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Archive pour le 3 mai, 2014

Sables mouvants (Quicksand) – d’Irving Pichel – 1950

Posté : 3 mai, 2014 @ 5:09 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, PICHEL Irving | Pas de commentaires »

Sables mouvants

Mickey Rooney, mort récemment à l’âge de 93 ans, était l’un des derniers acteurs encore vivant de l’âge d’or d’Hollywood. Il en reste peu : Olivia De Havilland, Lauren Bacall, Kirk Douglas… Petit hommage avec ce film noir méconnu dont il est le héros, un rôle plutôt à contre-emploi pour l’ancien enfant star, qui fut l’une des grandes vedettes d’Hollywood grâce aux comédies et aux musicals, quelques années plus tôt.

En 1950, la carrière de Mickey Rooney marque déjà un peu le pas, et l’acteur tente de se donner une image plus adulte avec ce rôle plutôt sombre d’un type banal dont les choix successifs le plongent dans une spirale infernale dont il ne parvient pas à s’extraire. Un pur anti-héros de film noir, donc.

Le principe n’est pas nouveau : un petit garagiste « emprunte » 20 dollars dans la caisse de son patron, et c’est le début d’une descente aux enfers. Comment une simple décision, en apparence si anodine, peut avoir des répercussions tragiques… De Détour au Facteur sonne toujours deux fois, le coup du destin qui frappe ainsi est une constante dans le film noir. Mais Sables mouvants apporte à sa manière sa pierre à l’édifice du genre, en répétant ce principe avec un systématisme presque ludique.

Pour rembourser les 20 dollars empruntés, Dany, le personnage joué par Mickey Rooney, achète à crédit une montre qu’il met aussitôt au clou. Illégal : c’est désormais 100 dollars qu’il doit rembourser. Il détrousse alors un riche poivrot, mais un maître-chanteur l’oblige à voler une voiture… Et l’engrenage tourne à plein, avec à chaque étape un prix plus élevé à payer, et une menace plus lourde sur ses épaules.

On a envie de le baffer le Mickey, parce qu’il passe son temps à prendre de mauvaises décisions, parce qu’il cherche à jouer les durs avec son visage encore poupin (face à un Peter Lorre sans surprise, mais forcément intense), et parce qu’il est assez con, comme tous les héros de films noirs semble-t-il, pour s’enticher de la blonde un rien vulgaire sur le front de laquelle est écrit en lettres fluorescentes « attention ennuis » (Jeanne Cagney, la sœur de James), tout en rejetant constamment la douce et discrète brune Barbara Bates pourtant follement amoureuse de lui.

On connaît par cœur les trucs du film, mais Irving Pichel (co-réalisateur des Chasses du Comte Zaroff) donne une belle intensité à cet engrenage infernal, dont l’inéluctabilité rappelle les grandes réussites du genre, et a par moments des aspects de pure tragédie. Avec quelques beaux moments de réalisation, parfois attendus (les barreaux de la grille qui évoquent la prison qui menace le personnage), parfois original et plein de vivacité. Il y a notamment de belles scènes de nuit particulièrement vivantes, dans ce film entièrement tourné en décors naturels. Pichel y confronte la solitude et l’angoisse grandissantes de Rooney à la foule qui l’entoure, déambulant en quête de plaisirs innocents…

Malgré la fin, qui atténue l’impact du film, Sables mouvants est une belle réussite, restée inédite en France jusqu’à ce que le DVD permette enfin de le découvrir il y a quelques années seulement.

• Le film est édité dans la collection Serial Polar de Bach Films. En bonus : une présentation du film par Stéphane Bourgoin, et des évocations d’Irving Pichel et de Peter Lorre par Jean-Pierre Deloux.

Le Fils unique (Hitori musoko) – de Yasujiro Ozu – 1936

Posté : 3 mai, 2014 @ 5:03 dans 1930-1939, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Le Fils unique

Comme Chaplin, Ozu est resté fidèle au cinéma muet plusieurs années après l’avènement du parlant. Ne croyant pas vraiment à cette nouvelle technique, dans un premier temps, il y vient tardivement, la même année que Les Temps modernes, qui marque les premiers pas de Chaplin dans le parlant. Avec, curieusement, un thème pas si lointain : la difficulté pour l’homme de trouver sa place dans une société marquée par l’industrialisation. Mais avec un regard ironique sur ce cinéma parlant que découvrent les personnages dans un cinéma qui projette La Symphonie inachevée, un film allemand de Willi Frost devant lequel s’endort la villageoise vieillissante en visite à Tokyo.

C’est l’histoire d’une mère, veuve et courageuse, et de son fils, qu’elle accepte d’envoyer au lycée pour qu’il réussisse à Tokyo, loin de leur village de montagne. Après douze ans de sacrifices pour payer les études de son fils, elle le retrouve finalement, et découvre qu’il mène une existence très modeste, ayant abandonné toute volonté de réussir et de « devenir quelqu’un ».

Tout le cinéma d’Ozu est là : ses plans fixes, ses cadrages magnifiques et son incroyable sens du montage. Avec une nouveauté de taille, quand même : le son, qu’il utilise avec beaucoup d’économie, et d’une manière souvent inattendue. Outre les dialogues (rares), le son sert beaucoup à mettre en valeur le hors-champs, particulièrement important dans ce film : l’épouse qui sanglote sans qu’on la voit, les bruits des usines qui rappellent constamment la pauvreté…

Ses thèmes récurrents sont présents aussi : les relations filiales, le poids du passé, celui de la société, ou encore le poids des études, passage obligatoire dont dépend toute la vie des jeunes Japonais, et sur lesquels reposent tous les espoirs, tous les rêves.

Il est question de rêves perdus, de fantasmes déçus. « Tu es déçue ? » demande le fils à sa mère à propos de la vie qu’il mène, dans une scène sublime les montrant se promenant dans le triste paysage d’un terrain vague autour d’une usine d’incinération de déchets. Perdus au milieu d’un étrange no man’s land, et soudain si proches.

Tokyo n’est décidément pas la ville qu’elle avait imaginée. Pas non plus celle qu’avait imaginée le brillant instituteur de leur village, parti à la capitale pour grimper dans la hiérarchie, et qui a dû se résoudre à cuisiner de la viande dans un boui-boui paumé.

La grande ville qui tue les rêves et nie les personnalités ? Pas si simple. Ozu ne montre de Tokyo que quelques plans en contre-plongée (le regard d’une touriste qui découvre le gigantisme et les grandes constructions en cours) et surtout le quartier excentré dans lequel vit le fils avec sa petite famille, plus proche d’un village pauvre et traditionnel que d’une capitale. Le cinéaste n’accable jamais la ville. Ce n’est pas elle que blâme la mère, mais ce fils pour lequel elle a tout sacrifié, et qui baisse les bras alors qu’il n’est qu’au début de sa vie.

Un reproche d’abord silencieux, mais qui finit par éclater alors que la mère et le fils retrouvent une intimité que les années d’éloignement avait estompée. C’est poignant, d’une élégance folle, d’une délicatesse infinie. Magnifique, quoi…

• Le film fait partie du coffret de 14 films que Carlotta vient de consacrer à Ozu, avec de nombreux bonus, notamment une longue évocation de ce film par Jean-Jacques Beinex.

 

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