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Archive pour le 13 mai, 2014

Coups de feu sur Broadway (Bullets over Broadway) – de Woody Allen – 1994

Posté : 13 mai, 2014 @ 1:34 dans 1990-1999, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Coups de feu sur Broadway

La Prohibition réussit bien à Woody Allen, qui signe une comédie noire et grinçante sur les affres de la création, un thème qui lui est cher. Entièrement basé dans les coulisses de Broadway, le film part d’une idée assez géniale… qui cède bientôt le pas à une autre idée originale, plus passionnante encore.

La première, d’abord. Un jeune auteur de théâtre dont le talent est respecté, mais qui n’a jamais connu le succès (joué par John Cusack, alter ego rajeuni de Woody Allen), peine à monter sa dernière pièce. Son agent trouve un financeur miraculeux : un patron de la pègre qui n’accepte de payer qu’à condition que l’un des rôles reviennent à sa maîtresse, une danseuse de revue à la voix stridante et complètement con.

Cet point de départ pourrait suffire, mais Woody Allen va beaucoup plus loin qu’une simple comédie de situation. La nunuche est chaperonnée par un homme de main du mafieux, brute mal dégrossie (interprété par Chazz Palminteri, qu’on venait de découvrir grâce à Il était une fois le Bronx, l’adaptation de sa propre pièce) qui révèle bientôt des dons d’auteur inattendus, qui ne cessent d’améliorer la pièce…

Le film est drôle, très drôle même avec quelques dialogues aux petits oignons comme Woody sait les ciseler : « J’ai pas bu depuis le Nouvel An – Oui mais c’était le Nouvel An chinois » ou « Bien arrivé d’Angleterre ? – Il y a cinq ans, mais très bien. » Mais Allen en fait surtout une réflexion curieusement acerbe sur la création et les artistes autoproclamés, dont il se moque ouvertement : « Tu es un génie. La preuve, c’est que ton œuvre est incohérente pour tous. »

Le cinéaste filme des personnages attachants, mais ridicules. Diane Wiest, formidable en diva de la scène, prend constamment des poses inspirées et pseudo-poétiques, et passe son temps à couper l’auteur d’un « Ne dites rien ! Ne dites rien », lorsque la situation devient trop intime et implicante. Dans un petit rôle d’artiste maudit, Rob Reiner (le réalisateur), l’air sentencieux et inspiré, donne LE conseil définitif à un John Cusack en plein doute : « On doit faire… ce qu’on doit faire ».

Finalement, le seul qui semble trouver grâce aux yeux de Woody Allen, c’est Chazz Palminteri lui-même. Le seul artiste véritable serait un tueur sans état d’âme, dont on assiste aux tueries lors de séquences qui semblent sorties des grands films de gangsters que Woody cite volontiers. La reconstitution de l’époque, les costumes… L’aspect visuel est admirable, et le film mélange les genres avec bonheur. Une réussite.

L’Oiseau Bleu (The Blue Bird) – de Maurice Tourneur – 1918

Posté : 13 mai, 2014 @ 1:31 dans 1895-1919, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

L'Oiseau bleu

C’est le plus connu, et l’un des plus singuliers des films muets de Maurice Tourneur. Adaptant une pièce de Maurice Maetterlinck très connue au début du siècle, le cinéaste signe une sorte de fable pleine de bons sentiments visiblement destinée à un jeune public, ode aux plaisirs simples de la vie, à la bonté, à la générosité, et à la famille, dans ce qui ressemble à une variation sur le thème d’Alice au pays des merveilles.

Le premier quart d’heure est très beau. Posant les bases de l’histoire (très simple), Tourneur invoque de nombreuses références. S’y côtoient les contes des frères Grimm (avec la pauvre cabane et l’apparition de la « sorcière » qui n’en est pas une), la culture russe, l’univers sombre de Dickens, mais aussi le théâtre d’ombres chinois auquel Tourneur rend un magnifique hommage, lorsque les enfants observent la fête qu’on devine luxueuse à travers les grandes fenêtres de la maison voisine (un procédé que Tourneur reprendra des années plus tard dans La Main du Diable).

Ces deux enfants ont tout de héros de contes : un frère et une sœur qui vivent avec leurs parents (leur père est bûcheron, bien sûr) dans une cabane isolée. Pauvres, mais heureux. Mais lorsqu’ils refusent de donner leur oiseau à la fille de la voisine, très malade, la culpabilité les ronge, et prend la forme d’une apparition nocturne : une fée qui les conduit dans un voyage merveilleux à la recherche de l’oiseau bleu qui redonnera la santé à la petite fille.

Visuellement, Tourneur est particulièrement inspiré. Les scènes « réalistes » sont exceptionnelles, utilisant merveilleusement les ombres et les contre-jours, ou les cadres dans le cadre. Pour le « voyage », il laisse libre court à son imagination. C’est parfois un peu indigeste (les âmes des objets qui prennent figure presque humaine), parfois émouvant (la visite chez les grands-parents morts où les enfants retrouvent leurs petits frères et petites sœurs qui n’ont pas survécu), parfois poétique (les enfants à naître, notamment ces deux-là qui s’aiment d’un amour total, sans savoir s’ils se trouveront l’un l’autre lorsqu’ils seront nés).

Le film est un peu donneur de leçon, naïf, et les multiples décors que découvrent les voyageurs finissent par lasser. Mais il y a une telle maîtrise dans la mise en scène de Tourneur, une telle manière d’utiliser tous les outils du cinéma (la lumière, le montage, les trucages) avec une inventivité de chaque plan, une telle vivacité, que L’Oiseau Bleu impressionne, même si le sujet ne nous touche pas vraiment.

• Le film fait partie du coffret « Hommage à Maurice Tourneur » consacré à la période muette hollywoodienne du cinéaste, et édité par Bach Films. Pour ce film, la qualité d’image est franchement discutable, les nombreux défauts cachant même les personnages par moments. En bonus : une présentation par Patrick Brion.

Le cinquième pouvoir (The Fifth Estate) – de Bill Condon – 2013

Posté : 13 mai, 2014 @ 1:26 dans 2010-2019, CONDON Bill | Pas de commentaires »

Le cinquième pouvoir

Le générique de début place bien l’ambition du film. Le générique « à la Seven » (une première référence à Fincher, il y en aura d’autres) inscrit l’aventure Wikileaks dans la longue évolution de l’information et du journalisme. Ce que Bill Condon veut filmer ici, c’est rien moins qu’une révolution mondiale. Passons sur le côté souvent beaucoup trop démonstratif (dès ce générique d’une prétention folle)… Le principal problème du film, c’est justement son ambition démesurée.

Et Bill Condon, auteur de grandes œuvres comme les deux derniers Twilight, n’a pas vraiment les moyens de ses ambitions, loin d’un Fincher, justement, qui avait fait de Social Network un chef d’œuvre, le portrait intime et sensible d’un jeune homme seul. Lui appuie trop là où il veut frapper. Et passe complètement à côté de sa cible.

La signature de Condon, c’est un style pseudo moderne avec caméra à l’épaule et plans subitement désaxés à coups de petits zooms modes et insupportables. Et des trucs tape à l’œil qui consistent à intégrer les personnages dans leur monde numérique, ce que faisait David Fincher avec plus de discrétion et surtout énormément plus d’élégance. Finalement, c’est lorsque le réalisateur se rapproche le plus du classicisme et délaisse ses trucs bidons, en particulier dans la dernière heure, qu’il est le plus convainquant.

Il y a de quoi nourrir des regrets, car le sujet du film ne manque pas d’intérêt, se concentrant sur les rapports complexes qui unissent Julian Assang, le créateur égotiste de Wikileaks, et son alter ego « raisonnable », Daniel. Et le film est plutôt réussi sur ce point, soulignant bien le mélange d’attirance et de défiance, de confiance et de mépris. Mais le personnage d’Assange, sa personnalité complexe et sa solitude, ne sont qu’effleurés (dommage : Benedict Cumberbatch est excellent). Les accusations de viol qui l’obligent aujourd’hui encore à vivre reclus dans une ambassade anglaise sont balayés d’un revers de main…

Au final, le film est bien plus marqué par ses manques que par ses aspects réussis. Il est plombé par des maladresses impardonnables, à l’image du dialogue final entre les personnages de Daniel Brühl et David Thewlis, hissant Assange au rang d’un héros malade, et martelant tout ce que le film a mis en valeur au cours des deux heures précédentes. Une belle manière de prendre le spectateur pour un idiot et de ruiner tous les efforts consentis jusque là.

• Le film est édité en DVD chez Metropolitan.

 

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