Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour mai, 2014

Le Fils unique (Hitori musoko) – de Yasujiro Ozu – 1936

Posté : 3 mai, 2014 @ 5:03 dans 1930-1939, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Le Fils unique

Comme Chaplin, Ozu est resté fidèle au cinéma muet plusieurs années après l’avènement du parlant. Ne croyant pas vraiment à cette nouvelle technique, dans un premier temps, il y vient tardivement, la même année que Les Temps modernes, qui marque les premiers pas de Chaplin dans le parlant. Avec, curieusement, un thème pas si lointain : la difficulté pour l’homme de trouver sa place dans une société marquée par l’industrialisation. Mais avec un regard ironique sur ce cinéma parlant que découvrent les personnages dans un cinéma qui projette La Symphonie inachevée, un film allemand de Willi Frost devant lequel s’endort la villageoise vieillissante en visite à Tokyo.

C’est l’histoire d’une mère, veuve et courageuse, et de son fils, qu’elle accepte d’envoyer au lycée pour qu’il réussisse à Tokyo, loin de leur village de montagne. Après douze ans de sacrifices pour payer les études de son fils, elle le retrouve finalement, et découvre qu’il mène une existence très modeste, ayant abandonné toute volonté de réussir et de « devenir quelqu’un ».

Tout le cinéma d’Ozu est là : ses plans fixes, ses cadrages magnifiques et son incroyable sens du montage. Avec une nouveauté de taille, quand même : le son, qu’il utilise avec beaucoup d’économie, et d’une manière souvent inattendue. Outre les dialogues (rares), le son sert beaucoup à mettre en valeur le hors-champs, particulièrement important dans ce film : l’épouse qui sanglote sans qu’on la voit, les bruits des usines qui rappellent constamment la pauvreté…

Ses thèmes récurrents sont présents aussi : les relations filiales, le poids du passé, celui de la société, ou encore le poids des études, passage obligatoire dont dépend toute la vie des jeunes Japonais, et sur lesquels reposent tous les espoirs, tous les rêves.

Il est question de rêves perdus, de fantasmes déçus. « Tu es déçue ? » demande le fils à sa mère à propos de la vie qu’il mène, dans une scène sublime les montrant se promenant dans le triste paysage d’un terrain vague autour d’une usine d’incinération de déchets. Perdus au milieu d’un étrange no man’s land, et soudain si proches.

Tokyo n’est décidément pas la ville qu’elle avait imaginée. Pas non plus celle qu’avait imaginée le brillant instituteur de leur village, parti à la capitale pour grimper dans la hiérarchie, et qui a dû se résoudre à cuisiner de la viande dans un boui-boui paumé.

La grande ville qui tue les rêves et nie les personnalités ? Pas si simple. Ozu ne montre de Tokyo que quelques plans en contre-plongée (le regard d’une touriste qui découvre le gigantisme et les grandes constructions en cours) et surtout le quartier excentré dans lequel vit le fils avec sa petite famille, plus proche d’un village pauvre et traditionnel que d’une capitale. Le cinéaste n’accable jamais la ville. Ce n’est pas elle que blâme la mère, mais ce fils pour lequel elle a tout sacrifié, et qui baisse les bras alors qu’il n’est qu’au début de sa vie.

Un reproche d’abord silencieux, mais qui finit par éclater alors que la mère et le fils retrouvent une intimité que les années d’éloignement avait estompée. C’est poignant, d’une élégance folle, d’une délicatesse infinie. Magnifique, quoi…

• Le film fait partie du coffret de 14 films que Carlotta vient de consacrer à Ozu, avec de nombreux bonus, notamment une longue évocation de ce film par Jean-Jacques Beinex.

La Colline des potences (The Hanging Tree) – de Delmer Daves – 1959

Posté : 2 mai, 2014 @ 2:40 dans 1950-1959, COOPER Gary, DAVES Delmer, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Colline des potences

Curieux western que signe l’immense Delmer Daves, loin, très loin des lieux communs du genre, et absolument sublime. L’auteur de La Flèche brisée a un culot monstre. Il ose faire de Gary Cooper un manipulateur séduisant mais capable du comportement le plus odieux. Il ose aussi consacrer toute la première moitié de son film à la convalescence d’une jeune femme grièvement blessée, temporairement aveugle, que le « docteur » Gary Cooper soigne seul. Un quasi huis-clos à la fois romantique et étouffant, émouvant et terrifiant…

C’est un rôle exceptionnel qu’a trouvé là Gary Cooper. L’un des plus beaux de sa riche carrière, peut-être. Son interprétation toute en nuance souffle le froid et le chaud. Le caractère magnifique de la star, l’aura qu’il dégage constamment, font du personnage l’une de ces figures mythiques, héroïques et romantiques. Mais il est aussi un grand manipulateur qui étouffe tous ceux qui l’entourent, jusqu’aux pires extrémités, et totalement incapable de se laisser aller à ses sentiments. Un homme dont les actions de pure générosité peuvent être suivies de terribles accès de violence…

Cinéaste d’une délicatesse infinie, Daves filme une bouleversante histoire d’amour dans un univers où l’humanité semble avoir déserté : les hommes, comme les rares femmes qui vivent dans ce « village » qui n’est en fait qu’un éphémère camp de chercheurs d’or, sont capables d’actes monstrueux, guidés par l’appât de cet or tout puissant. Symbole de cette mesquinerie et de cette folie des hommes Karl Malden est lui aussi extraordinaire, plus veule et minable que jamais…

Le génie du cinéaste est d’avoir su insuffler une douceur hallucinante dans ce décor dépourvu d’humanité. D’avoir su associer la sécheresse de cette société sans loi et sans morale (avec quelques éclats de mise en scène impressionnants, comme l’attaque de la dilligence, filmée  uniquement par une série de très gros plans ou de plans très larges), avec une délicatesse inouïe. Quelques regards échangés, une accolade évitée, ou le magnifique dernier plan composé comme un tableau impressionniste… C’est d’une beauté sidérante.

Red Lights (id.) – de Rodrigo Cortes – 2012

Posté : 2 mai, 2014 @ 2:37 dans 2010-2019, CORTES Rodrigo, DE NIRO Robert, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Red Lights

L’affiche est belle : Cillian Murphy, acteur toujours étonnant, entouré par la trop rare Sigourney Weaver et le trop présent Robert DeNiro, monstre du cinéma dont l’appétit de tournage semble ne pas avoir de borne. Et, hélas, pas de filtre non plus depuis pas mal d’années maintenant. Ici encore, devant la caméra du réalisateur de Buried, DeNiro cachetonne, semblant ne pas vraiment croire en ce qu’il fait. Sa première apparition face caméra est déstabilisante tant elle paraît artificielle : pour montrer qu’il est aveugle, il retire ses lunettes noires avant de les remettre aussi vite, dans un geste totalement théâtral.

Autant dire qu’on a un peu de mal à croire en ce personnage de star du paranormal, gourou aux pouvoirs hors norme qui fait un retour triomphal sur les planches après trente ans d’absence. Mais Rodrigo Cortés sait y faire lorsqu’il s’agit de faire peur, et de créer une atmosphère d’angoisse et de franche trouille. Son film ne révolutionne rien, mais se révèle plutôt retors et efficace.

Le scénario, signé par le réalisateur lui-même, est assez malin, évoquant une sorte de X-Files inversé, référence assumée par la présence de la célèbre affiche de Mulder « I want to believe » transformée en « I want to understand ». Nous aussi, ai-je envie de préciser, tant Cortés ne facilite pas les choses au spectateur, embrouillant son intrigue et multipliant les rebondissement et les révélations opaques. Mais l’idée est forte : raconter l’histoire d’un étrange duo de scientifiques (une femme vieillissante, Sigourney Weaver ; un jeune docteur plein d’avenir, Cillian Murphy) qui s’est donné pour mission d’expliquer scientifiquement tous les pseudos phénomènes paranormaux.

C’est parfois amusant (la table qui bouge seule), parfois effrayant, souvent intriguant, et ça a un côté ludique qui finit par prendre le dessus et par emporter l’adhésion… avant de retomber comme un soufflé. Lorsqu’il se prend trop au sérieux, ce qui est trop souvent le cas, Red Lights redevient une série B anonyme, gonflante à certains moments, et assez plaisante à d’autres. Pas si mal, quoi…

• Le film vient d’être édité en DVD chez Metropolitan, avec les interviews et autres featurettes de rigueur.

Terminator (The Terminator) – de James Cameron – 1984

Posté : 2 mai, 2014 @ 2:26 dans 1980-1989, CAMERON James, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Terminator

Alors que Schwarzenegger s’apprête à retrouver son rôle fétiche de T-800, un petit retour aux sources s’impose avec ce Terminator premier du nom, petite révolution du cinéma d’action et de la SF sortie il y a tout juste trente ans, et qui a propulsé Schwarzie dans une autre dimension, lui qui n’était alors connu que pour son passé de Mister Univers, et pour son rôle musculeux de Conan.

Avec Terminator, l’acteur novice a eu une grande inspiration : refuser le rôle héroïque de Kyle Reese, qui lui était destiné, pour réclamer celui du Terminator, machine de mort pour laquelle sa stature monumentale, sa présence incroyable, mais aussi ses limites d’acteur, sont d’immenses atouts. Son inexpressivité, et l’absence totale de sentiments qu’il véhicule ici font beaucoup pour la réussite du film.

Car le film reste une référence, même s’il accuse rudement, par certains aspects, le poids des trois décennies écoulées. On est en plein dans les années 80, sans doute la période qui a le plus mal vieilli en terme de cinéma populaire. Les effets spéciaux, bien sûr, font pâle figure à côté de ceux de T2, sorti sept ans plus tard seulement. Le look de Linda Hamilton et les fringues de Schwarzie sont bien rigolos, aussi. Mais le pire, c’est la musique qui, à l’exception de l’inoubliable thème principal et de quelques passages, est assez horrible, en particulier dans les séquences d’action, baignées par une bande son électro-bontanpi insupportable.

Mais il y a l’efficacité, imparable, de la mise en scène d’un James Cameron qui, après le coup d’essai de Piranhas 2, entre d’un coup dans la cour des grands. Le jeune cinéaste, surtout, pose les bases d’une mythologie fascinante et pleine de promesses (promesses qui ne seront vraiment tenues que par lui-même pour la première suite, les deux films suivant étant loin d’être à la hauteur).

Cameron signe un pur film de divertissement, bourré d’action et très impressionnant. Mais il le fait en soulevant des questions vertigineuses sur la destinée et sur l’inéluctabilité, et en s’évertuant à gommer la frontière entre passé, présent et avenir… Osant la noirceur la plus totale, Cameron filme une société condamnée à l’extermination, invoquant d’ailleurs des références à la Shoah avec les confidences de Reese (l’envoyé du futur interprété par Michael Biehn), qui en disent plus sur l’avenir que les quelques flash-forwards avec lesquels le cinéaste laisse déjà transparaître son goût pour la démesure.

12
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr