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Archive pour le 22 mai, 2014

Duel au soleil (Duel in the sun) – de King Vidor (et William Dieterle, Otto Brower, B. Reeves Eason, Chester Franklin, Josef Von Sternberg, Hal Kern et William Cameron Menzies) – 1946

Posté : 22 mai, 2014 @ 2:07 dans 1940-1949, BROWER Otto, DIETERLE William, EASON B. Reeves, FRANKLIN Chester M., KERN Hal, MENZIES William Cameron, VIDOR King, VON STERNBERG Josef, WESTERNS | Pas de commentaires »

Duel au soleil

Signé King Vidor, ce monument du western est sans doute, avant tout, l’œuvre du producteur David O. Selznick, comme Autant en emporte le vent quelques années plus tôt. Duel au soleil est en tout cas un exemple extrême mais passionnant de ce qu’était la paternité d’un film durant la grande époque des studios hollywoodiens. Vidor, qui a fini par quitter le tournage (au très long cours) suite à ses innombrables désaccords avec Selznick, a certes réalisé la plus grande partie du film. Mais il n’est pas le seul réalisateur à y avoir travaillé : William Dieterle en a probablement réalisé une partie non négligeable, tout comme Otto Bower. Et d’autres ont réalisés quelques scènes, ou quelques plans : William Cameron Menzies, Chester Franklin, Hal Kern, B. Reeves Eason, et même Josef Von Sternberg.

Mais les décisions, c’était bien Selznick qui les prenait, transformant peu à peu ce qui devait être un petit western tragique et romanesque en une immense fresque démesurée, que le producteur voyait comme le pendant westernien de Gone with the wind. Une œuvre marquée par la fascination que le producteur avait pour son actrice – et fiancée – Jennifer Jones, magnifiée et d’une sensualité torride tout au long d’un film gorgé de soleil, de désir et de sang.

C’est la quintessence du grand spectacle. Avec ce film, Selznik et Vidor (même s’il ne peut être considéré comme l’auteur du film, le réalisateur a donné une forme aux visions du producteur) ont pris le parti de ne pas tourner le dos aux poncifs hollywoodiens, mais au contraire de les prendre à bras le corps et de les élever au rang de grand art. On a ainsi droit à des couchers de soleil d’un rouge éclatant, à une musique tonitruante et romantique (partition impressionnante de Dimitri Tiomkin), à des histoires d’amour à mort…

A la vraisemblance, producteur et réalisateurs préfèrent le spectaculaire, transformant la moindre scène en ce qui pourrait être l’apothéose du film. Une séquence aussi anodine que l’arrivée de Pearl (Jennifer Jones) dans le ranch devient un passage grandiose à la Rebecca (une autre production Selznick). Un simple gros plan de Joseph Cotten et sa fiancée (Joan Tetzel) devient un grand moment de cinéma : la caméra ne bouge pas, mais le train sur lequel ils se trouvent se met en route et s’éloigne, transformant le gros plan en un beau plan large…

Tout est exagéré dans le film : chaque éclairage, chaque plan, les vastes mouvements de caméras qui soulignent l’ampleur de l’entreprise (la scène du saloon au début du film, l’arrivée du chemin de fer, la grande fête dans le domaine…), la présence de centaines de figurants dans certaines scènes, les émotions, les situations, les sentiments, et même ce final mythique qui flirte constamment avec le ridicule.

Sauf que rien n’est ridicule bien sûr, et tout est sublime, déchirant. Bouleversante, l’histoire de cette métisse, Pearl, tiraillée entre sa volonté de mener une vie honnête auprès du gentil frère (Cotten) et son désir presque animal pour cet autre frère rustre et brutal (Gregory Peck), luttant entre le modèle de ce père droit et aimant mort pour sauver son honneur (Herbert Marshall) et l’héritage de cette mère aux mœurs légères qui couchait avec le premier venu.

De ce western à l’histoire finalement assez classique, Selznick & co tirent une sorte de tragédie shakespearienne bouleversante qui est aussi un condensé magnifié de ce que sait faire l’usine à rêve hollywoodienne. Ce n’est pas un hasard si le casting réunit à la fois de jeunes stars en vogue des années 40 (Jennifer Jones, Gregory Peck, Joseph Cotten), et des mythes des premières années d’Hollywood (Lillian Gish, Harry Carey, Lionel Barrymore). Une somme, et un chef d’œuvre…

Il était un père (Chichi ariki) – de Yasujiro Ozu – 1942

Posté : 22 mai, 2014 @ 2:00 dans 1940-1949, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Il était un père

Ozu signe une œuvre magnifique sur les liens entre un fils et son père. Un film d’une douceur extrême dominé par un sentiment d’amour filial éperdu d’une pureté et d’une beauté qui déchirent le cœur.
Après la mort de l’un de ses élèves lors d’un voyage scolaire, un professeur démissionne et se retire dans sa province natale. Il envoie son jeune fils, âgé d’une dizaine d’années, étudier dans la grande ville, tandis que lui retrouve un travail qui lui permet d’assumer l’éducation de son fils. Les années passent, et le fils n’a qu’un rêve : vivre avec son père.

Ozu a sans doute mis beaucoup de lui-même dans ce film, s’inspirant visiblement de sa propre expérience : son père l’avait envoyé étudier à Kyoto lorsqu’il avait 10 ans, et le jeune Yasujiro est resté en pension pendant dix années, ne retrouvant le cercle familial que lorsqu’il a eu 21 ans. Cet éloignement a-t-il eu une influence sur l’univers de Ozu, le cinéaste de la famille ? Il en a en tout cas eu un pour ce film, entièrement basé sur cette relation filiale à distance, qui est aussi l’histoire d’un passage : celui de l’enfance à l’âge adulte.

Cette relation père-fils est bouleversante, alors même que Ozu semble tout faire pour éviter l’émotion trop facile, et les rebondissements romanesques. La mort même de l’étudiant, pourtant tragique et à l’origine de cet éloignement, est ainsi filmé avec une pudeur et une économie de moyens étonnants : une série de plans quasi muets, qui se clôt par une vue de l’embarcation retournée sur le lac.

De la même manière, le père et son fils sont filmés avec une sublime simplicité, qui souligne constamment la pureté de leur amour. Lorsque ces deux-là son ensemble, le temps semble s’arrêter autour d’eux : les scènes de pêche à la ligne le montrent bien, symboles même de l’innocence perdue de l’enfance pour ce fils qui grandit loin de son père.

A grand coup d’ellipses audacieuses, Ozu filme le poids du temps qui passe, cruel lorsqu’il se met entre le père et son fils. Avec toujours ces plans sur des objets quotidiens qui soulignent la fugacité de ce qui se passe, et l’inéluctabilité de la fin.

Le film raconte une vie de sacrifice, celle d’un père qui cherche constamment à s’effacer pour laisser son fils trouver sa place dans la société, alors que ce fils ne vit que dans le souvenir de son enfance insouciante auprès de ce père qu’il chérit et idéalise sans doute, comme il idéalise ces parties de pêche éphémères. L’amour et la douleur ne sont jamais très loin, dans ce qui est sans doute l’une des œuvres les plus personnelles et les touchantes d’Ozu.

• Beaucoup de bonus passionnants pour ce film qui fait partie du coffret de 14 films d’Ozu édité chez Carlotta : des présentations et analyses par la traductrice Catherine Cadou, le critique Jean-Michel Frodon et le spécialiste Jean Douchet. A voir aussi, un beau portrait de Chisu Ryu, l’acteur fétiche d’Ozu, le père d’Il était un père.

La Danse du Lion (Kagamijishi) – de Yasujiro Ozu – 1935

Posté : 22 mai, 2014 @ 1:57 dans 1930-1939, COURTS MÉTRAGES, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

La Danse du Lion

Influencé par le cinéma américain à ses débuts, Ozu n’en est pas moins un cinéaste purement japonais qui a toujours inscrit ses films dans la culture de son pays. En 1935, il a déjà une solide carrière derrière lui, mais reste toujours fidèle au muet, contrairement à la plupart de ses compatriotes.

Ce court métrage semble être sa première incursion dans le cinéma « parlant » (il faudra attendre l’année suivante et Le Fils unique pour qu’il signe son premier long parlant). Musical, plutôt, puisqu’il s’agit de la « captation », comme on ne disait pas encore, de la « Danse du Lion » interprétée par Kikugorô Onoe VI, présenté comme l’acteur de kabuki le plus talentueux de sa génération.

Ozu ne s’est pas contenté de poser sa caméra au fond du théâtre : il y a là un vrai travail de cadrage et de montage pour communiquer le rythme du spectacle. La beauté de la danse et le talent de kikugorô Onoe sont assez difficiles à saisir pour un regard occidental peu habitué à ce genre de spectacle. Mais l’étrangeté des images et le rythme de la musique fascinent.

La voix off qui présente l’acteur-danseur et évoque la richesse de son art contribuent aussi à la réussite en mettant joliment dans l’atmosphère, introduisant peu à peu le personnage principal par une longue série de plans sur le théâtre vide, suivi de l’artiste « en civil » sur le point de se maquiller, le visage grave et impénétrable. Un témoignage étonnant et précieux.

• Le court métrage figure en bonus dans le coffret de 14 films d’Ozu édité récemment chez Carlotta.

 

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