Michael Mann de Collateral, le réalisateur Steven Knight filme Tom Hardy au volant de sa voiture, dont il ne sortira à aucun moment durant les 90 minutes du film, roulant de nuit sur l’autoroute le menant à Londres.

On sent bien que Knight cherche à créer le même genre d’atmosphère nocturne et envoûtante que celle dont Mann s’est fait une spécialité. Mais le jeune réalisateur n’a clairement pas le génie de son aîné. Autre bémol initial : l’intrigue, racontée uniquement par des coups de téléphones successifs, et particulièrement opaque durant un bon quart d’heure.

Heureusement, les clés du drame sont rapidement dévoilées. Tom Hardy, sobre et intense, est un homme à qui tout réussi : un boulot passionnant, une femme et des enfants qu’il aime. Mais ce soir-là, il vient d’apprendre qu’une femme avec qui il a fait « l’unique écart » de son mariage est sur le point d’accoucher de son enfant. Bien décidé à ne pas reproduire le comportement d’un père lâche et absent, il décide de « faire ce qu’il faut ». Au risque de tout perdre.

Dès que les enjeux dramatiques se précisent, le film prend une autre dimension, et révèle la complexité et les douleurs de cet homme décidé à être un type bien, quel que soit le prix à payer. L’exercice de style, assez brillant, se transforme alors en un fascinant voyage intérieur, une plongée au coeur de la nuit dont on se demande avec angoisse si elle aura un retour possible. Les lumières de la route, les phares des camions, le bitume qui se déroule inlassablement deviennent alors les parois d’un entre-deux où le héros, connecté au monde, se retrouve pourtant coupé de tous, seul avec lui-même et ses démons.

Le traumatisme d’enfance du personnage, et sa relation avec un père mort depuis longtemps, dont il veut à tout pris se démarquer, sont un peu lourdement amenés. Le film frappe surtout par la simplicité des enjeux, totalement dénués de tout aspect spectaculaire : une naissance, un couple en crise, un licenciement, une plate forme de béton à couler… Et un film sensible et intense, parfaitement tenu de bout en bout.

• Passé inapperçu en salles, lors de sa sortie l’été dernier, le film a droit à une belle édition DVD, chez Metropolitan.

 

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